Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Jules Bennett · Chapitre 10 sur 38

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Au cœur du désir - La reconquête d’un amour

Chapitre 10

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Peu après le film, Alexa avait mis les voiles. Elle avait dormi dans la chambre d’amis, affirmant que passer la nuit au côté d’un autre homme que son défunt mari la mettait mal à l’aise.

Ce qui pouvait se comprendre. Bon sang, Hayes ne cherchait pas de câlins ni de promesses sur l’oreiller, alors il aurait dû être soulagé de sa décision. Pourtant il ne l’était pas.

Hayes aurait voulu la garder à ses côtés pour pouvoir encore la caresser, lui faire plaisir autant qu’elle l’aurait voulu. Jamais encore il n’avait à ce point eu envie de satisfaire une femme, pas même son ex-fiancée.

Alors pourquoi Alexa ? Pourquoi diable n’était-il jamais rassasié d’elle ?

S’il était tombé dans les bras de Carly, ce n’était sans doute qu’une question de timing, cela lui paraissait évident désormais. Avec le recul. Ils avaient été affectés sur la même base, s’étaient naturellement liés d’amitié, avant de se retrouver très rapidement au lit. Bien sûr, ils avaient gardé leur idylle secrète, mais lorsque leur relation était devenue sérieuse, un projet de mariage leur avait semblé évident et ils étaient allés voir leur commandant pour lui annoncer la nouvelle.

Hayes se disait qu’il avait dû passer pour un imbécile depuis le début. Toutes ces aspirations à se marier, à fonder une famille et à s’installer à Pebblebrook étaient d’une naïveté…

Entre les zones de guerre dans lesquelles il avait exercé le métier de parachutiste et le choc de la trahison, le seul fait d’avoir réussi à attirer Alexa dans son lit relevait du miracle. Il se trouvait à un moment de sa vie où il avait besoin d’une diversion, et cette tempête était tombée à point nommé.

Qu’avait-il bien pu se passer la veille pour qu’Alexa prenne peur ? Ils avaient tous les deux décidé que ce ne serait qu’une passade. Elle avait été encore plus catégorique que lui.

D’un autre côté, Hayes était soulagé qu’elle ne se soit pas trouvée dans son lit au moment où il avait fait de nouveau des cauchemars. Elle l’avait déjà vu aux prises avec ses démons, ce n’était pas la peine qu’elle soit à nouveau témoin de ses troubles pendant son sommeil.

Le lendemain matin, Hayes se tenait devant l’évier de la cuisine à siroter son café noir en scrutant la berge de la rivière. Enfin, là où la berge aurait dû se trouver. La démarcation habituelle entre la rive et l’eau s’était quelque peu effacée à mesure que la crue montait : l’eau était arrivée presque jusqu’au pied du porche. La pluie avait cessé. La tempête s’était calmée au cours de la nuit.

En fait, elle avait atteint son paroxysme à 2 h 08 du matin. Il le savait parce qu’il s’était réveillé en regardant le plafond. Entre ce nouveau cauchemar qui l’avait hanté et le bruit du tonnerre, il n’avait pas réussi à retrouver le sommeil. Il était plus que probable qu’il ne passerait plus jamais une seule nuit de repos, hanté qu’il était par ses démons.

Un craquement au plafond le tira de ses pensées. Il leva les yeux, posant sa tasse sur le comptoir. Quoi qu’Alexa ait fait à l’étage, il eut l’impression que quelque chose s’était brisé et son estomac se noua à l’idée qu’elle ait pu se blesser.

Hayes monta alors l’escalier quatre à quatre et remonta le couloir menant à la chambre qu’elle avait choisie, à l’opposé de la sienne.

Quand il arriva devant la porte, Alexa était assise par terre, son T-shirt noué autour de ses hanches, tandis qu’un des vases anciens de sa grand-mère, normalement posé sur la commode, était au sol, en morceaux.

— N’entre pas, lui dit-elle en s’efforçant de ramasser les plus gros morceaux. Va me chercher un récipient dans lequel je pourrai mettre tous ces morceaux cassés. J’ai juste… Je ne faisais pas attention et je me suis cognée à la commode. Je suis vraiment désolée.

D’une main tremblante, elle souleva une autre brisure. Hayes regarda attentivement où il marchait et traversa la pièce.

— Pose ça, ordonna-t-il. Tu vas te couper.

Elle renifla et jeta un coup d’œil vers lui, les larmes aux yeux.

— Donne-moi une poubelle, que je puisse jeter ces débris.

Hayes prit les trois plus gros morceaux dans sa main et les posa au sol. Sans prévenir, il la souleva et la porta, quittant la pièce sous les protestations de son invitée.

— On nettoiera plus tard, déclara-t-il en allant dans sa chambre. J’espère que tu n’es pas contrariée d’avoir cassé ce vase ? Parce que je ne mets jamais les pieds dans cette pièce, et ma mère ne voudrait pas te voir pleurer pour de la porcelaine cassée.

Alexa se passa une main sur le visage.

— Je ne pleure pas, mais je suis navrée de l’avoir cassé.

— Tu as les yeux tout rouges. Ça doit être une allergie, murmura-t-il en l’asseyant au bout de son lit avant de soulever ses pieds pour vérifier qu’elle ne s’était pas coupée. Tu n’es pas blessée. Montre-moi tes mains.

Têtue, elle cacha ses mains derrière son dos et releva le menton.

— Mes mains vont bien. Je vais m’habiller et ramener Jumper à la maison principale.

Mais Hayes secoua la tête.

— Mauvaise idée, ma belle. Nous sommes en contrebas de la propriété, et la zone est noyée. Tu te souviens de l’endroit que je t’ai montré quand on est passés ?

Elle frémit, mais malgré tout, elle n’avait pas cédé à l’émotion.

— Je veux rejoindre mon fils…

— Combien de temps prévoyais-tu de séjourner au B&B ?

— Encore deux jours, soupira-t-elle en fermant les yeux. Mais je ne peux pas rester ici plus longtemps.

Hayes s’accroupit alors devant elle.

— Écoute, je ne sais pas ce qui t’a fait si peur hier soir, mais je ne te mets aucune pression. Si tu t’inquiètes de mes attentes, je n’en ai aucune. Est-ce que j’ai envie de t’avoir dans mon lit tant que tu es là ? Oui, mais je ne te forcerai pas.

— Ce n’est pas…

Elle secoua la tête et détourna le regard.

Quelles que soient ses réticences, cela ne le regardait pas. Il ne voulait gérer les états d’âme de personne. Il assumait à peine ses propres problèmes…

— Et si tu t’habillais, dit-il en se levant, ou tu peux rester dans mes vêtements, je m’en fiche. Rejoins-moi ensuite dans la cuisine.

Elle se tourna vers lui, en fronçant les sourcils.

— Pourquoi donc ?

— J’ai prévu quelque chose pour nous deux, histoire de détourner notre attention de tout le reste.

Comme elle le déshabillait du regard, il se mit à rire.

— Même si je suis tenté de céder à cette invitation à peine voilée, j’ai autre chose en tête.

— Je ne t’invitais à rien, assura-t-elle.

— Tu as dit la même chose hier soir après avoir défilé nue devant moi. Et on sait comment ça s’est terminé, rétorqua-t-il en sortant de la chambre avant de crier par-dessus son épaule.

— Mais pour ce que j’ai en tête, il te faudra pantalon et chaussures. Rejoins-moi en bas dans cinq minutes.

* * *

Dix minutes plus tard, elle débarqua dans la cuisine, mais Hayes était absent. Que faisait-il donc ?

Alexa se dit qu’elle allait allumer la cafetière et s’offrir une bonne tasse de café. Elle réussissait rarement à prendre son café du matin chez elle, se hâtant de préparer Mason pour la baby-sitter et pour arriver à l’école à l’heure afin d’y accueillir ses élèves avec le sourire.

— Tu prends déjà ta pause-café ?

Alors que l’eau chaude commençait à couler dans la machine, Alexa oublia un instant le breuvage matinal dont elle avait tant besoin pour se tourner vers l’homme derrière elle qui tenait à la main un marteau de forgeron.

— Qu’est-ce que tu fabriques ?

— Nous allons démonter les placards.

Déconcertée par cette déclaration, elle s’appuya contre le comptoir et croisa les bras.

— Pourquoi ? Je ne pensais pas que tu avais déjà décidé d’un programme de travaux pour la cuisine…

Haussant les épaules, Hayes relâcha son outil sur le sol et s’appuya sur la poignée de la porte.

— Je sais que je devrai les démonter avant de faire quoi que ce soit d’autre. Donc la première chose à faire sera de les vider. Considérant que presque toutes les pièces de cette maison sont vides, il ne devrait pas être difficile de trouver un endroit où entreposer les quelques plats et casseroles que j’ai ici. Et mon micro-ondes peut aller n’importe où pour l’instant.

Alexa estima qu’elle avait deux options : elle pouvait boire son café et se lancer dans cette démolition, ou… boire son café et passer le reste de la journée à s’inquiéter de choses sur lesquelles elle n’avait aucun pouvoir.

Dans tous les cas, elle ne ferait pas l’impasse sur sa dose de caféine.

— Nettoyons tout ça, alors, lui lança-t-elle.

* * *

Une heure plus tard, ils avaient entièrement vidé la cuisine et le coin repas, et Alexa était pleine d’énergie.

— Tu veux donner les premiers coups, ou tu me laisses faire ? demanda-t-elle.

— Je vais commencer.

Hayes traversa la pièce et attrapa le marteau. Avant de s’en servir, il sortit une paire de gants de travail de sa poche arrière.

— Tiens, enfile ça.

Elle observa le cuir bien usé.

— Où sont les tiens ?

— Je n’ai qu’une paire et elle est pour toi. On ne discute pas !

Elle se demanda s’il avait déjà porté des gants. Ses mains fermes étaient rugueuses, mais elles savaient glisser aisément le long de sa peau, et la propulser ainsi aux portes de l’extase.

Si elle ne se concentrait pas sur le marteau au lieu de ces mains sublimes, elle allait perdre la tête. Sans protester, elle enfila les gants et ajusta la sangle du poignet. Quand elle s’empara de la masse, elle fut un peu surprise de voir à quel point elle était lourde. Elle n’était pas très bricoleuse. Elle vivait seule depuis un certain temps et qu’elle effectuait elle-même la plupart des réparations chez elle, mais elle n’avait aucune raison de posséder un tel outil.

Toutefois, elle avait réparé la porte de sa cuisine et changé le tuyau qui fuyait dans sa salle de bains. Elle était plutôt fière de se débrouiller ainsi toute seule. Elle cherchait toujours une solution en se documentant sur Internet dans un premier temps, avant d’appeler des renforts. Elle n’avait pas toujours les fonds nécessaires pour payer quelqu’un quand les choses tournaient mal.

— Tu es prête ? demanda Hayes.

Alexa acquiesça d’un signe de tête.

— Par où dois-je commencer ?

— N’importe où. Tant que tu ne casses pas la vitre, n’hésite pas à frapper à l’aveugle. Je veux que tout disparaisse.

Elle se posta à côté du placard bas et donna un grand coup. Dans son esprit, elle avait frappé fort, or elle avait à peine fait un trou dans le vieux bois. Alors que M. Muscles derrière elle aurait sans doute tout cassé en un seul coup.

— Plus fort, ordonna-t-il. Quelle que soit la chose qui t’a contrariée ce matin, quoi qu’il se soit passé entre nous hier soir, utilise l’émotion que ces situations provoquent en toi et démonte-moi ce placard !

Elle repensa alors à toutes les injustices que la vie lui avait infligées. Le fait que son mari lui ait été arraché, que son enfant soit privé de son père… mais aussi que le seul homme sur qui elle ait posé les yeux depuis son veuvage se révélait être l’ami de son défunt mari.

Serrant un peu plus la poignée du marteau, elle frappa de nouveau le placard qui se brisa.

Manifestement, canaliser ses émotions était la solution idéale pour un travail de démolition. Elle tâcherait de s’en souvenir, une fois rentrée chez elle, pour les jours où elle aurait le moral à zéro.

— À ce rythme, je n’aurai plus qu’à m’occuper du déblayage, plaisanta Hayes. Frappe encore une fois.

Alexa obtempéra, encore et encore. Les muscles de ses épaules et de ses bras commençaient à la brûler, mais c’était la meilleure thérapie qu’elle avait jamais connue.

Cependant, elle ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi son mari ne lui avait jamais parlé de Hayes.

Manifestement, ils s’étaient perdus de vue après la fac.

Hayes était parti à l’étranger, mais Alexa n’avait jamais entendu Scott prononcer son nom ni…

Oh ! non. Bien sûr que si. Elle avait entendu son nom plusieurs fois. Scott parlait de temps en temps de son vieil ami le « cow-boy ». Ironie du sort, c’était le surnom dont elle avait affublé Hayes, juste avant qu’ils…

— C’est bon ! cria Hayes pour couvrir le bruit.

Alexa recula d’un pas. La sueur collait son débardeur à sa peau et elle posa l’outil contre sa cuisse. Elle allait certainement avoir des courbatures le lendemain matin, ou très probablement ce soir.

— Tu te sens mieux ?

Alexa jeta un coup d’œil vers Hayes, tout sourire. Elle ne l’avait pas vu aussi ému depuis qu’ils s’étaient retrouvés nus.

— Je transpire et j’ai mal, lui avoua-t-elle. C’était incroyable.

Hayes gloussa et s’avança vers elle.

— Peut-être que je devrais moi aussi exorciser quelques démons.

Alexa s’éloigna suffisamment pour ne pas être touchée par les débris, mais resta assez près pour admirer cette silhouette virile en action. Les muscles de Hayes se contractaient au fur et à mesure qu’il se libérait de ses propres frustrations. En peu de temps, tout le mur de l’évier fut détruit.

Il recula et poussa un lourd soupir.

— Eh bien, c’est allé plus vite que je le pensais.

— Et l’autre mur ? demanda-t-elle.

— C’est une cuisinière à gaz, alors j’attendrai pour l’enlever. Je pense qu’on en a fait assez pour aujourd’hui.

Alexa observa le champ de ruines et posa ses mains sur ses hanches.

— Alors, comment va-t-on faire la cuisine ?

Hayes déposa le marteau.

— J’ai plein de réserves. On n’aura pas besoin de cuisiner.

Alexa plissa les yeux.

— Comme quoi ?

— Crème glacée, céréales, pain à burgers…

— Je ne suis ici que pour deux jours, mais je vais repartir engraissée si tu n’as que des glucides.

Le regard de Hayes la détailla.

— Tu es parfaite maintenant, et tu le seras tout autant quand tu repartiras, même après une cure de glucides.

Voilà les mots que toute femme rêvait d’entendre. Si elle avait été prête à une relation plus sérieuse, peut-être que cela aurait été cet homme-là qui l’aurait aidée à reprendre le chemin d’une vie de couple, à réaliser tous ses fantasmes, à recevoir tous ses secrets…

Sauf que… pour l’heure, c’était elle qui lui cachait un secret.

Elle ne pouvait pas lui parler de Scott. C’était trop difficile, trop d’émotions étaient en jeu… Elle serait bientôt repartie, et Hayes n’aurait jamais à connaître sa véritable identité. C’était mieux ainsi, considérant qu’ils avaient tous les deux décidé que cette relation resterait purement physique.

Ajouter Scott au tableau maintenant ne ferait que donner l’impression qu’elle lui avait caché la vérité depuis le début. Et comme ils ne se reverraient plus, il valait mieux qu’elle garde son mari en dehors de cette histoire.

— Moi, je dis qu’on va manger de la glace pour le dîner, lança-t-il en se rapprochant d’elle.

— Tu n’as pas besoin de me convaincre, tu sais…

Il esquissa un léger sourire en glissant les bras autour de sa taille.

— Oh ! mais je sais…

Alexa posa ses paumes contre sa poitrine.

— Nous sommes tout poisseux, Hayes. Et je sais que je sens la transpiration…

Il promena les lèvres le long de ses joues.

— On est absolument d’accord. Tu sens vraiment mauvais…

Elle lui tapa l’épaule en riant.

— C’est pourquoi je m’apprête à te laver de la tête aux pieds en massant tes muscles endoloris sous la douche.

Elle pouffa de rire alors qu’il la soulevait dans ses bras. Elle voulut lui suggérer de faire attention à son genou, mais il s’en fichait royalement. Ignorant la douleur, Hayes se concentra sur Alexa, car quand il avait une idée en tête, il allait jusqu’au bout.

Et en l’occurrence, il voulait s’assurer qu’elle serait parfaitement propre.

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