Au cœur du désir - La reconquête d’un amour
Chapitre 12
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— Si tu es venu pour faire la tête et être de mauvaise humeur, alors tu peux rentrer chez toi.
Hayes ignora la pique de Nolan et tapota le flanc de Jumper. Voilà cinq jours qu’il n’avait pas monté sa jument. Depuis qu’il l’avait ramenée, après le départ d’Alexa.
En fait, il n’était pas revenu à l’écurie depuis. Il avait travaillé à la conception du ranch pédagogique, contactant des ingénieurs géomètres pour mener à bien les études nécessaires à la construction d’un nouvel ensemble de chalets du côté ouest de la propriété. Hayes trouvait le choix de l’emplacement judicieux : Nolan pourrait superviser les logements une fois qu’ils seraient opérationnels.
Quand il ne travaillait pas sur le terrain et les aspects contractuels, Hayes passait beaucoup de temps à transpirer dans sa cuisine. Cependant, chaque fois qu’il réfléchissait à un travail de démolition ou à ce qu’il voulait exactement, il revoyait Alexa, là, avec ses outils de bricoleur. Il l’entendait lui raconter des anecdotes sur sa famille et ses réunions familiales, lui suggérer une grande table qui occuperait toute la longueur de la pièce.
— Rentre chez toi !
Hayes leva les yeux au son de la voix de Colt et s’aperçut que ses deux frères le fixaient.
— Je m’occupe de mon cheval. Si je vous énerve tous les deux, pourquoi vous, vous ne partez pas ?
Colt tapota ses bottes sur la passerelle en pierre entre les boxes et croisa les bras. S’il pensait intimider Hayes, c’était absurde. Plus rien ne l’atteignait.
Enfin, plus rien sauf une personne. Une personne qui l’avait attendri avec sa compassion, avec la façon dont elle parlait de Mason, les photos sur lesquelles elle tenait son fils dans ses bras comme s’il était la chose la plus précieuse au monde. Il y avait tant d’amour en cette femme…
— Écoute, on t’a laissé tout le temps de digérer l’enfer que tu as enduré. Je sais que tu refuses d’en parler, mais depuis que ton invitée est partie, tu t’es montré particulièrement distant.
Hayes passa une main sur la crinière de Jumper avec un petit rire désabusé.
— Comment diable peux-tu dire ça ? C’est la première fois que tu me vois depuis des jours.
— Tu as ignoré mes messages et tu n’as pas répondu à mon appel au sujet des propositions de l’ingénieur, rétorqua Colt.
— J’ai été très occupé.
À essayer de trouver le sommeil sans Alexa…
N’était-ce pas insensé ? Il n’avait dormi avec elle qu’une seule et unique nuit, mais pour une raison qu’il ignorait, il n’avait pas connu de sommeil plus réparateur depuis son retour au pays. Peut-être la satisfaction sexuelle l’avait-elle aidé à se détendre, mais il ne pensait pas que c’était tout. Alexa le comprenait. Elle n’avait jamais insisté pour en savoir plus quant à son passé, tout en faisant preuve d’une certaine empathie. Ils avaient beau être de quasi-inconnus, ils se connaissaient de la façon la plus intime qui soit.
— Bon sang, mais qu’est-ce qui s’est passé entre vous ? demanda Nolan, avant de lever les mains. Et puis, non, ne dis rien. Si cette fille te plaît, qu’est-ce que tu fiches encore ici ?
Hayes adressa un regard assassin à ses frères qui avaient la fâcheuse manie de se mêler de tout ce qui ne les regardait pas.
— Je refuse d’entrer dans une conversation de troisième mi-temps. Ce qui s’est passé entre Alexa et moi restera entre nous.
— Annabelle m’a dit qu’Alexa était en larmes quand elle est revenue chercher ses affaires, précisa Colt d’une voix masquant difficilement son inquiétude. J’ai remarqué votre petit manège, à tous les deux.
— Tu nous as vus nous embrasser, corrigea Hayes. N’en tire pas de conclusions hâtives…
— Après ça, insista Colt en faisant un pas vers lui, j’ai vu la façon dont vous vous regardiez l’un l’autre, la façon dont tu l’as regardée quand elle est partie. Ne me dis pas que c’était juste physique entre vous, parce que je n’y crois pas.
Hayes soutint son regard un instant avant de se concentrer à nouveau sur sa jument.
— Je me fiche de ce que tu crois.
Mais ce dont il ne se fichait pas, c’était d’apprendre qu’Alexa avait pleuré. Or cela aurait dû être le cadet de ses soucis. Il devait oublier cette femme. Certes, il lui avait bien demandé de rester, mais c’était dans un moment de faiblesse, même s’il n’avait pas menti en lui disant que c’était seulement pour la garder dans son lit.
Et pourtant, cinq jours plus tard, son désir était tout aussi puissant, sinon plus.
— Tu as vu papa récemment ? demanda Nolan.
Soulagé de ce changement de sujet très à propos, Hayes ramena Jumper dans son box.
— Je suis allé le voir hier. Il ne m’a pas reconnu, mais se souvenait de mon nom. Il n’a pas arrêté de me parler de la fois où je suis tombé dans la rivière.
— Tu avais huit ans, ajouta Nolan. Ça fait un moment qu’il bloque sur cette période. Je pense que c’est là où il a envie de rester. Quand je suis avec lui, il parle toujours de maman, et on est tous très jeunes dans son esprit.
Hayes détestait voir son père dépouillé de ses souvenirs, de sa dignité. Ses frères et lui avaient obtenu les meilleurs soins et ils s’efforçaient de limiter les rumeurs au sujet du patriarche des Elliott. Personne en dehors de la famille proche n’avait besoin de savoir combien leur père était mal en point.
Bien qu’il détestât voir son père autrefois robuste dans un tel état, Hayes se faisait un devoir de lui rendre visite tous les deux ou trois jours. Il savait que ses frères faisaient de même, et ils prenaient garde à venir à tour de rôle afin de ne pas lui embrouiller les idées.
Le ranch était son bébé, et malgré sa santé déclinante, les frères Elliott mèneraient son projet à bien… Encore une raison pour laquelle Hayes ne pouvait se laisser distraire par une liaison.
Une aventure d’un week-end suffisait amplement. Il n’avait pas le choix.
— Pepper m’a rapporté qu’Alexa est venue à la boutique hier.
Hayes lança un regard noir à Nolan, qui se contenta de hausser les épaules.
— Et comment connaît-elle Alexa ?
— Stone River est une toute petite ville, répondit Nolan. Et presque tout le monde fréquente la boutique de Pepper.
La femme de Nolan avait ouvert un magasin de fleurs dans lequel elle exposait aussi ses peintures, uniques en leur genre. Apparemment, la boutique prospérait depuis son ouverture l’an dernier. Nolan avait sans aucun doute contribué à faire fructifier l’entreprise de sa femme.
Hayes referma la porte du box, puis se retourna, glissant ses pouces dans les passants de sa ceinture.
— Vous essayez de me dire quelque chose ? demanda-t-il à son frère.
Nolan se contenta de sourire.
— Je guette juste ta réaction.
Dévisageant tour à tour ses deux frères, Hayes ôta son chapeau et le secoua contre sa jambe.
— C’est pour ça que je viens rarement ici. Je n’ai pas envie que vous fassiez mon analyse, ce n’est pas du tout l’idée que je me fais du travail, ni de la détente. Je vais bien. À peu près. Alors certes, ce n’est pas tout à fait ça, mais ça viendra.
— On parle du traumatisme de la guerre ou de ton invitée, là ? demanda Colt en s’appuyant contre le box de l’autre côté de l’allée.
Hayes leva les yeux vers lui.
— Les deux.
Colt hocha la tête et se dirigea vers la sortie des écuries, avant de lancer par-dessus son épaule :
— Annabelle a l’adresse d’Alexa dans son fichier.
Hayes serra les dents alors que Nolan le dévisageait avec ce fichu sourire sur le visage.
— Oh ! toi, la ferme…
Il refusait que ses frères ou ses belles-sœurs s’immiscent dans ses affaires personnelles. Même si apparemment, il était un peu trop tard pour exprimer une quelconque opposition.
Sans un mot, Hayes tourna les talons et quitta les écuries.
Soit il devait se lancer dans un nouveau chantier de démolition pour se sortir cette frustration de la tête, soit il…
Non. Il ne devait pas faire ça. Il devait couper les ponts avec Alexa. Il avait retenu la leçon la première fois où il s’était engagé auprès d’une femme, et Alexa, mère célibataire, n’était certainement faite pas pour lui. Non pas qu’il n’aimât pas les enfants. Au contraire, il adorait ses magnifiques nièces et son petit neveu plein de vie…
Mais Hayes avait vu tellement d’horreurs. Tous les cauchemars qu’il faisait, que ce soit en dormant ou éveillé, et son incapacité à les gérer, ne constituaient pas un environnement sain pour un enfant.
Être oncle n’avait pas grand-chose à voir avec le fait d’avoir un enfant à charge, tous les jours. Or si Alexa et lui se mettaient ensemble, c’est ce qui l’attendait. Sa vieille envie de fonder une famille était encore profondément ancrée en lui, mais il avait dû l’oublier, la refouler au maximum pour ne pas s’appesantir sur le fait qu’il était en train de compromettre une bonne partie de son avenir.
Hayes grimpa dans son pick-up et remonta l’allée menant chez lui. Alors qu’il passait devant la maison principale, il aperçut Annabelle assise sur la balancelle du porche, surveillant ses jumelles qui jouaient à ses pieds.
Il eut un petit pincement au cœur, mais il ravala très vite sa rancœur.
Petit, il avait toujours pensé qu’il fonderait une famille et qu’il vivrait avec elle ici, au ranch. Puis il était entré dans la vraie vie, et la réalité avait douché ses espoirs.
Il leva la main pour saluer Annabelle, qui le salua en retour avec un sourire. Ses frères, eux, avaient trouvé le bonheur : ils élevaient une nouvelle génération de petits Elliott, qui perpétueraient leurs traditions familiales.
Mais si quelqu’un comptait sur lui pour ça, eh bien malheureusement… Hayes n’était pas près de se charger de l’éducation d’un enfant.
* * *
— Tu es trop gâté.
Alexa rit en plaçant Mason sur ses genoux. Assise sur le perron, elle tenait son fils d’une main et le flacon à bulles dans l’autre. Enfin, le flacon vide, puisque Mason venait de renverser la bouteille entre ses jambes.
Heureusement, elle était pieds nus et en short. Mason, lui, était en maillot de bain, les pieds couverts de terre à force de courir dans leur minuscule cour. Le jardinet de la taille d’un timbre-poste lui paraissait plus exigu que jamais, à côté des grands espaces de Pebblebrook…
Alexa se mordit les lèvres.
Ce n’était pas la première fois que le ranch, ou son propriétaire sexy, lui revenait à l’esprit depuis une semaine. Voilà sept jours qu’elle était rentrée, et il n’y avait pas un seul instant où elle ne se demandait pas ce que faisait Hayes, comment il allait… Arrivait-il à dormir ? Avait-il terminé les travaux de démolition de sa cuisine ?
— Jouer ! s’écria Mason en frappant des mains avant de lui foncer dans les jambes. Jouer mama !
Alexa posa le flacon à côté d’elle, puis enlaça la petite taille fine.
— Espèce de petit coquin ! Tu as vidé tout le liquide sur maman. Les bulles sont toutes parties…
— Naaan !
— Eh si, répondit-elle. Il n’y en a plus.
Mason ramassa la petite bouteille, la retourna, puis la secoua. Quelques gouttes s’écoulèrent de nouveau sur sa jambe, et ses petites lèvres se mirent à trembler.
— Encore ! s’écria-t-il.
— Et si on nettoyait tout ça avant d’aller au parc ? suggéra-t-elle.
Le jardin public se trouvait à une vingtaine de minutes en voiture, mais il disposait d’une aire de jeux fabuleuse et d’un joli sentier où elle l’emmenait se promener quand il se lassait de ses jouets. Ainsi, il faisait une sieste dans sa poussette et Alexa faisait un peu d’exercice.
Sachant que la meilleure séance de sport qu’elle avait eue depuis des lustres remontait au marteau de démolition des placards de Hayes…
Et une fois de plus, ses pensées la ramenèrent à Hayes. Pourquoi cet homme ne la quittait-il donc pas ? En si peu de temps, il avait pris une telle place dans sa vie qu’elle s’inquiétait de ce qui serait arrivé si elle était restée plus longtemps au ranch.
Alexa cala Mason contre sa hanche pour se lever.
— Tu as envie d’aller à la balançoire et au toboggan ?
Il hocha la tête, malgré les larmes qui remplissaient ses yeux.
— Balançoire !
— Allons te chercher des chaussures et une chemise, dit-elle. Et ensuite…
Elle ne finit pas sa phrase. Elle fut interrompue par l’arrivée d’un gros pick-up noir qui s’arrêta à côté de sa petite voiture, juste devant la porte de son garage.
Oh ! non, elle connaissait ce véhicule… Et son conducteur était l’homme qui hantait ses rêves depuis la semaine dernière.
Mais que faisait Hayes ici ?
— Vroum, vroum, vroum ! chantonna Mason.
Resserrant son fils tout contre elle, Alexa se raidit. La première chose à laquelle elle pensa fut qu’elle devait avoir l’air d’un épouvantail, dans son vieux short à franges, jaune fluo pour accentuer la largeur de ses fesses, et son vieux débardeur blanc taché de peinture.
Eh bien, tant pis… Il débarquait à l’improviste, alors il devait s’attendre à la surprendre dans une tenue confortable et pratique. Lui devait sans doute porter un de ces jeans moulants, avec T-shirt ajusté sur sa peau aussi bronzée que musclée, et ce large chapeau noir qui protégeait toujours son regard sombre et pénétrant du soleil.
Hayes resta un instant assis là, au volant, à la scruter. Du moins, c’est l’impression qu’elle avait. Car son chapeau plongeait la moitié de son visage dans l’ombre. Allait-il finir par sortir ? Regrettait-il soudain sa visite ?
Mason tapota la joue d’Alexa, la tirant de ses pensées. Malgré son estomac noué, elle sourit à son fils. Elle se devait de couper les ponts avec Hayes. Aussi incroyables qu’aient pu être les moments qu’ils avaient passés ensemble, elle devait garder ses distances.
Cet homme avait été le meilleur ami de son mari. Hayes était un homme honnête, un homme de parole, et après tout ce qu’il avait vécu, il n’apprécierait certainement pas d’apprendre qu’il avait couché avec la veuve de son meilleur ami.
À la seconde où la portière de sa voiture s’ouvrit, Alexa prit une grande inspiration et s’avança sur le trottoir étroit qui menait à la grande allée.
Alors qu’il contournait le capot, le cœur d’Alexa se serra et elle ne put s’empêcher de promener ses yeux sur lui. Comme elle le craignait, il était absolument sublime. Sans surprise. Ces sept jours loin de lui n’avaient rien fait pour apaiser cette attirance profondément enracinée en elle.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle en s’approchant.
Elle aurait pu se montrer plus accueillante, mais après tout, ils étaient convenus de ne plus se voir.
— Je viens te rendre une petite visite.
Il prononça ces mots si naturellement, comme s’ils avaient l’habitude de se voir souvent.
— Tu ne sors presque jamais de chez toi, lui fit-elle remarquer. C’est en tout cas ce que dit la rumeur.
Il hocha la tête, croisant les bras sur sa poitrine.
— Pour certaines choses, ça vaut le coup de sortir…
Bon sang, pourquoi diable fallait-il qu’il lui dise des choses pareilles ? Pourquoi ne se contentait-il pas d’une relation purement physique ? Le fait de débarquer chez elle à l’improviste donnait à leur histoire une tout autre tournure.
— Mais comment as-tu su où j’habitais ? demanda-t-elle, en portant Mason sur son autre hanche. Attends… Je suis sûre que tu as demandé mon adresse à ta belle-sœur.
Mason tendit la main vers le chapeau de Hayes, mais Alexa le rabroua.
— Non, mon cœur.
— Laisse-le faire…
Alexa retint la main de son fils.
— Il allait t’enlever ton chapeau pour le mordiller ou le jeter.
Hayes ôta son chapeau.
— Ça ne me gêne pas, assura-t-il en le tendant à Mason.
Mais Alexa ne voulait pas du moindre geste de complicité entre Hayes et son fils. Car rien chez cet homme n’était inoffensif.
Non seulement elle s’était trop attachée à lui pendant ces quelques jours partagés durant la tempête, mais elle portait maintenant un secret qui le conduirait sans doute à ne plus la considérer qu’avec mépris et ressentiment. Elle préférait donc en rester là. Hayes avait suffisamment souffert…
Sauf que Mason parvint à attraper le chapeau et, bien entendu, s’empressa de le porter à sa bouche.
— Oh ! Mason ! le réprimanda-t-elle. Ne fais pas ça !
Un sourire étira les lèvres de Hayes.
— Ça ne me gêne pas, je t’assure.
Peut-être, mais elle, cela la gênait. Regarder un autre homme interagir ainsi avec son fils… Eh bien, elle ne s’y était pas préparée. Mason n’avait pas l’habitude d’être au contact d’hommes. Alexa ne ramenait bien évidemment jamais d’homme chez elle et, hormis la baby-sitter, Mason ne recevait aucune visite.
Elle ne pouvait pas laisser Hayes entrer dans la vie de son fils. La fragilité de ses sentiments en ce qui concernait cet homme était tout simplement trop grande. Et il était lui-même instable émotionnellement. Peu importe à quel point leur tête-à-tête du week-end dernier avait pu être torride, passionné, c’était une mauvaise idée pour lui de venir ici.
— Pourquoi es-tu là ? murmura-t-elle.
— Tu m’as déjà posé la question.
Alexa leva les yeux, cherchant son regard.
— Tu ne m’as pas vraiment répondu.
— Je t’ai expliqué que je voulais te voir.
Elle haussa un sourcil.
— Très bien. Que veux-tu que je te dise ? demanda-t-il en mettant le chapeau sur la tête de Mason avant de lui prendre son fils des bras.
Choquée, Alexa regarda Hayes sourire à Mason comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.
— Tu veux que je te dise que la qualité de mon sommeil a empiré depuis ton départ ? Que j’ai replongé en enfer ? Que, quand j’entre dans ma cuisine, je me demande si les travaux que j’y entreprends te plairaient ? Que j’ai installé une fichue balançoire dans le jardin juste parce que tu me l’avais suggéré ?
Oh ! non… C’était encore pire qu’elle ne le craignait.
— On était pourtant d’accord…
Il leva une main pour la couper.
— C’est vrai. Nous étions d’accord pour nous contenter d’une relation purement physique. Sauf que tu me manques énormément, Alexa. Je ne suis pas ici pour te demander une vraie relation, ni un mariage. Mais je te veux, et quand je veux quelque chose, je fais en sorte de l’obtenir.
Mason promena ses petits doigts potelés sur la barbe naissante de Hayes, s’attardant sur la toison brune le long de son menton. Ébahie, Alexa ne put que constater, impuissante, qu’ils étaient en train de nouer une relation sous ses yeux. Et elle ne pouvait rien faire pour empêcher cela.
— Tu ne peux pas venir ici et t’attendre à ce que je… Mais que penses-tu qu’il va se passer maintenant ?
Hayes resserra sa prise autour de son fils.
— Reviens à la maison avec moi.
— Pas question.
Ses lèvres frémirent de nouveau, comme s’il tentait de retenir un sourire, ou de ne pas rire. C’était fascinant de le voir exprimer une telle émotion, mais d’un autre côté, elle ne pouvait pas tomber dans un tel piège.
— Emmène Mason. Il pourra jouer dans le jardin. C’est ce que tu voulais, non ? Un jardin pour ton fils ?
De nouveau, Alexa plissa les yeux.
— Ça n’est pas fair-play, Hayes…
Il se rapprocha et se mit à lorgner ses lèvres.
— Tu sais déjà que ce n’est pas un jeu, et je n’ai jamais prétendu être fair-play…
Mason tourna la tête et fit tomber le chapeau à terre. Alexa le ramassa rapidement et le rendit à Hayes avant de tendre la main à son fils.
— On s’apprêtait à partir pour le parc, l’informa-t-elle. Alors, si tu veux bien nous excuser…
Il resta planté là, immobile, clignant à peine des yeux. Alexa eut l’impression qu’il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Est-ce qu’une personne au cœur et à l’âme brisés pouvait vraiment se connecter aussi intensément à une autre ?
Alexa se hâta de se débarrasser de cette idée encombrante.
— Tu sais bien ce que je veux dire, insista-t-il, en faisant un pas vers elle. Je ne te connais que depuis une semaine, mais tu m’as mieux compris que ma propre famille.
La gorge nouée, Alexa cala le visage de Mason tout contre son épaule. Il semblait soudain prêt pour sa sieste ; leur balade au parc n’était peut-être plus une priorité.
— Ce n’est pas vrai, dit-elle.
Il exagérait largement.
— Tu crois que c’était facile pour moi de venir ici, Alexa ? J’ai lutté pendant une semaine mais, bon sang, j’ai tellement envie que tu reviennes chez moi. Viens passer la journée et je te ramènerai.
Alexa eut un petit rire.
— C’est absurde, Hayes… Tu donnes trop d’importance à ce qui s’est passé entre nous.
D’un geste vif, il glissa un bras autour de sa taille et l’attira contre lui.
— Sauf que ce qui s’est passé… ce n’est pas fini. J’ai toujours envie de toi. J’ai vécu l’enfer, et maintenant que j’ai rencontré quelqu’un susceptible de m’apporter un semblant de bonheur, je n’ai pas envie de passer mon chemin.
Elle voulait la même chose. Ce désir violent qu’elle avait éprouvé une semaine auparavant n’avait fait que s’intensifier… Et maintenant, Hayes était là, il la touchait, la regardait avec le même désir, intact, que celui du week-end dernier.
— Viens avec Mason. On montera à cheval.
Alexa ferma les yeux. Il était sorti de chez lui… pour venir la voir. Il avait mis de côté son appréhension de quitter le ranch. Il invitait son fils à monter à cheval, et il ne semblait pas décidé à renoncer.
— Bon, chuchota-t-elle. Nous viendrons. Mais je prends ma voiture, et je ne passe pas la nuit chez toi.
Hayes posa ses lèvres sur sa joue.
— C’est ce qu’on verra, susurra-t-il.
Un frisson la traversa. Pourtant, Alexa se jura de ne plus coucher avec Hayes. Pas avec le secret qu’elle portait. Peut-être qu’un jour, quand il serait guéri, ils deviendraient amis ?
Non, aucune chance. Pour un homme comme lui, coucher avec la femme de son ami relevait de la trahison. Elle ne pourrait jamais lui révéler qui elle était vraiment.
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