Briar Université T3 The play
35 - Demi
35
Demi
Ma gorge se noue et j’ai du mal à respirer. La photo montre clairement la bouche de la blonde collée à celle d’Hunter. L’image est immortalisée sur les réseaux sociaux et gravée à jamais dans mon esprit.
Je suis affreusement jalouse et en colère, mais si j’ai le droit d’être jalouse, je ne peux pas en vouloir à Hunter.
– D ? dit Pippa.
Je fais de mon mieux pour avoir l’air détendue.
– On n’a jamais dit qu’on était exclusifs.
Mon amie voit clair dans mon jeu.
– Chérie… On ne sait pas quand cette photo a été prise, remarque-t-elle.
– Elle a été postée il y a six jours, répond TJ.
– Ça ne veut pas dire qu’elle date d’il y a six jours, rétorque Pippa.
– Pourquoi quelqu’un posterait une vieille photo ?
– Tu es sérieux, là ? Les gens font ça tout le temps !
– C’est pas précisé dans les commentaires, dit TJ.
– Et alors, ils ont peut-être oublié, je ne sais pas.
– Tu ne sais pas quoi ? demande une autre voix derrière moi.
Je me tourne et vois que Corinne est arrivée. Elle est vêtue d’un pull en laine très ample et d’un jean skinny, et ses cheveux bouclés sont relevés et attachés avec un gros chouchou jaune.
Elle s’assied sur la banquette à côté de moi, et j’ai l’impression de suffoquer.
– On se dispute à propos de cette photo du mec que fréquente Demi, explique Pippa.
– Monsieur Hockey ? demande Corinne.
– Ouais, je réponds.
– C’est lequel ? s’enquiert Corinne en prenant le téléphone de TJ.
Je désigne Hunter et la blonde, qui s’embrassent toujours. J’espérais qu’en la regardant de nouveau, ils seraient d’un côté et de l’autre de l’écran.
Corinne étudie la photo.
– C’est le mec que tu fréquentes ?
– Ouaip.
– Oh, je suis vraiment désolée, dit-elle d’un ton sincèrement navré.
Mais peut-être est-ce de la pitié ? Pauvre Demi, celle que tous les mecs trompent.
Pippa reprend le téléphone et étudie l’écran pendant très longtemps.
– Non, c’est une vieille photo, c’est certain, dit-elle enfin. Je reconnais cette nana, explique-t-elle en désignant la rousse qui est avec Matt Anderson. Ça, c’est Jenny.
– Qui est Jenny ? demande Corinne.
– Elle était en théâtre avec moi en première année, explique Pippa. C’est une vieille photo, D, je te le garantis.
– Comment tu peux en être sûre ?
J’ai presque honte d’espérer autant.
– Parce qu’elle n’est plus à Briar. Elle a déménagé en Californie il y a plus d’un an.
– Tu es sûre ?
– Comment tu sais que c’est elle ? demande TJ. La photo est un peu floue. Ou peut-être qu’elle est venue voir des amis, tu ne sais pas.
– Attendez une seconde. Je vais regarder son profil et on comparera les photos. Amusez-vous sans moi, les enfants, déclare Pippa en dégainant son téléphone.
J’essaie de me concentrer sur Corinne qui parle de ses nouveaux cours, mais je n’écoute que d’une oreille et suis ravie lorsque Pippa pousse un cri de victoire.
– Tu vois ! me dit-elle en posant son téléphone à côté de celui de TJ. C’est Jenny.
Je compare les photos, c’est bien la même fille.
– Et elle n’est pas à Briar. D’après son compte Instagram, ça fait quinze jours qu’elle est à Hawaï avec sa famille.
Je suis tellement soulagée que j’en ai presque le vertige. J’ai la nausée et j’ai peur.
Être dans une relation qui n’a pas été officialisée ni définie est juste affreux. Mon cœur et ma tête sont dans un sale état. J’ai tout de suite cédé au doute et supposé qu’Hunter avait chopé une autre fille.
Je me force à finir mon daiquiri et à écouter Pippa et Corinne, feignant d’être intéressée lorsque TJ dit qu’il va rendre visite à son frère en Angleterre, cet été. Mais je n’arrive pas à me concentrer. Je suis trop énervée par la fausse alerte. Je me sens bête, et je ne sais pas quoi penser.
Il faut que je parle à Hunter.
– Les gars, je vais y aller, je dis lorsque Pippa propose une autre tournée. J’ai la tête ailleurs.
TJ semble très déçu.
– Il n’est que neuf heures et demie, dit-il.
– Je sais, je suis désolée. Je me sens épuisée.
– T’en fais pas, dit Pippa. On se voit demain, de toute façon. On dîne avec Darius, tu n’as pas oublié ?
– Non, non. À demain.
J’enfile mon manteau et sors du bar.
Je suis à trois minutes à pied de chez moi, mais ce n’est pas là que je vais. Je commande un Uber et, quinze minutes plus tard, je sonne chez Hunter.
– Salut, je savais pas que tu venais, dit Summer avec un sourire étincelant lorsqu’elle m’ouvre la porte.
– Ouais, c’était pas prévu, je réponds.
Fitz, son copain, passe derrière elle pour aller dans la cuisine. Il est en pantalon de survet, mais il est torse nu. Il fait marche arrière lorsqu’il me voit et me fait un signe de la main.
– Salut, Demi. Il reste de la pizza, si tu en veux.
– Non merci, ça va. Je vais monter voir Hunter.
Mon cœur bat à tout rompre tandis que je monte les escaliers et m’arrête devant la porte d’Hunter.
Je frappe et il répond en rouspétant.
– Va-t’en, Rupi. Je ne veux pas regarder Riverdale. C’est débile.
– C’est moi, je réponds en riant.
– Semi ? Pourquoi tu as frappé ? Ramène tout de suite ton petit cul.
J’ouvre la porte et le trouve étalé sur son lit. Il y a un match de hockey à la télé, mais je ne sais pas qui joue.
– Je croyais que tu ne voulais pas venir, dit-il en dégainant ses fossettes.
– C’était pas prévu, mais…
– Mais tu t’es rendu compte que tu voulais ma bite. Sage décision.
– Non, je… C’est juste…
Soudain, je me sens ridicule d’être venue. Qu’est-ce que je suis censée dire ? J’étais avec mes amis et j’ai vu une photo sur laquelle tu embrassais une meuf, et je me suis sentie horrible quand j’ai cru qu’elle était récente, mais finalement elle était vieille, mais ça ne m’a pas soulagée, alors je me suis précipitée ici.
– Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il en fronçant les sourcils. Qu’est-ce qui ne va pas ?
Je suis horrifiée de sentir des larmes dans mes yeux.
– Demi, insiste-t-il en s’asseyant dans le lit. Qu’est-ce qu’il y a ?
– Rien. C’est juste… Je suis bête.
– Non, tu n’es pas bête. Mais dis-moi, pourquoi tu penses que tu es bête ?
Je vide tout l’air de mes poumons et raconte tout à Hunter, qui écoute sans m’interrompre, même s’il semble perplexe.
– Je suis désolée, je ne t’accuse pas d’avoir fait quoi que ce soit, parce que je sais que tu n’as rien fait. C’était une vieille photo. Mais avant que je le sache, j’ai tout de suite pensé que tu m’avais trompée. Et c’est là que je suis bête, parce que comment tu peux me tromper si on n’est pas officiellement ensemble ?
– Bien sûr que si, on l’est.
Je me fige.
– On l’est ?
– Bien sûr. C’est pas parce qu’on n’a pas collé une étiquette sur notre relation qu’on n’est pas en couple. Quand on me pose la question, je dis aux gens que tu es ma copine.
– Ah bon ? je demande en essuyant mes larmes d’un geste brusque. Alors, pourquoi tu ne dis pas que je suis ta copine quand je suis là ?
– Je sais pas, répond Hunter en riant. Pourquoi tu ne dis pas que je suis ton mec ?
– Parce que je ne veux pas précipiter les choses, je dis avant de soupirer. J’ai tellement honte… J’aime penser que je suis quelqu’un de raisonné et de mature, mais j’ai tout de suite pensé que tu me trompais. Ça m’a fait comprendre que les cicatrices laissées par Nico sont plus profondes que je ne le pensais. Il faut croire que dès qu’il se passera quelque chose de légèrement louche, je vais tout de suite imaginer le pire.
– Viens par ici, dit-il d’une voix rauque.
Il se déplace vers moi et m’attire sur ses genoux. Je pose mon menton sur son épaule et respire lentement pour me calmer.
– Tu n’as pas imaginé le pire, Demi. Tu as vu une photo de moi en train d’embrasser une autre fille. Elle a été prise l’année dernière, mais tu ne le savais pas. Crois-moi, si je voyais une photo de toi avec un autre mec, je péterais un câble.
– C’est vrai ?
– Oui. Écoute, je sais qu’on n’a pas fait les choses dans le bon ordre. On n’a eu aucune des conversations sérieuses qu’ont les couples, on n’a fixé aucune règle, mais…
Hunter saisit mon menton et me force à le regarder dans les yeux.
– … je te promets que je ne fréquente personne d’autre que toi. Je ne couche avec personne d’autre. Je suis avec toi, et je suis à fond. Je t’aime, dit-il d’une voix émue.
OceanofPDF.com