Briar Université T3 The play
21 - Hunter
21
Hunter
C’est un désastre. Les flics sont en train de m’arrêter, et la tête de Demi est toujours coincée sur mes cuisses. Dès que le flic va regarder par la vitre, il va penser…
Merde, il va penser qu’elle me taille une pipe.
– Pourquoi ils nous arrêtent ? demande-t-elle.
Ils ont dû voir les embardées de la voiture.
Putain, quel cauchemar !
Je coupe le moteur et essaie de relever Demi en attendant l’arrivée du flic.
– Aïe ! gémit-elle.
– Désolé, je marmonne, mais je voulais te décrocher.
Sa boucle s’est accrochée à quelque chose, ça c’est certain, mais je ne sais pas à quoi. Peut-être sur un passant de mon jean ? En tout cas, chaque fois que j’essaie de la décrocher, Demi gémit de plus belle. Je n’en reviens pas, mais… elle pourrait perdre son oreille.
Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer.
– Il arrive, chuchote-t-elle en entendant des bruits de pas.
– Permis et carte grise, s’il…
Le policier s’arrête net, et je soupire.
– Qu’est-ce qui se passe ici ? Relevez-vous, Mademoiselle. Tout de suite, ordonne-t-il.
– Je ne peux pas ! se lamente Demi.
Le flic me fusille du regard.
– Il va falloir que vous et votre copine sortiez du véhicule et que vous mettiez vos mains sur le capot.
– Je suis pas sa copine ! s’exclame Demi, comme si c’était ça notre problème.
– On ne peut pas, je réponds.
– Écoute, gamin, je sais que vous autres étudiants trouvez ça cool, mais l’atteinte à la pudeur est passible d’arrestation. Et en plus, votre conduite mettait en danger les autres automobilistes.
Je regarde la route déserte à travers le pare-brise.
– Quels automobilistes ? On est les seuls sur la route. On n’a pas croisé une seule voiture depuis que vous nous avez arrêtés.
– Et il n’y a pas d’atteinte à la pudeur ! proteste Demi. Je suis coincée !
– Coincée, répète-t-il d’un ton dubitatif.
Je pousse un soupir et me lance dans les explications.
– Elle a fait tomber son téléphone, elle a voulu le récupérer, et maintenant elle est coincée.
– Coincée, répète-t-il.
Il secoue la tête, comme s’il ne savait pas s’il doit nous croire ou pas.
– Mademoiselle, je ne vous le redemanderai pas. Relevez-vous.
– Je ne peux pas.
Les mains du flic descendent vers sa ceinture.
– Putain ! Vous avez pas besoin de votre flingue ! je m’exclame.
– Quel flingue ? s’écrie Demi, remuant sur mes cuisses pour essayer de se libérer.
Si le flic n’était pas là et que nous étions tous les deux, les ondulations de Demi feraient tressauter mon sexe. Mais le flic est bien là, ma verge est flasque et je suis à deux doigts d’éclater de rire nerveusement. Or, ça ne plaira pas au policier, qui est clairement de plus en plus irrité.
Il s’avère qu’il voulait seulement attraper sa radio.
– Il va me falloir des renforts sur Ninth Line et Highway Forty-Eight, dit-il. Les suspects ont été arrêtés pour conduite erratique due à une fellation, et ils refusent de sortir du véhicule.
– Je ne lui fais pas une fellation ! s’insurge Demi. Croyez-moi, j’adorerais lui en faire une, mais il a fait vœu de célibat !
Attendez, qu’est-ce qu’elle vient de dire ? Elle aimerait me tailler une pipe ?
– Tu es sérieuse, Demi ? Tu veux vraiment me tailler une… me faire ça ?
Je ne sais plus quoi penser. Durant toutes nos conversations, je croyais sincèrement qu’elle plaisantait en me suggérant d’être son mec de consolation. C’est pour ça que je ne me suis jamais autorisé à… espérer, je suppose ?
– Je t’ai dit que je voulais me rejeter à l’eau et que je voulais que ce soit avec toi, marmonne-t-elle contre mon jean tout en continuant d’essayer de décrocher sa boucle.
Quoi qu’il en soit, on reparlera de son désir de me sucer plus tard. Il faut d’abord que je nous sorte de cette situation ridicule.
– Monsieur, s’il vous plaît, je dis calmement. Je sais de quoi ça a l’air, mais il n’y a pas d’atteinte à la pudeur. On est tous les deux habillés. Ma braguette n’est même pas ouverte.
– Où sont votre permis et votre carte grise ?
– Dans la boîte à gants, mais je ne peux pas l’atteindre…
Demi pousse un cri triomphal et se redresse soudainement.
– Ça y est ! s’exclame-t-elle en frottant son lobe.
– Merde, je gronde lorsqu’elle enlève sa main.
Son oreille est rouge et très gonflée et elle a du sang sur les doigts.
Elle a raison. Les créoles devraient être interdites.
– Vous voyez ! dit-elle au flic en le suppliant du regard. Sa braguette est fermée. On ne faisait rien de mal. On n’a bu qu’une bière chacun. Enfin, moi j’en ai bu deux.
Eh merde ! Le policier ne s’était même pas demandé si on avait bu et maintenant, grâce à elle, c’est le cas. Il n’est plus d’humeur à plaisanter.
– Je vous ordonne de sortir de la voiture. Tout de suite.
*
* *
– Alors c’est ça, la cellule de dégrisement ? demande Demi, une heure plus tard.
Elle semble déçue. Nous sommes trois dans la vaste cellule. Nous, et un quinquagénaire barbu qui dort sur un banc. Il sursaute dans son sommeil et son pied tapote le barreau toutes les cinq secondes.
Ouaip. On est derrière les barreaux, et tout ça à cause d’une énorme paire de créoles.
– Peut-être que c’est plus sympa quand on est saoul ?
Je ris en me laissant glisser contre le mur pour m’asseoir sur le banc métallique. Le sol est crade et les lumières sont bien trop blanches.
– Tu sais, tout ça est de ta faute, je dis d’un ton joyeux.
– Ma faute ? s’exclame-t-elle, indignée.
– Je t’ai dit que ça finirait mal si tu te connectais à mon Bluetooth.
– Ce n’est absolument pas la faute de mon Bluetooth.
– Ah non ?
– Non. J’ai fait tomber mon téléphone.
– C’est quand même de ta faute.
– Roh, tais-toi !
– Toi, tais-toi !
Je glisse sur le banc pour me rapprocher d’elle.
– Ça va, ton oreille ?
Son lobe semble encore rose et enflé, mais il ne saigne plus. Toutefois, je me sens coupable en voyant la croûte de sang séché, parce que c’est moi qui l’ai forcée à mettre ces horribles créoles.
– Ça fait un peu mal, admet-elle, mais au moins j’ai toujours deux oreilles.
– C’est déjà ça, j’acquiesce. Je suis désolé de t’avoir obligée à les mettre.
– T’en fais pas. Au moins tu sais, maintenant. Parfois, il faut voir une tragédie de ses propres yeux pour la comprendre.
– Tout à fait, je réponds d’un ton grave.
Je ne peux me retenir de rire et Demi en fait de même, tendant ses jambes pour s’étirer.
– J’aimerais une sucette, dit-elle.
– J’aimerais ma liberté, je rétorque, la faisant rire de nouveau.
– Mon Dieu, je ne peux pas croire qu’on est en prison pour attentat à la pudeur.
– Et tu n’as même pas touché ma queue !
– Je sais, c’est dingue.
L’officier assis à l’accueil tourne la tête vers nous et nous lance un regard amusé. Ça fait une heure qu’il est assis à son bureau, rédigeant je ne sais quoi sur l’ordinateur.
Je ne sais pas ce que fait le flic qui nous a arrêtés. Cela dit, apparemment on n’a pas officiellement été arrêtés. Personne ne m’a récité
mes Droits Miranda 1, et j’ai vu assez d’épisodes de New York, Police judiciaire pour savoir que n’importe quel juge annulerait l’affaire.
Personnellement, je crois que l’Officier Ronchon passait une mauvaise soirée. Demi et moi n’avons rien fait de mal, et il le sait. Nos alcootests étaient nickel.
– C’est quoi la sanction pour attentat à la pudeur ? demande Demi.
– J’en ai aucune idée.
– Excusez-moi, Monsieur ? demande-t-elle en avançant vers les barreaux. Quelle est la sanction pour attentat à la pudeur ? C’est la peine de mort ?
Le flic semble se retenir de rire.
– Lorsque c’est la première infraction, en général, c’est une amende.
– Parfait ! s’exclame-t-elle. Mon complice est méga-riche. Il vous fera un chèque.
– Eh, ce n’est pas à moi qu’il faut vous adresser, répond le flic en souriant. Attendez le retour de l’officier Bruti. C’est à lui que vous devez parler.
– L’officier Abruti, plutôt, marmonne Demi.
– Joli, je ricane.
– Mais on n’a pas droit à un coup de fil ? demande-t-elle au flic.
– Elle a raison, je déclare en la rejoignant contre les barreaux. J’aimerais passer mon appel, s’il vous plaît.
– Ouais, si vous voulez.
Le jeune policier se lève et m’ouvre la porte, me faisant signe de sortir, puis il referme la grille à clé.
– Tu appelles qui ? demande Demi.
Je me tourne pour lui répondre, mais je la vois derrière les barreaux, agrippant les barres et… c’est très bon. Je le regretterai toute ma vie si je ne saisis pas cette occasion.
– J’ai le droit de prendre une photo ? je demande au flic.
– Je t’interdis de faire ça, gronde Demi.
– Faites-vous plaisir, répond le jeune flic.
Je crois que ça fait une éternité qu’il ne s’est pas autant amusé.
Je sors mon téléphone de ma poche et prends Demi en photo alors qu’elle me lance un regard assassin. Ensuite, histoire d’enfoncer le couteau dans la plaie, je me tourne pour prendre un selfie avec le visage outré de Demi en arrière-plan.
– C’est bon, je sais ce que je vais envoyer comme carte de vœux, cette année.
– Je te déteste.
C’est faux, puisque tu veux me sucer.
Je ne parviens pas à freiner l’horrible pensée. Or, j’ai du mal à le comprendre. Était-elle sérieuse quand elle me demandait d’être son rebond ? Elle est tellement sarcastique que j’ai supposé qu’elle plaisantait.
Cela dit, peut-être que c’est une bonne chose que je ne sache pas. Je me suis juré que je n’aurais pas de rapports, cette année, et l’idée de rompre mon célibat avec Demi est beaucoup trop tentante.
L’officier m’accompagne à son bureau et désigne le téléphone.
– Je ne peux pas utiliser le mien ?
– C’est contre le protocole, répond-il en secouant la tête.
– Ok. C’est absurde, mais tant pis.
Je hausse les épaules et compose un des rares numéros que je connais par cœur.
– Salut coach, je dis en entendant son grognement.
– Davenport ? répond-il d’un ton suspect.
– Ouais. J’espère que je ne vous ai pas réveillé.
La pendule fixée au mur indique qu’il est 22h37, donc ce n’est pas super-tard, mais on a entraînement à 6h30, demain matin, donc il était peut-être déjà au lit.
– Qu’est-ce qui se passe ? aboie-t-il.
– Oh, rien de spécial, je réponds, alors que je me demande comment présenter la situation.
– Est-ce qu’il s’agit de ce putain d’œuf ? Il lui est arrivé quelque chose ?
– Non, Pablo va très bien, merci de vous en inquiéter. Enfin, je crois que ça va. Il est avec Conor ce soir donc… ouais… bref… Il n’y a pas de bonne façon de le dire, donc je me lance, ok ? Je suis en prison, et je me demandais si vous pouviez venir parler aux flics et… vous savez, faire votre truc.
– Mon truc ?
– Leur crier dessus, j’explique.
Il y a un court silence.
– C’est une blague ? Parce que j’ai autre chose à faire.
Je m’interdis de rire.
– Je suis très sérieux. J’ai été arrêté avec une amie à Hastings, ce soir. C’était un malentendu. On n’était pas saouls et il n’y avait pas d’attentat à la pudeur en dépit de ce que pense l’officier Abruti…
L’agent à l’accueil ricane. Bon sang, si seulement c’était lui qui nous avait arrêtés. Je parie qu’il m’aurait topé dans la main avant de nous laisser repartir.
– Coach ?
Nouveau silence.
– J’arrive.
1. Droits prononcés lors de l’arrestation d’un individu, lui signifiant notamment son droit à
garder le silence et à bénéficier d’un avocat.
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