Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 36 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 17

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Le contact d’une main infiniment douce qui lui caressait le dos réveilla Charlotte. Elle ouvrit les yeux et vit le visage de Rick près du sien. Elle lui sourit avant de lui effleurer les lèvres d’un doigt.

— Bonjour, beauté, dit-il.

— Je doute d’être aussi belle que tu le prétends, rétorqua-t-elle en passant une main dans ses cheveux emmêlés.

— Eh bien, tu as tort. Et je regrette de ne pas avoir le temps de te le prouver, ajouta-t-il en déposant un baiser tendre sur le bout de son nez.

— Quelle heure est-il ?

— Pas loin de 9 heures.

Elle s’assit, remontant la couverture sur sa poitrine dénudée.

— Vraiment ? Il y a bien longtemps que je ne me suis pas réveillée aussi tard.

— Je sais. La plupart du temps, tu es debout avant le lever du soleil. Cela étant, tu ne passes pas toute la nuit à faire l’amour.

— Qu’en sais-tu ?

— Je te rappelle que nous sommes voisins.

Elle rit de bon cœur, heureuse de voir qu’il n’y avait aucun malaise entre eux.

— Tu vas chercher Bobby ?

— Oui. Et toi ? Que vas-tu faire de ta journée ?

— Rien de spécial. Je vais préparer un peu l’entretien que je dois passer mardi et réserver mon billet d’avion.

— Ton billet d’avion ?

— Oui. Tu sais bien. Je t’en ai parlé.

D’un geste sec, Rick repoussa la couverture et sortit précipitamment du lit.

— J’ai raté quelque chose ? demanda-t-elle en le voyant enfiler son pantalon d’une main fébrile. Tu sembles contrarié, tout à coup.

— Absolument pas. Je ne veux pas être en retard, voilà tout.

Une fois seule, Charlotte s’habilla, pensive. À quel moment l’ambiance avait-elle changé ? Elle ne comprenait pas. Tout allait si bien ! Et voilà qu’en une fraction de seconde, Rick s’était renfrogné et avait quitté la chambre comme un enfant capricieux, sans plus lui adresser un regard.

Puis elle comprit. L’humeur de Rick avait changé lorsqu’elle avait parlé de son billet d’avion. Était-il bouleversé parce que, malgré la nuit qu’ils avaient passée ensemble, elle avait l’intention de s’en tenir à idée de quitter Sweet Briar ? Une nuit au cours de laquelle ils ne s’étaient pas murmuré des mots d’amour ni ne s’étaient fait la moindre promesse.

Douze ans plus tôt, elle avait organisé sa vie en fonction de rêves, de promesses. À quoi cela l’avait-il menée sinon à un traumatisme dont elle n’était même pas sûre de s’être totalement relevée ?

Tout à ses pensées, elle alla le rejoindre dans la cuisine où elle le trouva en pleine conversation téléphonique. Son portable collé à l’oreille, il faisait les cent pas, le front barré d’un pli soucieux.

Elle brûlait d’envie d’aller se réfugier dans ses bras mais la tension presque palpable qui émanait de lui la retint.

— Rick, quel est le problème ? attaqua-t-elle lorsqu’il eut raccroché.

— Excuse-moi, c’était stupide de ma part.

— Tu n’es plus en colère après moi ?

— Non. En fait, c’est à moi que j’en voulais. Mais c’est fini. Tout va bien.

Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu’il mentait mais le presser ne servirait à rien s’il n’était pas enclin à parler.

— Dans ce cas, je te laisse. Je rentre chez moi.

— Accepterais-tu de venir dîner avec nous, ce soir ?

— Parles-en d’abord à Bobby. Il aura peut-être envie de rester seul avec toi.

— Tu plaisantes ?

Elle hésita. La veille encore, elle aurait dit oui sur-le-champ. Mais la nuit qu’elle venait de passer avec Rick avait changé les choses entre eux. La meilleure façon de gérer la confusion dans laquelle elle se trouvait, c’était d’affronter la situation plutôt que de chercher à l’éviter.

— À ce soir alors, lança-t-elle avant de partir.

* * *

Charlotte attendit que presque tous les passagers soient descendus de l’avion pour quitter son siège. Elle s’était toujours refusée à suivre le flot ininterrompu, pour ne pas dire compact, des voyageurs si pressés de sortir qu’ils en oubliaient, pour la plupart, les bases d’une courtoisie élémentaire.

Délivrée de la corvée d’attendre sa valise au retrait des bagages — elle n’était à Chicago que pour quelques heures —, elle se dirigea vers la sortie, cherchant du regard le chauffeur censé venir la chercher. Cinq minutes plus tard, elle était confortablement installée à l’arrière d’une limousine, en route pour les bureaux de la Montgomery Enterprises.

Le trafic était dense à cette heure de la journée où chacun se rendait sur son lieu de travail. Les voitures roulaient presque pare-chocs contre pare-chocs et la foule des piétons pressait le pas, débordant presque des trottoirs.

Cette plongée subite dans la réalité des grandes villes la fit soudain douter : avait-elle envie d’endurer cette course contre la montre quotidienne ? Elle était capable de s’adapter, bien sûr, mais le voulait-elle ?

Décidant de ne pas se laisser influencer par de simples a priori, elle se focalisa sur les aspects positifs qu’une ville comme Chicago avait à offrir. Impossible de s’y ennuyer. Sans compter que, dans une cité de deux millions d’habitants, les célibataires devaient pulluler. Elle finirait bien par tomber amoureuse d’un homme qui l’aimerait en retour.

Et Rick ?

Rick venait de s’installer à Sweet Briar. Sa vie était là-bas, désormais. De son côté, elle allait en partir, même si l’idée d’y rester ne relevait plus du domaine de l’impossible. Des années plus tôt, elle s’était créé une réalité qui n’existait pas. Aujourd’hui, elle n’était plus la jeune femme naïve d’autrefois. Elle avait gagné en sagesse. Et cette sagesse lui commandait de ne pas commettre la même erreur.

La voix du chauffeur la ramena brusquement sur terre.

— Vous êtes arrivée, dit-il en garant la limousine devant les portes coulissantes d’un immeuble en verre. Bonne journée.

— Merci, répondit-elle.

Elle le gratifia d’un généreux pourboire puis entra d’un pas décidé dans un hall d’entrée gigantesque. La réceptionniste la dirigea vers une salle d’attente qui avait des allures de salon confortable. Un instant plus tard, un homme d’une trentaine d’années vint la saluer : Walter Montgomery en personne. Il la conduisit dans une salle de conférences où se trouvaient déjà cinq personnes en tenue pour le moins décontractée.

— Ici, le mot d’ordre est la simplicité, lui expliqua Walter, qui semblait avoir lu dans ses pensées.

L’entretien, à l’image du mot d’ordre, se déroula dans la plus grande décontraction. Charlotte fut complimentée pour son expérience et ses compétences puis, sans plus de manières, elle se vit offrir le poste. Pourtant, malgré le salaire alléchant qu’on lui proposait, elle sut qu’elle n’accepterait pas. Cette manière de travailler n’était pas la sienne.

Durant le trajet retour, elle dressa mentalement la liste de ses priorités. Visiblement, l’argent n’en était pas une. Elle venait tout de même de refuser un salaire trois fois supérieur à celui qu’elle touchait chez son père ! La ville, également, ne lui convenait pas. Elle préférait habiter une cité à taille humaine.

Elle prit conscience qu’elle était heureuse à l’idée de s’éloigner de toute cette agitation et de retrouver bientôt le calme de sa maison.

Alors qu’elle s’engageait dans l’allée de son jardin, quelques heures plus tard, elle aperçut Rick qui jouait au basket avec Bobby. Son cœur se mit à battre la chamade. Rick regarda dans sa direction et lui sourit tandis que Bobby se ruait vers sa voiture. Il ouvrit la portière à la volée, attendit qu’elle sorte puis jeta ses petits bras autour d’elle.

Cet accueil on ne peut plus chaleureux lui fit monter les larmes aux yeux.

— J’ai quelque chose pour toi, annonça-t-elle en lui tendant un sachet en plastique.

— C’est vrai ?

Il plongea la main dans le paquet et en ressortit un maillot à l’effigie des Bulls.

— Waouh ! Je suis trop content. J’ai envie d’en avoir un depuis que je suis petit !

— Ça fait très longtemps, alors, pointa-t-elle avec amusement.

Sans plus attendre, l’enfant ôta le sweat-shirt qu’il portait pour enfiler le nouveau puis il se pavana, fier comme un paon.

— Il est super ! Pas vrai, papa ?

— Génial, mon fils.

— Il me tarde trop de le montrer à Nathaniel.

Au comble de la joie, il serra de nouveau Charlotte dans ses bras.

— Tu es la meilleure, ajouta-t-il. Je t’aime trop.

— Je t’aime aussi, Bobby.

Il fonça ensuite vers la maison, sans doute pour informer son meilleur ami de la bonne nouvelle.

Rick s’approcha alors d’elle et l’embrassa tendrement.

— Bienvenue à la maison, murmura-t-il.

Elle posa la tête sur son torse et s’abandonna avec délice à cette douce étreinte. Elle se sentait à sa place entre les bras rassurants de Rick. À Chicago, ou ailleurs, elle n’aurait personne pour l’étreindre et l’embrasser comme cela après une longue journée de travail. Elle renouerait avec la profonde solitude qu’elle avait connue durant presque toute sa vie.

— C’est bon de rentrer, dit-elle simplement.

— Comment s’est passé ton entretien ?

— On ne peut mieux. Ils m’ont offert le poste.

Il acquiesça puis laissa retomber ses bras le long de son corps.

— Ce n’est pas habituel. Tu as dû sacrément les impressionner.

Il avait parlé d’un ton monocorde, dénué de la moindre émotion.

— J’ai refusé. Je leur ai dit que j’avais besoin d’un peu de temps pour réfléchir à leur proposition. Et puis, j’ai un autre entretien ; à Norman, cette fois.

— Je ne doute pas que ton parcours va beaucoup leur plaire, à eux aussi.

De nouveau, ce même ton neutre, digne d’un acteur de série B.

— Je suppose que tu dois être fatiguée, ajouta-t-il. On se voit plus tard ?

Elle n’était pas si fatiguée et aurait aimé parler un peu plus de ses impressions. Mais, déjà, Rick avait tourné les talons pour rentrer chez lui.

* * *

Charlotte passa sa commande et sourit à la serveuse qui, miracle des miracles, répondit à son sourire.

Après avoir pris une longue douche réconfortante, elle avait décidé d’aller dîner en ville. Un burger accompagné de frites, voilà qui la faisait saliver d’avance !

Elle hésita à ajouter une salade à sa commande mais finit par y renoncer. Elle voulait bien changer mais il y avait des limites, tout de même.

Elle était plongée dans la lecture d’un magazine quand elle prit conscience d’une ombre planant sur sa table. Elle leva les yeux sur le visage bienveillant du maire de la ville, Lex Devlin.

— Puis-je m’asseoir quelques minutes ?

— Je vous en prie, répondit-elle, intriguée.

— Je suppose que vous vous demandez ce que je fais là, avec vous.

— En effet.

— J’ai entendu dire que vous ne travailliez plus pour votre père.

— C’est exact, confirma-t-elle en mâchouillant la paille qui était plongée dans son soda.

— En revanche, la rumeur ne dit pas si vous avez retrouvé du travail.

— Pas pour le moment mais je suis sur plusieurs pistes. Pourquoi ?

— Parce qu’il se pourrait bien que j’aie quelque chose pour vous.

— Vraiment ?

— Vraiment.

— Pourtant, vous connaissez ma réputation.

— Toujours selon la rumeur, il se murmure que vous avez changé.

— Je le crois.

— Alors je ne vois aucune raison qui pourrait m’empêcher de vous proposer de passer un entretien.

— La relation que vous entretenez avec Joni, peut-être ?

— Que vient faire Joni là-dedans ? Elle n’a rien à voir avec les affaires de la mairie.

— Non, mais elle est aussi la meilleure amie de Carmen et j’ai le sentiment qu’elle ne me porte pas dans son cœur.

Il arqua les sourcils, dans un signe visible d’incompréhension.

— Carmen et moi ne nous sommes pas vues pendant des années, expliqua-t-elle. Par ma faute. Et comme Joni est à la fois votre amie et celle de Carmen…

— Sachez que je ne mélange jamais vie privée et vie professionnelle, Charlotte.

Elle comprenait à présent pourquoi cet homme était tellement aimé et respecté de ses administrés. Droit, juste, bienveillant : il avait toutes les qualités pour diriger une ville.

— Je ne voudrais pas être à l’origine d’une brouille entre Joni et vous, insista-t-elle.

— Cela ne se produira pas, je vous l’assure. Maintenant que vous voilà rassurée, du moins je l’espère, voulez-vous entendre ce que j’ai à vous dire ?

— Bien sûr.

— Eh bien voilà : j’ai en tête de créer un nouveau poste. Sweet Briar commence à devenir une destination touristique prisée pendant les vacances d’été. Je voudrais non seulement étendre cette fréquentation à l’année entière mais aussi favoriser l’implantation de nouvelles sociétés. Si cela vous intéresse, nous pourrions en parler plus en détail au cours d’un entretien.

— Oui, avec grand plaisir.

— Parfait.

Il sortit de la poche de sa veste une carte de visite qu’il lui tendit.

— Appelez mon bureau. Mon assistante vous fixera un rendez-vous.

— Très bien.

L’offre du maire allait à l’encontre de sa décision de quitter Sweet Briar mais elle se devait de considérer sa proposition, songea Charlotte. Et puis, elle sentait faiblir sa détermination à refaire sa vie ailleurs. Les gens commençaient à lui pardonner, se montraient plus chaleureux avec elle.

Et puis, surtout, il y avait Rick et Bobby qui étaient devenus les deux éléments centraux de sa vie. Si elle décrochait cet emploi, elle n’aurait pas à les quitter.

Avec un peu de chance, et pourvu que Rick soit sur la même longueur d’onde qu’elle, ils pourraient envisager un avenir commun.

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