Briar Université T3 The play

Elle Kennedy · Chapitre 32 sur 44

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32 - Demi

32

 

Demi

 

Quelques jours après le jour de l’an, Hunter et moi allons à pied au bâtiment de psycho. C’est le dernier cours du semestre, et Andrews va nous rendre nos travaux de recherche. Je suis tout excitée à l’idée d’avoir ma note, mais Hunter traîne des pieds et a l’air morose. I

l n’a pas cessé de bouder depuis qu’on a brunché avec mon père.

– Bon sang, tu ne veux pas essayer de sourire ? je demande. C’est une journée magnifique !

– Il fait moins vingt et ton père me déteste. Ce n’est pas une journée magnifique.

– Il ne te déteste pas. Il t’a apprécié !

– Si, par « apprécié », tu veux dire qu’il m’abhorre, alors on est d’accord.

– Je vois, maintenant il ne fait pas que te détester, il t’abhorre ! T’en fais pas un peu trop ?

– Non. Et toi, tu refuses de voir la réalité en face, marmonne-t-il. Ton père ne m’aime pas.

Je suis sur le point de le contredire de nouveau, mais j’ai de plus en plus de mal à défendre l’attitude de mon père. Je ne veux pas le dire à voix haute pour ne pas blesser Hunter davantage, mais le brunch était… affreux.

Ça ne s’est pas bien passé. Du tout.

Je regrette que ma mère n’ait pas été là pour m’aider, mais elle est toujours en Floride, et c’était Hunter et moi contre mon père dès le début. Il a posé deux questions à Hunter sur sa famille, puis il a décidé que ce n’était qu’un gosse de riche du Connecticut, et il s’en est tenu à ça. Or, ce n’est pas du tout le cas. Hunter est la personne la plus terre à terre que je connaisse, et il travaille dur pour atteindre ses objectifs.

Malheureusement, mon père est bourré de préjugés, personne n’est jamais assez bien pour lui. Il a grandi dans un milieu très défavorisé et il a dû faire énormément de sacrifices pour arriver où il est aujourd’hui, donc tous ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche sont déjà perdants à ses yeux.

Il n’a même pas été impressionné par la réussite sportive d’Hunter. Je pensais que sur ce point-là, au moins, Hunter le séduirait. J’ai mentionné plusieurs fois les efforts nécessaires pour exceller sportivement mais, à ce stade, mon père n’écoutait même plus. Alors qu’il adore le football américain et que je l’ai entendu dire nombre de fois que les joueurs de football ont une éthique de travail spectaculaire.

Je dois me rendre à l’évidence : mon père est encore du côté de Nico. Mais j’espère qu’il va bientôt changer de camp.

– Ça viendra, tu verras. Il va t’apprécier, je dis en serrant la main d’Hunter.

– Ah bon ? Ça impliquerait que je le voie régulièrement.

Je ne sais pas quoi répondre. On n’a pas officiellement dit qu’on était en couple, donc je ne sais pas s’il reverra mon père. Tant qu’on n’a rien officialisé, j’essaie d’éviter les démonstrations d’affection en public, donc je lâche la main d’Hunter lorsqu’on approche du bâtiment, parce que Pax et TJ nous attendent sur les marches.

– Ah ! Tu as de nouvelles bottes ! crie Pax dès qu’il me voit.

Son regard envieux est rivé sur mes nouvelles bottes en cuir, couronnées de fourrure marron pour être assorties à la capuche de ma parka.

– J’adore ! s’exclame-t-il.

– Merci ! J’aimerais dire la même chose de tes cheveux, mais… qu’est-ce qui s’est passé ?

– Sans rire, Jax, ricane Hunter. Je ne suis pas fan.

Je lève les yeux au ciel. Il sait qu’il s’appelle Pax, mais maintenant c’est devenu une blague récurrente, et Pax ne dit rien parce qu’il trouve Hunter canon.

– Tu as fait ça quand ? je demande.

– Et pourquoi ? ajoute TJ en essayant de ne pas rire.

Pax soupire en en faisant des tonnes et passe sa main dans ses cheveux noirs, qui sont désormais parsemés de mèches vertes.

– Ce week-end. Et pourquoi ? Parce que ma petite sœur est en école de coiffure et que ses partiels approchent, donc elle s’est entraînée sur moi.

– Je ne vais pas te mentir, Pax. C’est affreux, je déclare.

– Waouh, super, merci beaucoup, répond-il en me faisant un clin d’œil. Le mec avec qui j’ai couché hier soir semblait aimer.

– Bien joué ! dit Hunter en tendant la main vers Pax.

Mon ami tope dans sa main et nous montons tous les quatre les marches pour échapper au froid. Je remarque que TJ nous regarde bizarrement, Hunter et moi, mais il ne dit rien.

Nous nous asseyons à nos places habituelles, mais Hunter prend la place de Pax à côté de moi. Et encore une fois, je vois que TJ en prend note.

Je suis tout excitée lorsque Andrews arrive, accompagnée de ses chargés de TD, car je vois les copies dans leurs bras.

– Bonjours, Mesdames et Messieurs. Les dernières fois que j’ai dispensé ce cours, je rendais les copies à la fin de la dernière séance, parce que j’aimais torturer tout le monde. Je ne sais pas ce que ça dit de mon bien-être psychologique, mais… Bref. Je suis d’humeur généreuse aujourd’hui.

Elle est étrangement joyeuse, mais c’est peut-être parce que c’est son dernier cours, justement. Les chargés de TD avancent dans l’escalier et appellent les étudiants, qui se lèvent pour récupérer leur travail.

Même si les projets ont été menés à deux, chaque devoir était rédigé et noté individuellement. Quand j’entends mon nom, je me lève d’un bond et cours chercher ma copie. Je trépigne d’impatience en la décachetant, Hunter en fait de même à côté de moi.

Je dois me retenir de crier de joie lorsque je vois ma note. A+ !

Génial !

– Tu as eu quelle note ? je demande à Hunter.

– B+, répond-il, clairement satisfait.

J’ai relu son devoir et je l’ai trouvé excellent, mais c’est vrai qu’à sa place j’aurais poussé certains points plus loin, donc je trouve sa note plutôt juste.

Je parcours mon devoir et vois qu’Andrews a écrit pas mal de commentaires, ses compliments boostent mon ego à n’en plus finir.

Très perspicace !

Judicieux !

Provocateur…

Très bon point de vue, écrit-elle à l’endroit où je décris les diverses possibilités de traitements qui permettraient au narcissique de se rendre compte et d’accepter son problème. Waouh. Cette note me rend tellement plus heureuse que le A+ que j’ai eu en chimie organique… Celle-ci me semble juste.

Hunter se rapproche pour chuchoter dans mon oreille.

– Tu es méga-canon, là.

– Ah bon ?

– Ouais. Ce regard fier et satisfait… Je ne pensais pas être excité par une intello, mais putain, je bande, Semi.

Je glousse avant de comprendre, lorsqu’il se redresse, qu’il ne plaisante pas. Je déglutis et me tourne vers TJ pour me changer les idées.

– Tu t’en es bien sorti ?

– J’ai eu A, répond-il.

Et Pax a eu un B, donc je dirais que globalement, le cours de psychologie est un franc succès.

Comme c’est le dernier cours, Andrews nous récompense en abordant un sujet que je pourrais écouter pendant vingt-quatre heures non-stop : les tueurs en série. D’ailleurs, si on additionnait le temps que j’ai passé à regarder ma série, ça représenterait sans doute une proportion inquiétante de ma vie.

Andrews commence par un cas si macabre que je tremble de joie. Au bout de dix minutes, alors qu’elle n’a pas donné le nom du tueur, je sais déjà qui c’est.

– Elle parle d’Harold Howarth ! je siffle en saisissant le bras d’Hunter.

– Qui ?

– Il était le sujet de l’épisode Les neurochirurgiens tueurs.

Je me souviens d’avoir appelé mon père à la fin de l’épisode et de lui avoir dit que je lui interdisais d’injecter du poison directement dans le lobe frontal d’un patient. Il m’a demandé si j’étais défoncée.

Je recule sur ma chaise et je me ressaisis juste avant de poser ma main sur le genou d’Hunter, une habitude que j’ai prise quand on est assis sur son canapé. Je dois faire particulièrement attention, ce matin. Je ne veux rien faire en public tant qu’on n’a pas officialisé notre couple. Toutefois, je ne peux pas m’empêcher de le regarder. J’ai envie de toucher sa cuisse. Mieux encore, j’ai envie de plonger ma main dans son jean et d’empoigner sa queue. En fait, j’ai tout le temps envie de toucher ce mec.

Et je n’exagère pas en disant « tout le temps ». Parfois, j’ai tellement envie de lui que je n’attends même pas qu’il ait fermé ma porte avant de me jeter sur lui. Et aujourd’hui est un de ces jours, sauf qu’on n’est pas dans une chambre et que mon corps est furieux de devoir attendre.

Lorsqu’Andrews nous congédie, je n’en peux plus. J’entends à peine la prof nous remercier d’avoir été aussi attentifs et nous souhaiter bonne chance pour la suite de nos études. Une autre fois, je serais restée à la fin du cours pour la remercier à mon tour, mais là, il va falloir que je me contente de le lui dire par mail.

Je suis tellement excitée que je ne tiens pas en place en sortant de l’amphithéâtre. Je balaie le couloir des yeux. On n’est pas venus en voiture et je ne tiendrai jamais jusque chez moi si on doit marcher. Donc, alors que Pax et TJ partent vers la sortie, je saisis Hunter par la main et le traîne dans le couloir perpendiculaire au nôtre.

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