Briar Université T3 The play

Elle Kennedy · Chapitre 40 sur 44

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Briar Université T3 The play

40 - Hunter

40

 

Hunter

 

Je ne sais pas du tout ce qui se passe lorsque je déboule dans le vestiaire. Les mecs sont tous en tenue. Je suis le seul à être à moitié prêt, et j’en ai rien à foutre. Le père de Demi m’emboîte le pas, surprenant tous mes coéquipiers.

– C’est qui, ça ? demande le coach en haussant les sourcils.

– C’est le père de Demi, j’explique. Le docteur Marcus Davis.

– Waouh, s’étonne Bucky en faisant les gros yeux. Vous avez fait super-vite ! La nouvelle vient à peine d’éclater.

– Qu’est-ce qui se passe ? demande Monsieur Davis, ignorant tout le monde à part l’autre adulte dans la pièce.

Jensen lui tend la main.

– Je suis Chad Jensen, et je suis navré de ne pas pouvoir vous répondre. Tout ce qu’on a, c’est une photo prise de loin.

– C’est Demi, je gronde en serrant les dents.

– C’est ma fille, acquiesce Dr Davis. C’est où exactement, Bristol House ?

– C’est une résidence à l’ouest du campus, répond Matt. Dix minutes à pied, deux minutes en voiture.

Le père de Demi est déjà à la porte.

– Davenport, aboie-t-il. Montre-moi où c’est.

Je reste figé sur place parce que… mon équipe est attendue sur la glace. Ce match va déterminer si on va en finale, puis au tournoi national, le Frozen Four.

Mais je ne peux pas jouer. Ma copine est sur le toit d’un immeuble en plein mois de février, en train de parler à un mec suicidaire. J’ai parcouru quelques tweets que Matt m’a montrés, et il ne s’agit pas de deux personnes qui traînent là-haut pour s’amuser. TJ menace clairement de sauter.

Je me passe les mains dans les cheveux. Mes doigts tremblent méchamment. Je suis équipé de mes jambières, de mon pantalon et de mes chaussettes. Mais je n’ai pas encore enfilé mes protections d’épaules et de coudes, ni mon protecteur de poitrine, qui sont sur le banc.

Je déglutis difficilement en regardant mes coéquipiers. Je suis sur le point d’enfreindre toutes les règles du manuel du capitaine.

Je voulais être un bon leader, donner la priorité à mon équipe, soutenir mes gars, être patient avec eux, suivre toutes les règles dont je dresse la liste depuis le début de la saison. Je me suis promis de ne pas laisser les femmes interférer avec mon sport, et je suis sur le point de jeter le règlement aux oubliettes… pour une fille.

Mais je n’ai pas le choix. Les mecs comme Garrett, Dean ou Logan comprendraient, je pense. Leur sport ne passerait jamais avant leur copine. Donc, si mon équipe me déteste, ainsi soit-il. Tout ce que je sais, c’est que si Demi a des ennuis, c’est elle qui passe la première.

– Les mecs, je dis d’une voix rauque. Je suis désolé. Je ne peux pas jouer ce soir.

Personne ne dit quoi que ce soit.

Je suis accablé de culpabilité et mon estomac se noue.

– Croyez-moi, je ne veux pas rater ce match, mais même si je jouais, je serais un boulet pour l’équipe. Ma tête ne sera pas sur la glace, elle sera avec Demi. Je ne pourrai pas me concentrer tant que je ne saurai pas si elle est en sécurité et…

– Elle vient de monter sur le rebord, déclare Matt sans quitter son écran des yeux.

Le Docteur Davis se fige devant la porte, je suis certain que son regard horrifié reflète le mien.

– Elle a fait quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

– Je ne sais pas. Le tweet dit juste qu’ils sont deux sur le rebord, maintenant. Il n’y a pas d’autres détails.

Mon cœur bat si vite que je me demande si je ne vais pas m’évanouir. Je respire et me passe la main dans les cheveux, me retenant de les arracher.

– Je suis désolé, je dis à mon équipe. Il faut que j’y aille.

– Mec, pourquoi tu t’excuses ? demande Matt.

– Et qu’est-ce que tu fous encore ici ? dit Conor.

Je regarde le coach, qui hoche brièvement la tête, puis je saisis mes baskets et sors du vestiaire en courant.

*

* *

– On y est, je dis cinq minutes plus tard, inquiet et impatient. L’entrée du parking est là-bas, sur la droite.

Quand on essaie d’y accéder, on découvre que la police a barré la route. De l’autre côté du parking, je vois une ambulance et trois voitures de police, en plus des véhicules du campus.

– Arrêtez-vous là. Si votre voiture est emmenée à la fourrière, je vous prêterai la mienne, ok ?

Le père de Demi est aussi impatient que moi et nous nous précipitons hors de sa BMW. L’air glacial me fouette le visage, comme lorsqu’on est sortis de la patinoire en courant. Il fait affreusement froid, mais ce n’est pas la température extérieure qui me glace le sang. C’est la peur. Je suis terrorisé.

Je lève la tête vers le toit de Bristol House et pousse un sifflement horrifié.

– Putain…

– Mon Dieu, dit le Dr Davis en même temps.

Il pousse un grognement torturé et quand je tourne la tête vers lui, je vois qu’il couvre ses yeux avec sa main, comme s’il ne supportait pas ce qu’il voit. Il baisse la main et hoche la tête d’un air déterminé.

– Allons-y.

On court vers le bâtiment, mais le cordon de la police empêche d’accéder aux lieux, comme lors d’un crime ou, dans ce cas, d’un accident gravissime.

Je lève de nouveau les yeux et ma gorge se noue au point que je ne peux plus respirer. Demi est parfaitement immobile, seuls ses cheveux s’agitent dans le vent. Elle porte un pull rouge et un legging noir, et elle a l’air affreusement vulnérable, tout là-haut. Si seulement je pouvais entendre sa voix ou voir ses yeux.

À ses côtés, TJ est en tee-shirt et en jogging, et ses bras maigres sont plaqués le long de son corps.

Ils sont en train de parler. Je ne sais pas ce qu’ils disent, et je m’en fiche. Je crève d’envie d’aller là-haut, de saisir cet enfoiré par le bras, pour ensuite le jeter dans le vide pour avoir mis la vie de Demi en danger.

Je me force à me calmer et je remarque que le père de Demi est sur le point de se jeter par-dessus la barrière de sécurité malgré les protestations du jeune policier.

– Vous ne pouvez pas passer, Monsieur !

J’étudie le visage du flic. Je le connais. Comment il s’appelle, déjà ? Alberts ? Albertson !

– C’est sa fille, j’explique à l’agent, qui hausse les sourcils en me reconnaissant. Et c’est ma copine, j’ajoute. Vous la connaissez, Albertson : elle était avec moi dans la cellule.

– Quelle cellule ? demande le docteur Davis en me fusillant du regard.

– S’il vous plaît, Albertson, j’insiste d’une voix étonnamment calme.

L’agent de police regarde discrètement derrière lui, puis il hoche la tête et nous permet d’accéder à la scène.

On s’arrête brusquement à cinq mètres de l’entrée. Près des portes, plusieurs policiers s’entretiennent avec un mec en costume et je réalise que c’est le doyen. D’autres membres de la faculté sont présents, en plus de quelques curieux que les flics essaient de parquer dans un coin.

Le père de Demi saisit mon bras et je grimace parce que je sais que sa poigne va laisser une marque.

– Tu sais comment monter sur le toit ? me demande-t-il.

J’hésite. Je sais comment y accéder, tout le monde sait que c’est le meilleur endroit où aller fumer un joint. Or, son regard profondément inquiet me dit que ce n’est pas une bonne idée qu’il voie sa fille. J’arrive tout juste à rester à peu près calme, et Demi est ma copine. Je n’imagine même pas dans quel état je serais si c’était ma fille, là-haut.

Mon sang est ravagé par la peur, le désespoir et l’adrénaline. Mes mains ne cessent de trembler. Je tiens à peine debout et mes bras sont couverts de chair de poule.

– Même si je le savais, les flics ne nous laisseront jamais entrer dans le bâtiment. Je crois qu’il va falloir qu’on reste ici.

Ses yeux deviennent noirs de rage.

– Et tu dis tenir à ma fille ? gronde-t-il.

– Bien sûr que je tiens à elle. Mais Docteur, Marcus, regardez-la. Regardez-les.

Il lève la tête et sa colère cède la place à son agonie.

– Faites-lui confiance.

– Quoi ? s’étonne-t-il.

– Vous devez croire en elle. Je sais que vous avez envie de débouler sur ce toit, mais vous allez faire peur à TJ. Croyez-moi, si j’étais planté sur ce rebord et que je vous voyais débarquer… Vous allez aggraver la situation, j’en suis certain. Je sais combien vous aimez votre fille. Après tout, vous êtes venus ici pour m’ordonner de ne plus l’approcher. D’ailleurs, je ne comprends toujours par pourquoi, parce que je n’ai rien fait à part aimer votre fille de tout mon cœur. Et c’est parce que je l’aime que je crois en elle.

Je le vois déglutir tandis qu’il réfléchit à ce que je dis.

– Elle est brillante, je poursuis. Et elle sait ce qu’elle fait. On a passé tout le semestre sur un projet où elle devait incarner ma psy. Si quelqu’un peut atteindre TJ, c’est elle. Faites-lui confiance.

Soudain, toute son énergie semble le quitter et ses épaules s’affaissent.

J’hésite un instant, puis je tends la main pour la poser sur son bras, cherchant à le rassurer.

Il semble d’abord réticent, puis son expression s’adoucit.

– Tu l’aimes vraiment, dit-il.

– Oui.

On lève de nouveau les yeux vers Demi. Le temps s’arrête, figé, gelé comme tout ce qui nous entoure. Comme le sol à mes pieds, comme mon cœur. Les minutes passent, ou peut-être des heures, des jours.

Ce que je sais, c’est que je ne respire plus jusqu’à ce que Demi prenne enfin la main de TJ et l’aide à descendre du rebord.

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