Briar Université T3 The play
23 - Hunter
23
Hunter
– De mon point de vue, on est cinq, et tu es tout seul, ricane Nico. Alors ouais, c’est toi le joueur de hockey. Je parie que tu sais te battre. Mais est-ce que tu peux te battre contre nous cinq ?
Je sais que je ne peux pas. Je jette un coup d’œil vers la porte de Matt. Elle est fermée, j’entends la musique depuis ici, je me dis que même si je crie, personne ne m’entendra. Mon seul espoir est que quelqu’un décide d’affronter le froid pour fumer et vienne à ma rescousse. Mais je préférerais arriver à m’en sortir sans qu’on en vienne aux poings.
– Écoute, Nico, tu as l’air cool comme mec. Tu as fait une erreur, et la violence ne sert à rien, ok ? Même si je n’avais pas dit à Demi que je t’avais vu avec une meuf à la fête, elle l’aurait su pour son amie. Mais tu as raison. J’ai enfreint le bro code. J’aurais dû me taire.
– Un peu, que t’aurais dû te taire !
– Donc je suis désolé, ok ? Cela dit, il faut vraiment que tu me lâches maintenant.
Mon sang bout dans mes veines. Nico a raison, les joueurs de hockey ont l’habitude de se battre. Je me suis battu sur la glace, et en dehors. Je peux me défendre dans la plupart des confrontations.
Mais pas quand c’est du cinq contre un.
– Désolé, mec, mais tu ne vas pas t’en sortir aussi facilement, glousse Nico.
– Putain, mec, tu vas me punir alors que c’est toi l’abruti qui as trompé ta meuf…
Son coup de poing me surprend, qui projette ma tête en arrière. Son poing s’écrase sur ma mâchoire et une douleur vive descend dans mon cou. Je me relève quand deux de ses potes arrivent derrière moi pour bloquer mes bras dans mon dos.
Nico fait craquer ses phalanges, une main après l’autre.
– Tout ce que je dis, c’est que les mecs doivent se serrer les coudes. Et que les connards qui ne jouent pas le jeu méritent une correction.
Son deuxième coup atterrit au coin de ma bouche. Ma lèvre saigne, et je crache par terre.
– Allez, défoule-toi, je déclare. Si ça peut t’aider, vas-y. Mais Demi ne reviendra pas pour autant et ça ne changera pas le fait que tu es qu’une merde…
Le troisième coup frappe mes côtes et me coupe le souffle. J’avais déjà mal après un plaquage que j’ai subi pendant le match, maintenant j’ai vraiment mal et je suis en colère. Une vague d’adrénaline monte en moi et je parviens à me dégager des mecs qui me tiennent. Je mets un coup de coude dans la gorge de l’un et réussis à frapper l’autre dans le bide, mais un troisième me pousse un arrière et je suis de nouveau encerclé.
– C’est quoi ce bordel ? crie quelqu’un depuis le perron.
Ouf. Les renforts arrivent.
Matt dévale les escaliers et traverse la pelouse givrée. Des cris fendent l’air tandis que six autres joueurs déboulent. Quelqu’un saisit mon bras et me pousse sur le côté. Nico et ses acolytes reculent lentement jusqu’à ce que les deux groupes s’affrontent sans un mot.
– Rentre chez toi, je dis à Nico, qui a du mal à reprendre sa respiration.
– Va te faire foutre ! rétorque-t-il.
– Tu ne devrais pas traîner ici, Nico. C’est vous qui êtes en infériorité numérique maintenant, et il y a eu assez de violence pour ce soir, ok ? je dis en essuyant ma bouche avec ma manche. Dégage, ok ?
– Ne t’approche plus de ma meuf.
C’est plus ta meuf, j’ai envie de dire, mais je me retiens.
À mes côtés, Conor fait un pas en avant.
– Dégagez ! gronde-t-il.
Malgré son look décontracté, je ne l’ai jamais vu aussi menaçant.
Et ça marche. Nico crache par terre, et lui et ses amis s’éloignent en direction d’une fourgonnette. Je les regarde partir en espérant que c’est vraiment fini, et que ce n’était pas que le début.
*
* *
Je suis en train de me laver le visage dans la salle de bains quand j’entends un raffut dans le couloir. Je me crispe aussitôt. Putain, Nico n’a pas intérêt à…
– Il est là ? Hunter, tu es là ?
Je me détends aussitôt.
– Je suis là, je réponds.
J’ai laissé la porte entrouverte et Demi l’ouvre en la faisant claquer contre le mur. Elle a l’air féroce.
– Je vais le tuer ! crie-t-elle en voyant mon visage. Ça va ? Je n’arrive pas à le croire !
– Comment tu as su ce qui était arrivé ? je demande en fronçant les sourcils. Et comment tu es venue ?
– J’ai appelé un taxi quand Brenna m’a prévenue.
Cette fichue Brenna. Elle est arrivée chez Matt et Conor alors qu’on rentrait dans la maison. Je parie qu’elle a appelé Demi avant même d’avoir enlevé son blouson.
– Tu saignes encore. Brenna m’a dit que tu n’étais pas blessé.
– Je ne le suis pas. La blessure s’est rouverte parce que Conor m’a fait rire.
Elle semble affreusement coupable.
– Je suis tellement désolée. Comment il a su que tu serais ici ?
– Apparemment, il était au match ce soir, et il demandait aux gens où j’étais. Je crois que lui et ses amis étaient bourrés.
Demi n’a plus l’air coupable. Elle semble furieuse.
– Je vais le débloquer pour lui hurler dessus.
– Ne fais pas ça. Tu avais raison de le bloquer. Et c’est rien. J’ai rien.
– Tu es sûr ?
Elle tend la main vers moi et j’essaie de la dégager, mais elle se débat.
– Laisse-moi voir, bon sang.
Ses doigts effleurent le coin de ma bouche et je frissonne.
– C’est tout ? demande-t-elle en plongeant son regard dans le mien. C’est juste la lèvre ?
Elle caresse ma pommette et je grimace.
– Ouais, il m’a frappé dans la mâchoire aussi, mais ce ne sera qu’un bleu, t’en fais pas.
– Je n’arrive pas à croire qu’il a fait ça.
– Boh, je comprends. Il a appris qu’on a fini chez les flics et il s’est fait des films.
– Comment il l’a appris ? s’étonne-t-elle.
– Tout le monde le sait… Le coach l’a dit à Brenna, donc toute l’équipe est au courant, et les gens adorent ce genre d’histoire. Nico habite à Hastings, il a pu l’apprendre au dîner, ou n’importe où.
– Peut-être. Merde, tu ressaignes. Assieds-toi, tu veux ?
Je m’exécute et m’assieds sur le couvercle des toilettes. Elle passe du papier toilette sous le robinet et le presse contre ma lèvre pour absorber le sang.
– Garde-le pendant une trentaine de secondes, chuchote-t-elle. Peut-être que ça arrêtera l’hémorragie.
J’essaie de ne pas sourire.
– Tu sais que je peux faire ça tout seul, n’est-ce pas ?
– Laisse-moi faire, Hunter. S’il te plaît. Tout ça, c’est de ma faute.
– Mais non.
Elle s’agenouille et mon cerveau est aussitôt envahi d’images cochonnes. Quand une femme s’accroupit devant moi, en général, c’est pour baisser mon jean et prendre ma queue dans sa bouche.
Je baisse les yeux sur ses lèvres roses et je l’imagine me sucer. J’ai du mal à respirer et je me force à regarder ailleurs.
– Quoi ? demande-t-elle d’un ton inquiet. Ça va ?
– Ça va, je réponds d’une voix rauque alors que je suis dur comme fer.
– Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu as l’air de souffrir ! Ça te fait mal ?
– Tout va bien. Ne t’inquiète pas.
Demi se mord la lèvre et… Putain, il faut que j’arrête de regarder sa bouche. Mais je n’y arrive pas.
On ne devrait vraiment pas rester seuls.
– Je ne sais pas si je dois te croire, marmonne-t-elle.
– Je vais bien. Crois-moi. J’ai connu bien pire en jouant au hockey.
Elle enlève le papier toilette de ma lèvre et le regarde en grimaçant avant de le jeter à la poubelle.
– Ça saigne plus.
– Super.
Elle caresse de nouveau ma joue.
– Demi, je gronde.
– Ouais ?
– Arrête de me toucher, s’il te plaît.
Elle semble confuse.
– Pourquoi ?
– Parce que ça fait des lustres qu’on ne m’a pas touché comme ça. Tu ne sais pas que c’est une véritable torture ?
Elle semble se retenir de sourire.
– Ça t’excite ? demande-t-elle en caressant mon autre joue. Ça ? Ça t’excite ?
– Oui, je réponds en serrant les dents. Donc : arrête, s’il te plaît.
Mes protestations sont tout, sauf sincères et je ne suis pas surpris de voir son regard pétiller de malice.
– Et si je n’ai pas envie ?
– Eh bien, il n’est pas question de tes envies.
Je saisis son poignet et l’éloigne de mon visage. Sauf que je fais l’erreur de poser sa main près de mon genou, et ses doigts sont désormais à quelques centimètres de ma cuisse. Je m’attends presque à ce qu’elle la caresse également, mais elle ne bouge pas. Elle fronce les sourcils et rive son regard sur ma bouche.
– Je ressaigne ? je demande d’une voix rauque.
Elle secoue lentement la tête.
– Alors, pourquoi tu me regardes comme ça ?
– Tu t’es fait casser la figure à cause de moi. Je m’en veux.
J’étudie son visage préoccupé.
– Ah bon ? C’est pour ça que tu me dévisages comme ça ?
– Ben, non. Je dis juste que je me sens coupable. Je te regarde comme ça parce que j’ai envie de t’embrasser.
Je gonfle brusquement mes poumons.
– Tu ne devrais pas.
– Je ne vais pas le faire. Pas à moins que tu le veuilles. Mais ça ne veut pas dire que je n’y pense pas. Dans ma tête, on fait plus que s’embrasser, tu sais, dit-elle en clignant innocemment des yeux. C’est ouf, au cas où tu te poses la question. Je t’incite vivement à changer d’avis, ajoute-t-elle alors que son regard s’embrase.
Une femme superbe est en train de me supplier de l’embrasser. Pourquoi j’hésite ? Mais je me suis promis de rester chaste durant la saison. Ce n’est sans doute pas la promesse la plus marquante de l’histoire de l’humanité, mais c’est important pour moi. Je suis sûr que d’autres ont fait des sacrifices bien plus difficiles pour des causes bien plus nobles, mais cette cause est la mienne.
– C’est un non, alors ? insiste-t-elle lorsque je ne dis rien.
– C’est un…
Demi avance vers moi.
– Si tu n’en as pas envie, arrête-moi, chuchote-t-elle.
Or, je suis incapable de l’arrêter, parce que je veux ça autant qu’elle, si ce n’est plus.
– Juste un baiser, pour goûter, je marmonne.
Et, bon sang, je le savais, ses lèvres sont infiniment douces lorsqu’elle effleure ma bouche avec la sienne.
Nos lèvres se sont à peine touchées qu’un frisson me parcourt et s’arrête entre mes jambes. Ma verge est dure. Ce baiser est incroyable, inouï.
Elle gémit et mon pouls accélère. Sa langue titille mes lèvres et, comme un imbécile, je lui ouvre le passage. La rencontre de nos langues nous arrache des sons désespérés. Demi pousse un petit cri surpris et j’émets un grognement tourmenté. Elle pose sa main sur ma joue tandis qu’elle explore ma bouche avec sa langue. Elle a un goût de bonbon, je me demande si elle mangeait une sucette avant de venir. J’en savoure le goût en plongeant ma main dans ses cheveux soyeux.
J’oublie complètement où nous sommes. J’entends vaguement de la musique, mais les battements de mon cœur résonnent dans mes oreilles. Je suis tellement excité que ce n’est même plus drôle. Nous continuons à nous embrasser, nos langues se cherchant l’une l’autre, et nous n’arrêtons que lorsqu’un goût de sang me ramène à la réalité.
– Argh, je gronde tristement. Demi, arrête.
Lorsqu’elle recule la tête, je vois du sang sur ses lèvres.
– Je saigne et t’en as partout.
– Ah bon ? J’ai même pas remarqué, répond-elle à bout de souffle. Putain…
– Quoi ?
J’attrape du papier toilette et le presse sur mes lèvres.
– Je saigne beaucoup ?
– Non, je dis putain parce que… c’était un baiser génial, répond-elle en secouant la tête, émerveillée.
– C’est vrai.
– Je veux recommencer.
Je saisis ses bras pour la soulever.
– Mauvaise idée.
– Allez, espèce de moine, on recommence. Je sais que ça t’a plu, rétorque-t-elle en désignant mon entrejambe.
– Bien sûr que ça m’a plu. Ça fait huit mois que je n’ai été avec personne.
Elle semble soudain triste et je comprends ce que je viens d’insinuer.
– Tu veux dire que tu aurais aimé embrasser n’importe qui ? Que je ne suis qu’une paire de lèvres ?
Je soupire.
– Non. Tu es bien plus que ça. Mais tu ne peux pas me forcer à être ton mec de substitution.
– Je n’essaie pas de te forcer.
– Ah non ? Tu viens de fourrer ta langue dans ma bouche, et maintenant je bande comme un âne. Tu savais l’effet que ça aurait sur moi.
– Mec, tu m’as donné le feu vert ! Tu as dit que tu voulais savoir comment ça serait. Ce n’est pas ma faute si ça te fait bander. Bon sang, ce n’est pas grave de bander de temps en temps.
Quelqu’un glousse près de la porte et, en tournant la tête, je découvre que Conor nous espionne.
– Ben ouais, capitaine, ce n’est pas une érection qui va te tuer.
– On est d’accord, déclare Demi d’un ton moqueur.
Je suis soulagé qu’on soit interrompus, jusqu’à ce que je remarque le Regard Queutard de Conor.
– Et toi, tu es… ? demande-t-il à Demi.
– La raison pour laquelle je saigne, je rétorque.
– Ah, l’ex-copine. La fameuse pipe en voiture.
– Roh, tais-toi, je grommelle. Il n’y a pas eu de pipe. C’était un malentendu.
– Mais bien sûr ! C’est ce qu’ils disent tous.
Demi offre un sourire mesquin à Conor.
– Hélas, dans le cas d’Hunter, c’est vrai. Il ne s’est rien passé en dehors du fait que j’ai failli être mutilée. J’aurais pu mourir.
– Bon sang, Semi, tu ne serais pas morte.
– Il y a des artères importantes dans l’oreille. J’aurais pu me vider de mon sang !
– Je crois qu’il n’y a pas une seule putain d’artère dans l’oreille, je grogne.
Conor se marre en lançant à Demi un regard sulfureux.
– Ok. Donc, si tu ne sors pas avec mon capitaine et que tu n’es pas avec le loser qui l’a frappé, ça veut dire que tu es célibataire ?
– Ouaip, déclare-t-elle.
– Super. Dans ce cas, je peux t’offrir un verre ?
– Avec plaisir !
Elle avance vers lui en me regardant du coin de l’œil, comme si elle attendait que je l’arrête, mais je hausse simplement l’épaule d’un air indifférent, donc elle s’en va.
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