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Claire North · Chapitre 53 sur 83

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Chapitre 54

 

Ils se cachèrent dans un vieil abri en pierre où les bergers s’occupaient autrefois de leurs troupeaux, et qui n’était désormais plus utilisé que par les mômes et les adolescents, ceux qui s’ennuyaient au village et venaient boire de la bière et fumer des joints et peut-être tester un peu cette histoire de sexe.

Theo rit malgré lui tout en déblayant à coups de pied des paquets de préservatifs et des canettes écrasées, se souvenant brièvement d’une nuit avec Dani sur la plage, des cris de « Aouch il fait vraiment froid il y a d’autres couvertures… j’ai les fesses tout engourdies ! » À l’époque son cerveau d’adolescent n’aurait pu concevoir plus magique que…

… mais désormais c’était autre chose et Theo continua de pouffer un moment en silence tout en installant la vieille femme sur un matelas de vêtements volés, calant sa tête à l’abri du vent, et pendant qu’elle dormait, il enfila deux paires de chaussettes sur ses pieds et, à défaut de mieux, deux autres sur ses mains, pour empêcher ses doigts de virer au bleu.

Pendant trois jours

— Pendant trois jours, songea Theo à voix haute tandis qu’ils contemplaient la glace qui emprisonnait le Hector, mince certes mais même une mince couche de glace pouvait faire tant de dégâts, ou peut-être seulement deux ? Je crois que c’était peut-être…

Pendant peut-être deux jours seulement.

Theo emmena la voiture aussi loin que possible, l’abandonna dans un pré quand même les vapeurs d’essence ne suffirent plus à la faire avancer, revint à pied en suivant les sentiers. Il mit presque quatre heures, et quand il revint il faisait noir et il avait froid et il était détrempé, pas par la pluie mais par la tombée de l’humidité dans l’air qui le faisait frissonner de façon incontrôlable. La femme était réveillée, elle le regarda arriver avec le coucher du soleil qui se diluait dans son dos et elle dit simplement :

— Venez là.

Il s’était allongé sur le lit de vêtements volés, et elle avait rabattu une couverture volée sur lui, et l’avait serré contre elle, et bientôt elle frissonnait à cause du froid qui irradiait de ses vêtements détrempés et après un moment ils eurent chaud tous les deux, et Theo dormit, et elle aussi.

Le lendemain matin elle vomit et se retrouva incapable de garder ne serait-ce que du pain sec et elle s’accroupit derrière l’abri et lui cria de ne pas se rapprocher, de ne pas la regarder, et pendant un temps il se cacha derrière les pierres et se couvrit les oreilles pendant qu’elle hoquetait et tremblait et s’étranglait et crachait et toussait un liquide orange par le nez. Le fait de vomir joua aussi sur ses intestins, sa vessie son…

Et puis elle lança :

— Passez-moi des vêtements propres – sans regarder !

et il lui passa des vêtements propres sans regarder, la tête baissée vers la terre sale, et elle se changea dans le froid et revint affublée des vêtements d’une femme bien plus jeune et plus grosse qu’elle et sans un bruit elle s’allongea sous la couverture et attendit que Theo s’allonge aussi, afin qu’elle puisse prendre un peu de sa chaleur, chaleur qu’elle avait auparavant si précieusement offerte.

Et elle dormit.

Et parfois, mais pas très souvent, Theo dormit aussi.

Jusqu’à ce qu’un soir, sans doute le deuxième ou peut-être le troisième jour, un groupe de gamins apparaisse sur le seuil de l’abri et les regarde fixement, perdus, déroutés, perplexes de le découvrir occupé, et ils marmonnèrent entre eux, car ils avaient eu l’intention de venir ici et de faire des trucs vraiment balaises comme ouvrir des bouteilles avec les dents et peut-être se défier mutuellement de toucher leurs sexes ou quelque chose de vraiment dangereux dans ce genre et ça allait être…

Mais il y avait deux personnes, un homme et une vieille femme, allongés sur un tas de vêtements crados et il était évident à leurs yeux que c’était des intrus, des indésirables, des clodos, parce que même les plus intrépides randonneurs des chemins des Cotswolds utilisaient des sites de glamping sous licence.

Ils marmonnèrent donc entre eux et détalèrent vers le village, et l’un d’eux – le deuxième plus grand et le plus courageux – jeta sur Theo un caillou qui rebondit sur son épaule, et Theo se réveilla et vit l’enfant, et l’enfant poussa un cri perçant et s’enfuit en courant.

Theo secoua la femme et chuchota :

— Il faut qu’on parte il faut qu’on parte il y avait… il faut qu’on parte…

Et la femme ouvrit péniblement les yeux, et vit l’ombre de l’enfant qui dévalait la colline en courant et grommela :

— Très bien.

Et elle se remit sur ses pieds, renfonça son bonnet bleu sur ses courts cheveux blancs, frotta les croûtes jaunes collées sur ses yeux.

Ils marchèrent, la femme appuyée sur Theo, un bras passé autour de ses épaules, avec à chaque pas une exclamation réprimée, son poids tanguant d’un côté et de l’autre. La seule direction qu’ils suivaient était l’opposé de celle que les enfants avaient empruntée, jusqu’à ce que finalement la femme s’arrête, regarde vers le sommet de la colline, regarde vers le bas, se tourne vers Theo et, penchant légèrement la tête pour examiner son visage plus attentivement, déclare :

— Je m’appelle Helen.

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