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Chapitre 68
Neila et Theo s’assirent sur le toit du Hector pendant que la neige tombait, et ils regardèrent Scunthorpe brûler au loin.
Neila posa sa tête sur l’épaule de Theo. Il passa son bras autour d’elle, la serra contre lui. La fumée était un signal qui dérivait vers le sud, étiré par le vent. Les flammes étaient une danse orange tourbillonnant dans le ciel à l’horizon.
Finalement, Neila dit :
— Donc c’est toi qui as fait ça ?
— D’une certaine manière.
— Tu as tout brûlé ?
— Pas cet endroit-là à proprement parler…
— Mais tu as brûlé le pays ?
— J’imagine.
— Et tué des gens ?
Il ne répondit pas.
— Pour récupérer ta fille ?
Pas de réponse.
Neila vint se blottir un peu plus près, profitant de sa maigre chaleur, et ils regardèrent encore un peu les flammes.
— Cool, dit-elle dans un souffle, laissant ses paupières se fermer d’elles-mêmes comme si elle pouvait sentir la chaleur du feu depuis le bord de l’eau, réchauffant jusqu’aux tréfonds de son âme.
Trois jours après l’explosion des bombes à Ascot, le gouvernement britannique gela les capitaux de la Compagnie.
Philip Arnslade, ministre de l’Efficience fiscale, prit cette décision de manière unilatérale. C’était en son pouvoir, après tout, et les fonctionnaires qui passèrent le coup de téléphone furent étonnés de découvrir qu’ils pouvaient bel et bien exécuter son ordre.
Les banques dirent : c’est une plaisanterie sûrement pas cela va tout détruire la Compagnie est les banques les banques sont la Compagnie nous ne pouvons pas arrêter d’échanger leurs actifs comme ça c’est…
Le ministre de l’Efficience fiscale ordonna donc au Dix-neuvième Comité d’exercer ses pouvoirs d’urgence, ce qu’il fit, et il coupa les systèmes informatiques des banques.
Quand il le découvrit, le Cabinet explosa et exigea sans tarder que les ordinateurs soient débloqués, les capitaux dégelés et que Philip Arnslade démissionne. Malheureusement, à ce moment-là Philip Arnslade avait disparu pour assister à une réunion essentielle quelque part – Birmingham, peut-être, ou était-ce Hull ? – et tous les appels sur son téléphone atterrissaient directement sur le répondeur.
Quand le Cabinet se réunit au complet à 2 h 40 du matin, ils avaient tous reçu le même dossier. Ils l’avaient déjà vu, bien sûr, le jour où il avait été publié sur Internet. Helen Arnslade, récitant les noms des morts. Noms de lieux. Numéros de sécurité sociale. Cadavres basculant dans des tombes. Membres sectionnés et squelettes ambulants. Il n’y avait rien de nouveau dans tout ça. Même ceux qui n’avaient pas pleinement compris ou soupçonné n’étaient pas aussi surpris qu’ils auraient aimé l’être.
Ce qui était surprenant, c’était que cette fois le dossier était envoyé par Philip Arnslade.
« La Compagnie a essayé de me tuer, ainsi que ma mère, expliquait-il. Tout cela va trop loin. »
Les débats portant sur le dégel des capitaux de la Compagnie et sur la réouverture des banques firent rage jusqu’à 9 h 45 ; entre-temps, les fichiers avaient à nouveau été publiés sur Internet, et les bloqueurs des moteurs de recherche semblaient ne plus fonctionner. Le Cabinet choisit de ne pas réagir, cette fois. Cela semblait être la solution la moins risquée.
Neuf heures plus tard, Philip Arnslade refit surface au pays de Galles, où il avait temporairement pris ses quartiers dans un château, accompagné de trente hommes armés et d’une équipe de journalistes.
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