Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 37 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 18

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Installé dans le patio, Rick contemplait le ciel, aussi sombre que son humeur. Une forte brise s’était levée, balayant les feuilles des arbres jusque sur la pelouse. L’air sentait la terre humide et de gros nuages menaçants couraient dans le ciel. Au loin, des éclairs zébraient l’horizon : l’orage n’allait pas tarder à éclater.

Charlotte allait quitter Sweet Briar, sans doute pour ne pas y revenir. Compte tenu de la relation qu’elle entretenait avec les membres de sa famille, il y avait fort à parier que rien ne la retenait plus ici.

Bêtement, il avait cru que Bobby et lui pallieraient le manque affectif dont elle souffrait mais, manifestement, il s’était trompé.

Il s’en remettrait. Ce serait douloureux mais il n’était plus un enfant. D’autre part, il ne pouvait pas tenir rigueur à Charlotte de vouloir vivre sa vie quand c’était exactement ce qu’il avait fait douze ans plus tôt.

Mais Bobby ? Bobby n’était pas un adulte. C’était un enfant qui avait déjà connu sa part de souffrances. Lui qui, grâce à Charlotte, était redevenu le petit garçon heureux qu’il avait été autrefois, allait de nouveau connaître les affres de l’abandon. Il allait être dévasté de chagrin !

Rick abattit son poing sur la table, cherchant à évacuer dans ce geste plein de violence un peu de la frustration et de la colère qu’il ressentait. Il était seul responsable des heures sombres qui attendaient son fils. Il connaissait tout des projets de Charlotte mais, malgré cela, il avait encouragé la relation qui se nouait entre elle et Bobby.

La pluie se mit à tomber de façon si soudaine et si violente qu’au moment où il poussa sa porte, il était trempé. Il retira sa chemise tout en grimpant l’escalier qui menait aux chambres.

— Papa ! s’exclama Bobby alors qu’il arrivait sur le palier.

— N’aie pas peur. C’est un petit orage de rien du tout. Et puis, je suis là.

— Je n’ai pas peur.

— Tu es sûr ?

— Sûr.

— Parce que, sinon, tu peux venir dormir avec moi.

À peine venait-il de refermer la bouche qu’un éclair éblouissant éclaira la pièce comme en plein jour. Bobby bondit hors de son lit et courut dans celui de son père.

— Tu sais, papa, je m’inquiète pour Charlotte, dit-il. Elle est toute seule chez elle, elle doit avoir drôlement peur. On pourrait l’appeler pour savoir si elle va bien.

— Il est près de minuit. Elle doit dormir.

À ce moment précis, un roulement de tonnerre se fit entendre, plus long et plus fort que les précédents.

— Papa, on devrait vraiment l’appeler, insista Bobby. Elle a dû se réveiller, comme moi.

Rick reconnaissait bien là l’entêtement de son fils. S’il s’était mis en tête que Charlotte avait besoin d’aide, il était capable de passer la nuit à essayer de le convaincre. Cela le confortait dans l’idée qu’il allait devoir, sans tarder, le préparer au départ de celle qu’il aimait plus que quiconque.

Il s’assit à côté de son fils, prit le combiné de la ligne fixe qui se trouvait sur la table de chevet et composa le numéro de Charlotte. Elle répondit à la première sonnerie. Bobby avait raison : elle s’était réveillée.

— C’est Rick, dit-il.

— Et Bobby, intervint son fils, le menton posé contre l’épaule de son père. Dis-lui que je suis là.

— Et Bobby, répéta-t-il docilement. Nous voulons nous assurer que tout va bien.

— Dis-lui de venir dormir avec nous, si elle veut, lui souffla encore Bobby. Elle doit avoir trop peur toute seule.

Charlotte éclata de rire.

— Explique à ton fils que j’apprécie beaucoup son offre mais que tout va bien et que je n’ai pas peur.

Rick relaya le message à Bobby qui commençait à accuser les signes d’un profond sommeil.

— Je ne voulais pas te déranger mais Bobby a insisté, s’excusa-t-il.

— Tu ne m’as pas dérangée. C’est l’orage qui m’a réveillée.

Elle avait parlé d’une voix un peu rauque qui lui rappela les heures merveilleuses qu’il avait passées avec elle. Une parenthèse si belle, si douce ! Le souvenir en était si précis qu’il aurait donné n’importe quoi pour la tenir là, maintenant, entre ses bras. Mais à quoi bon puisque sa décision de quitter Sweet Briar était prise ?

— Dans ce cas, je vais te laisser te rendormir, dit-il d’un ton plus brusque qu’il ne l’aurait voulu.

— Bonne nuit, répondit-elle avant de raccrocher, le laissant seul face à une grande solitude.

* * *

Charlotte sortit de son entretien le sourire aux lèvres. L’échange s’était bien déroulé ; les personnes qu’elle avait rencontrées lui avaient plu et le salaire proposé était à la hauteur de ses attentes. La ville, de taille moyenne, offrait de nombreuses possibilités culturelles et, de plus, elle se trouvait à deux heures à peine de Sweet Briar.

Alors pourquoi — tandis que, là encore, on lui offrait le poste — avait-elle demandé un temps de réflexion ?

Elle pouvait toujours se dire qu’il n’était pas recommandé de prendre des décisions importantes à la hâte, elle savait ne devoir ses hésitations qu’à sa réticence à quitter Rick et Bobby. Elle avait beau se dire et se répéter qu’elle devait se montrer prudente — Rick l’avait déjà laissée sur le carreau une fois, pourquoi ne recommencerait-il pas ? —, elle espérait au plus profond d’elle-même que les choses allaient marcher entre eux, cette fois-ci. Si toutefois Rick nourrissait les mêmes sentiments qu’elle à son égard car, récemment, elle avait senti un changement dans son comportement.

Ne commençait-il pas à prendre ses distances ? Elle n’était pas idiote. Comment ne pas remarquer qu’il évitait désormais d’accompagner Bobby lorsque celui-ci venait chez elle ? Et si ce n’était que ça ! Mais il raccourcissait tous les jours un peu plus le temps que le petit garçon passait chez elle. À peine s’il lui laissait le temps de prendre son goûter.

Pour un peu, elle aurait pu penser qu’il cherchait à mettre fin à leur relation. Elle se revit le supplier de ne pas rompre leurs fiançailles et se retrouver face à un Rick déterminé qui n’avait pas hésité à poursuivre seul sa route, sans un regard en arrière.

Elle ne se laisserait pas humilier une seconde fois. S’il voulait rompre, libre à lui ; mais elle ne l’implorerait pas. Une fois de plus, elle allait souffrir d’aimer Rick mais ce secret, elle l’emporterait dans sa tombe.

En revanche, maintenir la relation qu’elle entretenait avec Bobby serait plus délicat. Le petit garçon avait déjà été abandonné par sa mère, il ne le serait pas par elle. Elle en parlerait à Rick, s’il le fallait. Pour l’amour que tous deux portaient à Bobby — et dans l’intérêt de ce dernier —, ils se devaient de trouver un terrain d’entente. Lorsqu’elle serait installée ailleurs, elle inviterait Bobby à passer des week-ends chez elle. De son côté, elle viendrait régulièrement à Sweet Briar pour le voir. Ainsi le contact ne serait pas rompu.

Elle passa tout le trajet de retour à échafauder des plans, à tourner et retourner le problème dans sa tête. Lorsqu’elle tourna dans sa rue, elle était à la fois soulagée et emplie d’appréhension à l’idée de tomber sur Rick.

Évidemment, il était là, à jouer au basket avec son fils. Comme à son habitude, Bobby courut vers elle aussitôt qu’elle sortit de voiture. Rick suivit, d’un pas plus mesuré.

— Alors ? Ça s’est bien passé ? s’enquit Bobby.

— Très bien, dit-elle en défiant Rick du regard. Ils m’ont offert le poste.

— C’est génial ! Je suis trop content pour toi !

— C’est adorable, merci. Tu as dîné ?

— Oui. Mais je n’ai pas pris de dessert, à part une pomme. Papa, il dit que c’est un dessert mais moi je dis que non.

— Tu as raison. Heureusement pour toi, j’ai des cookies aux pépites de chocolat et de la crème glacée. Qu’en dis-tu ?

— Trop cool !

Mais déjà, Rick avait posé les mains sur les épaules de son fils, l’empêchant de se ruer chez elle.

— Charlotte a fait beaucoup de route, dit-il. Elle doit être fatiguée. Tu iras manger de la glace une autre fois.

Elle pinça les lèvres et fit volte-face pour le regarder droit dans les yeux.

— Je ne suis pas fatiguée, rétorqua-t-elle sèchement. Et quand bien même je le serais, Bobby aurait le droit de venir chez moi.

Sur ce, elle tourna les talons et se précipita chez elle, soucieuse de cacher les larmes qui lui brouillaient la vue. Comment Rick pouvait-il la chasser de la vie de Bobby comme il venait de le faire, sans tenir compte de l’affection qu’elle lui portait ?

Quand on sonna, elle ouvrit sa porte d’une main tremblante et laissa passer Bobby qui, visiblement, s’était dégagé de l’étreinte de son père.

— Tu viens, papa ? lança-t-il après avoir regardé derrière lui.

Rick hésita, cherchant sans doute une échappatoire.

— J’arrive, finit-il par souffler, à la grande surprise de Charlotte.

Décidément, cet homme ne manquait pas une occasion de la plonger dans la plus grande perplexité.

— Commencez sans moi, dit-elle. Je monte me changer. J’en ai pour une minute.

D’ici là, peut-être aurait-elle saisi ce qui se passait dans la tête de Rick.

* * *

Était-il devenu fou ?

Rick ne décolérait pas : il était censé faire sortir Charlotte de leur vie et, au lieu de cela, voilà qu’il se trouvait chez elle, incapable de détourner le regard de sa bouche aux lèvres sensuelles. Comme envoûté, il les regardait s’entrouvrir pour accueillir une cuillerée de glace, plaisir qui tirait à Charlotte de petits gémissements qu’il jugeait très excitants.

Le tableau que tous trois formaient autour de cette table, l’illusion qu’ils donnaient de former une vraie famille : tout cela ravivait ses regrets. Faisait-il une erreur en ne pressant pas Charlotte de rester à Sweet Briar ? Devait-il lui avouer ses sentiments ?

Au prix d’un effort surhumain, il parvint à focaliser son attention sur son fils.

— Ainsi donc, tu as une grande décision à prendre : Chicago ou Norman, commentait Bobby.

— En fait, j’ai déjà éliminé Chicago.

— Vraiment ?

— Ce ne serait pas un bon choix. Les gens étaient sympas mais l’ambiance trop désinvolte pour moi.

— Dommage, regretta Bobby entre deux bouchées de glace. On aurait pu aller voir jouer les Bulls.

— Reste donc Norman, poursuivit Rick.

— Je pense que je pourrais travailler avec eux. Le poste est intéressant et le salaire motivant. Je serais sûrement heureuse là-bas.

Heureuse loin de lui.

La ville était plus proche de Sweet Briar que Chicago, mais Charlotte serait-elle prête à faire les deux heures de route chaque jour ? La distance géographique n’était pas — et ne serait jamais — propice à une vie de famille.

Tandis qu’il était en pleine introspection, Charlotte et Bobby, eux, se chuchotaient des secrets à l’oreille.

— Papa, demanda Bobby en laissant tomber sa cuillère dans son bol vide, je peux dormir ici ce soir ?

— Pourquoi ?

— Parce que.

Rick secoua la tête, contrarié. Charlotte ne voyait-elle donc pas ce qu’elle faisait ? Ne comprenait-elle pas que son départ serait un déchirement pour Bobby ? Qu’il mettrait un temps fou à se remettre du vide qu’elle allait laisser en lui ? Au lieu de se l’attacher un peu plus, elle ferait mieux de l’aider à lui rendre la séparation plus facile !

— Pas ce soir, répondit-il. Alors dis bonne nuit à Charlotte et rentre à la maison.

— Et toi ?

— Je voudrais parler à Charlotte. Va. Je n’en ai pas pour longtemps.

Il crut que Bobby allait protester, faire un caprice, mais non. Il esquissa même un sourire de connivence. Le pauvre petit chou devait croire que cela faisait partie du plan de séduction mis en place par son père pour que Charlotte tombe amoureuse de lui ! Son cœur se serra à l’idée du chagrin immense qui attendait son fils.

— D’accord.

Bobby alla embrasser Charlotte puis se tourna vers son père.

— Tu veux bien que je fasse des paniers pendant que tu parles avec Charlotte ?

— Oui, bien sûr.

Le petit garçon leva les pouces en signe de contentement puis sortit en courant.

— À quoi joues-tu ? s’enquit aussitôt Rick, en s’exhortant au calme.

— Pardon ?

— Pourquoi as-tu invité Bobby à passer la nuit chez toi ?

— Je n’ai pas invité Bobby à passer la nuit ici. Je lui ai dit que j’avais acheté un nouveau DVD et il m’a demandé s’il pouvait le regarder avec moi.

— Oh…

Elle se leva d’un bond de sa chaise et vint se planter devant lui, les poings sur les hanches.

— Comme tu dis…

Sentant qu’il perdait le contrôle de la situation, il se leva à son tour, certain que dominer Charlotte de toute sa taille allait jouer en sa faveur et rétablir l’équilibre.

— Je ne comprends pas à quoi tu joues, répéta-t-il, à court d’arguments.

— Je ne joue pas et je trouve tes accusations minables.

— Je m’inquiète pour mon fils. Je veux lui épargner trop de souffrance.

Charlotte acquiesça, son indignation semblant céder la place à une grande tristesse.

— Je vois. Donc, selon toi, je lui fais du mal.

— Pas volontairement. Je sais que tu l’aimes profondément mais il va souffrir de ton départ. C’est inévitable.

— Et, si je comprends bien, pour régler le problème, tu n’as rien trouvé de mieux que de nous séparer. Je me trompe ?

— Non.

— C’est stupide.

— Peut-être. Mais Bobby est mon fils et c’est à moi de prendre pour lui ce que je pense être les meilleures décisions.

— Très bien, dit-elle, le visage fermé. Tu peux partir, maintenant. Et ne reviens pas. Je ne dis pas ça pour te blesser, je sais trop ce que c’est.

Cette flèche perfide raviva sa colère.

— Tu en es bien certaine ? Cela ne fait pas partie du plan ? Tout faire pour que je tombe amoureux de toi puis me plaquer pour me rendre la monnaie de ma pièce ?

— Ai-je bien entendu ? Tu serais amoureux de moi ?

Le ton était moqueur et sceptique, laissant supposer que son amour n’était pas payé de retour. Dans ce cas, quel intérêt de tenter de la convaincre qu’il l’aimait plus que jamais ?

— Ce n’est pas ce que j’ai dit mais bravo, bien tenté. En tout cas, tu n’as pas répondu à ma question. Ton besoin de vengeance est donc si grand que tu n’hésites pas à t’en prendre à un petit garçon qui a déjà pourtant bien souffert ?

— Tu as raison, Rick. Je n’ai pas besoin de trouver de travail et tout ce que je fais est dirigé contre toi. En fait, j’ai passé douze ans à ruminer ma vengeance.

Elle secoua la tête, le visage empreint d’un mélange d’amertume et de rage contenue.

— Charlotte…

Il s’interrompit, conscient de sa bêtise. Comment avait-il pu se montrer aussi stupide quand il savait qu’elle ne ferait jamais rien qui pourrait blesser Bobby ?

— Va-t’en et ne reviens jamais, répéta-t-elle avec plus de force.

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