Briar Université T3 The play
7 - Demi
7
Demi
J’emboîte le pas à Nico et le suis à l’intérieur. On rejoint des amis chez Malone’s, l’unique bar de Hastings.
Nico et moi ne venons pas souvent, car si on traîne en ville, on préfère inviter nos amis chez lui. Mais mon mec avait envie de sortir ce soir, et ce n’est pas moi qui vais me plaindre. Le bar sert les meilleurs nachos de la ville et les meilleurs chicken wings. Les meilleurs burgers, aussi. En fait, toute la carte est délicieuse.
– Tu vois Pippa ? je demande en me mettant sur la pointe des pieds pour balayer des yeux la salle principale. Elle m’a écrit qu’ils sont près du… Oh, les voilà.
– Elle est avec qui ? demande Nico en suivant mon regard.
– On dirait Corinne et Darius, et… waouh, TJ est venu !
Je l’ai invité à venir avec nous, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il accepte, parce que TJ est plutôt antisocial. En général, si on mange ensemble ou qu’on va au ciné, on n’est que tous les deux. Il n’aime pas les grands groupes ni la foule.
Nico grimace.
– Sois sympa, je gronde.
– C’est un 1 pendejo, Demi.
Mon mec passe toujours à l’espagnol lorsqu’il se moque de quelqu’un.
– Pas du tout. C’est mon ami.
– Ton ami ? Arrête, bébé, ce mec est amoureux de toi.
Ce n’est pas la première fois que Nico dit ça, mais je ne crois pas qu’il ait raison.
– Il n’est pas amoureux de moi.
– Ah bon ? Alors, pourquoi il te dévisage toujours avec des yeux de merlan frit ?
– C’est dans ta tête, je réponds en haussant les épaules. Et puis, même s’il est amoureux de moi, qu’est-ce que ça peut faire ? Tout le monde sait de qui je suis amoureuse, moi.
– J’espère bien, oui.
Nico saisit ma nuque et m’attire à lui pour m’embrasser. Je suis surprise lorsqu’il glisse sa langue dans ma bouche et qu’on se met à se bécoter au beau milieu du bar. Un groupe de mecs vêtus de maillots de hockey nous sifflent, et je romps le baiser en rougissant.
– Dis donc, qu’est-ce qui m’a valu ça ? je demande à Nico en souriant.
– Rien, c’est juste pour te remercier d’être toi.
Il prend ma main et la porte à sa bouche pour me faire un baisemain, libérant le latin lover qui est en lui. Il est particulièrement chou ce soir et, honnêtement, j’adore ça. Il a refusé mes avances parce qu’il était trop fatigué le week-end dernier, et il m’a posé un lapin durant la semaine à cause de sa voiture. J’ai mérité qu’il me chouchoute, je crois.
– Va retrouver tes amis, je vais nous chercher à boire, propose Nico avant d’aller faire la queue au bar.
J’avance vers la table où sont installés mes amis lorsque j’aperçois un visage familier dans l’autre salle. Hunter Davenport est en train de danser avec une fille brune aux lèvres rouges qui est absolument canon. Il chuchote dans son oreille et quand il recule pour la regarder, je note que ses joues sont rouges et ses paupières lourdes. On dirait qu’il ne va pas dormir seul, ce soir.
Je me demande ce qu’en pense la pauvre fille qui lui a préparé son déjeuner, l’autre jour.
Pour moi, sortir avec plusieurs personnes en même temps est un enfer. Cela dit, ce doit être encore pire d’être la nana qui sort avec le mec qui sort avec plusieurs personnes. Je suis bien trop possessive et je n’ai pas honte de l’admettre. Il est hors de question que mon mec fréquente d’autres meufs en même temps que moi. Si jamais je me trouvais de nouveau célibataire et devais avoir des rencards, j’imposerais une relation exclusive avant même que le mec ait le droit de me prendre la main.
Ma mère m’a toujours dit qu’il fallait avoir conscience de sa propre valeur et que les mecs devaient mériter d’être avec moi.
Mais chacun son truc, apparemment. À l’évidence, Hunter est chanceux avec les femmes. Celle avec qui il danse éclate de rire en réponse à ce qu’il vient de lui dire, et il secoue la tête, clairement amusé, au moment où il m’aperçoit dans l’embrasure de la porte.
Il hoche la tête pour me dire bonjour, et je lui souffle un baiser. Il se concentre de nouveau sur son rencard et je rejoins mes amis.
– Demi ! s’écrie Pippa en se levant pour se jeter dans mes bras.
– Salut, chica, je réponds.
Pippa est ma meilleure amie, à Briar. On s’est rencontrées le premier jour de cours, on a découvert qu’on avait toutes les deux grandi en Floride et on est aussitôt devenues inséparables.
– Salut, dit Corinne. J’adore ta jupe.
– Merci, elle doit avoir au moins dix ans !
Je lisse ma vieille jupe en jean. On est en automne, et je mets encore des shorts et des débardeurs. Je ne sais pas si je devrais aimer ou détester le réchauffement climatique.
Je me penche pour embrasser TJ sur la joue.
– J’arrive pas à croire que tu sois venu ! C’est génial !
Il rougit légèrement et boit une grande gorgée de bière. Il est assis à côté de Darius Johnson, un ami de Nico et moi.
– Salut, D, je lance.
– Salut, D, répète-t-il en souriant.
Quand on s’est rencontrés, on s’est battus pour savoir qui garderait son diminutif, mais on a fini par décider qu’on partagerait le même.
– Où est le reste de la bande ? je demande.
En général, Darius est accompagné d’au moins trois joueurs de basket, mais ce soir, je n’en vois aucun.
– L’équipe de hockey a gagné son match, explique-t-il. Ils ne voulaient pas affronter les fans. Ces types sont tarés.
Il vient tout juste de prononcer ces mots que trois énormes mecs passent devant notre table en titubant et en hurlant « Bri-ar ! Bri-ar ! Bri-ar ! ». L’un d’eux agite son maillot noir et argenté, ce qui implique qu’il se promène torse nu dans le bar. Classe !
Nico revient et me tend un daïquiri avant de boire une gorgée de sa bière. Elle est cubaine et, si elle est dure à trouver aux États-Unis, le hasard fait que Malone’s la sert. Ça me fait sourire, parce que je suis certaine que c’est ma mère qui a fait connaître cette bière à Nico. Je me souviens qu’elle l’a autorisé à goûter la sienne à mon anniversaire, quand j’ai eu quinze ans. Et depuis, il ne boit plus que ça.
– Qu’est-ce que tu as fait, cette semaine ? je demande à Corinne en m’installant en face d’elle. Tu ne m’as jamais répondu pour me dire si tu avais besoin d’aide pour déballer tes cartons.
– Je sais, je suis désolée. J’avais des problèmes de meubles. Je déteste déménager.
Corinne vient d’emménager dans un petit appartement à Hastings, à quelques rues de Malone’s. C’est quasi impossible de trouver un logement en ville, mais Corinne connaissait la locataire précédente et, quand celle-ci a décidé d’arrêter ses études, Corinne n’a pas perdu une seconde. Le propriétaire du petit immeuble avait déjà son dossier et sa caution avant-même qu’il ne dépose une petite annonce.
– Arrête, c’est pas si mal de déménager, se moque Nico. Surtout quand tu as trois beaux gosses pour t’aider, ajoute-t-il en jouant des sourcils.
Je ne peux pas me retenir de ricaner. Nico et deux de ses collègues ont aidé Corinne, dimanche dernier.
– Est-ce que ces beaux gosses ont enlevé leurs tee-shirts pour te montrer leurs abdos, au moins ? je demande à mon amie, qui rougit.
– Tu parles, j’aurais bien aimé, répond-elle en riant. Tout ce qu’ils ont fait, c’est boire toute ma bière et laisser des traces de pas sur ma moquette toute neuve.
– Menteuse ! s’écrie Nico. On a mis des protections sur nos chaussures, et tout.
– Bref. Pour répondre à ta question, me dit-elle en passant sa main dans ses boucles brunes, oui. J’ai désespérément besoin de ton aide. Tu pourrais peut-être venir un soir, cette semaine ?
– Avec plaisir. Dis-moi quand ça t’arrange.
J’ai rencontré Corinne par Pippa et, même si on n’a jamais été très proches, j’aime bien passer du temps avec elle. Elle est un peu réservée, mais une fois qu’elle se détend, elle est hilarante.
Nico boit une gorgée et repose sa bouteille avant de passer son bras dans mon dos. Il est hyper-affectueux, ce soir. Il se penche vers moi et m’embrasse dans le cou jusqu’à ce que Pippa pousse un grognement.
– Allez, les gars, ça suffit, râle-t-elle. Vous venez juste d’arriver. À ce rythme, vous baiserez sur la table avant d’avoir fini vos verres.
– Ça a l’air plutôt cool, répond Nico en me faisant un clin d’œil.
Roh, qu’est-ce qu’il est beau ! Nico est né à Cuba et il s’est installé à Miami avec sa famille quand il avait huit ans. Ils ont aménagé à côté de chez moi, et il m’a suffi de voir ses yeux de biche et ses fossettes pour tomber amoureuse. Heureusement, j’ai eu le même effet sur lui.
On parle de nos cours pendant un moment, mais je ne dis pas grand-chose. Pour être honnête, je déteste tous mes cours, ce semestre, à part celui de psycho. Aujourd’hui, en chimie organique, on a parlé de composés organométalliques de façon si détaillée que mon cerveau a failli fondre. J’aimais bien les sciences, au lycée, mais je les déteste de plus en plus depuis que j’ai commencé la fac.
Je bois mon verre en écoutant Nico et Darius parler de l’équipe de basket. D essaie de convaincre Nico d’être leur gestionnaire d’équipement, parce que le leur vient de démissionner, mais Nico n’a pas le temps, entre le boulot et les cours. TJ reste silencieux pendant presque toute la conversation et ne parle que quand je m’adresse directement à lui pour le faire sortir de sa bulle.
Je me fiche de ce que dit Nico. TJ est chou. Il m’écoute quand j’ai des problèmes, et en général ses conseils sont géniaux. J’aimerais qu’il trouve une copine, mais il est affreusement timide et il a du mal à s’ouvrir aux autres. J’ai essayé de le maquer avec une des meufs de ma sororité, une fois, et elle m’a raconté qu’il n’a presque rien dit de tout le rencard.
– Je veux bien gérer vos équipements, moi, dit Pippa à Darius. Mais seulement si j’ai le droit de vous regarder vous doucher. Je trouve que c’est une requête plutôt raisonnable pour… oh mon Dieu ! s’exclame-t-elle en reluquant le grand blond qui passe devant notre table. Oublie ce que j’ai dit. C’est lui que je veux mater sous la douche.
Je ne vois que ses cheveux blonds qui lui arrivent aux épaules et son tee-shirt rouge. J’essaie de me retourner, mais je ne vois pas son visage. En revanche, il a vraiment un corps de rêve.
– Eh, je suis ici, gronde Nico en me forçant à tourner la tête vers lui.
– Roh, allez. T’as vu son cul ? Il est incroyable.
Mon mec se penche pour voir le mec quand celui-ci disparaît dans le couloir qui mène aux toilettes.
– Pas mal, admet-il. Mais ça ne veut pas dire que tu as le droit de le mater.
– Ah ouais, et tu vas faire quoi, me mettre une fessée ?
– Ne me tente pas, mami, répond-il, et son regard s’embrase.
Corinne tousse de façon exagérée tandis que Pippa et Darius soupirent.
– Désolée, je leur dis. On va être sages. Promis.
– J’ai pas envie d’être sage, moi, déclare Pippa. Je veux être très vilaine avec ce beau gosse. Bon sang, mais c’était qui, ce type ?
– Un joueur de hockey, je crois, répond TJ. En tout cas, il est venu de la table de l’équipe.
– La table de l’équipe ? répète-t-elle.
Il hoche la tête en direction de l’autre table, où Hunter Davenport et ses amis sont entassés autour de deux énormes tables. Je vois des meufs canon, d’énormes athlètes et des piles de nourriture.
En parlant de nourriture…
– Qui veut des nachos ? je demande en saisissant le menu. Je vais en prendre pour moi, mais je pense aussi commander des… Oh, ils ont un nouveau plat ! Des boulettes d’épinard et de mozzarella. Mon Dieu, ça a l’air délicieux. J’en commande aussi et, qu’est-ce qu’on dit de prendre des wings ?
– Elle parle à qui ? demande Pippa à mon mec, qui soupire.
– Laisse-la faire, Pip. Tu sais comment elle est.
Je les regarde par-dessus mon menu.
– Je rêve où vous êtes en train de me juger ?
– Tu ne rêves pas, répond Pippa.
– On te juge, à cent pour cent, acquiesce Darius.
– Comment tu peux manger autant sans jamais prendre de poids ? demande Corinne.
– Je ne te jugerai jamais, moi, m’assure TJ en me faisant un sourire machiavélique.
– Merci, Thomas Joseph. Quant à vous autres, vous savez quoi ? Eh ben, vous êtes interdits de boulettes épinard-mozza. Vous serez forcés de me regarder pendant que…
– Il revient ! siffle Pippa.
En effet, le joueur de hockey au tee-shirt rouge passe de nouveau devant nous. Cette fois, je vois son visage et je comprends aussitôt pourquoi Pippa bave sur la table. Il a de grands yeux gris clair et un sourire spectaculaire lorsqu’il voit que Pippa le regarde.
– Waouh, je murmure alors que Nico me met un léger coup de coude dans les côtes.
– C’est bien un joueur de hockey, confirme Nico. Mais je ne me souviens pas de son nom.
– Attends, je vais demander, je réponds en sortant mon téléphone de mon sac.
– Comment ça, tu vas demander ? À qui ? s’inquiète Pippa.
Je trouve Hunter dans mes contacts. On a échangé nos numéros après la session de lundi soir.
MOI : Salut Monsieur Hockey. C’est qui le beau gosse au tee-shirt rouge et au cul divin ?
Je me contorsionne pour essayer de voir Hunter, mais la salle est trop pleine. Néanmoins, les points de suspension s’agitent sur mon écran, m’informant qu’il rédige sa réponse.
– T’écris à qui ? demande Nico.
– Hunter Davenport.
TJ lève brusquement la tête.
– T’écris à Hunter Davenport ? s’étonne-t-il.
– Ben oui, on bosse ensemble pour le projet de psycho. Donc, j’ai son numéro.
– C’est qui, Hunter Davenport ? demande Corinne.
– Juste un joueur de hockey qui se prend pour le Messie, répond TJ d’un ton moqueur.
– Tu le connais même pas, je gronde.
– J’étais en TD avec lui, l’an dernier. Il prenait la bibliothèque universitaire pour son baisodrome personnel.
Je ne reprends pas mon ami parce qu’Hunter vient de me répondre.
HUNTER : Conor Edwards. Ailier droit, #62. Pourquoi ? Tu veux son numéro ? On compte tromper son mec ? C’est mal…
Je réponds aussitôt que « je ne compte tromper personne » et, quand je sens que Nico lit mon message par-dessus mon épaule, j’insiste encore en ajoutant que « je suis très amoureuse de mon mec, mais merci de penser à moi ».
Nico se détend et m’embrasse sur la tête.
MOI : Mon amie le trouve canon. Il est célibataire ? HUNTER : Ouais, mais je crois qu’il a déjà choisi sa victime pour ce soir. Mais je peux venir vous le présenter, si tu veux ?
– Tu veux qu’on te le présente ? je demande à Pippa.
– Quoi ? Non ! Il est beaucoup trop beau !
– T’es sûre ? j’insiste en agitant mon téléphone. Mon pote propose de venir avec lui.
– Comment ça, est-ce que je suis sûre ? J’ai un énorme bouton sur le front et ça fait quatre jours que je ne me suis pas lavé les cheveux, parce que je n’avais pas prévu de rencontrer un demi-dieu ce soir. Bon sang, Demi, mais qu’est-ce qui te prend ?
Je ricane et réponds à Hunter.
MOI : Un autre soir, peut-être.
Il répond « Ça roule » et les points de suspension disparaissent.
– Espèce de poule mouillée, je dis à Pippa d’un ton moqueur.
– Meuf, tu ne peux pas me proposer ce genre de truc à la dernière minute. Je ne me suis pas mentalement préparée à choper ce soir.
Je ne savais pas qu’il fallait une préparation psychologique pour les coups d’un soir, mais en même temps, je n’y connais rien. Et ça me va parfaitement, d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe autour de moi : Hunter se tape je ne sais combien de nanas différentes, Pippa est morte de trouille à l’idée qu’on lui présente un mec canon… Ça a l’air affreusement stressant, tout ça.
Alors que les relations sérieuses sont confortables et sécurisantes. Ma place est clairement dans le camp des couples.
Je prends la main de Nico et remercie le ciel de ne pas être dans l’autre camp, car il semble terrifiant.
1. Imbécile, ou trouillard.
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