Poésies choisies de André Chénier
Chapitre IX
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Si de tout conquérir la soif qui la dévore
Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager, Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger, Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre, Si je ne l'abhorrais! Ah! qu'un coeur est à plaindre 65
De s'être à son amour longtemps accoutumé, Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé! Pourquoi, grands dieux! pourquoi la fîtes-vous si belle? Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle: Que m'importe qu'un autre adore ses attraits, 70
Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets; Que tous deux en riant ils me nomment peut-être; De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître; Qu'un autre ait ses baisers, son coeur; qu'une autre main Poursuive lentement des bouquets sur son sein? 75
Un autre! Ah! je ne puis en souffrir la pensée! Riez, amis; nommez ma fureur insensée.
Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars Me coucher sur sa porte, implorer ses regards; Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes; 80
Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmes, Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort, Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort.