Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 14 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 14

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Le père de Hayes ne semblait pas aller mieux. Aujourd’hui plus que jamais, il donnait l’impression de divaguer. À peine Hayes était-il arrivé que celui-ci l’avait pris pour Nolan. Mais pas le Nolan d’aujourd’hui : celui en âge d’aller à la maternelle.

Le fait que l’homme le plus influent de sa vie ne le reconnaisse même pas était terrible pour Hayes. Mais il ne pouvait pas se tenir à l’écart de la vie de son père. Peu importait à quel point le patriarche était désormais déconnecté de la réalité, Hayes se devait de le voir, de lui parler… Plus que jamais, il avait besoin des conseils de son père, aussi improbables soient-ils.

Son père avait regardé par la fenêtre et commencé à parler de son épouse au présent, comme si elle n’avait pas disparu depuis des années. Puis il s’était tourné vers Hayes et lui avait déclaré que, quand il serait grand, il devrait trouver une femme à chérir, avec qui fonder une famille pour garder le ranch Pebblebrook. Il n’arrêtait pas de répéter que lui avait trouvé la femme de sa vie, qu’il l’avait presque laissée lui échapper, mais qu’il avait repris ses esprits et mis sa fierté de côté.

Hayes savait comment ses parents avaient failli se séparer, à cause de l’orgueil de son père. Sa mère lui avait souvent raconté l’histoire, en plaisantant.

* * *

Maintenant qu’il était rentré au ranch, Hayes n’avait qu’une envie : monter à cheval. Mais il avait besoin de parler à Colt. L’ingénieur était sorti tôt ce matin pour effectuer ses relevés, et il avait atterri sur la propriété de Hayes. Sauf que… en aucun cas le ranch touristique n’empiéterait sur son domaine. Ça, ce n’était pas négociable.

Il se gara à côté de l’écurie. Il ne vit pas Colt, mais il pouvait être n’importe où. Après plusieurs minutes de recherche, Hayes renonça et commença à marcher vers la maison de son frère. Il le trouva enfin dans son bureau à l’étage, derrière une porte fermée.

— Tu te caches du monde ? demanda Hayes, en refermant la porte derrière lui.

Colt ne leva même pas les yeux de son ordinateur.

— Je travaille sur ce plan marketing absurde. On dirait qu’il a été élaboré par un amateur. Annabelle m’a soufflé quelques idées pour l’améliorer, mais je cherche une autre entreprise. Je veux un travail de qualité.

Hayes traversa la pièce spacieuse et s’installa dans l’un des fauteuils club en cuir face au bureau de son frère.

— Je reviens juste de voir papa.

Ces paroles attirèrent l’attention de Colt.

— J’y suis allé hier. Comment était-il aujourd’hui ?

Secouant la tête, Hayes retira son chapeau et le posa sur son genou.

— Il m’a pris pour Nolan, époque maternelle. Il se remémorait la fois où Nolan a rapporté à la maison un cadeau de la fête des mères qu’il avait préparé en classe, puis il s’est mis à me parler de maman.

Se calant dans son fauteuil, Colt soupira.

— Au moins, il est de bonne humeur quand il parle de maman. Je préfère ça à ses crises de colère.

Hayes n’avait pas encore subi une de ces crises, mais il avait entendu dire que son père exigeait parfois que quelqu’un l’emmène à Pebblebrook pour lui montrer sa maison. Ces jours-là, il n’avait pas toute sa tête. Il ne savait plus où il se trouvait, ni pourquoi il n’était plus chez lui.

Chaque jour présentait un défi différent.

— Ce n’est pas pour ça que je suis venu te voir, reprit Hayes. J’ai eu la visite du géomètre. Il m’a parlé de l’extension du ranch pédagogique sur ma propriété.

Colt se pencha vers l’avant, posant ses avant-bras sur le bureau.

— Je n’ai jamais approuvé ça.

— Alors pourquoi est-il venu jusque chez moi ?

Colt secoua la tête.

— Il m’en a parlé au début du projet. Il trouvait que l’on pourrait générer plus de revenus si on élargissait le territoire.

— Et c’était quand j’étais à l’étranger ? demanda Hayes.

— Ouais. Mais Nolan et moi, on avait délimité l’emplacement des chalets sur la carte, expliqua Colt en plissant les yeux. Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Parce que je détesterais avoir à recruter un autre ingénieur alors que le projet est aussi avancé…

Hayes souffla lourdement.

— Il s’est montré insistant, il essayait de me forcer la main. Il est parti en connaissant précisément mon opinion quant au fait d’avoir des visiteurs sur ma partie de la propriété.

Toutefois, la visite de l’ingénieur n’était pas la seule raison pour laquelle Hayes était de mauvaise humeur. Il était terriblement confus à propos d’Alexa.

Ce soir, c’était la cérémonie de remise des prix, dont il n’avait pas parlé à sa famille. Il ne voulait vraiment pas en faire toute une histoire. S’ils l’apprenaient plus tard, très bien. Mais s’ils étaient mis au courant maintenant, ils gâcheraient tout et insisteraient pour y assister.

Il avait invité Alexa car il voulait être accompagné sans ressentir la pression de devoir jouer le rôle d’une personne qu’il n’était pas. Il avait besoin d’une amie.

Mais Alexa était plus que ça, n’est-ce pas ? Elle était tellement plus. À quoi bon nier qu’il était fou de cette femme, ce qui signifiait qu’il ne tarderait pas à craquer aussi pour Mason.

Bon sang… Ce petit garçon était tellement gentil, attachant. Il ressemblait à Alexa et était si aimant… À chaque fois que Hayes le tenait dans ses bras… son cœur se serrait d’angoisse… mais aussi d’affection.

Colt inclina la tête.

— Sinon, tout va bien, Hayes ?

— Je fais aller…

Avant de partir à l’étranger, Hayes ne savait pas qu’il deviendrait un jour l’homme qu’il était, mais il faisait de son mieux pour aller mieux, petit à petit. Alexa jouait certainement un rôle dans ce rétablissement progressif.

— Je dois y aller.

Hayes se leva et remit son chapeau sur sa tête. Il devait rentrer pour se préparer en vue de la cérémonie et repartir suffisamment tôt pour aller chercher Alexa et se rendre au manoir du gouverneur, qui se trouvait à près de deux heures de route.

— Tu sais qu’on est tous là pour toi.

Hayes s’immobilisa dans l’embrasure de la porte en entendant les paroles de Colt. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

— Ouais. Je sais.

Le regard de Colt était le même que celui qu’il avait eu quand Hayes était rentré de mission. Un regard de pitié. Quand cela s’arrêterait-il donc ? Quand est-ce qu’ils le considéreraient autrement que comme un malade au bord de la rupture ?

Hayes rentra chez lui. Il avait rendez-vous ce soir. Il n’avait pas reparlé à Alexa depuis qu’elle avait quitté le ranch la dernière fois, mais il savait qu’elle ne remettrait pas en cause leur rendez-vous. De plus, il savait aussi qu’elle avait choisi une robe, et renvoyé les autres. Il avait aussi payé une livraison de bijoux et de chaussures. En espérant qu’elle trouverait son bonheur. Il n’avait aucun doute sur le fait qu’elle serait éblouissante dans n’importe quelle tenue, mais il tenait à ce qu’elle se sente spéciale.

Il se passait trop de choses dans son esprit pour qu’il soit capable de décrypter ses nouvelles émotions, mais tout ce qu’il voulait, c’était voir Alexa et en finir avec cette soirée.

En se garant devant chez lui, il dut se rendre à l’évidence : il serait incapable de ne pas tenter de la séduire. Il était sérieux quand il lui avait dit avoir encore envie d’elle. Il n’était pas fait pour avoir une relation sérieuse, mais Alexa était la seule chose positive dans sa vie en ce moment, et il allait s’accrocher à elle… Autrement dit, il devait se faire à l’idée qu’il allait jouer un rôle de plus en plus important dans la vie de Mason.

Mais Hayes en avait conscience : il n’allait pas entrer dans la vie d’un enfant sinon pour lui apporter un minimum de stabilité.

* * *

Elle aurait peut-être dû garder la robe noire classique.

Alexa se retourna d’un côté, de l’autre, devant son miroir de plain-pied. La robe rouge drapée sur ses épaules moulait chacune de ses courbes… Peut-être un peu trop ? Elle s’était sentie sexy dans sa coupe évasée et son corsage ajusté quand elle avait essayé la multitude de robes que Hayes lui avait envoyées.

Or, maintenant que le moment était venu, elle se demandait si elle n’aurait pas dû renoncer à ce côté sexy pour garder la noire au modeste décolleté.

Dans quelle tenue était-on censé se rendre au manoir d’un gouverneur ?

Alexa promena une main sur son ventre, espérant se débarrasser de son trac. Sadie lui avait proposé de garder Mason pour la nuit. Alexa s’était contentée de dire qu’elle avait un rendez-vous, et Sadie avait sauté sur l’occasion pour la questionner, mais elle n’avait pas cédé. Ce que Hayes et elle avaient partagé… Honnêtement, elle n’était même pas sûre de ce qui s’était passé entre eux, alors comment était-elle supposée raconter cela à quelqu’un d’autre ?

Alors qu’elle fixait le bracelet autour de son poignet, on sonna à sa porte. À cet instant, son cœur s’accéléra et une nouvelle bouffée de trac la submergea.

Elle se dirigea vers la porte en se disant que Hayes devait être encore plus nerveux qu’elle. Cet homme ne quittait jamais son ranch, encore moins pour assister à une soirée mondaine où on allait le récompenser pour des événements dont il se sentait coupable.

Alexa n’était pas sûre de ce qui lui était arrivé à l’étranger, mais ces événements avaient changé Hayes pour toujours.

Retenant son souffle, tremblante, elle ouvrit sa porte… et découvrit l’homme le plus sexy qu’elle avait jamais vu. Il avait remisé son chapeau et ses bottes de cow-boy, son jean et ses T-shirts usés, au profit d’un véritable costume. Sa veste noire cintrée soulignait la ligne large de ses épaules et était ornée de diverses médailles. Le béret décalé semblait intensifier la profondeur de son regard.

Ce cow-boy s’était parfaitement transformé en héros en uniforme.

Alexa frémit à la façon dont il posait ses yeux sur elle. Lentement, centimètre par centimètre, il la déshabillait du regard. Une onde de désir la traversa. Elle ne l’avait pas vu depuis plusieurs jours et le fait d’être près de lui mit tous ses sens en état d’alerte. Elle ne s’était pas préparée à ce qu’il porte aussi bien l’uniforme.

— Oublions cette cérémonie, grommela-t-il en franchissant le seuil avant de la prendre dans ses bras. Oh bon sang, Alexa…

Elle s’accrocha à ses bras pour ne pas perdre l’équilibre.

— On ne peut pas éviter cette soirée, Hayes. Je suis presque sûre qu’il y a quelque chose… une loi interdisant de snober un gouverneur. D’autant que tu es l’invité d’honneur.

— Tu sens tellement bon, murmura-t-il à son oreille.

Alexa frissonna contre lui, peinant à se rappeler pourquoi ils ne pouvaient pas rester chez elle ce soir.

Ah, oui… La remise de prix, et le fait qu’elle s’était promis de ne pas se laisser embarquer dans une relation avec lui. Parce que si elle allait plus loin avec Hayes, elle devrait lui révéler qui était son défunt mari. Et elle n’était toujours pas sûre de vouloir faire entrer un homme dans la vie de Mason. Elle ne voulait pas perturber son fils. Sous aucun prétexte.

— On va être en retard si on n’y va pas maintenant.

Hayes recula d’un pas.

— Tu es la raison idéale pour un retard. Tout le monde me comprendrait en te voyant dans une telle robe.

Apparemment, elle avait donc choisi la bonne tenue.

— Merci, lui dit-elle en s’extirpant de ses bras pour tenter de garder les idées claires. Mais j’aurais pu en acheter une moi-même.

— Je tenais à t’offrir ta tenue ce soir…

— Et les bijoux ? Et les chaussures ? demanda-t-elle. Je croyais que ce n’était qu’un prêt…

— Tout est à toi, répondit-il en ajustant les manches de sa veste. Tu aurais pu garder tout ce que je t’avais envoyé.

Alexa pouffa de rire.

— Il y avait près de trente robes parmi lesquelles choisir !

Il soutint son regard comme s’il ne voyait pas le problème. Tout d’abord, que ferait une mère célibataire enseignante de maternelle avec autant de robes de cocktail ? Deuxièmement, elle n’arrivait même pas imaginer le coût de ces tenues. Cette robe seule équivalait probablement à un mois de son salaire. Sans parler des accessoires…

Autant dire qu’elle ne risquait pas de les ressortir pour ses promenades au parc avec Mason.

— Merci de ne pas t’être défilée, lui dit-il d’un ton soudain sérieux.

— Je ne te ferais pas une chose pareille.

Hochant la tête, Hayes la sonda de ses yeux noirs.

— Je sais. Tu aurais dû, mais tu ne l’as pas fait. Mettons tous nos soucis de côté et profitons de notre soirée ensemble.

Elle ouvrit la bouche, mais il leva la main pour l’interrompre.

— Je sais que c’est égoïste, poursuivit-il. Si tu veux parler, je t’écouterai, mais après la cérémonie.

Alexa se rapprocha et posa les mains sur son visage rasé de près.

— J’ai conscience que c’est difficile pour toi, mais tu le mérites.

Il voulut détourner la tête, mais elle l’en empêcha.

— C’est la vérité, Hayes.

Soudain, un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.

— Tu portes des sous-vêtements ?

Alexa donna un coup sur son torse orné de médailles.

— On ferait mieux d’y aller.

— Ça m’aiderait à ne plus penser à ce prix que je ne veux pas si tu me disais ce que tu portes en dessous, susurra-t-il en portant une main sur ses fesses. Oh ! non, un string… Tu vas me tuer !

Alexa s’éloigna de lui, sachant très bien que s’ils ne sortaient pas immédiatement, ils atterriraient dans sa chambre… Enfin, à condition d’arriver jusque-là.

— Maintenant que tu as autre chose sur quoi te concentrer, allons-y, dit-elle en glissant ses clés et son téléphone dans sa pochette au fermoir en or. J’espère qu’il y aura de bonnes pâtisseries à ce dîner.

Hayes lui tint la porte ouverte.

— Nous ne prendrons pas notre dessert chez le gouverneur…

Une vague de frissons la traversa quand elle comprit qu’ils finiraient la soirée ici. Il allait la raccompagner, et elle le laisserait entrer à nouveau.

Elle allait devoir lui dire la vérité au sujet de Scott, et le convaincre qu’elle ne lui avait jamais menti délibérément.

Mais pas ce soir.

Ce soir, il s’agissait pour lui de recevoir un prix prestigieux.

Demain, elle lui dirait tout.

Demain, elle lui expliquerait comment elle était tombée amoureuse de lui. Car, elle devait l’avouer, il ne s’agissait pas seulement d’une simple amitié avec intérêts.

Pour la première fois en deux ans, Alexa se sentait prête à aller de l’avant, à s’accrocher à ce bonheur qu’elle voyait poindre. Si seulement son mensonge par omission ne se mettait pas en travers de son chemin… Si seulement Hayes était prêt à fonder une famille…

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