Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 30 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 11

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Charlotte regarda par la fenêtre la Mustang de Rick s’éloigner dans l’allée. Elle avait bien fait attention à ne pas bouger les rideaux mais elle était sûre qu’il l’avait vue l’espionner. Il avait levé la tête pile dans la direction où elle se trouvait avant de monter dans son bolide.

Mais non. Il n’avait pas vu la voir derrière les rideaux tirés. Son imagination lui jouait des tours, voilà tout. Elle s’écarta de la fenêtre, furieuse contre elle-même.

Depuis quand était-elle devenue cette nunuche timorée qui battait lâchement en retraite — depuis la remarque pourtant bien naïve de Bobby, elle restait cloîtrée chez elle pour éviter la famille Tyler — et qui, en plus, les observait, cachée derrière des rideaux ?

Charlotte Shields était une femme courageuse et sûre d’elle. Une conquérante. Et ce n’était pas le commentaire bien innocent d’un enfant de dix ans qui allait changer la donne.

Déterminée à se reprendre, elle écarta les rideaux d’un geste sec, laissant entrer le soleil à flot dans la pièce. Il faisait si beau ! Ce serait quand même dommage de rester enfermée, par crainte de tomber sur ses voisins.

Et puis… elle répugnait à l’admettre mais ils lui manquaient. Bobby avait beau ne pas être facile avec son père, elle l’adorait. Elle préférait largement ce genre d’enfants à ceux trop sages et dociles, qui l’ennuyaient à mourir.

Sa maison était devenue trop calme. Trop bien rangée. Elle regrettait les goûters avec Bobby. Elle lui avait servi des prétextes tellement pathétiques qu’il n’avait pas dû la croire, c’était certain.

Elle eut soudain honte. Elle avait dû le blesser. Sensible comme il l’était, le petit garçon devait être meurtri de se sentir rejeté une fois de plus.

Dès qu’il rentrerait du club, elle lui ouvrirait sa porte pour l’inviter à venir se régaler de cookies au chocolat et de banana split, comme ils en avaient pris l’habitude, décida-t-elle.

La sonnerie de son smartphone la tira brutalement de ses pensées. Elle prit l’appel sans même vérifier le numéro affiché. De toute façon, il ne pouvait s’agir que d’un appel professionnel.

— Allô ?

— Bonjour. C’est Rick. J’avais oublié que c’était la sortie plage du club aujourd’hui. Je suis allé signer l’autorisation de sortie mais Bobby n’a ni son maillot de bain ni sa serviette. J’ai un patient dans dix minutes et je n’ai pas le temps de repasser à la maison les prendre. Cela te dérangerait de les lui apporter ?

— Non, bien sûr. Mais comment suis-je censée entrer chez toi ?

— Par le garage. Merci, je te revaudrai ça.

Puis il raccrocha après lui avoir communiqué le code de la porte.

Sans attendre, elle se précipita en face et monta dans la chambre de Bobby. Elle faillit faire un détour par celle de Rick mais parvint à se raisonner. Elle rêvait presque toutes les nuits de lui, ce n’était pas nécessaire d’alimenter un peu plus ses fantasmes en allant s’imprégner de sa présence invisible. Voir son lit… S’imaginer dedans avec lui… Non, vraiment, ce n’était pas une bonne idée.

Elle ouvrit le tiroir de la commode où elle avait rangé le maillot de Bobby et… miracle, il se trouvait toujours à la même place. Elle embrassa la pièce du regard, un sourire amusé aux lèvres. Bobby lui avait confié un jour que, pour ne pas avoir à faire son lit, il remontait la couette jusqu’à son menton puis il se laissait glisser sur le côté jusqu’à ce qu’il se retrouve par terre. Visiblement, ce jour-là, il n’avait pas failli à la règle.

Le maillot dans une main, elle se dirigea droit vers l’armoire à linge pour y prendre une serviette de plage.

Trois minutes plus tard, elle roulait en direction du centre culturel. Lorsqu’elle y arriva, il régnait dans le hall un joyeux brouhaha : les enfants, surexcités à l’idée de cette sortie, ne se privaient pas de manifester leur joie en criant et riant aux éclats.

Pourtant, tous restaient sagement en rang, formant une file sinueuse. Les plus jeunes avaient été regroupés par taille et probablement par âge tandis que les adolescents se tenaient un peu à l’écart, souhaitant sans doute marquer leur différence d’avec les « petits ».

Elle entendit Joni Danielson faire tinter la clochette qu’elle tenait à la main. Les voix se turent.

— Nous allons monter dans les bus, annonça Joni. Vous avez tous pensé à prendre vos maillots de bain et une serviette ?

Les enfants acquiescèrent sagement, certains d’entre eux brandissant même le sac dans lequel se trouvaient leurs affaires.

— Moi, je ne les ai pas ! cria Bobby en levant le doigt. Mais mon papa va me les apporter.

— Très bien. J’espère qu’il sera là avant le départ des bus.

Charlotte s’apprêtait à se manifester lorsque Bobby l’aperçut.

— Charlotte ! s’exclama-t-il en se ruant vers elle.

Il serra ses bras menus autour d’elle, dans une étreinte si forte qu’elle en eut le cœur tout remué. Elle enroula alors à son tour un bras autour de ses épaules et le serra étroitement contre elle. Dieu qu’elle aimait cet enfant !

Lorsqu’elle leva les yeux, elle vit que tous les regards étaient braqués sur eux. Jusque-là, elle ne s’était jamais souciée d’être au centre de l’attention, même si elle n’ignorait pas que la plupart des gens de Sweet Briar la détestaient. Mais à cet instant, l’animosité était presque palpable. Par le passé, elle mettait cette hostilité sur le compte de la jalousie : elle estimait que ce n’était pas son problème si on lui en voulait d’être Charlotte Shields, la fille du plus gros employeur de la région. Aujourd’hui, cependant, elle avait du mal à assumer cette antipathie générale qu’elle craignait, par voie de conséquence, de voir retomber sur Bobby.

— Va te remettre en rang, lui dit-elle en s’écartant de lui. Il ne faudrait pas qu’ils partent sans toi.

Rayonnant de bonheur, Bobby alla rejoindre sa place, à côté de Nathaniel qui lui fit un grand geste de la main. Elle lui rendit son salut sous le regard toujours hostile des parents présents.

Personne ne l’aimait. Personne ne l’aimerait jamais. Autant qu’elle se le tienne pour dit.

Elle plaqua un sourire forcé sur ses lèvres puis s’avança vers Joni.

— Je suis désolée de ce contretemps, dit-elle. Le Dr Tyler m’a demandé d’apporter ses affaires à son fils mais, ne t’inquiète pas, je ne compte pas m’attarder.

Elle avait fait quelques pas en direction de la porte lorsqu’une voix familière l’interpella :

— Charlotte…

Elle fit volte-face vers Carmen qui, malgré son menton fièrement relevé, la fixait avec retenue. Le cœur de Charlotte se mit à battre plus fort dans sa poitrine lorsqu’elle vit le ventre rebondi de sa sœur.

Avant sa démission, elle avait plusieurs fois surpris des secrétaires commenter entre elles la grossesse de Carmen. C’est ainsi qu’elle avait appris que sa petite sœur attendait des jumeaux.

Mais, toujours pétrie d’orgueil mal placé, elle avait ignoré la nouvelle, préférant marcher dans les pas de son père plutôt que de partager avec sa sœur ce qui devait être l’un des moments les plus heureux de sa vie.

Carmen fit un pas dans la direction de Charlotte qui n’avait toujours pas dit un mot. Vite ! Elle devait réagir ! Essayer de réparer les erreurs passées. Il ne fallait pas que Carmen croie qu’elle la snobait toujours.

Elle s’empressa de poser une main sur celle de sa sœur, dans un geste qu’elle voulait plein d’affection.

— Carmen… Je suis si contente de te revoir.

En guise de réponse, cette dernière afficha un air sceptique.

— C’est vrai. Il faut que tu me croies. D’ailleurs, je suis surprise que tu veuilles bien me parler après la manière dont je t’ai traitée. Tu dois me détester.

— C’est toi qui es pleine de haine, Charlotte. Pas moi.

Elle ouvrit la bouche, prête à rétorquer, mais elle la referma aussitôt. Que répondre à cela ? Carmen avait raison.

C’est alors que les enfants passèrent devant elles pour rejoindre les bus. Un large sourire aux lèvres, Bobby lui fit un signe de la main.

— C’est le fils de Rick, n’est-ce pas ?

— Oui. Il s’appelle Bobby.

— Vous semblez très proches, tous les deux.

— Nous le sommes. Il est adorable.

— C’est curieux, tout de même, qu’il te soit aussi attaché. Cela ne fait même pas un mois que lui et son père se sont installés ici.

Que voulait-elle dire par là ? se demanda Charlotte. Qu’elle avait une dent contre Bobby ? Charlotte espéra que ce n’était pas le cas. Car si elle souhaitait ardemment rétablir une relation de confiance avec sa sœur, ce ne serait pas aux dépens de celle que Bobby et elle étaient en train de nouer.

— Où veux-tu en venir ? s’enquit-elle, sur la défensive.

— Nulle part. Je dis simplement que tu sembles très attachée à l’enfant de Rick. Rick. Tu te rappelles ? L’homme qui t’a humiliée devant toute la ville. Pourtant, tu le laisses revenir dans ta vie. Moi, en revanche, et alors que je ne t’avais rien fait, tu m’as fermé la porte au nez plusieurs fois puis tu as ignoré mes tentatives de rapprochement.

Carmen avait parlé d’une voix douce mais empreinte d’une souffrance encore vive. Comment n’aurait-elle pas été blessée alors qu’elle avait été trahie par une sœur aînée qu’elle idolâtrait ?

Mais c’était fini, maintenant, songea Charlotte. À partir de cette seconde, elle allait redevenir celle que Carmen avait aimée. Celle qui avait su la protéger. Pour commencer, elle allait s’excuser.

— Je suis désolée, Carmen. Je m’en veux tellement.

Mais Carmen poursuivit, paraissant ne pas l’avoir entendue :

— Bien sûr, papa a toujours adoré Rick. Il doit même être drôlement content pour t’autoriser à t’absenter de ton bureau pour apporter à Bobby son maillot de bain.

Semblant soudain revenir à la réalité, elle fixa la tenue de sa sœur d’un air stupéfait.

— Pourquoi es-tu habillée comme ça ? Pourquoi n’es-tu pas en tailleur, comme d’habitude ? Tu n’es même pas maquillée ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

— Tu veux vraiment le savoir ? Je vais te le dire mais, d’abord, je tiens à te présenter mes excuses. J’ai tellement honte ! Je ne mérite pas ton pardon, ni même de faire de nouveau partie de ta vie, mais je suis prête à accepter le peu que tu voudras bien me donner.

Pour toute réponse, Carmen plaqua ses deux mains au creux de ses reins et poussa un soupir empreint de lassitude.

— Tout va bien ? s’enquit Charlotte avec inquiétude. Veux-tu que nous allions nous asseoir ? Mais bien sûr que tu veux t’asseoir ! Que je suis bête ! Tu dois être épuisée avec le poids que tu portes.

— Je vais bien mais, en effet, allons nous asseoir. Enfin, si tu as un peu de temps.

— Le temps, ce n’est pas ce qui me manque en ce moment.

— Très bien, alors allons dans la salle des bénévoles.

Charlotte suivit sa sœur à travers les couloirs à présent vides. Aucune d’elles ne chercha à parler jusqu’au moment où elles furent confortablement installées, chacune dans un fauteuil, une bouteille d’eau minérale à la main.

— Alors, raconte-moi un peu, lança Carmen la première.

— Eh bien, pour commencer, je ne travaille plus pour la Shields Manufacturing.

— Que s’est-il passé ?

Le souvenir encore cuisant du camouflet que son père lui avait infligé devant tout le monde lui fit monter les larmes aux yeux.

— J’ai démissionné.

— Quoi ? Mais tu adorais ton travail. C’était toute ta vie, ton oxygène.

— Tu as raison. Mais, plus que tout, je voulais me faire aimer de notre père. C’est bête, n’est-ce pas ?

— Tout le monde a besoin d’être aimé de ses parents et d’attendre d’eux une reconnaissance légitime.

— J’ai fini par comprendre que cela n’arriverait pas. Papa ne m’aimera jamais. Peut-être est-il incapable de m’aimer, tout simplement.

— Comment en es-tu arrivée à cette conclusion ?

Carmen ne cherchait pas à la persuader du contraire. C’était sans doute que ce travail de réflexion, elle l’avait fait avant elle et qu’elle savait depuis longtemps que Charles Shields n’aimait personne.

— Il a embauché quelqu’un pour diriger la société. Tu te rends compte ? Il a donné à un parfait inconnu le poste dont j’ai toujours rêvé. Il a annoncé la nouvelle au cours d’une réunion sans même m’avoir avertie avant. Alors j’ai pris mes affaires et je suis partie.

— Tu as bien fait.

— C’est vrai que, depuis, je me sens plus légère.

— Et maintenant ? Que comptes-tu faire ?

— Je cherche du travail, bien sûr. J’ai plusieurs options en vue mais pas ici, pas à Sweet Briar.

— Tu veux quitter la ville ?

— Tu l’as bien fait, toi.

— Parce que je n’avais pas le choix.

— Tu n’as pas idée à quel point je regrette de t’avoir traitée comme je l’ai fait, Carmen.

— Je mentirais si je te disais que je me suis fichue de te voir me tourner le dos dans un moment aussi difficile de ma vie. Mais, tu vois, j’ai survécu.

Elle s’interrompit un instant pour caresser son ventre énorme.

— Aujourd’hui, je suis plus heureuse que je n’aurais jamais cru pouvoir l’être, poursuivit-elle dans un sourire.

— Je suis tellement contente pour toi ! Tu mérites d’être heureuse.

— Et toi ? Ta relation avec Rick ?

— Il n’y a pas grand-chose à en dire, mentit-elle. Sinon que nous sommes voisins.

— Vraiment ? Ce n’est pas de chance tout de même.

Charlotte éclata de rire.

— Ce n’est pas ce qui résume le mieux la situation, rétorqua-t-elle.

— Raconte.

Elle observa sa sœur, tout étonnée qu’elles puissent discuter de sujets aussi intimes après tout ce temps. Il y aurait encore du chemin à parcourir avant de retrouver une véritable intimité, bien sûr, mais c’était un bon début.

— Disons que je nage en pleine confusion. Rick ne manque pas une occasion de s’excuser pour ce qu’il a fait. Comme si les mots pouvaient effacer le passé.

— Il n’y a rien d’étonnant à cela. C’est un comportement typiquement masculin.

— Et puis, il y a Bobby. Je ne sais pas pourquoi cet enfant s’est entiché de moi de la sorte.

— Ne te sous-estime pas ainsi. Quand j’avais l’âge de Bobby, tu étais une super grande sœur pour moi.

— Jusqu’à ce que je ne le sois plus.

— Cela a été un grand choc, je l’avoue. Mais, aujourd’hui, je comprends. Tu étais tiraillée entre papa et moi. Je ne pouvais pas lutter.

— Pas à cette époque-là, en tout cas.

— Revenons-en plutôt à Rick.

— À vrai dire, je ne sais pas où j’en suis. Ma seule certitude, c’est que je ne lui en veux plus. Et puis, je déteste devoir l’admettre mais il m’attire toujours autant.

— Dans ce cas, pourquoi ne pas vous donner une autre chance ?

— Hors de question. Il m’a brisé le cœur une fois, ça suffit. Et puis, à quoi bon puisque j’ai l’intention de recommencer ma vie ailleurs ? Là où personne ne connaîtra l’horrible réputation que je traîne derrière moi.

— Tu pourrais recommencer de zéro ici. Je l’ai bien fait, moi. En matière d’horrible réputation, je n’avais rien à t’envier.

— La différence, c’est que tu étais adolescente.

— Peut-être. Mais, en admettant que tu puisses trouver du travail ici, resterais-tu ? Donnerais-tu une autre chance à Rick ?

Serait-elle capable de risquer de nouveau son cœur ? s’interrogea Charlotte.

Elle l’ignorait mais elle avait peut-être intérêt à trouver une réponse rapidement.

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