Au cœur du désir - La reconquête d’un amour
Chapitre 19
- 19 -
Charlotte s’habilla avec soin pour son entretien avec le maire, même si elle savait déjà qu’elle n’accepterait pas ce poste s’il lui était offert.
Le passé se répétait. Elle était amoureuse de Rick qui n’était pas amoureux d’elle. Elle ne pourrait jamais guérir si elle vivait dans la même ville que lui, nourrissant l’espoir insensé que, peut-être, un jour…
Sa décision était prise : elle allait annoncer au maire qu’elle avait trouvé un emploi à Norman.
Moins de vingt minutes plus tard, elle se garait dans la rue et poussait les portes de l’hôtel de ville. Denise Harper, la secrétaire, lui adressa un sourire de circonstance puis la conduisit jusqu’au bureau du maire.
— Bonjour, Charlotte, la salua ce dernier en se levant de son siège.
— Bonjour, répondit-elle en serrant la main qu’il lui tendait.
— Asseyez-vous, je vous en prie.
Elle prit place dans le fauteuil qu’il lui désignait, heureuse de se trouver dans ce lieu chaleureux où elle se sentait en confiance.
— J’ai pris le temps d’étudier votre dossier de candidature et j’avoue que j’ai été impressionné par votre parcours.
— Merci. C’est plus facile lorsqu’on aime ce que l’on fait. Et c’est vrai que j’adorais mon travail.
— Comme je vous l’ai dit l’autre jour, il s’agit d’une création de poste ; aussi aurez-vous toute latitude pour vous organiser comme vous le souhaitez. Cela, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est le salaire.
Il lui annonça alors un chiffre qui, même s’il était bien en dessous de ce qu’elle avait perçu jusque-là, n’en était pas moins raisonnable.
— Je pourrais tout à fait m’en satisfaire, dit-elle en souriant.
— L’avantage, avec vous, c’est que vous avez toujours vécu ici, à Sweet Briar ; vous savez donc ce qu’il nous manque pour y attirer plus de monde. Sans vouloir faire de notre ville une nouvelle Chicago, ajouta-t-il avec humour, je souhaite que nous développions de nouveaux centres d’intérêt. Je pensais, par exemple, à la possibilité d’accueillir des matchs de basket de deuxième division. Je songeais également à la construction d’un théâtre où des artistes pourraient se produire toute l’année.
— C’est une bonne idée, en effet. Les gens seraient ravis de pouvoir assister à des concerts ou des pièces de théâtre sans avoir à se déplacer.
— Le but serait également d’attirer des spectateurs des États voisins.
Charlotte se plut soudain à s’imaginer travaillant ici, sous la houlette de cet homme veillant au plus près à l’intérêt de ses concitoyens.
Ils passèrent la demi-heure suivante à échafauder des projets, s’enthousiasmant chacun des idées de l’autre.
— Alors ? demanda soudain le maire en se renfonçant dans son siège. Comment trouvez-vous ce poste ?
— Très intéressant. Malheureusement, je ne peux pas l’accepter.
— Pour quelle raison ? C’est à cause du salaire ? Je peux faire un effort mais nous ne serons pas très éloignés du chiffre que je vous ai annoncé.
— Non. Ce n’est pas cela.
— Où est le problème, alors ? Je ne comprends pas.
Mortifiée, Charlotte sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle n’allait tout de même pas se mettre à pleurer là, devant le maire de sa ville, qui plus est en plein entretien professionnel ! Elle inspira profondément dans l’espoir de reprendre son sang-froid.
— Je dois quitter la ville, finit-elle par répondre.
— Qu’est-ce qui vous y oblige ?
— C’est personnel.
Il arqua un sourcil perplexe mais garda le silence. Voilà. Elle pouvait se lever et sortir dignement. Mais, au lieu de cela, elle resta assise et s’entendit dire :
— C’est à cause de Rick.
— Rick Tyler ?
— Oui. Nous sortions ensemble mais nous avons rompu. Je me vois mal rester ici. Je risquerais de tomber sur lui à chaque coin de rue.
— Je comprends. Mais prenez quand même le temps de réfléchir. Je sais que vous seriez parfaite à ce poste. Je vous réserve la place quelques semaines, au cas où les choses s’arrangeraient entre Rick et vous.
— Je ne crois pas que ce soit possible mais, en tout cas, je vous remercie.
Après lui avoir serré la main elle sortit, réprimant les larmes qui, de nouveau, menaçaient de couler.
* * *
Assis à la table de la cuisine, Rick redoutait la discussion qu’il s’apprêtait à avoir avec son fils. Deux jours s’étaient écoulés depuis que Charlotte l’avait chassé de chez elle, lui demandant de ne plus y remettre les pieds. Si elle n’avait pas pris la décision de quitter la ville, il serait allé lui présenter des excuses. Mais la réalité était là : Charlotte allait partir.
— Salut, papa, dit Bobby d’un ton joyeux avant d’aller remplir un bol de céréales.
Rick se frotta le visage de ses deux mains. Le moment était venu d’annoncer la mauvaise nouvelle à son fils.
— Salut, fiston. Bobby, il faut que je te parle.
— De quoi ?
— Charlotte va déménager.
— Je sais bien. Elle a trouvé un nouveau travail.
— Oui. Mais la ville où elle va s’installer est à deux heures d’ici. Il faut que tu comprennes que nous ne verrons plus Charlotte.
Bobby en laissa échapper sa cuillère pleine de céréales.
— Ce n’est pas vrai ! Charlotte m’aime !
— Charlotte part mais, moi, je serai toujours là pour toi.
— Charlotte m’aime, répéta Bobby qui semblait ne pas avoir entendu les propos rassurants de son père. Elle me l’a dit.
— Bien sûr qu’elle t’aime.
— Alors demande-lui de se marier avec toi.
— Bobby, elle ne voudra pas. Elle ne m’aime pas.
Les yeux de Bobby se remplirent de larmes qui se mirent à couler sans retenue sur ses joues.
— Tu devais la faire tomber amoureuse de toi ! lui reprocha-t-il en reniflant. Tu n’as même pas essayé.
— Si, j’ai essayé. Mais ça n’a pas marché.
— Ce n’est pas vrai !
Porté par la rage et la frustration, il abattit avec violence son petit poing sur la table puis se leva d’un bond, renversant sa chaise.
— Tu n’as rien fait ! répéta-t-il, au comble de la colère.
— Je lui ai offert des fleurs et des chocolats, se défendit Rick.
— Des fleurs, elle s’en fiche, elle en a plein dans son jardin. Et des chocolats, elle peut aller les acheter, elle n’a pas besoin de toi. Tu lui as donné que des choses qu’elle avait déjà.
— Bobby… C’est plus compliqué que ça.
Bobby le fixa d’un air si chargé de rancœur qu’il en eut le cœur brisé.
— Puisque c’est comme ça, je pars avec Charlotte, décida-t-il.
— Pardon ?
— Je pars avec Charlotte. Nathaniel me manquera parce que c’est mon meilleur ami mais je reviendrai le voir.
Rick eut l’impression de recevoir un coup en pleine poitrine. Ainsi, il comptait si peu pour Bobby ? Au point que son fils pensait pouvoir passer d’un parent à un autre comme il l’entendait, à l’image de Sherry qui les avait abandonnés sans aucun état d’âme.
— Tu veux vraiment me quitter ? s’enquit-il en s’exhortant à rester calme, même si cette discussion dépassait l’entendement.
— Tu peux venir si tu veux.
Toujours cette même logique enfantine, implacable.
— Je ne peux pas. J’ai un cabinet médical ici, tu te rappelles ?
Il s’était engagé à rester deux ans. Même si aucun contrat n’avait été signé, il avait donné sa parole. Que penseraient les gens s’il fermait le cabinet au bout de deux mois à peine ? Il ne pouvait pas leur faire un coup pareil. On comptait sur lui, ici.
— Bien sûr que je me rappelle. Tu es mon papa.
Il sentit l’émotion l’envahir. Bobby ayant retrouvé son calme, sans doute allait-il aussi retrouver la raison.
— Mais tu peux guérir les gens n’importe où alors que Charlotte, elle a pas de travail ici. Tu vois bien. C’est nous qui devons aller avec elle.
— Je te l’ai dit, Bobby, ce n’est pas si simple. C’est chez nous ici et nous allons y rester.
— Mais pourquoi ? Tu ne l’aimes pas, Charlotte ?
La question ne se posait même pas. Mais quelle différence cela faisait-il, maintenant ? Elle lui avait pardonné ses erreurs passées mais il avait recommencé. Il ne voyait pas bien comment se faire pardonner une nouvelle fois.
Puis les questions essentielles se bousculèrent dans sa tête.
Allait-il vraiment la laisser partir sans chercher à la retenir ? Était-ce ce qu’il voulait ? Il l’aimait, certes, mais à quoi était-il prêt à renoncer par amour pour elle ? À rien.
Il eut soudain honte à l’idée qu’il attendait que ce soit elle qui fasse tous les sacrifices. Pire, elle avait eu beau lui soutenir qu’elle pourrait être heureuse à Sweet Briar, lui savait qu’il n’en serait rien.
Il fixa son fils avec amour, décidant que jeter l’éponge n’était plus envisageable. Il allait se battre pour avoir ce qu’il voulait. Il était temps de dire à Charlotte qu’il l’aimait et qu’il était prêt à la suivre où elle le voudrait.
Il allait regagner son amour. Et cette fois, pour de bon.
* * *
Charlotte rangea une pile de serviettes de toilette dans un carton, cherchant en vain à ignorer la pointe douloureuse qui lui transperçait le cœur. L’heure n’était pas à l’auto-apitoiement, elle avait bien trop de choses à faire.
Elle prit une profonde inspiration, cherchant à absorber l’oxygène qui lui manquait pour retrouver une respiration normale. Combien de temps encore allait-elle souffrir ?
Pitié. Pas aussi longtemps que la première fois.
La sonnerie appuyée de l’entrée la ramena brusquement à la réalité. Elle se pressa d’aller ouvrir. Ce devait être Bobby. Il lui apportait tant de joie ! Comme il allait lui manquer ! Elle l’aimait comme un fils et, que Rick s’y oppose ou non, elle était bien décidée à maintenir le contact avec lui.
— Salut, Charlotte. Qu’est-ce que tu fais ?
— J’emballe mes affaires dans des cartons. Et toi ?
— Pareil, mais je fais une pause.
— Vraiment. Mais où vas-tu ?
— Avec toi.
Son cœur se mit à saigner. Elle entraîna Bobby vers le salon et le fit asseoir sur le canapé où elle s’installa à côté de lui.
— Bobby, mon chéri…, commença-t-elle, très émue. J’adorerais t’emmener mais c’est impossible. Tu manquerais trop à ton papa. Je sais bien que tu es très en colère contre lui mais il t’aime fort. Ne doute jamais de cela.
— Je le sais.
— Dans ce cas, tu sais aussi que ta place est ici, avec lui. Voilà pourquoi tu ne peux pas partir avec moi.
— Je pars avec toi, s’obstina-t-il.
Elle ferma les yeux, en proie à une profonde culpabilité. Bobby était si sûr qu’il pourrait déménager avec elle qu’il emballait ses affaires. Rick l’avait pourtant prévenue : il lui avait demandé de faire en sorte que son fils ne s’attache pas trop à elle. Au lieu d’essayer de comprendre, elle s’était mise en colère. Comme elle s’en voulait, à présent !
— Il faut que j’aille parler à ton père, dit-elle.
— D’accord. Pendant ce temps, je vais jouer au basket.
Une fois devant la porte de Rick, elle sentit sa détermination faiblir. Elle ne s’était pas donné le temps de rassembler ses pensées. Par quoi allait-elle commencer ? Rick allait-il entendre ce qu’elle avait à lui dire ?
Elle appuya sur le bouton de la sonnette d’une main tremblante.
— Charlotte ? s’étonna Rick lorsqu’il lui eut ouvert.
— Il faut que je te parle.
— Bien sûr.
Il la fit entrer puis la conduisit jusqu’au canapé où, d’un geste, il l’invita à s’asseoir.
— Bobby m’a annoncé qu’il voulait partir avec moi, lâcha-t-elle sans préambule.
— Il est venu chez toi ?
— Oui. Il m’a même dit qu’il avait commencé à emballer ses affaires.
— C’est normal. Nous déménageons, nous aussi.
Son cœur se mit à battre plus vite. Et si… ? Mais elle ne s’autorisa pas à penser plus loin que ces deux petits mots.
— Ah bon ? Où allez-vous ?
— Charlotte, je suis désolé.
Une profonde déception l’envahit. Quelle idiote elle était ! Croire un instant que Rick et Bobby allaient la suivre ! Sans doute allaient-ils repartir pour Milwaukee. Elle n’avait plus rien à faire ici.
— Tu n’as pas à t’excuser, dit-elle en se levant.
— Si, je dois m’excuser de t’avoir fait souffrir encore une fois.
— Ça va aller, assura-t-elle, les yeux emplis de larmes.
En guise de réponse, il s’approcha d’elle et prit son visage entre ses mains. L’amour qu’elle vit alors passer dans son regard lui coupa le souffle.
— Charlotte, nous partons avec toi.
— Vous… vous partez avec moi ? Mais… ton cabinet ?
— J’en trouverai bien un autre.
— Mais les gens d’ici ont besoin de toi. La maman de Nathaniel, qui est si malade ; Carmen, qui va accoucher de jumeaux.
— Crois-tu que je n’y ai pas pensé ? Mais ma priorité, c’est toi, Charlotte. Alors, où tu iras, j’irai.
Elle ne chercha plus à contenir ses larmes qui se mirent à ruisseler sur ses joues. La réalité dépassait tellement tous ses rêves de bonheur ! Rick l’aimait ! Il voulait vivre avec elle. Elle était devenue sa priorité.
— Tu n’auras pas à chercher ailleurs, Rick. Je reste ici.
— Il n’est pas question que tu te sacrifies pour nous. Tu voulais démarrer une nouvelle vie ailleurs, et tu as trouvé un travail qui t’intéresse. Alors partons.
— J’ai ici aussi une proposition qui m’intéresse. Elle m’a été faite il y a quelques jours par le maire en personne.
— Je comprends mieux à présent son petit sourire entendu lorsque je lui ai annoncé que je voulais quitter la ville.
— À vrai dire, il me pressait tellement d’accepter son offre que j’ai dû lui faire quelques confidences.
Rick l’attira à lui et l’enveloppa de ses bras rassurants.
— C’est à toi de décider.
— Je veux rester ici, répondit-elle sans hésiter. Je vais décliner l’offre qu’on m’a faite à Norman puis appeler le maire pour lui annoncer que j’accepte la sienne.
— Tu es bien certaine que c’est ce que tu veux ?
— Oui. Bobby sera tellement heureux !
— Bobby serait heureux partout pourvu qu’il soit avec toi. Il a menacé de m’abandonner si je ne faisais pas bouger les choses. Cet enfant m’a ouvert les yeux et m’a donné du courage. J’avais si peur que tu ne reviennes pas sur ta décision !
— Qu’est-ce qu’il se passe ici ? demanda Bobby, son petit visage irradiant du bonheur de voir les deux personnes qu’il aimait le plus au monde dans les bras l’une de l’autre.
— Charlotte et moi avons discuté.
— Tu lui as dit qu’on partait avec elle ?
— Oui. Mais, finalement, nous avons décidé de ne pas déménager.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? s’enquit l’enfant, soudain inquiet.
— Cela veut dire que nous allons rester à Sweet Briar, répondit Charlotte en lui prenant la main, dans un geste qui se voulait tendre et rassurant.
— Et ton travail ?
— Je peux travailler ici, si je veux.
— Trop cool ! Je vais téléphoner tout de suite à Nathaniel pour lui annoncer la bonne nouvelle. Et, au fait, vous allez vous marier ?
— Ton père ne me l’a pas demandé, rétorqua-t-elle d’une voix faussement réprobatrice.
— Juste au cas où papa ne te l’aurait pas dit, il t’aime.
— Le message est passé, Bobby, intervint Rick. Maintenant, file téléphoner à Nathaniel.
Bobby ne demanda pas son reste. Il détala, trop heureux de ce dénouement inespéré.
Aussitôt, Rick se leva et disparut dans la cuisine. Lorsqu’il en revint, il se plaça devant Charlotte et mit un genou à terre.
— Je t’aime, Charlotte, déclara-t-il en lui prenant la main. Je t’aime tellement. Acceptes-tu de devenir ma femme et de faire de moi l’homme le plus heureux du monde ?
— Oui, je le veux, Rick. Je t’aime, moi aussi.
Il sortit alors de la poche de son pantalon un solitaire qu’il lui glissa à l’annulaire.
— Je jure de tout faire pour te rendre heureuse.
— Je le suis déjà tellement, Rick !
Une cavalcade leur annonça l’arrivée imminente de Bobby.
— Ça y est ? Tu lui as demandé ?
— Ça y est. Elle a accepté.
— Vous pouvez vous marier demain ?
— Désolé, fiston, mais il faut que tu saches que, pour leur mariage, les femmes veulent avoir une belle robe, une belle fête et que cela demande un peu de temps.
— Ne t’inquiète pas, s’empressa de dire Charlotte. Nous ferons notre possible pour nous marier très vite.
Elle était aux anges. Elle allait épouser l’homme qu’elle aimait depuis des années. Avec lui, elle avait trouvé un fils qu’elle adorait et qui le lui rendait bien.
Que pouvait-elle souhaiter de plus ?
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Vous avez terminé Au cœur du désir - La reconquête d’un amour
Jules Bennett
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