Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 1 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Résumé du livre

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— Que faites-vous là, m’dame ?

Alexa Rodriguez se retourna d’un bond, la main sur le cœur. La voix grave et profonde l’avait effectivement prise de court, pourtant, sa surprise fut d’autant plus grande lorsqu’elle découvrit l’homme qui avançait vers elle d’une démarche assurée, voire arrogante. Bon, malgré son accoutrement de cow-boy, il boitait légèrement, difficile donc de l’accuser de se pavaner… Cependant, peu importait le qualificatif qu’on pouvait utiliser pour décrire cet homme ; il venait de l’interpeller et elle n’avait nulle part où fuir. Et même si elle l’avait voulu, elle était clouée sur place par ce regard noir comme la nuit.

En franchissant le seuil des impressionnantes écuries du ranch de Pebblebrook, elle n’avait vu personne. Or voilà que ce cow-boy on ne peut plus sexy s’approchait d’elle, la toisant par-dessous le large rebord de son chapeau noir. Pourquoi diable son cœur battait-il soudain si vite, si fort ? Décidément, cet homme était particulièrement troublant…

Était-elle entrée là par effraction ? La propriétaire du bed and breakfast jouxtant les écuries avait affirmé à Alexa que celles-ci étaient ouvertes à ses clients, mais peut-être y avait-il eu malentendu, car cet homme ne semblait guère apprécier d’avoir de la visite.

— Je séjourne dans le B&B, juste à côté, expliqua-t-elle en tentant de soutenir le regard du cow-boy. On m’a dit que je pouvais monter à cheval et qu’il y aurait quelqu’un pour m’aider.

Le garçon d’écurie grommela entre ses dents, sans jamais la quitter des yeux. Pour tout dire… cela devenait gênant.

Sortir de sa zone de confort… N’était-ce pas précisément le thème de ce week-end ? Sa meilleure amie, tout aussi ingénieuse que bien intentionnée, avait offert à Alexa un séjour de trois nuits dans ce ranch. D’après elle, Alexa était une maman célibataire surmenée qui méritait de s’offrir un moment à elle.

À peine installée dans sa chambre, Alexa avait décidé de faire le tour des installations extérieures avant l’arrivée de la tempête annoncée par la météo. La dernière fois qu’elle était montée à cheval, elle avait cinq ans. Autrement dit, elle se retrouvait tellement loin de sa zone de confort qu’elle ne savait même plus ce que le mot « confort » signifiait…

Mais si aujourd’hui le cheval était livré avec l’option « cow-boy ténébreux », alors peut-être qu’elle apprécierait enfin de sortir de sa routine… À n’en pas douter, sa meilleure amie serait certainement ravie de la voir en proie à un réveil hormonal des plus inattendu.

Car ce garçon d’écurie était une véritable bombe : depuis ses bottes poussiéreuses jusqu’au jean qui lui moulait les hanches en passant par son chapeau noir… et la façon dont il avait prononcé le mot « m’dame », tout lui avait donné des papillons dans le ventre.

Manifestement, cela faisait trop longtemps qu’elle n’avait pas noué de relation avec quelqu’un en dehors de sa classe de maternelle (sans compter son fils de quatorze mois !).

— Vous êtes déjà montée à cheval ? demanda-t-il finalement.

— Une fois, avoua-t-elle, en plongeant ses mains dans les poches de son jean. J’avais cinq ans et c’était lors de la fête d’anniversaire de mon cousin.

Il fit un pas de plus vers elle, se rapprochant dangereusement. Soudain, Alexa peinait à respirer. Comment un tel homme pouvait-il se montrer aussi sûr de lui et si audacieux ? Avec son regard intense, ses longs cils foncés et sa barbe naissante qui contournait ses lèvres pleines…

Et que dire de ses larges épaules moulées dans sa chemise noire boutonnée jusqu’au col qui ne laissait aucune place à l’imagination. Il avait la musculature d’un athlète. Que dire encore de ses hanches serrées habillées de ce jean usé qui aurait fait tomber n’importe quelle femme à genoux… N’importe quelle femme, sauf elle. Car Alexa s’était juré de ne plus se laisser tourner la tête si facilement. Il n’y avait de toute façon pas de place pour un homme dans la vie qu’elle s’était construite avec son fils.

Quoi qu’il en soit, ce cow-boy-là… Il ne promettait que des ennuis. Il était clairement du genre à vous faire perdre tout contrôle ; le genre à vous faire crier son nom encore et encore, le genre…

Stop. Elle avait passé l’âge des flirts et autres jeux de séduction. Du moins tant que son fils était petit et qu’elle devait se consacrer à son éducation. Pour l’instant, Mason était au centre de sa vie et c’était tout ce qui comptait.

Pour autant, rien ne lui interdisait de se rincer l’œil…

— Vous travaillez ici ?

Cela lui paraissait évident, mais elle voulait néanmoins s’assurer qu’il ne séjournait pas comme elle au gîte.

Il lui tendit la main.

— Hayes Elliott, ravi de faire votre connaissance.

Elliott. Elle n’était pas en train de reluquer n’importe quel garçon d’écurie… Hayes était le plus insaisissable et le plus mystérieux des frères Elliott, un ancien militaire. À Stone River, là où elle habitait, Alexa avait eu vent des rumeurs qui prétendaient qu’il ne sortait jamais de son ranch. Et les gens parlaient de stress post-traumatique presque à chaque fois qu’il était question de lui.

Mais ce qu’elle avait aussi entendu dire, c’était qu’il avait été grièvement blessé en sauvant plusieurs enfants dans le village d’un pays au nom imprononçable. Certains de ses amis avaient perdu la vie au cours de cette même opération.

Ce genre d’histoires nourrissait toujours les commérages d’une petite ville comme Stone River, mais quand en plus on appartenait à la prestigieuse famille Elliott, eh bien… il était quasi impossible d’échapper aux ragots.

Où donc se trouvaient ses employés ? Un ranch de cette taille disposait sûrement de plusieurs ouvriers. Alexa savait que les frères Elliott s’apprêtaient à ouvrir leur ranch aux touristes pour leur faire profiter de leur terrain de deux mille hectares. Ce qu’elle ne savait pas en revanche, c’était pourquoi ce frère-là, celui que les gens avaient à peine revu depuis qu’il était rentré au pays, était le seul à traîner dans les parages.

— Alexa Rodriguez, enchantée.

Elle lui serra la main et… cela avait beau être cliché, elle sentit… oui, elle sentit de véritables étincelles. Des étincelles comme elle n’en avait pas connu depuis des années, et certainement pas en serrant simplement la main d’un homme. Comment cela pouvait-il se produire ?

— Vous séjournez dans le bed and breakfast de ma belle-sœur ? demanda-t-il en gardant sa main dans la sienne sans la quitter du regard.

Alexa acquiesça d’un signe de tête, étonnée qu’il s’intéresse à elle, mais plus impressionnée encore par la façon dont son corps tout entier réagissait à son contact.

— Je suis arrivée ce matin, et j’ai eu envie de découvrir les lieux avant la tempête.

Et comme Mason lui manquait, Alexa avait déjà envoyé trois SMS à Sadie et réclamé une photo de lui.

— Ma belle-sœur tient le meilleur gîte du Texas.

Ce ton grave associé à une fossette qui apparaissait lorsqu’il parlait attirèrent son attention sur sa bouche… Une zone qu’elle n’aurait pas dû regarder. Certes, le reste était tout aussi troublant. Alors où une femme était-elle censée poser ses yeux quand un homme aussi intrigant se présentait à elle ? Même ses bottes poussiéreuses étaient fascinantes. Instantanément leur image fit naître en elle des fantasmes dans lesquels Hayes effectuait de lourdes tâches pour les besoins du ranch… torse nu, bien sûr, révélant ainsi ces muscles bronzés et couverts de sueur.

— Les garçons d’écurie ont tous terminé leur journée. Combien de temps séjournez-vous à côté ?

Cette question l’extirpa de sa folle rêverie.

— Je suis là pour le week-end, répondit-elle, alors que les papillons dans son ventre redoublaient d’ardeur. Je, euh… Je ne savais pas qu’ils étaient partis, et je voulais faire un tour avant que le temps se gâte. Désolée si je vous ai dérangé.

Le cheval derrière elle fit une ruade comme pour protester. Elle avait envie de trépigner, elle aussi. Elle s’était motivée pour effectuer une balade à cheval malgré son appréhension de remonter en selle, afin de s’offrir un moment à elle : son amie avait dépensé pas mal d’argent pour ce petit séjour, alors autant ne pas rester enfermée dans sa chambre.

Comme Hayes continuait de la fixer sans un mot, elle eut l’impression qu’il n’avait pas plus envie qu’elle d’avoir cette conversation. De toute évidence, il ne s’était pas attendu à avoir de la visite dans son écurie, d’autant qu’il pensait tous ses employés rentrés chez eux.

Face à ce silence gênant, elle sourit timidement avant de se retourner. À quoi bon rester là alors qu’elle n’y était manifestement pas la bienvenue ?

— Attendez, marmonna Hayes en étouffant un juron. Je vous accompagne si vous tenez vraiment à faire une balade.

Sans se retourner, Alexa serra les poings le long de son corps et prit une profonde inspiration. Les bottes de Hayes vinrent traîner derrière elle pendant que les chevaux s’agitaient dans leurs boxes. Ils semblaient presque attendre qu’elle réponde.

— Écoutez, reprit-elle en lui faisant face, troublée de le sentir aussi proche d’elle. Je ne veux pas vous déranger.

Il eut encore ce regard perçant, celui qui la figeait sur place et lui faisait s’interroger sur ce qu’il pouvait bien penser… Car la façon dont il la scrutait ressemblait terriblement à… Non, ce n’était pas possible.

Pourquoi un homme comme Hayes Elliott la regarderait-il avec les yeux du désir ? Lui, le cow-boy sexy, héros de guerre, et riche éleveur… Alors qu’elle n’était qu’une mère célibataire et une modeste institutrice.

— Je suis venu ici pour faire un tour maintenant que tout le monde est parti, expliqua-t-il. Autant vous emmener.

Ne s’agissait-il pas là d’une invitation ? Chaleureuse, sincère, typique de l’hospitalité du Sud.

— Je vous remercie, répondit-elle. Mais il est évident que vous préférez être seul.

Elle pivota sur ses talons pour quitter l’écurie. Jusqu’à présent, ses vacances commençaient mal : tout ce qu’elle avait réussi à faire, c’était d’énerver un cow-boy grincheux. Ce week-end ne pourrait donc désormais que s’améliorer… N’est-ce pas ?

— Restez, bon sang !

Alexa rit et se retourna d’un coup.

— Ça ira, je vous assure.

— Non. Je n’ai pas l’habitude de m’occuper des invités. Mais de la pluie a été annoncée pour tout à l’heure et les deux prochains jours, précisa-t-il en haussant les épaules et en plongeant les mains dans ses poches. Puisque vous êtes là, autant y aller.

Autrement dit : Finissons-en une fois pour toutes !

Ces mots, sous-entendus, flottèrent entre eux.

Très bien. Elle avait envie de monter à cheval et il pouvait l’y aider. Elle n’y était pour rien s’il était le seul à se trouver au ranch à cette heure-ci et s’il était en colère.

Tandis qu’elle réfléchissait, le cow-boy renfrogné et sexy continuait de la toiser par-dessous son Stetson, provoquant en elle une nouvelle salve de désir qui la traversa de part en part.

Qui aurait cru qu’un éleveur d’humeur maussade réveillerait sa libido en berne ? Alexa avait fermé son cœur à ce genre de sentiments depuis qu’elle était devenue veuve deux ans auparavant, juste avant de découvrir qu’elle était enceinte. Entre le deuil et la maternité, autant dire que sa vie sentimentale s’était trouvée reléguée au second plan.

— Vous monterez Jumper.

Les mots de Hayes la tirèrent de sa rêverie avant que ses pensées ne s’égarent définitivement dans la période la plus sombre de sa vie.

Alexa recula d’un pas et leva les mains pour protester.

— Vous oubliez peut-être que je n’ai pas monté de cheval depuis l’âge de cinq ans. Je serais plus rassurée avec un animal surnommé Bouton d’or ou Princesse.

Hayes passa devant elle et Alexa retint son souffle. De son bras, il frôla son épaule et à ce contact, elle s’efforça de garder son sang-froid. Mais ce parfum, cet après-rasage follement viril, l’enveloppa tout entière. Pendant une demi-seconde, elle inspira profondément et se maudit pour les pensées sensuelles qui assaillaient instantanément son esprit.

— Jumper est notre nouvelle jument et elle est adorable, expliqua Hayes, loin de se douter de l’agitation intérieure d’Alexa. Nous l’habituons aux longues balades et elle sera parfaite pour vous. Ne vous laissez pas impressionner par son nom.

Alexa fit un pas de côté pour mettre un peu de distance entre eux. Quand elle posa les yeux sur le cheval, elle découvrit une magnifique jument châtain avec une étoile blanche sur le nez.

— C’est ma préférée, avoua-t-il en frottant le museau de l’animal avec affection. Je la destine tout spécialement aux cavaliers débutants et aux enfants parce que c’est un amour.

— Vous resterez près de nous ? demanda-t-elle en le rejoignant prudemment. Je veux dire, je n’ai littéralement aucune expérience.

Hayes la dévisagea.

— Aucune expérience, vraiment ?

Il la déshabilla effrontément du regard. Partout où il posait ses yeux, Alexa sentait sa peau s’embraser. Elle le connaissait depuis cinq minutes et il avait déjà réussi à rallumer cette flamme qu’elle croyait éteinte depuis deux ans.

— Vous avez de la chance, reprit-il à voix basse en plongeant ses grands yeux noirs dans les siens. Moi, je suis très… expérimenté.

OK, là ils ne parlaient plus d’équitation. Cela ne faisait aucun doute : cet homme était beaucoup plus fin qu’elle ne l’aurait imaginé. Et à bien l’observer, il devait avoir autour de trente-cinq ans, presque dix ans de plus qu’elle.

— Soyez-en certaine : je ne vais pas vous lâcher, promit-il.

La balade n’avait même pas commencé qu’Alexa se demandait déjà si elle n’était pas dépassée par les événements.

* * *

Mais qu’est-ce qui lui prenait, bon sang ? Il ne devrait pas proposer de promenades à une parfaite inconnue ni flirter avec elle ! Il était venu à l’écurie pour être seul et monter l’étalon de son frère. Le fait d’être de retour au ranch était censé l’aider à retrouver le semblant de vie qu’il avait eue avant d’être anéanti par des épreuves auxquelles personne ne devrait jamais être soumis.

Mais à la seconde où il avait laissé entendre à Alexa qu’elle devrait repasser plus tard pour qu’un garçon d’écurie l’emmène en balade, il s’était senti saisi par de la jalousie. Ce sentiment l’avait pris par surprise. Il ne voulait pas ressentir quoi que ce soit, il ne voulait pas ne serait-ce qu’entrevoir un moment de bonheur. Il avait vécu l’enfer et essayait juste de survivre au jour le jour et de tenir la promesse qu’il avait faite à ses frères et à son père malade. Ils avaient un ranch à faire tourner, et Hayes avait une maison à rénover.

Il était rentré au pays depuis quelques mois et n’avait guère l’intention de s’engager avec qui que ce soit en ce moment… ni plus tard. Pourtant, les yeux bruns d’Alexa étaient envoûtants, elle affichait une vulnérabilité troublante, elle éveillait en lui cet instinct de protection féroce… et il n’avait tout simplement pas de prise sur cette alchimie intempestive.

Il avait remarqué la façon dont elle le regardait, il n’était pas idiot. Elle était jeune ; il l’attirait. Il allait seulement lui faire faire un petit tour du ranch, la ramener et la raccompagner. Ce serait tout. Il n’y aurait aucun jeu de séduction entre eux.

Il traînait trop de casseroles, avait trop de choses à régler avant de penser à tenter quoi que ce soit avec une femme.

De toute façon, emmener cette jolie femme faire un tour ne l’engageait à rien. Une fois la balade terminée, il pourrait se balader seul comme il l’avait prévu.

Il en avait de plus en plus conscience : le retour à la vie civile s’avérait plus difficile qu’il ne l’aurait cru, et la seule chose qui lui permettait de garder les idées claires, c’était de monter seul à cheval.

Le SPT en soi n’était pas un problème, il avait juste besoin d’espace. Peut-être qu’un petit tête-à-tête avec une parfaite inconnue ne serait pas une si mauvaise chose, finalement… Il n’aurait pas besoin de parler de lui. Il n’aurait pas à sauver les apparences comme il le faisait souvent avec ses frères. Il pourrait parler du ranch à Alexa, ce serait une distraction bienvenue dans sa vie. Ce projet familial était peut-être la seule chose qui l’empêchait de perdre la tête et de céder aux démons qui l’avaient suivi jusque chez lui.

— Je la prépare et on y va, annonça-t-il à Alexa.

Alexa. Un si joli prénom pour une femme aux traits si frappants. Il n’avait entendu un tel prénom qu’une seule fois, il y avait longtemps. Son vieux copain de lycée était sorti avec une certaine Alexa qu’il avait épousée. Hayes dut se forcer à arrêter de la fixer car elle avait le genre de regard dans lequel un homme pouvait se perdre.

Ah, ces longs cheveux noirs de jais, son teint foncé et ses yeux ronds couleur chocolat… Ses courbes étaient presque hypnotiques dans ce jean et ce débardeur ajustés. Oui, elle devait faire tourner de nombreuses têtes, à n’en pas douter.

Des années d’entraînement militaire lui avaient appris à dissimuler ses émotions, ce qui lui serait très utile lors d’une randonnée en compagnie d’une telle beauté. Néanmoins, plus tôt il mettrait un terme à cette balade, mieux ce serait.

* * *

Hayes installa les selles sur Jumper puis sur Doc, l’étalon de son frère. Nolan faisait des heures supplémentaires à l’hôpital, c’est pourquoi Hayes lui avait proposé de faire faire un peu d’exercice à son cheval.

— Par ici, m’dame.

En ne l’appelant pas par son prénom, il arriverait peut-être à garder leur petite escapade impersonnelle… et lui montrer à quel point il était détaché de tout.

Il s’empara des rênes et conduisit les chevaux à l’extérieur de l’écurie. Alexa lui emboîta le pas. Un parfum subtil de jasmin lui chatouilla les narines. Son intuition ne l’avait jamais trahi durant toutes ces années à l’étranger, et il était persuadé d’avoir cerné Alexa comme une personne s’offrant peu de temps pour s’évader. Quelque chose dans sa nature réservée voire craintive lui donnait d’autant plus envie de faire de cette balade un moment agréable pour elle, dont elle garderait un bon souvenir.

Après tout, le B&B d’Annabelle ne contribuait-il pas à valoriser l’image du ranch de Pebblebrook comme lieu d’accueil de touristes ? Ils comptaient beaucoup sur le bouche-à-oreille — les clients devaient dire tout le bien qu’ils pensaient du ranch autour d’eux — et les frères comptaient embaucher la meilleure entreprise de relations publiques du pays. Ce ranch pédagogique, c’était le projet de leur père, et Hayes et ses frères tenaient à le mener à bien du mieux qu’ils le pourraient.

— Vous vivez dans le ranch ? demanda Alexa alors qu’ils avançaient sous le soleil de juin.

— En effet.

La réponse était évidente. Le ranch en était maintenant à sa troisième génération d’Elliott, et Hayes ne vivrait nulle part ailleurs, pour rien au monde. Il possédait deux autres maisons : une dans les montagnes du Montana et un pied-à-terre tropical dans la partie sauvage de l’île principale d’Hawaï. Il avait donc l’embarras du choix quant à l’endroit où il voulait vivre, mais il était revenu au ranch pour panser ses plaies, restaurer cette partie de lui-même qui avait été endommagée… peut-être même détruite pour de bon.

— Il y a plusieurs logements dans le ranch, poursuivit-il. Mon frère Colt et sa femme, Annabelle, vivent dans la première maison que vous voyez en haut du chemin. Nolan et son épouse habitent à l’arrière, côté est, et moi, je loge dans la propriété familiale d’origine des Elliott, dans la partie ouest, entre la rivière et le ruisseau qui traversent le ranch.

Il appréciait de posséder un endroit si riche de son histoire familiale mais aussi de pouvoir bénéficier de l’intimité dont il avait si désespérément besoin en ce moment. Ses frères respectaient le fait qu’il avait besoin d’espace.

— On dirait que vous êtes très proche de votre famille, nota-t-elle en jouant nerveusement avec ses doigts tout en scrutant Jumper. Êtes-vous sûr que cette jument ne risque pas de me blesser ? Est-ce qu’elle sent ma peur ?

Hayes accrocha les rênes de Doc autour du poteau et se positionna juste à côté d’Alexa.

— Vous n’avez pas peur. Vous êtes impatiente. Ce n’est pas la même chose.

Alexa sourit et, aussitôt, il sentit une vague de désir submerger son bas-ventre. Bon sang, il n’avait pas du tout prévu cela… Ne pouvait-il pas simplement apprécier la compagnie d’une belle femme sans que ses hormones s’affolent ? Cette simple balade était en train de le déstabiliser.

Quelqu’un aurait dû prévenir Annabelle de ne pas envoyer ses invités aux écuries aujourd’hui, étant donné que les employés étaient tous partis avec Colt à la vente aux enchères. Voilà comment Hayes se retrouvait à occuper une position dont il n’avait pas l’habitude.

Malgré toute la souffrance, l’angoisse et la trahison qu’il avait connues, quelque chose chez Alexa l’incitait à s’ouvrir. Était-ce ces courbes harmonieuses qui s’accordaient parfaitement avec sa silhouette fluette, ou encore ces yeux pénétrants, ou alors cette fragilité sous-jacente qui faisait se réveiller son instinct protecteur ? Quoi qu’il en soit, il savait que cette balade ne serait pas aussi rapide et anodine qu’il l’avait d’abord envisagé.

— Nous pouvons faire demi-tour à tout moment, déclara-t-il, en espérant avoir trouvé là l’échappatoire qu’il désirait désespérément.

Alexa acquiesça d’un signe de tête.

— Je suis prête. Dites-moi juste ce que je dois faire pour ne pas lui faire mal ni l’effrayer.

— Attrapez le pommeau et mettez votre pied gauche dans l’étrier.

Elle obtempéra et, sans même se rendre compte de ce qu’il faisait, il se plaça derrière elle et glissa les mains autour de sa taille.

Alexa se figea à son contact. Elle se retourna, et leurs yeux se croisèrent.

— Je t’aide juste à monter, expliqua-t-il sans laisser place à la discussion parce que, même s’il n’avait pas forcément réfléchi à son geste au début, à présent qu’il avait les mains sur elle, il n’était pas pressé de la lâcher.

— Détends-toi, murmura-t-il.

Ses yeux se posèrent sur sa bouche, comme s’il cherchait à accroître la tension entre eux.

Les cils foncés d’Alexa ombrageaient son regard saisissant et son épaisse chevelure noire glissa sur ses épaules, les pointes effleurant le dos des mains de Hayes. Une image de ces longs cheveux allant et venant le long de son corps dénudé lui vint à l’esprit, et c’est à cet instant qu’il comprit que la bataille était perdue d’avance.

Il désirait cette femme… La première femme qu’il désirait depuis son retour. Et il assouvirait ce désir… Au diable toutes les raisons qui faisaient de cette balade une mauvaise idée ! Il venait de comprendre pourquoi c’était en fait la meilleure idée qu’il avait eue depuis des mois.

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