Briar Université T3 The play
10 - Demi
10
Demi
Je n’ai pas cours le mercredi, donc je passe la matinée à réviser pour un partiel de bio et à terminer un devoir de maths. La charge de travail est presque le double de celle de l’année dernière et je suis désormais obligée de me lever une heure plus tôt pour avoir une chance de rester à jour.
Par ailleurs, si je ne stressais déjà pas suffisamment, mon père a décidé que je devrais prendre de l’avance et commencer dès maintenant à préparer l’examen d’entrée à la fac de médecine. Il m’a écrit hier soir en me proposant de me payer des cours particuliers. Je lui ai répondu que j’allais y réfléchir.
Or, ce à quoi je dois réfléchir, en réalité, c’est au meilleur moyen de lui dire : « Je t’en supplie, ne me force pas à préparer le concours dès maintenant, sinon je ne survivrai jamais à cette troisième année. »
L’après-midi, je vais chez Corinne, à Hastings, pour l’aider à organiser son armoire. Chez mes parents, à Boston, j’ai un dressing immense que j’ai rangé par couleurs et par styles. Mon niveau de stress est fortement réduit quand tout est bien rangé.
– Encore merci de faire ça, dit Corinne timidement.
Je pends un pull en laine épaisse sur un cintre.
– Y a pas de quoi, tu sais bien que j’adore ce genre de trucs. Et puis, on est amies, et on ne laisse pas son amie trier son placard toute seule.
Elle me répond par un sourire profondément reconnaissant.
J’ai du mal à analyser Corinne, parfois. Elle est jolie, et plein de mecs veulent toujours sortir avec elle, mais elle ne se laisse pas approcher par n’importe qui. Elle est antisociale, parfois en retrait, mais elle est hyper-sarcastique et quand elle baisse sa garde, elle est super-fun.
– Ton appart est trop chou, je lui dis. J’adore la chambre, elle est immense.
Elle est presque aussi grande que celle que j’ai à la maison de sororité, et j’ai eu de la chance au tirage au sort en obtenant la plus grande.
Mon téléphone vibre sur le lit de Corinne.
HUNTER : Tu as regardé le match des Bruins, hier soir ?
Dans un de nos derniers échanges par message, il n’arrêtait pas de parler d’un match qui passait à la télé, et je lui avais dit que je ne manquerais pas de m’intéresser au hockey. Apparemment, il n’a pas compris que c’était du sarcasme.
MOI : Carrément ! C’était INTENSE ! J’arrive pas à croire que ce type a marqué dix-neuf points ! LUI : Tu l’as pas regardé, alors ?
MOI : Non, désolée. Je t’ai dit que j’étais pas fan de hockey. LUI : J’en attendais davantage de ma psy. Adieu.
Il y a une longue pause dans les messages.
HUNTER : Merde, attends, j’ai oublié pourquoi je t’écrivais. On fait toujours notre session à la salle de sport, aujourd’hui ?
MOI : Ouais. Après mon dîner. Donc vers 20h ? Ah, et n’oublie pas de mettre un legging en lycra pour que je puisse me rincer l’œil.
LUI : Ça va de soi.
Je souris en regardant l’écran.
– C’est encore le joueur de hockey ? demande Corinne.
– Ouais, je réponds en riant. Il est tellement arrogant. Mais il est canon. Je te donnerais bien son numéro, mais il a fait une croix sur le sexe.
– Attends, quoi ?
– Il a fait vœu de chasteté.
J’espère que c’est pas un secret. Dans le doute, je n’en dis pas plus.
– Au fait, c’est quoi ton Wifi? J’essaie de m’y connecter.
– Ah, j’en ai pas encore. Ils viennent vendredi pour l’installer.
Je suis sur le point de ranger mon téléphone lorsqu’un autre message apparaît.
TJ : On dîne toujours ensemble ?
MOI : Oh quoi, oui. Sushi, baby !
J’ajoute trois émojis poisson, auxquels TJ répond par deux crevettes, et on se met à s’envoyer tout ce qui est en rapport à la mer.
MOI : Attends, tu savais qu’il n’y a pas d’émoji homard ? Scandale !
TJ ne répond pas, donc je pose mon téléphone et commence à plier la pile de tee-shirts sur le matelas de Corinne.
– Je pense qu’on devrait les ranger dans ta commode, je propose. Ce serait dommage de gâcher des cintres pour des tee-shirts.
– Je suis d’accord. Suspendons d’abord tout ce qui se froisse facilement, puis les robes, les jupes…
Mon téléphone vibre de nouveau. TJ vient de m’envoyer une photo de homard avec des yeux en forme de cœur et une bulle au-dessus de sa tête qui dit « J’EN PINCE POUR TOI ! ».
J’éclate de rire.
– Désolée, je dis à Corinne. TJ m’envoie des mms.
– La plupart de tes amis sont des mecs, et moi j’arrive à peine à m’en sortir avec un seul, dit-elle en secouant la tête. Je ne sais pas comment tu fais pour gérer tous ces ego fragiles… Ce sont tous des enfants en manque d’affection. Oh, tu sais qui tu es ? T’es Wendy avec tous les Garçons Perdus !
– C’est à peu près ça, ouais, je ricane. Mais j’adore mes Garçons. Ils sont follement divertissants, j’ajoute en pliant un autre tee-shirt. Je vais dîner avec TJ, ce soir. On va essayer le nouveau japonais qui a ouvert en face du théâtre. Tu veux venir ?
– Je ne peux pas, des amies viennent réviser chez moi. C’est juste TJ et toi ? Sans Nico ?
– Nico joue au basket avec Darius, et après il rejoint des collègues pour boire un verre. Tu les as sans doute rencontrés quand ils t’ont aidée à déménager.
– Y en avait deux, répond-elle d’un air pensif. L’un était très mignon, et l’autre très chauve.
– Le chauve s’appelle Steve, et je pense que celui qui est mignon doit être… Rodrigo ? Mais ils l’appellent Roddy. Et je crois qu’il a une copine.
– Dommage.
– Tu parles, tu ne veux pas de copain.
– C’est vrai.
Je prends la pile de tee-shirts et la pose dans la commode en bois.
– Allez, finissons de ranger tous ces trucs, histoire qu’on s’attaque au dressing. C’est la partie la plus fun.
– Tu trouves ça fun, toi ? T’es tellement bizarre, Demi… soupire-t-elle.
Je passe encore deux heures chez Corinne, puis je marche cinq minutes jusqu’au centre-ville pour rejoindre TJ au restaurant de sushis, qui s’avère phénoménal. Naturellement, j’en informe mon mec tandis qu’un Uber me ramène au campus, parce que la nourriture m’excite et que quand quelque chose m’excite, je me dois d’en faire part à Nico.
NICO : Je crois que tu dévalues les orgasmes quand tu qualifies un repas « d’orgasmique ». MOI : Eh bien, je pense que tu n’apprécies pas la nourriture à sa juste valeur. C’est presque criminel, parce que t’es cubain et que la gastronomie est dans tes gènes. NICO : Pas du tout.
MOI : Je vais dire à ta mère que t’as dit ça.
NICO : Je te l’interdis.
MOI : Je vais à la salle de sport, je serai rentrée vers 21h. Tu veux venir après ta soirée avec les mecs ?
NICO : Je pense pas, bébé. Je pense qu’on va rentrer chez Steve pour faire une battle Fortnite.
Je ne suis que légèrement déçue. Après tout, on ne devait pas se voir ce soir, donc je ne peux pas lui en vouloir de rester avec ses amis.
MOI : Ok. Éclate-toi ! Je t’aime.
NICO : Je t’aime aussi, bb. <3 <3 <3 <3
*
* *
– Les pipes me manquent, déclare Hunter une heure plus tard.
Sa voix mélancolique me fait éclater de rire, manquant me faire trébucher sur le tapis de course. Ça fait une semaine qu’on ne s’est pas vus et, à l’évidence, sa vie de moine est inchangée.
– Je suis navrée de l’entendre.
– C’est à ma queue qu’il faut dire ça, répond-il.
Je ricane et baisse les yeux. Je ne peux pas nier que son paquet est assez impressionnant sous son jogging.
– Je suis sincèrement navrée pour vos problèmes, Monsieur le pénis d’Hunter, je déclare d’une voix solennelle.
– Il apprécie, merci, dit Hunter en hochant la tête.
Bon sang, ce type ! Je ne sais toujours pas si je le déteste ou si je l’adore.
Cela dit, c’est le pire partenaire de sport au monde. Ça fait quarante minutes qu’on court côte à côte sur nos tapis respectifs, et je commence à fatiguer. J’admets ma défaite et diminue l’inclinaison du tapis pour me reposer un peu, alors qu’Hunter transpire à peine. Son front est un peu luisant, alors que je suis en nage et dégoulinante. Heureusement, je ne cherche pas à lui plaire, sinon je serais affreusement gênée de suer autant. Même Nico ne m’a jamais vue dans cet état.
– Oh, tu as besoin de faire une pause ? se moque Hunter.
– Non, juste d’un tapis plus plat.
– Espèce de mauviette !
– Espèce de moine !
– Faut que tu arrêtes d’utiliser ce terme comme une insulte. Il y a des gens qui trouvent mon abstinence admirable, tu sais.
– C’est toi qui dis ça, alors que tu viens de te plaindre de ton manque de pipes ?
– Oh, et ça ne te manquerait pas, toi, si ton mec arrêtait de te faire des cunnis ?
– Pas vraiment, non.
Je réponds sans réfléchir et le regrette immédiatement. Je ne suis pas du genre à parler de sexe, surtout quand il s’agit de mon mec et moi. Qu’est-ce que ça peut faire si Nico n’est pas un génie du cunni ? Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas d’autres qualités.
Hélas, Hunter a parfaitement entendu ma réponse et il tourne la tête vers moi sans altérer sa course.
– Oups. Alors, Nico ne te satisfait pas avec sa langue ?
– Bien sûr que si.
– C’est pas ce que tu viens de dire.
– Peu importe. Tout le monde n’est pas doué pour ça, je marmonne. C’est juste une question d’entraînement, non ?
Hunter semble se retenir de rire.
– Ça fait pas dix ans que vous êtes ensemble ?
– Huit, je grommelle. On s’est officiellement mis ensemble quand on avait treize ans.
– Et il n’a toujours pas appris l’art de brouter le minou ?
– Ne sois pas vulgaire.
– Tu préfères que j’appelle ça un cunnilingus ?
Beurk, ce mot est vraiment moche. Qui diable l’a inventé ?
– Écoute, je ne dis pas qu’il est nul à ça. Honnêtement, je crois que ça vient de moi. Ça ne m’intéresse pas, c’est tout.
– Tu as déjà fait ça avec quelqu’un d’autre ?
– Non.
– Alors, comment tu sais que ça vient de toi ? rétorque Hunter. Je te parie cent dollars que Nico est juste nul pour ça. Il y passe combien de temps, au juste ?
J’ai les joues en feu, et ce n’est pas parce que je cours depuis cinquante minutes.
– Pas beaucoup. Je crois qu’il a trop hâte de me pénétrer, je précise pour défendre Nico.
– Justement, l’attente est ce qui rend ça aussi fun ! rétorque Hunter.
– C’est pas grave, je réponds en haussant les épaules. Même si ça vient de lui, il fait plein de trucs géniaux quand il est en moi, et il est doué avec ses doigts. On ne peut pas être doué partout, n’est-ce pas ?
– Je le suis, moi.
– Mais bien sûr ! Je suis certaine que tu es un dieu du sexe. Les hommes qui se vantent de leurs prouesses sexuelles ne sont pas toujours doués pour ça.
– Ben moi, si. Dommage pour toi, tu ne le sauras jamais.
– Pour moi et pour toutes les autres femmes du campus, espèce de moine !
Il lève les yeux au ciel et ne montre toujours aucun signe de fatigue. Comment peut-il parler autant sans même être un tant soit peu essouflé ?
– Bref, en dépit de capacités orales limitées, dit Hunter, Nico a l’air cool. Il est drôle.
– Il est hilarant, tu veux dire. Eh oui, il est très cool.
– Si on oublie ses cunnis désastreux, bien sûr.
– Ils ne sont pas désastreux. Ils sont médiocres.
– Wouah, tu parles d’un compliment !
– Oh, tais-toi.
– Toi, tais-toi, rétorque Hunter avec un sourire machiavélique. Ne t’en fais pas, je ne lui dirai pas que tu as dit ça. Son ego ne s’en remettrait pas.
– Tout ce dont nous venons de parler est protégé par le secret médical, je déclare fermement.
– Ça roule, Docteur.
Une femme en combinaison lycra s’installe pile sous nos yeux pour faire des étirements. On pourrait croire qu’elle n’a pas fait exprès de se mettre là, mais elle est face à un miroir, et son regard est rivé sur le reflet d’Hunter.
Il le voit et il fuit en un clin d’œil. Elle n’est pas la première à essayer d’attirer son attention ce soir, et je suis certaine qu’elle ne sera pas la dernière. C’est dommage pour lui qu’il fasse abstinence, parce que toutes les meufs dans la salle seraient ravies de coucher avec lui. Ici. Devant tout le monde.
– Je n’arrive pas à croire que Nico est le seul mec avec qui tu as fait l’amour, dit Hunter d’un ton pensif.
– C’est un problème ?
– Non, bien sûr que non. C’est surprenant, c’est tout.
– On est ensemble depuis qu’on a treize ans. À quel moment j’aurais pu coucher avec quelqu’un d’autre ?
– Tu ne l’as jamais trompé ? Jamais ?
– Jamais. On a fait quelques breaks, mais je n’ai jamais couché avec un autre mec.
Il hausse un sourcil dubitatif.
– Tu veux dire que tu n’as jamais profité d’un break pour découvrir autre chose ?
– J’ai embrassé quelques mecs, j’admets en haussant les épaules.
– Merci, c’est pas vague du tout, comme réponse.
– Roh, qu’est-ce que tu peux être indiscret ! Ok. J’ai embrassé trois autres mecs, et peut-être qu’on s’est un peu tripotés, aussi.
– Tripotés ? Pas plus ?
– Il m’a doigtée, mais je n’ai pas voulu aller plus loin. J’avais l’impression de trahir Nico.
– Sans rire ? T’aurais dû en profiter. Je déteste te le dire, mais je te garantis que Nico a fait plus que doigter des meufs pendant vos breaks.
– Je le sais, t’en fais pas. On se dit tout, tu sais. D’ailleurs, lors d’un de ces breaks, je l’ai vu choper une fille, pendant une soirée. C’est ce qui m’a poussée à me laisser tripoter par l’autre mec. Et… je sais que Nico a couché avec au moins une autre femme, j’admets timidement.
– Comment ça, au moins ? répète Hunter.
Il accélère la vitesse de son tapis. Mon Dieu, il court encore plus vite ! Et sa respiration est parfaitement normale. C’est incroyable.
Je vais à la vitesse d’un escargot et je continue de transpirer autant.
– Je sais qu’il s’est tapé une autre meuf parce qu’il me l’a dit. Mais… je crois qu’il m’a trompée, aussi.
Je m’en veux de le dire à Hunter. Critiquer ses cunnilingus est une chose, mais parler de son infidélité en est une autre. J’ai franchi la ligne, je crois.
– Ne dis à personne que je t’ai dit ça.
Hunter est assez malin pour voir que je ne plaisante pas.
– Tu crois vraiment qu’il t’a trompée ?
Je hoche la tête à contrecœur.
– C’était l’été entre la première et la terminale. J’ai été le voir à Miami et on est partis camper dans les Everglades. Enfin, c’était pas vraiment du
camping. C’était plutôt du glamping 1.
– Booouuu ! s’exclame Hunter en grimaçant.
La femme en lycra qui remue ses fesses sous nos yeux tourne la tête pour voir ce qui se passe, mais Hunter ne lui adresse pas le moindre regard.
– Ah non. Non et non, déclare-t-il. Je t’interdis d’être une de ces filles, Semi.
– Je n’aime pas faire des pipes dans la nature, ok ? Je préfère dormir dans un endroit avec des murs, et des toilettes, et le Wifi et…
– C’est pas du camping, alors !
– C’est ce que je dis. C’est du glamping.
– Booouuu !
– Tu peux arrêter de me huer, bon sang ?
– Dire que je commençais à t’apprécier. Et je découvre que tu es une princesse de Miami qui refuse de dormir sous une tente.
– Tu veux entendre la suite de l’histoire, oui ou non ?
Il semble soudain impatient.
– Oui, carrément. Mais seulement si tu veux m’en parler.
Je ne sais pour quelle raison, j’ai très envie de lui parler, justement. Je ne l’ai dit qu’à une autre personne, Amber, ma meilleure amie à Miami. Et elle m’avait répondu que j’étais parano.
– Un de nos amis a invité sa cousine Rashida, et je te jure, cette meuf n’arrêtait pas de flirter avec Nico. Ça commençait à sérieusement m’agacer, donc je…
Je m’arrête brusquement.
– Tu quoi ? demande Hunter.
Je pousse un grognement avant de poursuivre.
– Je lui ai dit que si elle n’arrêtait pas de draguer mon mec, je la noierais dans le lac et laisserais son corps aux alligators.
Pour la première fois en soixante-deux minutes, Hunter trébuche. Il saisit les rambardes pour se rattraper, mais ça n’arrête pas son fou rire.
– Putain, t’es une psychopathe, Davis. Je le savais.
– Pas du tout, j’ai volé l’idée dans Les cheerleaders meurtrières. Je n’ai pas assez d’imagination pour mettre au point un meurtre aussi sordide. Bref, Rashida était morte de faim et c’était tellement flagrant qu’elle méritait que je lui rappelle que Nico avait une meuf. Dieu sait qu’il n’était pas près de le faire, lui. J’avais l’impression qu’il l’encourageait à flirter avec lui, ce qui m’a agacée davantage. On s’est disputés à cause de ça et Nico s’est énervé, et il a annoncé qu’il partait marcher. Il n’est revenu qu’au bout de plusieurs heures.
– Plusieurs heures ? répète Hunter d’un ton outré. Ne me dis pas : Rashida a disparu en même temps ?
– Bingo. Elle a dit qu’elle était allée en ville pour faire des courses, et c’est vrai que le frigo était plein, donc c’est peut-être vrai. Mais j’ai quand même trouvé ça louche.
– Ben ouais, carrément.
– J’ai essayé de faire parler Nico et il m’a juré qu’il était seul dans les bois et qu’il n’avait ni vu ni parlé à Rashida depuis des heures. Il m’a dit que j’étais ridicule et que je me faisais des films, et il l’a tellement mal pris que je me suis sentie coupable de l’avoir accusé de me tromper, et j’ai passé l’année suivante à m’excuser auprès de lui. J’ai envie de croire que Nico n’a rien fait, mais…
– Mais c’est pas le cas, conclut Hunter.
– Non, c’est pas le cas. Et je m’en veux.
– Tu ne devrais pas. Tu devrais toujours faire confiance à ton instinct, Demi. Si les gens sont louches, c’est parce qu’ils cachent quelque chose. Et le fait qu’il ait pété un câble en dit long. Les gens coupables passent à l’attaque. Pas les gens qui n’ont rien à se reprocher.
– Peut-être, mais… peu importe. C’était il y a longtemps. On était des gamins. On a vingt ans, maintenant, et c’est du passé.
– Est-ce que ce genre de chose peut vraiment être du passé ? rétorque Hunter. Je crois que je n’arriverais jamais vraiment à oublier un truc comme ça. Par exemple, si Summer avait changé d’avis et avait décidé d’être avec moi, je me serais toujours demandé si elle pensait à lui, si elle ne regrettait pas son choix, ce genre de truc. Je pense plutôt qu’il vaut mieux… couper court, dit-il en mimant un coup de ciseau. Repartir à zéro.
– Tu es devenu expert en amour, Monsieur Playboy ?
– Écoute, Nico a l’air d’être un mec bien et il est clairement amoureux de toi, si ça peut te rassurer.
– Ça me rassure, en effet.
J’apprécie d’avoir l’avis d’une tierce personne que je ne connais pas depuis longtemps. Il est plus précieux et plus utile que les platitudes des gens qui m’aiment.
Une autre femme passe devant nous et elle ralentit brusquement lorsqu’elle remarque Hunter. Il transpire enfin et son tee-shirt est plaqué sur sa peau, révélant le torse le plus impressionnant que j’ai jamais eu l’occasion de voir. Ses pecs sont parfaitement définis et ses bras sont incroyables. Je comprends que les femmes soient folles de lui.
Hunter accorde un bref coup d’œil à son admiratrice avant de tourner la tête vers moi.
– Tu ne sais pas à quel point c’est agréable de traîner avec une fille qui ne veut pas coucher avec moi, déclare-t-il.
– Mon Dieu, c’est sans doute la chose la plus arrogante que j’aie jamais entendue.
– C’est vrai ! s’exclame-t-il en agitant sa main. Regarde-les, Semi. Non mais, regarde-les ! Elles sont toutes baisables et elles me veulent toutes. Et toi, tu es une superbe créature neutre qui n’a aucune envie de coucher avec moi. C’est merveilleux.
– Elles sont toutes baisables ? Tu exagères un peu, non ?
– Je t’ai déjà dit que ma queue ne fait pas de discriminations. Même toi, tu n’es pas totalement immunisée.
– Qu’est-ce que ça veut dire, ça ?
– Oh, rien, oublie.
Je devine qu’il me cache quelque chose tandis qu’il s’affaire avec les boutons de la machine pour ralentir la vitesse et commencer sa descente.
– J’ai un aveu à te faire, dit-il en me regardant d’un air gêné, mais tu dois me promettre de ne pas m’en vouloir.
– Je ne promettrai rien de la sorte. Jamais.
– Tu es sérieuse ?
– Absolument. Parle-moi à tes risques et périls.
– Ok… L’autre soir, je me suis branlé…
– Félicitations ! Est-ce que t’as vu un feu d’artifice quand t’as joui ?
– J’ai pas fini.
– Alors t’as pas joui ?
– J’ai pas fini mon histoire, grogne-t-il. L’autre soir, je me suis branlé… en pensant à toi.
J’en reste bouche bée. Littéralement.
Euh, quoi ?
– Oh mon Dieu, je m’exclame, outrée. Pourquoi tu me l’as dit ?
– Parce que je me sentais coupable. J’avais besoin de me confesser.
Je sens mes joues rougir et j’imagine que j’ai l’air d’une tomate. J’ai des amis garçons, c’est vrai, mais c’est la première fois que l’un d’eux m’avoue qu’il s’est masturbé en pensant à moi. C’est… flatteur, je suppose ? Si TJ ou Darius ou encore…
Je frissonne rien que d’y penser.
Tiens, voilà qui est intéressant. L’idée que mes autres amis se masturbent en pensant à moi est répugnante, mais quand c’est Hunter, c’est…
Mon sexe se contracte en l’imaginant.
Mon Dieu.
Non.
C’est mort.
Complètement déplacé.
– Je me sens mieux maintenant que je te l’ai dit, merci, soupire Hunter.
– Eh ben, pas moi !
Je n’arrive pas à me débarrasser de l’image de lui en train de se caresser et ça, c’est vraiment mal.
– Prends ça pour un compliment, dit-il alors que son regard pétille de malice.
– Non merci.
Il saisit le bas de son tee-shirt pour s’essuyer le front, montrant son torse à tout le monde. Ses abdos sont luisants, et divins.
– Bref, en dehors du petit faux pas que je viens d’avouer, j’adore notre relation, dit Hunter. Promets-moi que ça ne changera jamais.
– Que quoi ne changera jamais ?
– Que tu ne voudras jamais coucher avec moi, répond-il en soupirant de façon théâtrale.
Quelle arrogance… Je soupire à mon tour et tends la main pour tapoter son bras terriblement musclé.
– Je te promets que je n’aurai jamais envie de coucher avec toi, Hunter.
1. Contraction de « glamour » et « camping ».
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