Poésies choisies de André Chénier
XXXV Invocation A la Poésie
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Barbares possesseurs, Procustes furieux, Sous le niveau jaloux leur fer injurieux
Mutile sans pitié les plaintives dryades.
Le plomb, les murs de pierre enchaînant les naïades, De bassins en bassins, de degrés en degrés, 10
Guident leur chute esclave et leurs pas mesurés, Là, quelle muse libre et naïve et fidèle
Peut naître? Loin du bois, comme si Philomèle, Sous leurs treillages peints dont la main du sculpteur A ciselé l'acanthe ou le lierre imposteur,
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Allait chercher ces sons dont le printemps s'honore, Délices de la nuit, délices de l'aurore!
XXXV
INVOCATION A LA POÉSIE
Nymphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie! Quel bois est aujourd'hui ta retraite choisie? Quelles fleurs, près d'une onde où s'égarent tes pas, Se courbent mollement sous tes pieds délicats? 5
Où te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle: Sur son visage blanc quelle pourpre étincelle! L'hirondelle a chanté; Zéphir est de retour: Il revient en dansant; il ramène l'amour.
L'ombre, les prés, les fleurs, c'est sa douce famille, 10
Et Jupiter se plaît à contempler sa fille, Cette terre où partout, sous tes doigts gracieux, S'empressent de germer des vers mélodieux. Le fleuve qui s'étend dans les vallons humides Roule pour toi des vers doux, sonores, liquides. 15