Briar Université T3 The play

Elle Kennedy · Chapitre 4 sur 44

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Briar Université T3 The play

4 - Demi

4

Demi

 

J’éclate de rire en entendant sa question provocatrice.

– Pour l’amour de Dieu, avec pantalon !

– T’es sûre ? demande Hunter sans retirer sa main de sa braguette.

– Certaine.

– Dommage pour toi, répond-il en me faisant un clin d’œil avant de joindre ses mains sous sa tête.

Davenport est divertissant, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais aussi bien trop attirant. Mes sœurs bavaient lorsqu’il est passé devant elles. La plupart sont gagas des sportifs, et je suis certaine qu’elles vont débouler dans ma chambre dès qu’Hunter sera parti.

Il s’étire sur mon minuscule canapé en enlevant ses chaussures. Il est vêtu d’un jean déchiré au genou, d’un tee-shirt noir et d’un sweat à capuche gris. Son corps est musclé sans être gonflé et, pour couronner le tout, il est vraiment beau. Mais je suis horrifiée de me sentir rougir quand il me lance un sourire mesquin. Ce sourire est dangereux. Je comprends, maintenant, pourquoi Pax est obsédée par ce mec.

J’ouvre l’enveloppe et en sors le dossier contenant les consignes du projet, ainsi que deux autres enveloppes sur lesquelles sont écrites « DOCTEUR » et « PATIENT ».

– Tiens, je dis en lui jetant la sienne, qu’il attrape sans aucun mal.

La mienne contient des dizaines de modèles de prise de notes que je suis censée utiliser durant nos sessions. Je parcours les consignes et apprends qu’on doit faire un minimum de huit sessions, mais qu’on peut en faire autant qu’on veut tant que le diagnostic n’est pas établi. Apparemment, les notes que je rédige pendant les sessions doivent être incluses en annexe de l’étude de cas que je dois rendre.

Hunter glousse dans sa barbe en parcourant les feuilles de son dossier. Le sien n’est pas aussi gros que le mien, mais c’est sans doute parce que sa partie du projet implique beaucoup plus de recherches.

– On aurait dû choisir nos rôles pendant le cours. Je ne suis pas sûre que la session soit utile tant que tu n’as pas fait de recherches sur ton trouble.

Je suis surprise de voir Hunter hausser les épaules et répondre d’une voix ironique.

– C’est cool, t’en fais pas. J’en sais déjà assez pour cette première session.

– T’es sûr ?

– Ouaip.

Il range les feuilles dans l’enveloppe, qu’il pose sur son sac, puis il se remet à l’aise.

– Très bien. Allons-y.

Les consignes stipulent que je n’ai pas le droit d’enregistrer la session, mais je suis douée pour prendre des notes. Je croque la fin de ma sucette et je jette le bâtonnet dans la poubelle.

– Alors, Monsieur… ? je commence, laissant Hunter compléter.

– Sexy.

– Non. Tu peux faire mieux que ça.

– Big ? propose-t-il.

– Smith, je réponds d’une voix ferme. Tu t’appelles Smith. Et ton prénom… Damien.

– Comme le gamin diabolique dans ce film d’horreur ? C’est mort. C’est du mauvais karma.

– C’est toi, le mauvais karma, je rétorque.

Bon sang, ça prend des heures et on ne fait que choisir son nom. À ce rythme, on ne finira jamais ce projet.

– Ok. Ton prénom est Richard. Ça te va, espèce de relou ?

Il ricane, et je reprends.

– Je suis ravie de vous rencontrer, Dick 1 Smith, je dis d’une voix doucereuse. Je suis le Docteur Davis. Qu’est-ce qui vous amène ici, aujourd’hui ?

Je m’attends à ce qu’il réponde encore par une blague ou une référence à sa verge, mais ce n’est pas le cas.

– Ma femme pense que j’ai besoin de voir un psy.

Je hausse les sourcils. Ok, il va droit au but ! J’adore.

– Ah oui… ? Et pourquoi pense-t-elle ça ?

– Honnêtement, je ne sais pas. C’est plutôt elle qui a besoin de se faire suivre. Elle pète sans arrêt un câble pour tout et n’importe quoi.

Je note sa formulation.

– Comment ça, « elle pète un câble » ?

– Elle se prend la tête pour tout et elle passe son temps à se plaindre. Par exemple, si je rentre tard du boulot, elle en déduit aussitôt que j’étais avec une femme, dit Hunter d’un ton irrité. Je suppose que je devrais vous dire que je l’ai trompée une ou deux fois, et oui, elle est au courant.

Waouh, on se croirait dans un feuilleton télé. Je suis déjà à fond dans l’histoire.

– Bien… ces infidélités dont vous parlez, je dis en prenant des notes, c’était il y a combien de temps ? Et est-ce que c’était une, deux fois, ou plus ?

– La première fois, c’était il y a plusieurs années, la seconde il y a quelques mois. Je subissais énormément de pression au travail.

Je note qu’il a ignoré ma question sur le nombre de fois qu’il a trompé sa femme.

– Pourquoi pensez-vous que vous avez été infidèle ? Est-ce qu’il y a une raison qui vous saute aux yeux ?

– C’est dur de se sentir connecté à quelqu’un quand cette personne passe son temps à râler ou à exiger des choses. Elle m’a quasiment poussé à la tromper, bon sang. Sans rire, elle s’attendait à quoi en se comportant comme ça ?

Argh, quel enfoiré ! Il tient sa femme pour responsable de ses tromperies…

Mais j’arrête là le fil de mes pensées en me rappelant que je ne suis pas censée le juger. Je suis censée le comprendre.

Si je deviens docteur en psychologie clinique, je suis sûre que je vais entendre des tonnes d’histoires sordides de cette sorte. Je serai peut-être même amenée à suivre quelqu’un qui maltraite son partenaire. J’imagine que je vais avoir beaucoup de patients que je détesterai ou que je ne pourrai pas aider.

Le travail d’un psy n’est pas de critiquer mais d’aider ses patients à comprendre leur comportement.

– Et quand vous avez avoué vos infidélités, est-ce que vous et votre femme avez recommencé à zéro ? Vous avez tourné la page ?

Hunter hoche la tête.

– Elle a accepté sa part de responsabilité dans ce qui s’est passé et elle m’a pardonné. Donc, c’est fait. C’est du passé. Le fait qu’elle soit parano en permanence ne me donne pas envie de passer du temps avec elle. Croyez-moi, elle ne m’encourage pas à rentrer à la maison le soir.

– J’imagine bien, oui. Mais pouvez-vous comprendre pourquoi elle se comporte comme ça ? Essayez de vous mettre à sa place. Comment réagiriez-vous si votre femme vous trompait ?

– Ça n’arriverait jamais, rétorque-t-il d’un ton suffisant. C’est moi le bon parti dans notre couple. Elle a de la chance d’être avec moi.

Vous êtes une personne affreuse – mais bien sûr je ne dis rien.

– Je vois.

Je comprends, à présent, pourquoi les psys s’accrochent à ces deux petits mots. Ils cachent tous les jurons qu’ils ont envie de pousser.

Hunter et moi parlons encore vingt minutes de sa femme imaginaire, de ses réflexions incessantes et de ses infidélités, et je commence à remarquer un schéma dans ses réponses. Il est parfaitement incapable de se mettre à la place de sa femme.

J’écris « manque d’empathie » sur ma feuille et l’entoure d’une étoile.

Hunter finit de raconter une énième anecdote interminable qui dépeint sa femme comme le diable et lui comme la victime innocente, et je suis impressionnée de voir la facilité avec laquelle il s’est jeté dans ce projet. Il est super-doué, et c’est… ben, c’est hyper-sexy, pour être honnête.

Je suis sur le point de poser une autre question quand Hunter s’assied.

– On devrait arrêter. J’ai officiellement atteint la limite de ce que je sais à propos de… mon problème. Il faut que je fasse des recherches avant qu’on puisse continuer.

– C’était cool, tu ne trouves pas ?

– Ouais, carrément, répond-il en souriant.

Il se lève et étire ses bras au-dessus de sa tête. Son tee-shirt remonte un peu, révélant des abdos en béton.

– Mon Dieu, c’est injuste, je déclare, bouche bée.

– Quoi ? demande Hunter en fronçant les sourcils.

– T’as vu tes abdos ? Qui a des abdos comme ça ?

Un sourire s’étire sur ses lèvres.

– Je fais du hockey. Chaque centimètre de mon corps est comme ça, rétorque-t-il.

Je me sens rougir de nouveau et essaie de ne pas l’imaginer à poil, mais j’ai comme l’impression qu’il n’exagère pas. Son physique est incroyable.

Je vois l’écran de mon téléphone s’illuminer sur la table de chevet et je l’attrape. Il était sur silencieux. Nico m’a écrit deux fois durant la dernière heure, le dernier message datant d’il y a quelques secondes.

NICO : Salut bb, je peux pas venir ce soir. Ma caisse est tombée en panne après le boulot. Pb de batterie. Le dépanneur l’amène à Hastings et j’irai la chercher à l’aube avant les cours. NICO : Tu m’en veux ? :(

Je me dépêche de lui répondre.

MOI : Je ne t’en veux pas mais je suis déçue.

– Tout va bien ? demande Hunter en remettant son sweat.

– Mon mec vient d’annuler notre soirée. Il devait dormir ici, mais la batterie de sa voiture est morte. Je suppose qu’il doit la changer ou… je ne sais pas.

– Merde. Je t’inviterais bien à faire un billard avec les mecs, mais j’ai besoin d’une pause de la gent féminine.

– Oui, toutes ces femmes qui se jettent sur toi, ça doit être un enfer !

Je repense à la nana toute mignonne qui a fait l’effort de lui apporter son repas et qu’il a repoussée sans honte.

– Allez viens, je te raccompagne à la porte.

Toutefois, nous n’avons pas atteint la porte de ma chambre que Nico m’appelle.

– Attends, faut que je décroche, je dis à Hunter tandis qu’on sort dans le couloir.

Je n’ai pas vraiment le choix, parce que lorsque je rate un appel de Nico, il a tendance à ne pas décrocher quand je le rappelle, même si c’est deux secondes plus tard. Je ne comprends pas. Beaucoup trop de gens font ça, en fait. Comment sont-ils indisponibles cinq secondes après m’avoir contactée ? Est-ce qu’ils jettent leur téléphone dans une rivière dès qu’ils entendent le bip de ma messagerie ?

– Salut, quoi de neuf ? je dis à Nico.

– Je voulais juste entendre ta voix, répond-il. Je vais me doucher et je vais sans doute me coucher tôt.

– Pourquoi… Ah oui, tu dois aller chercher ta voiture.

– La chercher ?

– Parce que le dépanneur l’a amenée au garage… ? je lui rappelle.

Du coin de l’œil, je vois qu’Hunter écoute ma conversation et je lui fais signe d’avancer plus vite dans l’escalier.

– Ah, non, en fait Steve a pu me démarrer avec ses câbles.

– Attends, alors elle n’est pas au garage ?

Dans ce cas, pourquoi tu n’es pas venu ici ? Je me retiens de lui poser la question.

– Non, mais je veux pas la reprendre ce soir au cas où la batterie mourrait de nouveau, explique Nico. Je vais la faire vérifier demain matin. On se voit demain soir, ok ?

– Ça marche.

– Je t’aime, mami.

– Je t’aime aussi.

Je fronce les sourcils au moment où Hunter s’arrête devant la porte.

– Ton mec ?

– Ouais. Apparemment, il a pu démarrer sa voiture avec des câbles, mais la batterie est quand même cassée ? Je ne comprends pas. J’y connais rien aux voitures.

– Ça me semble louche, si tu veux mon avis, remarque Hunter. C’est une excuse vieille comme le monde pour éviter de voir quelqu’un.

– Ah oui ? Tu dis souvent que ta caisse est en panne pour annuler un rencard avec une meuf ?

– Souvent ? Non. Est-ce que je l’ai déjà dit ? Oui.

Je le fusille du regard.

– Eh bien, tout le monde n’est pas un menteur comme toi.

Il ne semble pas se vexer, il sourit même jusqu’aux oreilles.

– Désolé, je ne pensais pas que c’était un sujet sensible.

– C’est pas le cas.

– Ok, si tu le dis. Bref. Mes potes m’attendent. À plus, Semi.

Je le pousse sur le perron et claque la porte derrière lui. Peut-être que si j’arrive à vite me débarrasser de lui, le doute qu’il a planté en moi n’aura pas le temps de prendre racine…

 

1. En anglais, Dick est le diminutif de Richard, et cela signifie également « bite ».

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