Au cœur du désir - La reconquête d’un amour
Chapitre 8
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Alexa s’empara du T-shirt de Hayes et l’enfila. Visiblement, elle s’était endormie dans son lit, mais à son réveil, il avait disparu… et les draps étaient tout froids à sa place. Avait-il attendu qu’elle s’assoupisse pour s’éclipser ?
Des regrets ? Déjà ?
Le débardeur d’Alexa était resté dans le bureau, alors elle passa son jean pour aller avec la chemise qu’il avait pliée sur sa commode. Par la fenêtre, elle vit que le ciel s’était encore assombri, et que la pluie continuait à tomber.
L’estomac d’Alexa gargouilla alors qu’elle traversait la chambre et pénétrait dans le couloir. Il y avait de la lumière dans la chambre principale du premier étage, alors elle jeta un coup d’œil par la balustrade. Toujours pas de Hayes en vue.
Sans doute ne lui en voudrait-il pas si elle se rendait à la cuisine pour se trouver quelque chose à manger. Depuis ce matin, elle n’avait rien avalé à part une barre de céréales et un café sur le trajet vers le B&B.
Alexa posa sa main sur la rampe et se figea. Elle était partie de chez elle, ce matin seulement ?
Vingt-quatre heures auparavant, elle ne connaissait même pas Hayes Elliott, et pourtant elle s’était laissé attirer dans son lit… La femme qui séjournait ici au ranch de Pebblebrook n’était pas cette mère célibataire, enseignante pour de jeunes enfants, qu’elle était habituellement. C’était comme si elle s’était complètement métamorphosée dès son arrivée.
Elle n’aurait jamais imaginé avoir une aventure d’un soir. Elle avait été mariée, puis était devenue veuve, elle s’était consacrée entièrement à son fils et à ses besoins. Sortir avec un homme était loin d’être une priorité pour elle, encore moins avoir une vie sexuelle.
Il y avait quelque chose en Hayes qui faisait ressortir une facette d’elle-même dont elle ignorait l’existence. Elle n’avait connu que deux hommes dans sa vie jusqu’à aujourd’hui, et l’un d’eux avait été son mari.
Poussant un long soupir, Alexa descendit l’escalier. À mi-chemin, une odeur de café torréfié lui chatouilla les narines. Le bruit des casseroles résonnait dans toute la maison. Pourvu que Hayes ait prévu de cuisiner pour deux, quel que soit le plat qu’il préparait…
Soudain, elle eut la gorge nouée par l’appréhension. Elle espérait vraiment que la situation n’allait pas devenir gênante entre eux. Car si elle s’était montrée sûre d’elle et entreprenante tout à l’heure, eh bien… c’était uniquement sous l’effet du désir.
Désormais, elle était redevenue l’Alexa trop sage. Heureusement, dès qu’elle entra dans la cuisine, ses inquiétudes s’évaporèrent, chassées par une autre vague de désir. Hayes se tenait devant la cuisinière, vêtu de son seul jean et des tatouages qui lui ornaient le torse et les épaules. Oh ! pitié, qui aurait pu croire qu’un homme à moitié nu s’affairant devant sa cuisinière puisse se révéler aussi irrésistible ?
Pieds nus, elle avança sur le vieux linoléum, qui grinça sous ses pas. Hayes sursauta et se retourna, les yeux écarquillés.
— Désolée, murmura-t-elle. Je ne voulais pas te faire peur.
Il se détendit visiblement tout en la dévorant des yeux. Elle se rappela immédiatement à quel point ces yeux noirs pouvaient être pénétrants. Presque aussi troublants que ses mains expertes…
— On dirait que tu apprécies de porter mes vêtements.
Peut-être bien que oui… Ou peut-être qu’elle aimait leur odeur, celle d’un homme de caractère.
— Ma chemise était restée en bas…
Il esquissa un faible sourire.
— Tu aurais pu descendre torse nu. Comme moi.
Tout avait l’air d’aller pour le mieux, et heureusement ! Il n’était pas d’humeur à parler regrets, comportement de gentleman ou autres absurdités qui auraient rendu cette situation extrêmement inconfortable. De nouveau, Alexa fut envahie par l’appréhension, car il la poussait encore hors de sa zone de confort.
Au moins, il dédramatisait la situation. Car tout cela était banal… n’est-ce pas ? Ce n’était pas parce que son corps tremblait encore, qu’elle portait sa chemise et qu’elle avait envie de recommencer qu’il fallait tirer des conclusions hâtives. Cela ne pouvait rien dire.
— Si je n’avais pas de chemise, tu me sauterais de nouveau dessus et nous finirions par mourir de faim, répondit-elle en le rejoignant pour voir ce qu’il préparait. Au fait, je meurs de faim, là.
— Qui a dit que je n’allais plus te sauter dessus ?
Cette proximité, le voir torse nu alors qu’elle portait sa chemise la troubla au plus haut point. Il y avait là quelque chose de trop intime. Bien plus que de se retrouver dans le même lit que lui. Sans parler du fait qu’il était en train de cuisiner… Les choses prenaient une tournure domestique qui mit Alexa mal à l’aise.
Depuis la disparition de son mari, son quotidien se résumait à élever seule son bébé et à tenter de panser les plaies de son cœur brisé. Elle ne cherchait personne pour combler ce vide immense. Un jour, elle recommencerait à penser à elle et chercherait un homme qui l’aimait. Le mariage ne lui faisait pas peur, mais c’était certainement la dernière de ses priorités à ce moment de sa vie.
Elle n’avait pas non plus cherché à vivre une aventure… Or voilà qu’elle se retrouvait là, les seins pointant sous la chemise d’un homme qu’elle avait rencontré à peine quelques heures auparavant.
— Hé là, doucement, cow-boy !
Elle lui tapota la joue. Sa barbe naissante, rugueuse sous ses doigts, lui rappela comment ses lèvres avides l’avaient embrasée partout où elles étaient passées…
D’un geste rapide, Hayes lui saisit la main, qu’il posa à plat contre sa poitrine.
— C’est la deuxième fois que tu me caresses comme ça. Je ne recommencerais pas, à ta place.
Elle frissonna devant cette menace à peine voilée. Il y avait une telle fougue dans son ton, dans son regard, qu’elle mourait d’envie de le caresser à nouveau, juste pour voir ce qui allait arriver. Elle ne doutait pas un instant qu’elle ne le regretterait pas.
Oh… Quelle torture ! Ces muscles fermes et chauds sous sa main lui donnaient tellement envie d’y enfoncer les doigts pour mieux les saisir…
— Qu’est-ce que tu cuisines ? demanda-t-elle en glissant sa main sous la sienne et en se penchant pour découvrir une casserole de nouilles.
Avec un grognement de frustration, Hayes se retourna et ramassa la cuillère du comptoir.
— J’ai trente-quatre ans, Alexa. Je suis célibataire. Donc, soit j’apprends à cuisiner, soit je meurs de faim.
— Tu n’es pas censé te nourrir seulement de bacon et de bière ?
Il lui lança un regard taquin.
— C’est le régime de base des hommes célibataires. C’est le régime de n’importe quel homme, en fait. Mais j’apprécie aussi la vraie nourriture : ma mère préparait les meilleures nouilles au poulet à la maison.
Surprise, Alexa recula d’un pas.
— Tu fais des nouilles maison ? Tu veux dire, avec un rouleau à pâtisserie et tout ?
— Je suis vexé de voir que tu peines à y croire.
Il continua à remuer son plat tout en la dévisageant.
— Bon, d’accord, je l’avoue. Je n’ai pas préparé ces nouilles-là moi-même, mais j’en suis capable.
Alexa croisa les bras et s’appuya contre le mur à côté de la cuisinière.
— Ah bon ?
— Je t’assure, demande à mes frères ! s’exclama-t-il. Nous savons tous cuisiner. Ma mère insistait pour qu’on sache se débrouiller dans une cuisine, car il n’était pas question pour elle d’élever des hommes, des futurs maris, qui n’auraient pas su se rendre utiles dans chaque pièce de la maison.
— Une femme intelligente, ta maman…
Un sourire furtif se dessina sur ses lèvres.
— C’était la meilleure. Mon père n’a plus jamais été le même après sa mort. Il n’est plus vraiment lui-même à présent.
— Ton père habite aussi dans le ranch ?
Hayes secoua la tête et laissa tomber la cuillère dans la casserole.
— Non, répondit-il en se tournant vers elle. Il est dans un établissement pour personnes dépendantes, non loin d’ici. Il ne nous reconnaît pas, la plupart du temps.
Elle ne s’attendait pas à cela. Elle savait que le ranch Pebblebrook était le plus grand de l’État. C’était la fierté de la région et, avec les rumeurs qui circulaient au sujet de son agrandissement prochain, elle n’aurait jamais deviné qu’il y avait tant de souffrance derrière tant de richesse et de réussite. La famille à qui tout semblait sourire avait elle aussi ses failles, comme n’importe quelle autre famille. L’argent ne pouvait pas tout acheter.
— Je suis navrée, murmura-t-elle. Il souffre depuis longtemps ?
Hayes s’appuya contre le comptoir en L. Les mains de chaque côté de ses hanches, il lui offrit une vue appétissante de… de son corps d’athlète à tomber.
— Quand je suis rentré l’an dernier pour une brève permission, j’ai bien vu qu’il déclinait, mais cette fois…
Hayes secoua la tête et laissa sa phrase en suspens.
Alexa ne pouvait pas imaginer que ses parents ne la reconnaissent pas un jour. Comme cela devait être lourd à porter, bouleversant… Hayes devait se battre sur plusieurs fronts en même temps, entre son SPT et l’état mental de son père. Quelle tragédie…
— Je suis sûre qu’il serait fier de ce que vous faites tous ici, assura-t-elle. De toute évidence, tes parents ont élevé des enfants courageux. Parle-moi de tes frères.
Hayes s’éloigna du comptoir pour prendre quelques bols dans le placard.
— Y a pas grand-chose à dire. Nolan et Colt sont amoureux, mariés avec enfants. Les rares fois où je vois Beau, c’est quand il passe à l’écran. C’est tout.
Bon. Manifestement, il aimait sa famille, mais il y avait quelques frictions. Alexa refusait de s’aventurer sur un terrain où elle n’était pas la bienvenue, dans la vie personnelle de Hayes. Car il avait été très clair : elle n’était pas la bienvenue. Il valait probablement mieux qu’ils gardent chacun leurs états d’âme pour eux.
Cela serait sans doute simple pour Hayes, seulement elle était plutôt du genre à s’attacher facilement. Entre son travail et l’éducation d’un tout-petit, elle n’avait pas pour habitude de cacher ses émotions. Ce n’était pas parce qu’elle et Hayes venaient de se rencontrer qu’elle était moins compatissante envers lui, ses soucis et la famille qui l’aimait sans aucun doute et voulait l’aider à guérir.
Alexa n’arrêtait pas de se répéter que c’était simple. Les adultes avaient souvent des aventures. Elle non, mais les autres adultes, oui.
— Je ne voulais pas être indiscrète, reprit-elle. Je ne demande pas à ce que tu me les présentes, je cherche juste un sujet de conversation.
Elle n’avait plus aucune notion du temps, entre la tempête qui rendait le ciel sombre comme la nuit, cette sieste en plein milieu de l’après-midi, et le fait d’avoir sauté un repas… Quelle étrange journée, vraiment.
Hayes remplit les bols de portions consistantes, puis les déposa sur la table. Il se mit ensuite à trancher le pain.
— Si tu me dis que tu as fait ce pain, je vais te forcer à rentrer avec moi et à cuisiner pour moi, parce que, en ce qui me concerne, je suis capable de brûler des nouilles au micro-ondes…
— Désolé, ce n’est pas moi qui l’ai pétri ! s’exclama-t-il. C’est Nolan qui me l’a apporté l’autre jour. Il vient de notre boulangerie préférée en ville.
— Sweet Buns ? demanda-t-elle.
— Exact.
Après qu’il eut dressé la table et ajouté du thé, elle se tint au dossier de sa chaise et contempla ce dîner intimiste. C’était très simple, mais… Encore ce sentiment de complicité qui lui rappelait tellement les premiers temps de son mariage avec Scott…
— Ça va ? demanda Hayes en s’asseyant.
S’efforçant de chasser les larmes qui lui montaient aux yeux, Alexa continua d’observer cette table dressée pour elle, de la plus affectueuse des façons. Il n’y avait pas si longtemps, elle aussi dressait la table pour son mari. Ils partageaient leur repas en bavardant, tenant pour acquis le fait que leur vie était simple, parfaite.
Alexa ravala le nœud qui se formait dans sa gorge. Elle n’avait encore rien dit au sujet de Scott. L’inclure dans cette aventure sans lendemain rendrait tout cela plus réel, ou lui donnerait l’impression qu’elle était prête à tourner la page. Or elle n’en était pas encore là.
— Nous avons tous nos démons à affronter, n’est-ce pas ?
Posant ses poings sur la table, Hayes prit une grande inspiration.
— Allons dîner ailleurs.
Elle inclina la tête, les mains sur les genoux.
Elle n’était qu’une invitée de passage chez lui et refusait qu’il change ses habitudes simplement parce qu’elle était soudain assaillie par ses propres problèmes.
— Où suggères-tu qu’on aille ?
Hayes se leva, prit son bol et son verre et désigna l’avant de la maison.
— Suis-moi.
* * *
Hayes n’avait aucune idée de ce qu’il faisait, mais il avait vu Alexa devenir livide en regardant le dîner posé sur la table. Il ne lui avait même pas demandé ce qu’elle avait vécu dans le passé, mais il était évident que quelque chose la perturbait quand il s’agissait de… De quoi, au juste ? De manger avec lui ? Assis tous les deux autour d’une table de cuisine ?
Elle lui avait posé quelques questions sur sa famille à plusieurs reprises, donc s’il devait rassembler les pièces du puzzle, il parierait que cette réticence avait à voir avec sa propre famille.
De toute façon, Hayes n’était pas mécontent de trouver une échappatoire à ce dîner en tête à tête dans sa cuisine, qui lui donnait l’impression de franchir un nouveau cap d’intimité entre eux. Le sexe, c’était une chose. Mais s’installer ensemble devant un dîner qu’il avait préparé ? Cela ressemblait bien à un début de relation : précisément tout ce dont il s’était juré de se tenir éloigné.
Avoir une relation avec une femme qui avait un enfant ? Hors de question. Parce que s’il sortait avec une mère, alors il fréquenterait son enfant, c’était évident. Il ne pouvait pas faire ça, pas à un bébé innocent.
De nombreuses années auparavant, avant de s’engager dans l’armée, il avait songé à fonder sa propre famille. Il avait imaginé sa femme ici, au ranch, l’aidant à élever leurs enfants. Il s’était vu leur enseigner tout ce qu’il y avait à savoir sur l’élevage dans un ranch. Puis la réalité, la guerre et toute cette noirceur s’étaient infiltrées dans son esprit, corrompant toutes les pensées pures qu’il avait nourries au sujet de la famille idéale.
— Ici ? demanda-t-elle, debout à la porte du bureau.
Ces paroles tirèrent Hayes de ses pensées, et il la fit passer devant lui.
— Tu avais l’air plutôt contente ici, tout à l’heure. Et c’était avant même que tu commences à te déshabiller pour moi.
Alexa rit en pénétrant dans la pièce.
— Ce bureau déborde de livres, avec cette grande baie vitrée, je suis sûre que nous aurions une vue magnifique s’il ne pleuvait pas autant. Tout ce dont j’ai besoin, c’est d’une chaise. Il n’y a pas de quoi être malheureux ici.
Elle se dirigea vers la grande fenêtre qui donnait sur l’extérieur. Elle choisit le petit banc douillet, sous la fenêtre, pour se lover avec son dîner, manifestement plus détendue et à l’aise que dans sa cuisine.
Hayes se tint à bonne distance, l’observant qui croisait les jambes, devant un dîner qu’il avait préparé, vêtue de sa chemise… Hum… Peut-être auraient-ils mieux fait de rester devant la table de la cuisine. Il avait trouvé la cuisine trop intime ? Ce n’était rien comparé au fait de la voir installée confortablement dans la pièce où son père avait passé tant de temps. Une pièce chargée d’histoire. Et voilà qu’Alexa s’y retrouvait comme si elle y avait toujours eu ses habitudes…
Elle prit une première bouchée de nourriture et gémit. Oh ! bon sang… Peu importait comment les choses finiraient entre eux, son corps devenait terriblement fébrile en la voyant apprécier ainsi ses tentatives culinaires. Car il reconnaissait le même gémissement de contentement que lors de leur étreinte, tout à l’heure.
Sérieusement ? Il envisageait déjà une nouvelle partie de jambes en l’air ?
Eh bien… Évidemment. De qui se moquait-il ? À présent qu’il avait goûté à la douceur et à la passion d’Alexa, il en voulait plus encore. Ils étaient tous deux coincés ici, et il lui était pratiquement impossible de garder ses distances avec cette femme. La nuit approchait à grands pas et, à un moment donné, ils devraient discuter des arrangements pour dormir.
Il se devait juste de s’assurer qu’ils étaient sur la même longueur d’onde. Une liaison juste le temps du séjour d’Alexa ? Il ne pensait pas qu’elle s’opposerait à cette idée. Une femme qui le provoquait aussi facilement, qui déambulait dans ses vêtements… Oui, il arriverait à la convaincre de revenir dans son lit.
— Tu te joins à moi ? demanda-t-elle en cherchant son regard.
Hayes traversa la pièce et s’assit sur le siège près de la fenêtre. Il n’y avait que leurs bols et leurs verres entre eux, ce qui constituait une barrière fragile.
— Dis-moi que tu ne vas pas rénover cette pièce.
Il prit une bonne portion de nouilles.
— Je n’y ai pas pensé, pour être honnête. C’était le bureau de mon grand-père, puis celui de mon père. Je n’en ai pas vraiment l’utilité.
Alexa écarquilla les yeux.
— Tu n’as pas besoin d’une pièce où tu peux lire et te détendre ? Sais-tu au moins combien tu as de la chance de disposer d’un tel luxe ?
— Crois-moi, je sais à quel point je suis chanceux d’avoir tout ce que j’ai, assura-t-il alors que des flashs d’une autre vie, celle qu’il avait menée pendant des années, lui traversaient l’esprit. Ce n’est pas parce que j’ai de l’argent que je ne connais pas la valeur des choses.
— Est-ce que tu as aussi une porte dérobée qui s’ouvre sur une pièce secrète ? demanda-t-elle en prenant son thé. Parce que si ce n’est pas le cas, je te recommande fortement de mettre ça sur ta liste de rénovations.
— Vraiment ? Et que ferais-tu d’autre ?
Alexa but une gorgée, puis posa son verre en fronçant les sourcils, faisant mine de réfléchir.
— Est-ce qu’on parle de ce que moi je ferais, ou de ce que tu devrais faire ? Parce que l’un d’entre nous est très riche, et l’autre vit dans un pavillon de ville d’environ un huitième de la surface de cette maison.
— Imagine que c’est ta maison et que l’argent n’est pas un problème. Alors ? Comment tu vois les choses ?
Elle haussa les sourcils, ses yeux sombres s’agrandirent. Un sourire époustouflant éclaira son visage et, pendant une seconde, il sentit son cœur chavirer.
— C’est amusant, dit-elle. D’accord, eh bien, j’installerais certainement une balançoire à pneu et une cabane dans ce grand chêne au bord du ruisseau, pour Mason. Je voudrais que sa chambre soit celle qui donne sur cet arbre, pour qu’il puisse avoir une vue sur son aire de jeu.
Naturellement, elle faisait passer les besoins de son fils en priorité. Une femme comme Alexa ne recherchait pas son confort personnel. Son fils, c’était toute sa vie. Un détail dont Hayes ferait bien de se souvenir.
— Tu as réussi la chambre principale, poursuivit-elle. Je pense que pour ce qui est de la cuisine, je la conserverais séparée de la salle de séjour. Ça donne l’impression d’être à la ferme, comme autrefois. Contrairement à la plupart des gens, je ne suis pas très attachée au concept de la cuisine ouverte. Personnellement, je n’ai pas envie de voir la vaisselle sale qui traîne depuis mon salon.
Hayes haussa les épaules.
— Quand on vit seul, on accumule peu de vaisselle sale.
Alexa se détendit et s’adossa contre la fenêtre en croisant les jambes.
— Mais on fait comme si c’était chez moi et je ne vis pas seule. Crois-moi, Mason et moi, nous salissons beaucoup de vaisselle. Et de linge. Je ne savais pas qu’une si petite personne pouvait produire autant de linge sale.
Tout dans sa vie s’organisait autour de Mason. Il l’admirait pour sa force et son indépendance. De toute évidence, Alexa était une mère merveilleuse. Il y avait quelque chose de spécial dans le lien entre une mère et son fils. Hayes lui-même chérissait toujours les souvenirs de sa mère. Elle gardait une place spéciale dans son cœur.
— Alors, tu voudrais une belle buanderie ? demanda-t-il en s’efforçant de se concentrer sur leur conversation et non sur les points communs entre Alexa et sa mère.
— Absolument, répondit-elle en hochant la tête d’un air décidé. Je voudrais une pièce de service près des chambres pour ne pas avoir à transporter le linge dans toute la maison. Je pense que pour le salon, j’opterais pour des couleurs douces et apaisantes. Je poserais des voilages transparents aux fenêtres afin de pouvoir profiter de la vue. Et de la brise du soir…
Tout en parlant, elle regardait dehors, mais la pluie continuait de tomber avec force. Le regard dans le vide, Alexa semblait perdue dans ses pensées. La vie était-elle aussi simple ? Arriverait-il à voir au-delà de la tempête, et à percevoir le bon côté des choses ?
— Je pense que cette maison a besoin d’une bonne vieille table de ferme dans la cuisine, poursuivit-elle. Ou au moins d’un long bar autour duquel les amis ou la famille peuvent se réunir, partager un repas dans une seule pièce. Mais bon, mes parents n’habitant pas dans le coin, je n’aurais pas beaucoup de visiteurs.
Elle baissa les yeux vers son assiette.
— Quand j’étais petite, nous recevions tout le temps notre famille à dîner. Pas seulement pour les vacances, tout le temps. Cela fait partie de nos traditions. La famille de mon père venait de Porto Rico. Nous nous réunissions toujours autour de quantités folles de nourriture. Cela me manque, une grande maison que je pourrais remplir avec ma famille et mes amis. Parfois, j’aime me retrouver avec mes collègues aussi.
— Qu’est-ce que tu fais, au juste ?
La question franchit ses lèvres sans qu’il y réfléchisse. Il n’aurait pas dû se montrer si intéressé. Il avait peur de donner l’impression à Alexa qu’il voulait en savoir plus.
Mais il détestait cette nostalgie soudaine dans le ton de sa voix. Sa famille semblait lui manquer, des liens très forts l’y liaient, de toute évidence.
— Je suis enseignante en maternelle pour enfants en difficulté.
Il ne s’attendait pas à cette réponse, mais à bien y réfléchir, cela n’avait rien de surprenant. Alexa était dévouée, alors choisir d’enseigner aux plus fragiles était tout à fait logique. Il ne la connaissait pas depuis longtemps, mais il savait que ces enfants avaient de la chance d’avoir une professeure comme elle.
— Ça doit être un boulot gratifiant.
Un doux sourire se dessina sur sa bouche parfaite.
— J’adore mon métier.
Et cela se voyait dans la façon dont ses yeux s’illuminaient quand elle en parlait. Alexa avait donc plusieurs passions : sa famille, son fils et son travail. Les similitudes entre eux devenaient troublantes, mais il ne devait pas perdre de vue qu’ils étaient coincés ici par la force des choses. Alors autant tirer le meilleur parti de la situation. Ce n’était pas du tout le début d’une relation.
— Travailler avec des enfants me paraît terrifiant.
— Dit l’homme qui est parti en mission à l’étranger quand il était dans l’armée, répliqua-t-elle tout sourire. Où as-tu été affecté ? Peux-tu seulement me le dire ?
— J’étais parachutiste dans l’armée américaine.
Elle haussa les sourcils, visiblement admirative, et il en éprouva une certaine fierté.
— Tu sautes en parachute dans des pays en guerre, et tu crois qu’une salle de classe pleine d’enfants est terrifiante ?
Haussant les épaules, il se leva et se rapprocha d’elle.
— Chacun sa vocation, dit-il en lui prenant la main pour la faire se lever.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il n’en savait rien, mais il suivait son instinct. Ou plutôt ses hormones… Il avait tellement envie de cette femme, à quoi bon lutter ?
— J’ai pensé que je pourrais te montrer certains de mes talents.
Elle sourit en passant ses bras autour de son cou.
— Montre-moi le chemin, soldat !
Il sortit un préservatif de sa poche arrière.
— Je l’ai attrapé en quittant la chambre tout à l’heure… Je n’avais pas encore choisi l’endroit où je te sauterais de nouveau dessus, mais j’avais prévu de le faire !
Le regard sombre d’Alexa passa de son visage au sachet en aluminium qu’il tenait au creux de la main.
— Tu es sûr de toi ?
Hayes la souleva et l’emporta vers le canapé.
— Bien sûr que oui. Plus que jamais.
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