Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 34 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 15

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— Tu as vu ? Mon cadeau a fait drôlement plaisir à Charlotte, déclara Bobby alors qu’ils traversaient la bande de gazon qui séparait leurs deux maisons.

Lorsque Charlotte avait compris que, non seulement Bobby viendrait la voir régulièrement, mais qu’il ne prendrait pas la peine de marcher sur la bordure en ciment qui jalonnait son jardin, elle avait organisé une allée en pierres qui était d’ailleurs du plus joli effet.

— Alors, papa ? On peut aller faire du vélo avec Charlotte ?

— Bien sûr.

— Cool ! Je vais appeler Nathaniel pour lui dire qu’on va chez lui.

— Attends un peu. Il nous faut l’autorisation de sa maman ou de son oncle, d’abord. Il se peut qu’ils aient prévu autre chose.

— D’accord.

Pendant que Bobby montait dans sa chambre pour déposer ses affaires de plage, Rick passa un coup de fil à l’oncle de Nathaniel qui lui assura que son neveu serait ravi de sortir avec eux. Il semblait même soulagé. Nul doute que s’occuper à temps plein des trois enfants de sa belle-sœur devait être éreintant.

Aussitôt qu’il eut mis fin à l’appel, Rick alla rejoindre Charlotte qui s’affairait déjà dans son garage. Elle ne le vit pas tout de suite, occupée qu’elle était à descendre son VTT du rail où il était suspendu.

Une fois de plus, il fut frappé par sa beauté.

Une beauté naturelle, dénuée de tout artifice, qu’accentuaient la brassière et le legging qu’elle portait et qui ne laissaient rien ignorer de ses formes aussi toniques qu’harmonieuses.

— Tu as oublié quelque chose ? s’enquit-elle lorsqu’elle s’aperçut de sa présence.

Pris de court, il balbutia la première chose qui lui passait par la tête.

— Heu… Je voulais juste voir si tu étais prête.

— Tout à fait, rétorqua-t-elle en mettant son casque avant d’enfourcher sa monture.

— Nous en avons pour une dizaine de minutes.

— Pour ?

— Pour être prêts nous aussi.

— Prêts à quoi ?

— Eh bien, à passer prendre Nathaniel. C’est bien ce qu’a déclaré Bobby au petit déjeuner, non ?

— Je n’ai pas dit que je venais.

— Tu n’as pas dit non plus que tu ne venais pas. Bobby compte sur toi.

Elle soupira et se courba en avant sur son vélo.

— J’ai vraiment besoin de faire de l’exercice, Rick. Surtout après tout ce que je viens d’avaler.

— Tu exagères. Tu es parfaite.

— Je ne crois pas, non. Mais merci quand même.

— Le principal, c’est que nous fassions de l’exercice ensemble.

— Je ne sais pas si tu t’en rends compte, mais sortir avec vous n’est pas franchement dynamisant.

— Très bien. Si tu ne veux pas sortir avec nous, je te laisse le soin de l’annoncer toi-même à Bobby. Je refuse d’être le méchant dans l’histoire.

— Tu ne veux pas venir avec nous ? demanda Bobby qui était arrivé sans qu’ils l’entendent.

— Ce n’est pas ça. J’ai besoin de me dépenser sérieusement.

— Moi et Nathaniel, on va très vite. Et papa, il s’en fiche s’il n’arrive pas à nous suivre. Pas vrai, papa ?

— Je pense que je devrais y arriver, répondit Rick, un brin vexé.

— On va chercher nos vélos. Tu nous attends, hein ? On revient tout de suite.

Rick réprima un sourire amusé en voyant Charlotte accepter avec un soupir exaspéré. Elle devait se demander à quel moment la situation lui avait échappé.

Quinze minutes plus tard, le trio stoppait devant la maison de Nathaniel. La porte d’entrée s’ouvrit sur Paul qui vint aussitôt à leur rencontre.

— Nathaniel est prêt ? s’enquit Bobby.

— Presque. Je lui ai demandé de ranger sa chambre avant de sortir.

— Vous aussi, vous êtes comme ça ? commenta Bobby, horrifié. Je croyais qu’il y avait que mon père pour demander des choses pareilles.

— Eh bien, non, tu vois. Tous les parents sont comme ça. Mais entrez. Rose tient à faire votre connaissance.

Ils entrèrent à la suite de Paul qui les conduisit dans le salon. Une femme chétive se tenait dans un fauteuil de relaxation qui avait dû connaître des jours meilleurs. Un châle couvrait ses épaules osseuses et un autre ses jambes maigres.

Obéissant à un réflexe de médecin, Rick l’observa discrètement. Elle n’était pas sa patiente mais il était l’unique médecin en ville. En cas d’urgence absolue, il serait le seul à pouvoir lui délivrer des médicaments.

Elle les accueillit avec un sourire chaleureux.

— Enchantée de vous rencontrer, dit-elle. Je suis Rose Martin.

Charlotte traversa la pièce et prit entre ses mains celle, fragile et froide, que lui tendait Rose. Puis elle s’assit sur le canapé, près d’elle.

— Merci de prendre Nathaniel avec vous. Paul lui a offert une bicyclette il y a quelques semaines et il mourait d’envie de faire une vraie grande balade.

— Cela nous fait plaisir. Bobby nous parle tant de votre fils ! C’est son meilleur ami « à la vie à la mort ».

— Nathaniel ressent la même chose pour Bobby. Je regrette de ne pas avoir la force de vous accompagner.

— Comment vous sentez-vous ? s’enquit Rick qui s’empressa de s’engouffrer dans la brèche. Vous l’ignorez peut-être mais je suis le nouveau médecin de Sweet Briar. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?

— Merci, mais en fait, je suis plutôt dans un bon jour. Et, oui, je sais que vous êtes le nouveau médecin. J’avoue que c’est plutôt rassurant de vous savoir à proximité.

— Si vous avez besoin de moi, n’hésitez pas. Vous pouvez m’appeler jour et nuit.

— Merci. Merci beaucoup.

— Et si toutefois Rick n’était pas joignable, vous pouvez m’appeler, moi, ajouta Charlotte. Même pour faire des courses ou vous emmener prendre l’air. Je suis disponible en ce moment.

— C’est si gentil à vous ! Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai passé un moment agréable entre femmes.

— Je ne veux pas m’imposer mais si vous avez envie de compagnie maintenant, je peux rester avec vous pendant que les garçons iront se promener avec Rick.

— Vous êtes adorable mais je m’en voudrais de gâcher votre sortie.

— Vous ne gâchez rien du tout, insista Charlotte.

Rick avait suivi la discussion sans rien dire, surpris par la grande empathie dont Charlotte faisait preuve. Mais, très vite, il comprit. Elle-même privée d’amies — bien que les raisons soient différentes —, elle ne pouvait que compatir à la solitude de Rose.

Les garçons déboulèrent dans le salon en courant et Nathaniel se précipita aussitôt vers sa mère.

— Oncle Paul a dit que ma chambre était bien rangée et que je pouvais y aller. Ça va aller, maman ?

Rose déglutit avec peine, visiblement submergée d’émotion.

— Ne t’inquiète pas, mon chéri, dit-elle d’une voix ferme qui se voulait rassurante. Tout va bien, alors amuse-toi bien avec ton ami. D’accord ?

— D’accord, dit-il avant de l’embrasser tendrement. À tout à l’heure.

Bobby suivit son ami jusqu’à la porte puis se retourna.

— Tu viens, Charlotte ?

— Je vais rester ici avec la maman de Nathaniel. Amuse-toi bien, toi aussi.

Il revint vers elle en courant, l’embrassa puis fonça de nouveau vers la porte.

* * *

— Vous ne méritez pas la réputation que l’on vous prête, pointa Rose, vingt minutes plus tard, alors que Paul — pour leur laisser sans doute un peu d’intimité — jouait avec les deux petites à l’étage.

— Nous sommes-nous déjà rencontrées ? Je ne me souviens pas de vous.

— Cela n’a rien d’étonnant, rétorqua Rose en riant. En fait, nous nous sommes déjà croisées, en effet, mais vous ne m’avez pas réellement vue. On peut même dire que vous m’avez ignorée.

— Oh… Je suis désolée, Rose.

— Ne vous excusez pas. Vous savez, je n’ai ni le temps ni l’énergie de nourrir de rancune à l’égard de quiconque.

Le cœur de Charlotte se serra à l’idée que cette femme luttait pour rester en vie.

— Je suis désolée, Rose, répéta-t-elle en lui prenant la main.

— Ne le soyez pas. Les médecins sont plutôt optimistes. Ils pensent même que je suis sur la bonne voie.

Était-ce vrai ou Rose voulait-elle s’en persuader ? Peu importait. Elle avait tous les droits.

— C’est merveilleux ! s’exclama Charlotte avec enthousiasme. Lorsque vous aurez repris un peu de forces, je vous emmènerai déjeuner quelque part pour fêter ça.

— Avec plaisir.

— Vous devez être drôlement soulagée que votre beau-frère soit là pour vous aider.

— Oui. Il est si gentil. Si courtois.

— Courtois ?

— Paul et moi avons eu une histoire par le passé mais ça n’a pas marché entre nous et la vie a fait que j’ai épousé son demi-frère.

— Ah, je comprends. Les choses ne doivent pas être simples, alors.

— Ce n’est rien de le dire. Et encore, vous ne connaissez pas le fin mot de l’histoire.

— Ne vous sentez pas obligée de me raconter, Rose. Après tout, vous ne me connaissez pas.

— Je peux quand même vous dire qu’il est revenu lorsque j’ai eu besoin de lui. Et je ne cherche rien d’autre que son aide.

Charlotte approuva sans grande conviction. L’histoire de Rose trouvait une résonance en elle. Elle savait ce que c’était que de retomber amoureuse d’un homme qui appartenait à votre passé.

— Vous devez trouver notre relation un peu malsaine. Je me trompe ?

— À vrai dire, je vous comprends. Il se trouve que Rick m’a quittée le jour de notre mariage. Il n’est pas venu me rejoindre à l’église. Je pensais ne jamais pouvoir lui pardonner et pourtant, aujourd’hui, nous sommes amis.

— Si vous étiez tentée de recommencer votre histoire, pourriez-vous lui faire confiance à nouveau ?

— Je n’en suis pas certaine.

Charlotte aurait aimé être affirmative mais quelque chose la retenait. Que faudrait-il pour qu’elle ouvre son cœur à Rick ? Elle n’était même pas certaine d’en avoir envie. De son côté, Rick souhaitait-il une autre chance ? Échanger quelques baisers à la faveur d’un moment romantique ne signifiait pas pour autant qu’il avait envie de s’engager. Et si c’était le cas, il n’était pas dit qu’elle-même était prête à se lancer de nouveau dans une relation amoureuse avec lui.

Elle détestait cette incertitude qu’elle ne savait pas gérer. Un comble pour la femme de tête qu’elle avait été !

Rose leva son verre pour porter un toast.

— Aux relations complexes qui unissent les hommes et les femmes !

Charlotte fit tinter son verre contre celui de sa nouvelle amie.

— Aux relations complexes entre hommes et femmes ! répéta-t-elle en riant.

* * *

— Il faut que tu signes l’autorisation, dit Bobby en tournant sa cuillère dans son bol de céréales. Joni en a besoin aujourd’hui.

— Quelle autorisation ? s’enquit Rick.

— Pour dormir au centre demain soir. Tout le monde y va. On va nager, jouer au basket et faire plein de jeux. Des garçons l’ont fait l’an dernier et ils nous ont dit que c’était drôlement bien.

— Dans ce cas, donne-moi ta feuille, que je la signe.

Il parcourut rapidement le document et y apposa sa signature. Tout excité, Bobby babilla durant tout le petit déjeuner et encore pendant le trajet jusqu’au centre où Rick le déposa avant de rejoindre son cabinet.

Aussitôt dans son bureau, il appela Charlotte.

— Que fais-tu demain soir ? demanda-t-il sans préambule.

— Bonjour à toi aussi, répondit-elle.

— Excuse-moi. Bonjour. Tu es libre demain soir ?

— Oui. Pourquoi ?

— Parce que Bobby passe la nuit au centre. Je me disais que nous pourrions sortir tous les deux.

— À Sweet Briar ? Le soir ? Tout ferme au plus tard à 22 heures.

— Nous ne sommes pas obligés de rester ici. Nous pourrions pousser jusqu’à Willow Creek. Ou ailleurs, si tu veux.

— Je ne sais pas, Rick.

— Qu’est-ce que tu ne sais pas ?

— À quoi rime tout ceci. Pour ma part, je n’en ai pas la moindre idée.

— Ne complique pas les choses. Dis-toi que nous sommes deux amis qui ont envie de passer une soirée libre ensemble.

— C’est tout ? demanda-t-elle d’un ton suspicieux.

— C’est tout. Alors ?

— J’accepte, finit-elle par répondre après un temps d’hésitation. J’avoue que la perspective d’une petite virée nocturne à Willow Creek m’enchante.

— Génial ! Je te rappelle plus tard.

Il raccrocha, aussi impatient que son fils d’être au lendemain soir.

* * *

Charlotte considéra la pile de vêtements qui se trouvait sur son lit et secoua la tête. Elle n’était plus une adolescente qui se rendait à son premier rendez-vous galant mais une adulte qui connaissait un peu la vie, tout de même !

N’empêche. Il n’en restait pas moins qu’elle hésitait à mettre cette robe en maille couleur émeraude dont elle jugeait le décolleté un poil trop plongeant.

Rick ne l’avait que vaguement renseignée sur l’endroit où ils allaient passer la soirée, se fendant d’un simple : « Je peux seulement te dire qu’on va passer un bon moment » qui ne l’avait pas éclairée sur la tenue à porter.

Avec si peu d’indices, que choisir ? Sa robe en soie grenat ? Ou plutôt la noire ? Avec du noir, on ne se trompait jamais.

Elle recula d’un pas, contemplant pour la millième fois son reflet dans le miroir en pied. Elle n’allait tout de même pas se changer de nouveau !

Elle saisit son sac et, au passage, lança un coup d’œil au coquillage que Bobby lui avait offert. Comme à chaque fois qu’elle le regardait, un sourire attendri vint flotter sur ses lèvres.

La sonnette de l’entrée retentit à 19 heures précises. C’était l’heure à laquelle Rick lui avait dit qu’il passerait la chercher.

S’exhortant au calme, elle traversa la maison pour aller lui ouvrir.

Elle le trouvait déjà séduisant en jean et chemise décontractée, mais en le voyant dans un costume gris à la coupe impeccable, elle resta muette d’admiration.

— Tu es superbe ! la félicita-t-il le premier en enroulant un bras autour de sa taille. Et ce parfum… Hum… Vraiment enivrant.

— Merci. Tu es très beau, toi aussi. Veux-tu prendre un verre avant de partir ?

— Non. À vrai dire, je suis très impatient de commencer la soirée.

— Tu t’es montré bien mystérieux. Peux-tu m’en dire un peu plus, maintenant ?

— Loin de moi l’idée d’être mystérieux. Ce n’était vraiment pas le but. Que dirais-tu d’aller dîner dans un endroit tranquille où nous pourrions discuter un peu ? Nous n’en avons pas vraiment eu l’occasion depuis que nous nous sommes retrouvés. Ensuite, je te propose d’aller faire un bowling. Tu adorais ça, à l’époque. Je sais que celui de Sweet Briar a fermé ses portes mais je me suis renseigné, il y en a un à Willow Creek. Je me suis permis de réserver une piste.

— Très bonne idée. Je file me changer. Cette robe n’est pas très adaptée.

Elle courut dans sa chambre, le cœur empli de joie et de gaieté. Cette soirée avait toutes les chances de se dérouler sous les meilleurs auspices, finalement.

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