Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 24 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 5

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Charlotte se renversa dans sa chaise longue et ferma les yeux, savourant la quiétude de ce début de soirée. Elle qui avait l’habitude d’évoluer dans un environnement calme, sans voisins, elle avait vécu l’arrivée des déménageurs comme un grand chambardement.

Elle n’arrivait toujours pas à croire que Rick Tyler était revenu à Sweet Briar, et encore moins qu’il s’était installé dans la maison d’à côté. Mais ce qui l’agaçait par-dessus tout, c’était qu’il semblait vouloir tout mettre en œuvre pour qu’ils deviennent amis.

N’avait-il pas compris que le fait de laisser sa promise seule à l’église dans sa belle robe blanche le jour de leur mariage avait anéanti à jamais tout espoir qu’ils deviennent de bons amis ? Pensait-il sincèrement que jouer de son charme allait de nouveau lui permettre de s’attirer ses bonnes grâces ?

Elle n’était pas si naïve. Elle ne doutait pas de la sincérité de Rick, mais cela ne suffirait pas à lui faire oublier l’affront qu’elle avait enduré.

Certes, Rick était séduisant. Mais pas tant que cela, finalement. Bon, elle devait avouer qu’elle était de mauvaise foi : Rick était même plus sexy que douze ans plus tôt. Plus séduisant aussi. Les fossettes qui se creusaient dans ses joues lorsqu’il souriait pourraient presque lui faire oublier le passé.

— J’espérais bien te trouver ici.

Elle ouvrit les yeux et regarda Rick enjamber les buissons de roses qui séparaient leurs deux jardins. Sans même attendre d’y être invité, il se laissa tomber sur la chaise longue placée à côté de la sienne.

Elle accepta la bouteille d’eau qu’il lui tendait alors qu’elle n’avait pas soif et le regarda boire une longue gorgée de la sienne.

— Que viens-tu faire ici ? demanda-t-elle sans préambule.

Certes, elle lui avait présenté ses excuses pour s’être montrée grossière envers lui, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’elle avait enterré la hache de guerre. Elle avait encore de trop de rancœur en elle.

— Tu veux dire à Sweet Briar ou dans ton jardin ? lui renvoya-t-il, d’un air faussement innocent.

— Les deux.

Il étendit ses longues jambes devant lui et les croisa à la hauteur des chevilles.

— Je suis revenu ici pour ouvrir un cabinet médical. Je te l’ai déjà dit.

— Arrête un peu tes salades. Tu aurais pu ouvrir ton cabinet n’importe où. Pourquoi as-tu choisi de venir à Sweet Briar ?

Il poussa un profond soupir.

— Tu as bien changé. La Charlotte que j’ai connue ne se serait jamais montrée aussi insistante.

— C’est curieux comme être la risée d’une ville entière peut vous changer quelqu’un, ironisa-t-elle. Cela peut même vous guérir à jamais de toujours vouloir faire plaisir à tout le monde.

— Charlotte, je…

— Je ne veux plus jamais parler de ça, le coupa-t-elle. Le passé reste le passé et j’ai survécu. Nous parlions de ce qui t’avait poussé à revenir dans le coin.

— Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que j’aime vraiment beaucoup cette petite ville. J’adore pouvoir me promener tranquillement dans les rues et croiser des visages familiers. J’ai pensé que ce serait bien pour Bobby. Je sais aussi que ma réputation a souffert à cause de ce que je t’ai fait subir. Je vais devoir prouver que je suis quelqu’un de fiable.

— Quelle est la deuxième raison ?

— Toi.

— Moi ? Comment ça ?

— Tu ne vas pas me croire mais, après ce que j’ai fait, je n’étais pas fier de moi.

— Tu veux dire que revenir ici était pour toi une sorte de pénitence que tu devais t’infliger ? répliqua-t-elle d’un ton sarcastique. En effet, laisse-moi douter de ta bonne foi. Et puis, si tu avais tellement à cœur de t’excuser, tu aurais pu m’envoyer un mail.

— Je ne voulais pas seulement m’excuser. Je voulais aussi faire amende honorable.

— Ce n’est pas nécessaire.

— J’ai changé, Charlotte.

— Tu n’as pas à me le prouver.

— À toi, peut-être. Mais j’ai besoin de me le prouver à moi-même.

Un flot d’émotions contradictoires la submergea soudain. Elle ne voulait plus parler à Rick mais elle n’avait pas envie de rester seule. Elle avait passé la majeure partie de sa vie dans une grande solitude affective.

— Bobby m’a raconté qu’il n’avait pas vu sa mère depuis longtemps, dit-elle pour le retenir un peu plus.

Il se courba légèrement en avant, les coudes sur les genoux et le visage entre ses doigts écartés.

— Cela fait plus d’un an et demi, répondit-il. Le divorce avait été prononcé depuis six mois. Je souhaitais la garde alternée mais elle a refusé. Elle m’a annoncé qu’elle ne voulait plus s’occuper de son fils. Je lui ai donné de l’argent pour l’aider à s’installer près de chez nous, pour l’inciter à venir lui rendre visite de temps en temps. J’ai cru que j’avais fini par la convaincre mais elle a pris l’argent et n’a plus jamais donné signe de vie.

— J’ai du mal à comprendre comment une mère peut abandonner son enfant sans état d’âme, comme cela semble être le cas.

— Moi aussi. Parfois, je me dis qu’elle avait tout prémédité. Je pense qu’elle ne m’a jamais aimé ; qu’elle n’a vu en moi qu’une porte de sortie.

— De quoi voulait-elle sortir ?

— De son rôle de mère.

— Je ne comprends pas.

— Bobby ne t’a pas dit ?

— Ne m’a pas dit quoi ?

— Que je ne suis pas son père biologique. J’ai rencontré Sherry alors qu’il avait six ans. Nous nous sommes mariés peu de temps après. Et, deux ans plus tard, elle nous abandonnait, son fils et moi.

Charlotte éprouva un profond soulagement en apprenant que Rick ne s’était pas marié tout de suite après l’avoir quittée. Mais, très vite, ce soulagement égoïste céda la place à une colère sourde.

— Je suis mal placée pour juger quiconque mais je suis révoltée par la façon dont Bobby a été traité par cette mère indigne.

— J’avoue que c’est dur pour lui. Il n’est pas facile en ce moment.

— Tu lui en veux ?

— Non, bien sûr que non. Mais je n’excuse pas son comportement. Il ne faisait plus ses devoirs, il perturbait la classe et commençait à avoir de mauvaises fréquentations. Il fallait bien que j’agisse. Le faire déménager peut sembler être une mesure drastique mais j’étais désespéré.

— Tu penses que vivre à Sweet Briar va le changer ? Je ne voudrais pas jouer les oiseaux de mauvais augure mais, ici aussi, il y a de mauvais garçons qui traînent dans les rues.

— Je ne m’attends pas à un miracle mais, avant, je ne comptais pas mes heures de travail. Ici, j’ai bien l’intention de lever un peu le pied et de lui consacrer du temps. Il est fou de basket. Je pourrais l’inscrire dans un club et jouer les entraîneurs.

— Cela l’aidera sans doute. Mais… sa mère ?

— Quoi ?

— Si elle changeait d’avis ? Si elle décidait de le récupérer ?

— Elle ne le fera pas.

— Sait-on jamais ? Elle est peut-être partie sous le coup d’une dépression.

C’étaient là des suppositions qui ne tenaient pas vraiment la route mais Charlotte ne pouvait se résoudre à accepter l’idée d’une mère abandonnant son petit garçon de dix ans sans un regard en arrière. Pour elle, c’était tout simplement inenvisageable.

— Elle n’était pas dépressive. Elle a rencontré quelqu’un et a recommencé une nouvelle vie sans vouloir s’encombrer de quoi que ce soit — je reprends ses propres termes. Elle est même allée jusqu’à menacer de placer Bobby en famille d’accueil si je refusais de m’en occuper.

— Incroyable !

— Comme tu dis. C’est aussi pour cela que j’ai voulu emmener Bobby loin de la ville où il avait grandi. Il espérait sans cesse que sa mère allait revenir.

— Et toi ?

— Moi ? Je ne veux plus entendre parler d’elle et cela fait bien longtemps que je ne l’aime plus.

— Très bien. Ceci explique en effet ton retour à Sweet Briar. Mais qu’es-tu venu faire dans mon jardin ?

— Je voulais te voir.

— Pour quelle raison ?

— J’avais envie de bavarder avec toi.

— Pourquoi ?

— Eh bien, parce que nous avions l’habitude de nous parler. Je pouvais compter sur toi pour comprendre ce que j’avais à dire sans avoir à entrer dans les détails.

— Oui, mais cela, c’était avant. Quand nous étions amis. Ou, du moins, quand je croyais que nous l’étions.

Il décroisa les jambes et se redressa dans son siège.

— Que veux-tu dire par « je croyais que nous l’étions » ?

— Si tu avais éprouvé un tant soit peu d’amitié pour moi, tu ne m’aurais pas abandonnée à mon triste sort. Tu ne m’aurais pas laissée affronter seule la pire situation de ma vie.

Elle avait beau s’exhorter à parler calmement, elle sentait monter en elle une vague de colère qui lui faisait élever la voix malgré elle.

— As-tu seulement la moindre idée de ce que j’ai enduré ? Comprends-tu à quel point je me suis sentie humiliée ?

— Les choses n’auraient pas dû se passer comme cela. Souviens-toi, Charlotte, que je t’ai proposé d’aller parler à nos parents pour leur expliquer que nous ne voulions pas nous marier. Tu as refusé. J’admets que j’aurais pu t’éviter cette humiliation mais je ne savais pas comment m’y prendre.

— Tu aurais pu venir à l’église.

— Qu’est-ce que j’aurais fait ? Et toi ? Ne me dis pas que tu aurais osé affronter ton père à ce moment-là, en public, alors que tu as toujours tremblé devant lui.

— J’ignore ce que j’aurais dit ou fait mais, au moins, je me serais sentie soutenue.

Il lui prit la main et la pressa doucement dans la sienne.

— Je ne pourrai jamais effacer la blessure que je t’ai infligée, Charlotte, mais je suis sûr que nous aurions commis une erreur en nous mariant. Le mariage peut marcher entre deux personnes qui s’aiment et nous ne nous aimions pas.

— Parle pour toi. Je t’aimais, moi. C’est bien pour cela que je ne voulais pas renoncer à ce mariage.

* * *

Rick encaissa la nouvelle, sous le choc. Charlotte l’aimait ? Comment avait-il fait pour ne pas s’en apercevoir ?

— Bonsoir, dit-elle en se levant. Pense à souffler la bougie quand tu partiras.

Il se leva d’un bond pour lui barrer le passage.

— Attends. Tu ne peux pas lâcher une bombe pareille et aller te coucher comme si de rien n’était. Il faut que nous ayons une discussion à ce sujet.

— Il n’y a rien à ajouter. Je t’aimais, tu ne m’aimais pas. Fin de l’histoire.

Sur ces mots, elle le contourna et se rua à l’intérieur de sa maison, le laissant seul face à ses interrogations. Comment avait-il pu se montrer aussi aveugle ?

Charlotte ne lui avait jamais fait part de ses sentiments. Tout comme lui ne lui avait jamais fait part des siens. Il l’aimait beaucoup, il était très attiré par elle. À un autre moment de sa vie, sans doute serait-il tombé amoureux d’elle. Mais de là à envisager de l’épouser, il y avait un pas qu’il n’avait pas été prêt à franchir.

Aujourd’hui encore, il n’arrivait pas à comprendre comment le contrôle de la situation avait pu lui échapper ainsi. Certes, Charles Shields était connu pour être un manipulateur hors pair, mais ce n’était pas le cas de son père. Or, tout à coup, ce dernier s’était mis en tête de fusionner avec la Shields Manufacturing, voyant sans doute dans l’union de leurs enfants respectifs un moyen rapide de transformer sa modeste entreprise en un véritable empire financier.

Il ferma les yeux. Si seulement il pouvait fermer son esprit à la voix de Charlotte, empreinte de peine et de chagrin ! Elle l’avait aimé. Et lui, pauvre idiot, qui lui serinait sur tous les tons qu’ils n’étaient pas amoureux et qu’ils ne devaient pas se marier !

À quel moment s’était-il aveuglé ? Sa seule excuse était qu’il était jeune et que Charlotte ne lui avait jamais avoué son amour pour lui.

Il laissa échapper un profond soupir. Tout cela appartenait au passé. Il ne pourrait jamais remonter le temps ni changer le cours des choses. Alors à quoi bon se torturer l’esprit avec ce qui aurait pu être et ne serait jamais ?

En revanche, il pouvait profiter de ce que le présent avait à lui offrir.

Charlotte semblait vivre dans une grande solitude affective. Si elle avait un homme dans sa vie, il l’aurait déjà aperçu. Bobby lui avait rapporté qu’elle avait démissionné de son travail. Là encore, il n’avait remarqué aucun ami venu la soutenir.

La Charlotte qu’il avait fréquentée était une jeune femme adorable et pleine d’humour, bien éloignée de celle, dure et indifférente, qu’il avait retrouvée. Quelle était sa part de responsabilité dans ce changement ?

Peu importait. Il aimait ce qu’elle était devenue et était bien décidé à tout mettre en œuvre pour se faire pardonner pour de bon.

Fort de cette certitude, il prit les deux bouteilles vides et rentra chez lui, au milieu des cartons qui encombraient l’espace.

Il n’y avait pas que sa maison qui avait besoin d’être remise en ordre.

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