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Claire North · Chapitre 16 sur 83

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Chapitre 17

 

Dring dring dring dring !

Dring dring le destin appelle !

dring dring dring dring

À Tulse Hill, allongé sur le ventre, Theo se réveille laborieusement, et ne répondit que parce qu’il ne reconnut pas son numéro.

Dani dit :

— Theo ?

Il ne parla pas, le téléphone figé, le souffle suspendu, la bouche fermée.

— Tu es là ? Je sais que tu m’entends. Écoute. Écoute, j’ai merdé. J’ai merdé et maintenant ils vont… j’ai merdé.

Ce n’était pas de la tristesse ou de l’autoapitoiement. Des faits sur des faits, une vérité qui devait être dite.

— Tu es là ?

— Je suis là, répondit-il, vaseux.

— Ils vont venir me chercher. Il faut que tu…

— Je ne peux pas te parler.

— Lucy est ta fille.

Les mots se cristallisèrent entre eux.

Theo parcourut sa chambre du regard et se remémora une fois encore à quel point elle était étriquée et nulle et sans âme, il se demanda pourquoi il prenait la peine de plier ses pantalons. Est-ce que ça faisait de lui quelqu’un de fou ? Les pantalons pouvaient être entassés dans le tiroir, après tout ce n’était pas la place qui manquait.

— Lucy est ta fille, répéta Dani. C’est ta fille.

Silence au bout du fil.

Collision de probabilités – une pièce lancée cent fois atterrit cent fois côté face, et pourtant cela ne veut pas dire qu’elle doit atterrir côté pile. Moyen, médiane, milieu, compter à rebours à partir de la date de naissance et peut-être, le plus mince des peut-être, et puis quelle équation utilise-t-on pour cet instant, comment accorder ses besoins, ses mensonges, la vérité, par quel bout commencer à…

— Je… ne te crois pas, marmonna Theo. Je ne te crois pas.

— Je ne t’ai pas dénoncé. Lucy est ta fille – je cafterais jamais, peu importe ce que tu as fait, je cafterais jamais, je me suis dit que peut-être… c’est ta fille. Lucy est ta fille. Elle est de toi. J’ai cherché un moyen de la récupérer, et tu n’as pas voulu m’aider alors je me suis débrouillée toute seule. Écoute. Je n’ai pas beaucoup de temps. Il y a cette femme, Helen, elle a vu les fosses, elle a le…

» Lucy est ta fille. Je l’aime. Je ne l’ai pas vue depuis quatorze ans et je l’aime encore, c’est hallucinant non ? Ils m’ont surveillée. Je me fiche de ce qui peut m’arriver, mais tu dois utiliser cette saloperie, tu m’entends ? Tu dois la faire sortir de là avant qu’il soit trop tard.

— Dani, ce n’est pas…

— Je peux le prouver. Je peux prouver qu’ils l’ont flingué. Ils ont tout flingué. Ils ont flingué le monde. Tu m’entends ? Je sais que tu m’entends. Je sais que tu es là. Je sais que tu sais que c’est vrai. Tu l’as su au moment où tu as appris sa date d’anniversaire tu savais tu n’as juste pas…

» Lucy est ta fille. Elle est à toi maintenant. Ne fous pas tout en l’air.

Il ferma les yeux.

— Où es-tu ?

Il prit son vélo pour aller de Tulse Hill à Sidcup. Les trains s’arrêtaient à 23 h 45, et la course en taxi était au-delà de ses moyens.

Il dut faire un grand détour pour éviter l’enclave de New Cross Gate, les symboles des tribus peints en blanc dans les rues sombres, l’odeur d’essence, les fissures dans la route. Certains endroits n’arrivaient jamais à obtenir de sponsoring privé, alors les gens renonçaient, s’ils ne veulent pas, ne peuvent pas, ne veulent pas, peu importe – que peut-on attendre d’autre de la part des parasites, des geignards, des mères qui n’auraient pas dû tomber enceintes, des pères irrécupérables, des drogués qui devraient juste se reprendre en main, sérieusement, genre, juste arrêter de prendre ces saloperies de drogues c’est pas si dur que ça c’est pas si…

Tout le monde évitait les enclaves. De temps à autre, un journaliste y pénétrait, ou restait près des portes en compagnie de gardes armés, hors de portée de tir, et les plus désespérés – les enfants sans famille, les petites vieilles qui se régalaient de sauté de chat, les racleurs d’égouts et ceux qui farfouillaient dans les décharges – avant que ces dernières soient revendues aux sociétés de liberté conditionnelle et qu’on fasse venir des gens du hachoir pour trier les déchets – ils arrivaient d’un pas traînant et titubant et jetaient des regards noirs à la caméra, et au vu de leurs visages craquelés et de leur laideur brutale il était très clair qu’ils n’étaient plus humains, et savaient seulement comment éprouver de la rancœur et de la haine face à cette intrusion de gens beaux dans leurs vies à ras de terre.

— Toi ! Descends de ton vélo, à terre, maintenant !! Descends descends espèce de…

Les hommes de Blackheath avaient jailli si vite et si brusquement de la porte en acier renforcé, Tasers levés et prêts à tirer, que Theo faillit tomber de vélo en faisant un écart pour les éviter, dérapa et se rattrapa violemment sur une jambe, sa cheville ployant contre l’asphalte.

— Je suis perdu je suis juste perdu je ne suis pas je suis juste perdu !

— Pièce d’identité !

— Je ne l’ai pas je l’ai laissée chez moi je vais voir une amie mon amie elle va accoucher elle ne peut pas se payer l’hôpital elle va accoucher je me suis trompé de chemin s’il vous plaît le bébé est de moi le bébé est…

Pourquoi avait-il choisi cette excuse ? Il n’en était pas certain, mais il s’était manifestement montré assez convaincant car les hommes le ramenèrent au bout de la rue, lui indiquèrent la direction de Sidcup et, plus bas, lui souhaitèrent bonne chance et lui dirent de faire attention de ne pas pédaler trop près des ensembles résidentiels sécurisés, rares bulles de fortune collées aux lignes de chemin de fer, sinon la sécurité risquait de mal le prendre.

Des murs autour des enclaves pour empêcher les sauvages de sortir ; des murs autour des sanctuaires, des complexes résidentiels pour gens aisés et des villages sécurisés pour empêcher les sauvages d’entrer. Ces décisions n’étaient pas le résultat d’une politique gouvernementale. Les choses s’étaient simplement organisées ainsi.

Les lumières de Londres s’étendaient derrière lui, les flaques de clarté là où l’électricité coulait à flots, les cercles d’obscurité là où le conseil municipal ne payait pas ses factures, les zones où les assurances ne mettaient pas les pieds, rationnées à leurs six heures obligatoires par jour d’éclairage.

Des éclairs de lumière sur le côté de la route.

Un restaurant chinois à emporter, un chat doré dans la vitrine répétant continuellement son salut fasciste au défilé militaire.

Le débit de boissons, ouvert en permanence, deux garçons devant qui essayaient de rassembler le courage de piquer un paquet de chips.

Des fouille-poubelles, qui pataugeaient dans les ordures et les bennes en plastique pleines à craquer en quête de choses à brûler, vendre, fondre ou fabriquer.

Un homme déboula au beau milieu de la rue alors que Theo s’engageait sur la dernière ligne droite avant la M20, se précipita vers le vélo – l’espace d’un instant Theo crut qu’il était souffrant et avait besoin d’aide, il dérapa pour éviter de lui rentrer dedans et c’est alors seulement qu’il vit les deux autres hommes arrivant vers lui, le premier sur un BMX bas qui rebondissait en longeant la route, le second à pied, courant pour attraper le guidon. Dans un rugissement furieux il força sur les pédales et donna un coup de pied à l’homme qui avait déboulé devant lui, l’atteignant en pleine poitrine, et il distança ses poursuivants au bout de quelques rues balayées par le vent nocturne.

Il n’y avait pas de murs autour de l’enclave où vivait Dani, mais trois femmes gardaient l’entrée défendue par une chaîne rouillée accrochée entre deux réverbères, installées sur un banc fendillé près de la route principale, des lampes torches à la main. Quand il approcha, l’une des femmes se leva, braqua sa torche sur son visage et grogna :

— Qui vous êtes ?

— Je m’appelle Theo. Je viens voir Dani Cumali.

— C’est chez les femmes ici. Les hommes entrent pas.

— Je suis un ami de Dani.

— C’est chez les femmes ici ! répéta-t-elle plus fort, en colère. C’est chez nous !

— Elle m’a appelé. Elle a dit que c’était urgent. (Puis, presque honteux.) Elle a une fille.

Un vacillement, un froncement de sourcils.

— Attendez ici.

Les femmes communièrent, leurs têtes penchées les unes vers les autres comme les pétales clos d’une fleur épineuse, s’ouvrirent, revinrent vers Theo, aboyèrent :

— Vous avez un téléphone ?

— Oui.

— Donnez-moi le téléphone, le portefeuille. On surveille le vélo. On vous rendra tout ça quand vous avez fini.

— Elle m’a appelé, elle…

— Vous êtes sourd ? On les garde.

Theo hésita, puis mit pied à terre, laissa la femme prendre le vélo par le guidon, lui remit son portable et son portefeuille. La femme pointa du doigt une allée carrelée menant vers une série de bâtiments en béton gris.

— Cumali. Elle est là-dedans, avec les fantômes et ceux qui mordent. Essayez de pas faire trop de boucan, d’accord ?

Theo hocha la tête et suivit la direction indiquée par son doigt.

Dans son dos, il crut l’entendre chuchoter, murmures destinés à la vague tache blanche au sein des nuages où se terrait la lune. Béni soit le clair de lune à travers la cage bénies soient celles qui tissent et ceux qui brisent bénie soit la mère qui arpente la montagne de pierre bénie soit…

Il y avait une terrasse en béton devant le long bâtiment en béton au toit métallique où vivait Dani. Quelques pots en plastique fendillés hébergeaient les vestiges de buissons grisâtres et l’éclat sporadique de soucis aux pétales jaunes. Quelqu’un avait pris la peine de balayer les feuilles sous les arbres voisins et de les rassembler dans un coin, mais n’avait rien trouvé d’autre à faire avec, alors elles revenaient en vagues lentes. Une haie privée séparait les portes en verre dépoli de chaque bloc d’appartements. Très peu de lumières y brillaient. Un générateur grommelait quelque part derrière des murs bas, parfumant l’air d’un relent de diesel.

L’éclairage de la tour située juste en face permit à Théo de repérer la porte de Dani. Une longue fenêtre en verre au rez-de-chaussée était plongée dans l’ombre ; un drapeau suspendu derrière montrait l’image délavée d’une girafe en jaune et orange, qui s’éloignait d’un soleil couchant, la tête tournée vers l’est.

Une lampe brillait faiblement au premier étage, son éclat s’échappant par une fenêtre entrouverte. Un bras se déplaça dans la lumière, projetant un tentacule d’ombre sur un mur, avant de replonger dans l’obscurité. Theo frappa à la porte d’entrée, de façon inaudible. Il frappa un peu plus fort, et, aussitôt craintif, regarda autour de lui en se demandant qui avait été réveillé par le bruit. Rien ne bougea, nulle ombre ne remua. Au moment où il tendait le bras pour réessayer, un éclat de lumière attira son regard. Il disparut. Un instant plus tard, il le vit à nouveau : un carré bleu-blanc pris dans les griffes de la haie de troènes. Un portable, désorienté par sa situation actuelle, plaqué contre le nid de brindilles qui le retenait, glissant lentement vers le sol. Le mouvement de sa chute lente à travers la haie déclenchait un capteur, allumant et éteignant l’écran. Il pouvait voir le puits qu’il avait déjà foré, feuilles déchirées et bois brisé. Apparemment, il avait été lancé avec une force conséquente. Il n’avait pas l’air d’être là depuis bien longtemps. Il hésita, puis enfonça le bras dans la haie. L’écran était verrouillé, le trajet graisseux d’un pouce sale encore visible à sa surface. Il le retourna, leva les yeux, regarda autour de lui et se demanda si c’était un test ; incapable d’en comprendre la nature, il mit le téléphone dans sa poche et, avançant maintenant un peu plus vite, son cœur tambourinant dans une pirouette étourdissante, il tenta d’ouvrir la porte d’entrée.

Elle s’ouvrit sur une simple petite pression. Il pénétra à l’intérieur, odeur de bière sèche et collante, linge humide et fumée de cigarette. Autrefois, l’endroit avait accueilli une famille, deux parents, deux enfants, trois en se serrant. Désormais, chaque pièce avait été divisée, des cadenas aux portes, neuf personnes pour un cabinet de toilette. Les gens aimaient se répéter que c’était là qu’atterrissaient les parasites, les traîtres incapables de trouver un boulot, qui avaient vécu de la charité de l’État, avant que la Compagnie arrive et régularise tout ça, efficacité avant tout, s’assurant que ceux qui n’essayaient pas n’obtenaient pas.

Personne ne voulait admettre que les enclaves hébergeaient les éboueurs, les agents d’entretien, les serveurs, les concierges, les employés de rayon, les aides-soignants qui essuyaient le derrière des vieilles dames, les conducteurs de bus et les assistants médicaux trop fauchés pour se payer autre chose. Tout le monde devait faire un choix, disait la Compagnie. Il fallait choisir le succès.

Depuis l’arrière du bâtiment, un air de guitare, joué par une femme qui chantait pour elle-même, l’éclat d’une bougie filtrant sous sa porte. Depuis une porte à gauche le bourdonnement sourd et gris d’une télé, qui fonctionnait toute la nuit pour le bénéfice d’un couple endormi, aux membres entremêlés sur le matelas grinçant. Theo monta les marches à tâtons, la moquette cédant la place au lino, couinant sous ses pas comme un rat atteint d’arthrose. Une lumière sous la porte du premier étage, et derrière la voix d’une femme, feutrée, qui parlait au téléphone. Il s’approcha lentement, frappa une fois, en effleurant à peine des articulations l’aggloméré peint. Pas de réponse, mais la porte n’était pas fermée ni verrouillée, et la voix de la femme se faisait toujours entendre, alors il poussa.

La femme était grande, exceptionnellement grande, avec des cheveux blonds coupés court qui retombaient doucement sur un côté de son visage. Elle portait un tee-shirt noir, un jean noir et des bottes en caoutchouc rouges. Les muscles de ses bras étaient dessinés par quelques exercices physiques, son cou était long et nu, ses yeux gris, ses lèvres pâles, elle tenait un portable contre son oreille et un 9 mm dans son autre main, muni d’un silencieux. Son visage et sa peau nue étaient constellés de minuscules taches de sang, ses vêtements aussi sans doute, même si Theo n’en était pas sûr. Une plus grande tache de sang et de matière grise recouvrait le mur derrière le lit défait au centre de la pièce, encore chaude, encore dégoulinante. Une paire de pieds dépassait de sous le lit, sur le côté le plus éloigné de la porte. Ils étaient nus. Ils auraient pu appartenir à n’importe qui. Ils appartenaient à Dani.

Il ne pouvait pas voir son visage.

Il n’y avait sans doute plus beaucoup de visage à voir.

Un petit amas de matière, gris cerveau, esquilles d’os blanc, sang cramoisi, pas plus gros qu’une bille de flipper, fit schloup, détaché par son propre poids du mur où il était collé, et s’aplatit sur la table de chevet. L’armoire, sa porte suspendue par une charnière, était ouverte. Il y avait une trace de main sanglante sur la poignée. Les vêtements avaient été arrachés à leurs cintres et répandus sur le sol. Une seringue, vide, gisait sur les draps, petite, avec une minuscule aiguille. Un ordinateur portable était resté ouvert, son écran d’un bleu éclatant et accueillant.

La femme au pistolet sourit à Theo sur le pas de la porte, un éclair de reconnaissance, pas de familiarité, juste une situation embarrassante nécessitant une résolution

inclina légèrement l’arme, sans le menacer

demandant un instant de patience pendant qu’elle terminait sa conversation au téléphone, vraiment navrée, terriblement malpoli, si ça ne vous embête pas d’attendre juste un instant… ?

Elle dit :

— Hum-hum. Hum-hum. Oui. C’est cela. (Elle épela un code postal une lettre après l’autre) Sierra, écho… oui, écho…

Theo était debout sur le seuil, la lumière d’une unique lampe de chevet rasant ses pieds et ses genoux avant de disparaître dans l’ombre derrière lui.

— Homicide. Oui, c’est ça. Oui, je suis la meurtrière. Non, vous êtes les premiers que j’appelle. Oui, je peux patienter. Quel est votre temps de réponse estimé ? C’est très bien. Merci. Bien sûr que je peux rester en ligne. Merci.

Cela fait, elle rabattit le téléphone en le plaquant de manière que le micro soit enfoui dans son épaule, inclina la tête de l’autre côté, sourit à Theo, ajouta :

— Vraiment navrée – la police est en route. Si vous voulez bien juste faire le héron, je suis à vous dans une seconde.

Theo se tient sur le seuil, et se demande ce que ferait un héron. Une jambe levée, une jambe dans l’eau, figé à l’affût d’un poisson.

La femme reprit le téléphone.

— Hum-hum. Hum-hum. Oui, deux dans la tête, deux dans la poitrine. Pas de témoins mais quelqu’un vient tout juste de… Oh…

Theo s’en alla.

Trois femmes attendent près de l’entrée de l’enclave

l’une d’elles tient son vélo, son téléphone, portefeuille

— C’était rapide, dit-elle.

— Dani est morte, répondit-il en prenant son vélo.

— Vous l’avez tuée ?

Un éclair de colère, mais en profondeur, étouffé sous la résignation, blasé. Ce sont des choses qui arrivent.

— Non. La meurtrière est toujours là-dedans. Elle vient d’appeler la police.

— Merde. Maman va me tuer si les flics la réveillent cette nuit.

— Merci d’avoir gardé mon vélo.

— Les flics, sérieux ?

— Oui.

— Et Dani est morte ? Alors ça putain c’est vraiment le…

Theo, sur son vélo, pédale dans la nuit.

Il y a les rues

il y a la ville

il y a les ténèbres qui semblaient

menacer mais s’avéraient simplement vides, un lieu où

il y a le bruit que fait le cerveau quand un bout se décolle du mur, schloup, et tombe, plaf, sur la moquette. Si le sol avait été recouvert d’autre chose le son aurait pu être différent et si quelqu’un prend la peine de nettoyer alors ils utiliseront sans doute un aspirateur, quelque chose de spécialement

conçu pour attaquer les bouts séchés en gros c’est comme de nettoyer de la viande mais en fait il faut carrément une nouvelle moquette et

il y a l’homme appelé Theo, qui file sur son vélo, au centre de l’univers

il y a l’époque où la nuit est

il y a les mots qui

bang ! Qui aurait cru que l’arme n’était pas chargée à blanc en fin de compte et blam il tombe respire respire ne respire plus ce n’est pas ta faute tu sais ce n’est pas ta faute ce

il y a le jour où Dani comprit que les rêves étaient pour les enfants

les informations quand le gouvernement annonça que le privé gérait tellement mieux les choses que les fonctionnaires et ce serait mieux pour tout le monde si les députés se concentraient sur des sujets importants comme

comme

eh bien, ce qu’il restait une fois que les enseignants, les docteurs et les juges avaient disparu

il y a le rêve où Theo rêve encore de son père en train de mourir, même s’il n’était pas là, il n’a jamais vu tout ce qu’il a c’est son imagination de la prison et la fin

Il y a Theo, à 3 heures du matin, qui rentre chez lui à vélo après avoir fui une scène de meurtre, en se demandant pourquoi il ne pleure pas.

Il y a Theo, à 3 heures du matin, allongé sur une péniche orientée vers le nord, et derrière le rideau qui le sépare de son hôtesse, une étrangère qui lui a fait du thé et ne lui a pas posé de questions, et maintenant il pose ses mains sur son visage pour cacher ses yeux et en silence il pleure comme la pluie d’été.

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