Poésies choisies de André Chénier

André Chénier · Chapitre 68 sur 119

Pages du PDF

Poésies choisies de André Chénier

Chapitre II

Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger, Ne verra plus des maux qu'il ne peut soulager; 125

Où mes yeux, éloignés des publiques misères, Ne verront plus partout les larmes de mes frères, Et la pâle indigence à la mourante voix,

Et les crimes puissants qui font trembler les lois. Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée, 130

De nos tristes climats pour longtemps ignorée, Daigne du haut des cieux goûter le libre encens D'une lyre au coeur chaste, aux transports innocents, Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires, Flatter, à prix d'argent, des faveurs arbitraires, 135

Mais qui rendra toujours, par amour et par choix, Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois. De voeux pour les humains tous ses chants retentissent: La vérité l'enflamme, et ses cordes frémissent Quand l'air qui l'environne auprès d'elle a porté 140

Le doux nom des vertus et de la liberté.

 

II

...Terre, terre chérie

Que la liberté sainte appelle sa patrie;

Père du grand sénat, ô sénat de Romans, Qui de la liberté jetas les fondements;

5

Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence, Vienne; toutes enfin! monts sacrés d'où la France Vit naître le soleil avec la liberté!