Poésies choisies de André Chénier
Fragment Ii
Le calme suit leurs pas et s'étend sur la mer.
FRAGMENT II
Le poète Alonzo d'Ercilla, à la fin d'un repas nocturne en plein air, prié de chanter, chantera un morceau, astronomique.
'Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre,
Consacrée au repos. O silence de l'ombre, Qui n'entends que la voix de mes vers, et les cris De la rive aréneuse où se brise Téthys.
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Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre. Lance-toi dans l'espace; et, pour franchir les airs, Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs, Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme. 30
Mes vers impatients, élancés de mon âme, Veulent parler aux dieux, et volent où reluit L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit. Accours, grande nature, ô mère du génie; Accours, reine du monde, éternelle Uranie. 35
Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion
Ou sur les triples feux du superbe Orion
Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emportée, Tu suives les détours de la voie argentée, Soleils amoncelés dans le céleste azur,
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Où le peuple a cru voir les traces d'un lait pur, Descends; non, porte-moi sur ta route brûlante, Que je m'élève au ciel comme une flamme ardente. Déjà ce corps pesant se détache de moi.
Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi. 45
Terre, fuis sous mes pas. L'éther où le ciel nage M'aspire. Je parcours l'océan sans rivage. Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur Entre le jour et moi l'impénétrable mur.
Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mêle 50
Dans les torrents profonds de lumière éternelle. Me voici sur les feux que le langage humain Nomme Cassiopée et l'Ourse et le Dauphin. Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase. Ici l'Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase. 55