Poésies choisies de André Chénier
Chapitre XXIII
Par de fidèles mains avec toi promené,
15
Ne sillonnera plus les prés et le rivage.
Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage, N'inquiéteront plus nos soins officieux;
Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux Les efforts impuissants de ta bouche vermeille 20
A bégayer les sons offerts à ton oreille.
Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous, Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.
XXIII
Le courroux d'un amant n'est point inexorable. Ah! si tu la voyais, cette belle coupable,
Rougir et s'accuser, et se justifier,
Sans implorer sa grâce et sans s'humilier. 5
Pourtant de l'obtenir doucement inquiète,
Et, les cheveux épars, immobile, muette,
Les bras, la gorge nue, en un mol abandon, Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon! Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche, 10
Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche. 10