Poésies choisies de André Chénier

André Chénier · Chapitre 52 sur 119

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Poésies choisies de André Chénier

Chapitre XX

Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante Tourne comme le vent qui souffle la tourmente, Et son coeur nage et flotte en son sein agité Comme de bonds en bonds le navire emporté. Il croit sentir sous lui fuir la planche légère. 10

Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots Inonde les tapis destinés au repos.

Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage: Stupide, il a perdu sa force et son courage. 15

Il ne retrouve plus ses membres engourdis. Il ne peut secourir son ami ni son fils,

Ni soutenir son père, et sa main faible et lente Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres couché et souffrant, le 6. Ecrit à Londres, le 10 décembre 1787.

 

XX

Sans parents, sans amis et sans concitoyens, Oublié sur la terre et loin de tous les miens, Par les vagues jeté sur cette île farouche, Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche. 5

Auprès d'un noir foyer, seul, je me plains du sort. Je compte les moments, je souhaite la mort; Et pas un seul ami dont la voix m'encourage, Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein; 10