Poésies choisies de André Chénier

André Chénier · Chapitre 65 sur 119

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Poésies choisies de André Chénier

Fragment Iii

Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible? 10

Que servit à Juno cet Argus si terrible,

Ce front, de jalousie armé de toutes parts, Où veillaient à la fois cent farouches regards? Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force, Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce 15

Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois, Et du Triple Cerbère assoupir les abois;

On t'aime, garde-toi d'abandonner la place. Il faut oser. L'amour favorise l'audace.

Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins, 20

Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins? Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes; Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes; Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger; Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger. 25

Et tandis que par toi leur prudence égarée Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée, Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper. Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui le guide, 30

Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide, Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr, Parmi les flots salés garde un flot doux et pur, Invisible, d'Enna va chercher le rivage,

Et l'amer Téthys ignore son passage.

FRAGMENT III

35

Aux bords où l'on voit naître et l'Euphrate et le jour, Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour.