Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 16 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 16

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— Il va s’en sortir.

Hayes était à peine entré dans la salle d’attente quand Piper, la femme de Nolan, vint annoncer la nouvelle.

— Le médecin dit que les séquelles semblent mineures à l’examen, mais ils le gardent en observation.

Hayes eut l’impression de respirer pour la première fois depuis une heure. Entre les nouvelles de son père et Alexa…

Mais non, hors de question de penser à elle. Là, il était entouré de sa famille. L’heure était grave.

— Qu’est-ce que tu fabriques en uniforme ?

En entendant la voix de Colt, Hayes se retourna.

— Je ne suis pas rentré chez moi hier soir, expliqua-t-il.

— Et tu étais dans un endroit où tu avais besoin de ton uniforme ?

Colt croisa les bras quand Nolan arriva derrière lui en blouse blanche. Son frère devait être de garde lorsqu’ils avaient amené leur père.

— J’étais invité à une cérémonie.

Inutile de leur en dire plus. Il leur parlerait de sa récompense plus tard : pour l’instant, ils avaient des questions plus urgentes à régler.

— Qu’est-ce qui se passe avec papa ?

— Il s’est mis à parler bizarrement avec l’infirmière de sa maison de retraite, puis à souffrir d’une paralysie du côté droit, expliqua Nolan. Elle a appelé les secours, qui l’ont transporté ici, où on lui a fait des examens, une échographie de la carotide. C’est un petit AVC. On en saura plus dans les prochains jours, mais il va s’en sortir.

S’en sortir ? Son père souffrait déjà de démence, et maintenant il avait un « petit AVC » ? Hayes eut soudain l’impression que ce qui restait de stabilité dans sa vie était en train de s’effondrer.

— Je peux le voir ?

Nolan hocha la tête.

— Il n’est pas censé avoir de visites, mais j’ai demandé qu’on fasse une exception. Seulement quelques minutes. Chambre 108. Au bout du couloir.

Hayes acquiesça d’un signe de tête et voulut passer devant ses frères. Mais Colt le retint par le bras.

— Après ça, on veut savoir ce que tu nous caches, murmura-t-il pour que les autres ne l’entendent pas. Tu ne voulais plus rien avoir à faire avec l’armée, tu voulais oublier tout ce qui s’était passé, et voilà que tu débarques en uniforme après une cérémonie ? Moi, je trouve ça bizarre.

Hayes dégagea son bras et poursuivit sa route en direction de la chambre de son père. Il s’arrêta juste derrière la porte, inspirant profondément et s’efforçant de se préparer à ce qui l’attendait.

Il franchit la porte et posa les yeux sur son père, si frêle, allongé dans le lit, la tête tournée de côté. Ses cheveux clairsemés et argentés avaient été peignés. Il fut un temps où cet homme ne quittait jamais son chapeau noir… Un temps où il s’affichait fier, robuste. C’était le roc sur qui toute la famille s’appuyait. Ce rôle incombait désormais à ses quatre garçons… Enfin, trois puisque Beau s’était de lui-même retiré de l’équation.

D’ailleurs, Hayes devait s’assurer que quelqu’un le prévienne dès que possible.

Alors que Hayes s’approchait, son père se tourna vers lui. Un sourire furtif passa sur ses lèvres.

— Salut, papa…

— Hayes.

Un soulagement immense l’envahit.

— Tu te souviens de moi.

— Pour l’instant…

Les yeux de son père s’emplirent de larmes.

— Je suis désolé, fiston. Je déteste être devenu un tel fardeau.

Hayes s’assit sur le rebord du lit et prit la main fripée de son père.

— Tu n’es pas un fardeau. Tu es notre père et nous ferons tout pour toi.

— J’ai élevé de bons g-gars, bégaya-t-il, avant de plisser les yeux. Et cet u-uniforme ?

— C’est une longue histoire, dit Hayes, en s’apercevant soudain qu’il se sentait prêt à la partager.

Ce moment qu’il passait avec son père pouvait malheureusement être le dernier.

— On m’a remis un prix hier soir. J’ai été invité au manoir du gouverneur pour le recevoir.

— C’est é-épatant. Je suis si fier… de toi. Est-ce que tes frères étaient de la p-partie ?

Hayes secoua la tête, scrutant la main fragile de son père.

— Non. Je ne leur ai rien dit. J’ai préféré me faire accompagner d’une cavalière.

— V-raiment ? C’est s-sérieux ?

— Je le croyais, admit Hayes. Mais je ne suis plus sûr…

— En une s-soirée ? interrogea son père. Si tu penses… que c’est la bonne, alors ne la laisse pas t’échapper.

Hayes interrogea son père du regard.

— Nous ne cherchons ni l’un ni l’autre à nous engager.

Son père esquissa un bref sourire et lui pressa la main.

— Ne la laisse pas t’échap-per. Ta mère et moi, on ne v-voulait pas s’engager non plus. Je l’aimais plus que tout. C’est toujours le cas.

Hayes refusait de penser à cela maintenant. Il ne voulait pas chercher à comprendre les raisons pour lesquelles Alexa lui avait dissimulé quelque chose d’aussi monumental alors que la priorité, en cet instant, c’était la santé de son père.

Il comprenait quelle avait pu être la stupéfaction d’Alexa quand il avait mentionné le nom de Scott pour la première fois. Mais elle avait eu largement le temps de s’en remettre. Elle aurait dû lui faire confiance. Avoir confiance en leur relation naissante. Et lui dire la vérité au plus vite.

Entre-temps, il ne s’était pas seulement attaché à elle, mais aussi à Mason… Et l’idée que tous deux risquaient de sortir de sa vie lui donnait l’impression d’être face à un vide immense.

— Je ferais bien d’y aller et de te laisser te reposer.

Même s’il aurait voulu que ce moment dure toujours. Son père serait-il seulement capable de le reconnaître la prochaine fois ?

— Je t’aime, papa.

— Je t’aime, Hayes.

Après avoir déposé un baiser sur le front de son père, il quitta la chambre à contrecœur. Si cela devait être la dernière fois qu’il entendait son père lui dire qu’il l’aimait et l’appeler par son nom, alors il en aurait pleinement profité. Au fond, il n’en attendait pas tant… Peut-être que l’uniforme avait aidé son père à le resituer, ou peut-être que celui-ci avait juste senti que Hayes avait besoin de lui, maintenant plus que jamais.

Quoi qu’il en fût, il était reconnaissant d’avoir pu bénéficier de ces quelques minutes. Il devait maintenant s’assurer que quelqu’un avait prévenu Beau, puis il rentrerait chez lui. Il n’avait plus les idées claires et voulait juste être seul.

Tout seul.

Ironie du sort, c’était précisément à cette solitude qu’il aspirait quand il était rentré au pays, mais il avait alors été happé par ses frères, leurs femmes, leurs enfants… puis finalement, Alexa et Mason.

La souffrance qu’elle avait réveillée en lui ne disparaîtrait pas de sitôt. Il se doutait qu’elle reviendrait vers lui, qu’elle voudrait se défendre. Il avait donc besoin de temps pour s’y préparer. Car malgré tous ses efforts pour que cela n’arrive pas, son fichu cœur avait fini par succomber au charme de cette femme. Et à présent, il devait trouver comment il pourrait passer à autre chose.

* * *

Dommage que tous ces travaux de démolition soient terminés. Parce que Hayes se serait volontiers défoulé sur son marteau. Malheureusement, la rénovation de sa cuisine touchait à sa fin.

Ces derniers jours, il avait fait poser ses placards. Les plans de travail et de nouveaux appareils devaient être installés la semaine suivante. Il travaillait à présent sur les luminaires qui devaient éclairer la table immense. Cette fichue table semblait cependant se moquer de lui : il était incapable d’y poser les yeux sans repenser à Alexa et à son expression quand elle l’avait découverte.

Ces deux dernières nuits, il avait extrêmement mal dormi. Surtout, il était resté seul chez lui. Il avait rendu visite à son père à deux ou trois reprises, mais ce dernier continuait de perdre le peu de lucidité qu’il lui restait. Hayes savait que c’était inéluctable, mais il gardait toujours une petite lueur d’espoir chaque fois qu’il y allait : et si certains souvenirs refaisaient surface ?

Quand la porte de derrière s’ouvrit, Hayes se figea dans l’attente de son habituel claquement. Nolan et Colt… les deux dernières personnes qu’il avait envie de voir en ce moment.

— Si vous faites le déplacement tous les deux en même temps, ça doit être grave…

Nolan s’avança en promenant un regard circulaire dans la maison.

— Ça a bien changé, ici, depuis ma dernière visite.

Hayes continua de visser la base pour installer le luminaire au-dessus de la table.

— C’est le but.

— Où étais-tu l’autre soir ? demanda Colt.

Hayes tordit l’écrou autour de la vis et grogna.

— Écoute, papounet, je ne suis pas obligé de te rendre des comptes sur tout ce que je fais.

Hayes chercha du regard son tournevis sur la table.

— On veut juste t’aider, déclara Nolan en lui passant l’outil. Cela fait des mois que l’armée est un sujet inabordable avec toi, alors tu dois comprendre que quand tu te pointes avec l’air d’avoir dormi dans ton uniforme, on s’inquiète un peu.

Concentré sur la lampe, Hayes laissa le silence se prolonger. Quand il eut terminé, il descendit de la chaise sur laquelle il était monté en soupirant.

— J’ai été reçu au manoir du gouverneur, où on m’a décerné un prix.

— Non mais c’est quoi cette histoire ? s’écria Colt.

— Et c’est maintenant que tu nous le dis ? demanda Nolan.

Hayes haussa les épaules.

— Je ne voulais pas que vous en fassiez toute une histoire.

— Toute une histoire ? répéta Colt. Tu plaisantes, là ? Cela n’a rien d’anodin !

— Je ne voulais pas de ce prix, vous comprenez ? Accepter ce genre de récompense ne me semble pas juste. C’est comme si j’acceptais le fait que toutes ces morts ont bien eu lieu, comme si j’allais enfin de l’avant tandis que pour eux, tout s’est arrêté.

Un poids lui enserra soudain la poitrine. N’était-ce pas précisément ce qui s’était passé avec Alexa ? Elle avait eu peur de lui parler de Scott car cela aurait entériné le fait qu’elle allait de l’avant alors qu’elle ne s’y sentait pas prête… Hayes avait réagi exactement de la même façon concernant le prix qui lui avait été décerné.

Il n’avait pas assumé le fait qu’il était en train de tourner la page.

S’éclaircissant la gorge, il ravala ses regrets.

— Ce prix ne revient pas à la bonne personne, en fait.

— Si le gouverneur te l’a attribué, c’est que tu es la bonne personne, déclara Colt en venant se planter de l’autre côté de la table, mains sur les hanches. Pourquoi diable ne voulais-tu pas qu’on le sache ? Parce que ça aurait pu nous intéresser ? Parce qu’on aurait pu te manifester notre soutien ?

— Tu crois que ça va faire plaisir à Annabelle et Piper d’apprendre que tu ne voulais pas de leur présence dans un moment pareil ? ajouta Nolan comme pour remuer le couteau dans la plaie.

Hayes s’était douté de la réaction de ses frères, mais il n’avait pas pensé à ses belles-sœurs.

— Je leur expliquerai mon point de vue. Je ne voulais pas qu’on en fasse tout un plat.

— Dommage ! s’exclama Colt. Pourquoi crois-tu qu’on en aurait fait tout un plat ? Figure-toi qu’on est contents que tu sois rentré, Hayes. Peut-être qu’on aurait envie de célébrer le fait que tu es en vie, tu sais…

Hayes détourna le regard.

— Eh bien, peut-être que je ne suis pas encore tout à fait prêt pour ça.

Il attrapa la caisse contenant l’ancien plafonnier, qu’il regarda fixement. Aussitôt, il repensa à Alexa. Serait-elle d’accord ? Elle avait eu tellement d’idées pour cette maison, en particulier pour la cuisine.

— Donc, tu es allé seul à cette cérémonie de remise des prix et tu as décidé de laisser tout le monde en dehors de ça ? demanda Nolan.

Hayes jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

— Non, je n’y suis pas allé seul.

À ces mots, Colt plissa les yeux.

— Alexa…

— Où est-elle maintenant ? demanda Nolan. Elle n’était pas à l’hôpital avec toi. Elle n’est pas chez toi, mais elle compte assez pour toi pour t’accompagner chez le gouverneur ?

Eh bien… Oui. Sans doute.

Alexa était celle vers qui il s’était tourné au moment où il avait eu besoin d’un soutien qui aurait autre chose à lui offrir que sa pitié. Oui, le cœur de Hayes s’était sans doute emballé un peu vite, mais il traversait une période confuse, compliquée. C’était tout à fait naturel, non ?

— Nous ne sommes… pas ensemble, leur apprit-il.

Colt éclata de rire et ajusta son chapeau.

— Alors tu l’as repoussée, elle aussi ?

— Non, bordel ! Si tu veux tout savoir, j’ai découvert par hasard qu’elle avait été mariée à Scott.

Nolan fronça aussitôt les sourcils.

— Tu veux dire que c’est la veuve de Scott ?

Hayes hocha la tête.

— Je l’ai appris le matin même où papa a eu son AVC. Quand j’ai quitté sa maison, nous n’étions pas en bons termes.

— Et tu ne lui as pas tendu la main depuis, hasarda Colt.

Hayes s’affala sur le banc devant la longue table.

— Fichez-moi la paix. Laissez-moi seul, maintenant.

Il en avait assez. Il était épuisé. Le manque de sommeil, ce pincement permanent dans son cœur… Il voulait juste se débrouiller seul… comme il l’avait toujours fait.

— On dirait que rester seul ne te réussit pas, remarqua Nolan en se glissant à côté de lui. Je ne cherche pas à me mêler de ta vie amoureuse…

— Alors ne le fais pas, coupa-t-il.

— Mais tu semblais presque heureux quand Alexa était là, continua Nolan.

— Bon sang, mais qu’est-ce que tu peux bien en savoir ?

Colt s’installa sur le banc de l’autre côté.

— Je le sais parce que je t’ai vu. Annabelle t’a vu. Tu crois qu’on ne se parle pas, tous ? Il y avait quelque chose de tellement différent chez toi. Tu étais vraiment souriant.

— Regarde, là, je souris maintenant.

Bon, d’accord, ce n’était pas un argument très recevable. Mais là, il souriait… N’est-ce pas ?

— Est-ce parce qu’elle a un bébé ? demanda Nolan. Je sais que tu appréhendes d’aller de l’avant, de t’impliquer à nouveau, alors je peux comprendre que l’idée de côtoyer des enfants te fasse peur.

Il n’avait pas envie de parler de Mason avec ses frères. Il n’était certainement pas prêt à discuter de la façon de fonder une famille, d’élever des enfants et d’assumer le rôle de père.

— Je sais que ta fiancée t’a trahi et que ça t’a autant affecté que les horreurs que tu as vécues pendant cette mission dans l’armée, dit Nolan en dévisageant Hayes. Mais vas-tu vraiment en vouloir à Alexa d’avoir été mariée à ton ami et de ne pas avoir su te le dire ? Tu nous as presque tout caché de ta vie, frérot, et on t’aime toujours.

— Je n’aime pas cette femme.

Colt eut un petit rire.

— Je n’aimais pas Annabelle non plus. Au début. Et puis j’ai pris conscience que je ne pouvais pas vivre sans elle, ni ses filles.

Hayes pouvait vivre sans Alexa et Mason. Il le pouvait, bon sang ! Sauf qu’il ne le voulait pas, tout simplement. Il souhaitait qu’ils fassent tous les deux partie de sa vie, qu’ils soient sa famille. Il voulait leur apporter confort et sécurité, pour qu’ils n’aient plus aucun souci, aucune peur.

— Tu lui as raconté ce qui s’est passé là-bas ? demanda Nolan.

Hayes hocha la tête.

— Tu ne crois pas que ça en dit long, frérot ? Tu as mis cette femme au courant de ce que tu as vécu là-bas, avant même ta propre famille…

Le ton de Nolan indiquait qu’il ne le lui reprochait même pas.

— Merde, marmonna-t-il, en se prenant le visage dans les mains. Je vous raconterai, les gars. Mais pas tout de suite, d’accord ?

Nolan posa une main sur le dos de Hayes.

— Si cette femme comptait assez pour t’accompagner à cette cérémonie et que tu lui racontes tes secrets les plus sombres, tu ne crois pas qu’elle compte assez pour que tu lui présentes tes excuses ?

— Je n’ai rien fait de mal.

Il se tourna vers Colt qui se contenta de hausser un sourcil.

— D’accord, je suis parti précipitamment de chez elle, mais papa venait d’entrer à l’hôpital. Et depuis… Eh bien, j’avais juste besoin de me remettre les idées en place.

— Si tu attends trop, elle ne voudra peut-être pas s’expliquer du tout, remarqua Nolan.

Ses frères se levèrent et se dirigèrent vers la porte.

— Quoi ? C’est tout ? demanda Hayes. Vous avez un code ou quoi ? Une fois que je suis à court d’arguments, vous vous levez et vous filez ?

— À peu près, confirma Colt en ajustant à nouveau son chapeau. Mais on ne s’était pas mis d’accord par avance.

Hayes posa les mains sur la table et se leva.

— Fichez-moi le camp d’ici. J’ai encore du boulot.

— Tu penseras aussi à appeler Annabelle et Piper pour leur expliquer cette histoire de prix, dit Colt. Et quand elles voudront t’organiser une fête ou un dîner, ou toute autre célébration de ce genre, tu les laisseras faire et tu leur en seras reconnaissant.

Hayes leur adressa un salut de la main.

— Oui, chef.

Ses deux frères s’éclipsèrent en laissant claquer la porte, ce qui le fit sursauter, mais au moins, cette fois, il était encore debout. Et pas recroquevillé sur le plancher.

Il avait quelques retouches à faire avant de contacter Alexa. Il voulait que tout soit parfait, mais il tenait surtout à cette explication. Alexa l’avait fait souffrir, il ne pouvait pas faire comme si ce n’était pas arrivé. Il lui offrirait une chance de se défendre, parce qu’elle le méritait… et qu’elle lui manquait.

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