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Claire North · Chapitre 15 sur 83

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Chapitre 16

 

Le temps est

Theo n’est pas sûr de savoir ce qu’est le temps il y a du sang sur ses vêtements dans ses cheveux sur ses doigts parfois il dort et il rêve de

macaronis au fromage

Helen dans la neige dans la glace dans la

Dani Cumali, assise près du canapé

— Bénies soient ses mains bénie soit l’eau sous ses doigts bénies soient les pierres au fond du lac bénies soient les racines qui plongent bénie soit la lune qui brille sur le…

La prière du hachoir, le chant des condamnés au travail à la chaîne de la prison, se fond dans le clapotis de l’eau contre le flanc du bateau et Theo

rêve.

Les cartes du jour : neuf d’épée, cinq d’épée, reine de coupe, la Papesse, trois de denier, valet de bâton, la Lune (inversée), le Mat, le Pendu (inversé).

Si seulement elle connaissait la bonne question à poser, Neila était certaine qu’il y aurait une réponse satisfaisante dans tout cela.

La pompe à eau de l’écluse de Cassiobridge ne fonctionne pas, et personne n’est de service aux portes.

Theo est réveillé, et il se rend à la proue du bateau pendant que Neila commence à tourner la manivelle, le froid du métal transperçant la double couche de laine et de coton sur ses mains, mordant jusqu’à l’os pendant qu’elle hisse le vantail. Il ouvre la bouche pour lui proposer de l’aide, puis il réalise que c’est une idée idiote et il se contente de regarder, d’attendre pendant que l’eau monte et porte la péniche vers le niveau suivant du canal.

Le dos de Neila se courbe, les jambes raides, contreforts de château, tandis qu’elle referme lourdement les portes de l’écluse derrière eux, prêtes pour un autre voyageur. Theo observe et attend, les mains enfoncées dans ses manches, frissonnant, pendant qu’elle remonte à bord. Elle entre à la poupe, près du moteur, et il rentre d’un pas traînant à la proue, refermant la porte derrière lui.

Ils mangent leur déjeuner et c’est

très bon

merci c’est très

je n’ai pas grand-chose vous savez mais c’est…

Vous étiez blessé. Sur le canal. Il y a un code sur le canal vous voyez mais en fait c’est mes principes c’est plus important pour moi, mon sens de…

Je n’ai rien fait

Neila repose sa cuillère dans le bol de soupe à la tomate chimique, se cale au fond de sa chaise pliante, croise les jambes, dit :

— Je lis l’avenir. Mains. Cartes. J’ai des clients à Leighton Buzzard, et il y a un pub à Tring qui organise une soirée médium et ils ont dit qu’ils me prendraient. Il y a neuf ans, je me suis fait arrêter pour comportement antisocial et déprédation criminelle. J’avais manifesté contre la fermeture d’une bibliothèque. Quand j’étais petite, on chantait Les roues de l’autobus dans la section jeunesse, mais la plupart des gens y allaient pour les DVDs. La police a dit qu’on avait vandalisé une voiture. On avait des pancartes en carton faites avec des boîtes de jus de fruits. Ils m’ont condamnée à une indemnité de 17 000 £, ou quatre ans au hachoir. J’ai payé l’indemnité, et après il ne me restait plus rien. Maintenant, je vis sur le canal. Je pensais que ce serait romantique. Ça l’est, parfois. Je passe l’essentiel de ma journée à penser au carburant et à l’eau potable. Quand je te dis t’attendre dehors, tu attends dehors. C’est compris ?

Peut-être, oui. Il hocha la tête, une fois, sans la lâcher des yeux.

— Certaines choses sont plus faciles à deux. Porter le charbon, l’eau, le bois ; faire des réparations. Les toilettes fonctionnent avec une cuve qu’il faut vider à la pompe. Parfois, la pompe gèle, et il faut le faire à la main. Le moteur tombe en panne. Souvent le filtre du liquide de refroidissement. Est-ce que je suis claire, là, je ne sais pas si je suis très claire…

» Avant de lire l’avenir, j’étais coiffeuse. Il y a une femme à Water Eaton qui jure qu’elle ne laissera jamais personne d’autre toucher à sa tête. Elle a des histoires. J’aime bien ses histoires ; elle a été maire pendant un temps, un jour quelqu’un a enterré une vache à l’envers dans son jardin pour protester contre un permis de construire, j’espère que la vache était morte avant d’être enterrée mais imagine le boulot. Prendre la vache, prendre le camion, prendre la pelle, creuser – et puis il a fallu déposer le corps et ils ont remis la pelouse en place aussi, avec juste les sabots qui pointaient au-dessus – ça marche ? (Il hocha la tête, mais elle se répéta, plus fermement, une main posée sur la table.) Ça marche ?

Il se lécha les lèvres, hocha encore la tête, plus fort.

— Oui. Ça marche.

— Bien. Tu devrais finir de manger et te reposer. Quand tu te sentiras prêt, je te montrerai les bases à connaître sur le bateau.

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