Poésies choisies de André Chénier
XXIII le Satyre et la Flûte
Blanche et douce brebis à la voix innocente, Si j'avais, pour toucher ta laine obéissante, Osé sortir du bois et bondir avec toi,
Te bêler mes amours et t'appeler à moi,
Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite 30
M'auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite, Et pour te dévorer eussent fondu sur toi
Plutôt que te laisser un moment avec moi.
XXIII
LE SATYRE ET LA FLÛTE
Toi, de Mopsus ami! Non loin de Bérécynthe, Certain satyre, un jour, trouva la flûte sainte Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux
Le cortège énervé de la mère des dieux.
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Il appelle aussitôt du Sangar au Méandre
Les nymphes de l'Asie, et leur dit de l'entendre; Que tout l'art d'Hyagnis n'était que dans ce bui; Qu'il a, grâce au destin, des doigts tout comme lui. On s'assied. Le voilà qui se travaille et sue, 10
Souffle, agite ses doigts, tord sa lèvre touffue, Enfle sa joue épaisse, et fait tant qu'à la fin Le buis résonne et pousse un cri rauque et chagrin. L'auditoire étonné se lève, non sans rire,