Poésies choisies de André Chénier

André Chénier · Chapitre 43 sur 119

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Poésies choisies de André Chénier

Chapitre X

Tel j'étais autrefois et tel je suis encor.

Quand ma main imprudente a tari mon trésor, Ou la nuit, accourant au sortir de la table,

Si Laure m'a fermé le seuil inexorable,

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Je regagne mon toit. Là, lecteur studieux,

Content et sans désirs, je rends grâces aux dieux. Je crie: O soins de l'homme, inquiétudes vaines! Oh! que de vide, hélas! dans les choses humaines! Faut-il ainsi poursuivre au hasard emportés 10

Et l'argent et l'amour, aveugles déités!

Mais si Plutus revient, de sa source dorée, Conduire dans mes mains quelque veine égarée; A mes signes, du fond de son appartement, Si ma blanche voisine a souri mollement:

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Adieu les grands discours, et le volume antique, Et le sage Lycée, et l'auguste Portique;

Et reviennent en foule et soupirs et billets, Soins de plaire, parfums et fêtes et banquets, Et longs regards d'amour et molles élégies, 20

Et jusques au matin amoureuses orgies.

 

X

Fumant dans le cristal, que Bacchus à longs flots Partout aille à la ronde éveiller les bons mots. Reine de mes banquets, que Lycoris y vienne; Que des fleurs de sa tête elle pare la mienne; 5

Pour enivrer mes sens, que le feu de ses yeux S'unisse à la vapeur des vins délicieux.

Amis, que ce bonheur soit notre unique étude; Nous en perdrons sitôt la charmante habitude! Hâtons-nous, l'heure fuit. Hâtons-nous de saisir 10

L'instant, le seul instant donné pour le plaisir. Un jour, tel est du sort l'arrêt inexorable,

Vénus, qui pour les dieux fit le bonheur durable, A nos cheveux blanchis refusera des fleurs, Et le printemps pour nous n'aura plus de couleurs. 15

Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes Respirent près de nous leur haleine de roses; Que Phryné sans réserve abandonne à nos yeux De ses charmes secrets les contours gracieux. Quand l'âge aura sur nous mis sa main flétrissante, 20

Que pourra la beauté, quoique toute-puissante? Vainement exposée à nos regards confus, Nos coeurs en la voyant ne palpiteront plus. Il faudra bien qu'armés de la philosophie,

Oubliant le plaisir alors qu'il nous oublie,

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La science nous offre un utile secours

Qui dispute à l'ennui le reste de nos jours. C'est alors qu'exilé dans mon champêtre asile, De l'antique sagesse admirateur tranquille, Du mobile univers interrogeant la voix,

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J'irai de la nature étudier les lois:

Par quelle main sur soi la terre suspendue Voit mugir autour d'elle Amphitrite étendue; Quel Titan foudroyé respire avec effort

Des cavernes d'Etna la ruine et la mort;

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Quel bras guide les cieux; à quel ordre enchaîné Le soleil bienfaisant nous ramène l'année;