Poésies choisies de André Chénier
Chapitre XXIV
Allez, mes vers, allez; je me confie en vous; Allez fléchir son coeur, désarmer son courroux; Suppliez, gémissez, implorez sa clémence, Tant qu'elle vous admette enfin à sa présence. 5
Entrez: à ses genoux prosternez vos douleurs, Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs; Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche, Que vous ne m'apportiez un pardon de sa bouche.
XXV
Eh bien! je le voulais. J'aurais bien dû me croire! Tant de fois à ses torts je cédai la victoire! Je devais une fois du moins, pour la punir, Tranquillement l'attendre et la laisser venir. 5
Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience Hier sut me contraindre à la fuite, au silence, Ce matin, de mon coeur trop facile bonté!
Je veux la ramener sans blesser sa fierté; J'y vole; contre moi je lui cherche une excuse. 10
Je viens lui pardonner, et c'est moi qu'elle accuse. C'est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux: Je prends sur sa faiblesse un empire odieux. Et sanglots et fureurs, injures menaçantes, Et larmes, à couler toujours obéissantes!
15
Et pour la paix il faut, loin d'avoir eu raison, Confus et repentant, demander mon pardon.