Au cœur du désir - La reconquête d’un amour
Chapitre 16
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— Strike !
Charlotte pivota sur elle-même et, les deux bras en l’air, esquissa un petit pas de danse qu’elle espéra gracieux.
— Tu es certaine de ne pas avoir joué depuis des années ? la taquina Rick.
— Depuis douze ans, très exactement.
— Pourquoi as-tu arrêté ? s’enquit-il en saisissant sa boule sur le rail. Tu adorais ça et, en plus, tu étais très bonne joueuse.
Elle se mordit la lèvre inférieure, hésitant à lui répondre.
— Parce que ce sport était trop lié à toi, finit-elle par avouer. À notre histoire.
— Charlotte…
D’un geste de la main, elle balaya les excuses qu’il s’apprêtait à lui présenter. À quoi bon remuer le passé, une fois de plus ?
— Joue. C’est à toi.
Il arma le bras et lança sa boule, regardant celle-ci abattre les dix quilles d’un coup.
— Strike ! annonça-t-il à son tour. La partie risque d’être serrée.
— Ça m’étonnerait. J’ai eu de la chance, c’est tout.
Comme pour preuve de ce qu’elle venait d’avancer, ses deux boules suivantes terminèrent leur course dans la rigole.
— Je reviens sur ce que je t’ai dit : j’ai bien l’impression que tu vas finir avec dix pauvres petits points, se moqua gentiment Rick.
Se sentant soudain d’humeur malicieuse, Charlotte s’approcha et lui souffla dans l’oreille, juste au moment où il jouait. La boule partit en biais dans la rigole.
Ravie de son petit succès, elle éclata de rire en tapant des mains comme une enfant.
— On veut la jouer sur ce registre, mademoiselle Shields ?
Elle battit des cils.
— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, docteur Tyler. Tu semblais avoir chaud, alors j’ai voulu te rafraîchir un peu.
Il darda sur elle un regard ardent puis l’attrapa par le poignet avant de plaquer sa main sur son torse, à l’endroit où pulsait son cœur.
— Souffler dans mon oreille comme tu l’as fait ne me rafraîchit pas mais m’excite terriblement, rétorqua-t-il d’une voix rauque.
Il se pencha vers elle, si près que leurs bouches se touchaient presque.
— Et maintenant ? Que comptes-tu faire ?
Se prêtant à ce jeu qu’elle savait dangereux, elle combla l’infime distance qui les séparait encore et murmura contre sa bouche :
— Je ne comprends pas le sens de ta question.
En guise de précision, il écrasa les lèvres sur les siennes dans un baiser fougueux qui lui coupa le souffle. Le temps sembla se figer jusqu’à ce que, d’un coup, la réalité ne rattrape Charlotte. Ils n’étaient pas seuls au monde mais au beau milieu d’une vingtaine de pistes bondées.
— À toi de jouer, dit-elle en s’écartant de lui.
— D’accord. Mais va t’asseoir, d’abord.
— Tu n’as pas confiance ?
— C’est en moi que je n’ai pas confiance. Allez… Va t’asseoir.
Elle s’éloigna de lui docilement, d’une démarche exagérément chaloupée.
— Spare, annonça-t-il en revenant vers elle. Vas-y, je prends ta place.
Elle alla jouer, la tête ailleurs. Excitée comme elle l’était, elle se fichait bien que tous ses lancers finissent dans la rigole. Ce qu’elle voulait, c’était Rick. Ses baisers, ses caresses, ses étreintes. Son corps contre le sien et son sexe en elle.
Lorsqu’elle voulut se rasseoir, il la prit de nouveau par le poignet, l’empêchant de passer.
— Mot de passe, exigea-t-il.
— Quoi ?
— Tu dois me donner le mot de passe, si tu veux pouvoir aller jouer, précisa-t-il.
— Et si je ne l’ai pas ? feignit-elle de minauder.
— Tu devras payer le prix fort.
— Mon sac est au vestiaire.
— Je ne parle pas d’argent.
— Je vois.
Elle se pencha alors vers lui, frôlant son torse musculeux de ses seins aux tétons durcis par le désir.
— Que veux-tu ? demanda-t-elle dans un souffle.
— Toi, répondit-il en la fixant droit dans les yeux. Mais, pour le moment, je me contenterai d’un baiser.
— Et ensuite ?
— Nous verrons. Mais ne brûlons pas les étapes.
Le cœur de Charlotte se mit à battre de nouveau la chamade. Leur petit jeu commençait à prendre une tournure plus sérieuse. Elle sentit un délicieux frisson lui parcourir le bas des reins.
Elle se pencha vers Rick et lui donna un baiser dans lequel elle fit passer tout le désir qu’il suscitait en elle. Puis elle s’assit sagement et le regarda regagner la piste.
Ils jouèrent à ce petit jeu jusqu’à la fin de la partie, impatients sans se le dire de se retrouver en tête à tête.
— Veux-tu ta revanche ? demanda-t-il pour la forme.
— Non. Je risquerais de gagner et nous devrions alors jouer la belle.
— Dans ce cas, allons récupérer nos chaussures et partons d’ici.
Ils restèrent silencieux durant tout le trajet du retour, se laissant bercer par les notes sensuelles d’une musique de jazz.
— Tu préfères aller chez toi ou chez moi ? s’enquit Rick tandis qu’il se garait dans l’allée.
Elle revit le monceau de vêtements gisant sur son lit et les nombreuses paires de chaussures éparpillées sur le sol.
— Chez toi, plutôt.
Ils traversèrent l’allée, main dans la main, d’un pas mesuré qui contrastait avec le désir qui les consumait. Chaque détail prenait, sous le coup de l’impatience, une acuité formidable : les effluves de l’eau de toilette de Rick qui lui parvenaient par vagues successives lorsqu’il lui chuchotait à l’oreille… La chaleur de son corps se propageant au sien…
Arrivés devant chez lui, il déverrouilla la porte et la fit entrer la première, une main posée au creux de ses reins, comme s’il craignait de la voir changer d’avis.
Il n’avait pas à s’inquiéter car, à cet instant précis, elle se trouvait à la place exacte où elle avait envie d’être. Pour une nuit.
Pour la vie ?
Mieux valait profiter de l’instant présent, décida-t-elle en son for intérieur. Elle-même ne savait pas où elle serait dans quelques mois, ce qui lui fermait toute perspective d’avenir avec Rick.
Rick qui, à présent, l’attirait à lui et lui couvrait le visage de baisers fiévreux.
— J’ai attendu ce moment toute la soirée, murmura-t-il contre sa bouche en la soulevant du sol pour la porter jusqu’à sa chambre.
— Moi aussi, répondit-elle tout bas.
— Tu es bien certaine que c’est ce que tu veux ? demanda-t-il après l’avoir étendue sur la couette moelleuse.
— Je n’ai jamais été aussi sûre de quelque chose, répondit-elle.
— C’est ce que je voulais entendre.
Puis, brûlant du même désir qu’elle, il découvrit son épaule et en effleura la chair de ses lèvres chaudes et humides.
Elle ferma les yeux, s’abandonnant avec délice au tourbillon de volupté qui l’emportait bien loin de la réalité.
* * *
Rick ne se lassait pas de caresser la peau douce et satinée de Charlotte. Dans un geste d’une infinie tendresse, il repoussa sur le côté la masse lourde de sa chevelure, dégageant sa nuque gracile.
Quelques heures plus tôt, elle s’était blottie contre lui et avait sombré dans un profond sommeil, contrairement à lui qui luttait contre la fatigue pour ne rien perdre de cette parenthèse précieuse en sa compagnie.
Plus ils passaient de temps ensemble, plus il se sentait proche d’elle. Elle le remplissait d’une joie indicible. Elle redonnait des couleurs à sa vie.
Il était amoureux d’elle.
Dire que, à peine quelques jours plus tôt, il était persuadé que le mieux pour lui était de vivre seul, en compagnie d’un enfant difficile ! Aujourd’hui, il pouvait affirmer avec force qu’il ne pourrait plus se passer de Charlotte.
Il ferma les yeux, cherchant à capturer ce flot d’émotions positives qui le submergeait.
Oui, il aimait l’idée que Charlotte fasse partie intégrante de sa vie.
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