Briar Université T3 The play
26 - Demi
26
Demi
La soirée post-match se tient chez Conor, qui vit avec quatre de ses coéquipiers. La plupart des mecs qui sont là sont d’ailleurs des joueurs de hockey, et ça laisse peu de place pour circuler. Il y a des biceps et des pectoraux à perte de vue.
La musique est de l’EDM pourrie qui pulse dans mes tempes. Je n’ai jamais été fan de techno. Nico et moi avons été à quelques raves à Miami, mais c’était pas mon truc. Il avait essayé de me convaincre de prendre de la MDMA, et j’ai dit que c’était hors de question, ce qui avait choqué ses amis.
C’est marrant, mais les gens m’ont toujours crue plus téméraire que je ne suis. Enfin, je danse dès que j’en ai l’occasion, où que je sois, je parle aux inconnus dans les files d’attente et je serais même prête à sauter à l’élastique si on me le proposait. Mais je n’ai jamais pris part aux activités dangereuses que nos amis de Miami adoraient, et je n’ai jamais pris de drogue. Quand je lui rendais visite, Nico passait son temps à faire des courses de voitures illégales, j’étais constamment en panique chaque fois que les flics se pointaient.
Donc, non, je ne suis pas téméraire. Mais je compte l’être ce soir. Je vais narguer Hunter et, je l’espère, le pousser à rompre la promesse qu’il s’est faite. Ça fait peut-être de moi une garce, mais pour être honnête, je me demande si Hunter ne cherche pas à compenser quelque chose. L’an dernier, il a eu un comportement autodestructeur en couchant avec n’importe qui et en faisant trop la fête, mais je ne crois pas que ce soit dans sa nature. Je crois qu’il cherchait juste à se remettre du rejet de Summer et de la trahison de son ami.
Je ne pense pas du tout que l’échec de son équipe soit dû à la vie sexuelle débridée d’Hunter ni que son vœu de chasteté ait quoi que ce soit à voir avec le succès qu’ils rencontrent cette année.
Je commence à croire que c’est surtout une question de confiance. Il ne se fait pas confiance pour prendre les bonnes décisions sur le moment. Or, je ne pense pas qu’éviter les situations où il devra justement faire un choix difficile soit la solution.
Je regarde dans sa direction, de l’autre côté de la pièce, où il parle à Matt Anderson. Quant à moi, je suis dans un coin comme une loser, savourant une des sucettes que je trimballe toujours dans mon sac. Hunter m’a laissée me débrouiller toute seule, mais je ne connais personne et je n’aime pas les regards assassins de toutes les gagas de la crosse qui semblent penser que j’essaie de leur voler ce qui leur appartient.
Je ne comprends pas bien la mentalité des groupies du sport. Leurs regards me font penser qu’elles se fichent complètement des mecs qu’elles draguent, et que c’est seulement le statut glorieux des joueurs qui les intéresse. Quand je regarde Hunter, je vois Hunter. Quand elles le regardent, elles voient « joueur de hockey ».
– Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne t’amuses pas ? demande Conor en venant vers moi.
On ne peut pas voir ce type sans remarquer combien il est beau. Il ressemble un peu à Dean, l’ami d’Hunter, sauf qu’il a aussi le look surfer, alors que Dean fait plutôt mannequin pour parfums ou pour sous-vêtements masculins.
– Euh, c’est juste que je ne connais personne, je réponds en faisant tourner ma sucette entre mes doigts.
– Tu me connais, moi, dit-il en souriant.
– C’est vrai.
– Et Davenport, ajoute-t-il en désignant son capitaine.
– C’est vrai aussi, mais il est occupé.
– Eh ben, je ne le suis pas, moi. Danse avec moi, propose-t-il. Comme ça, on se tiendra compagnie.
En temps normal, je ne refuserais pas de danser, mais ma vessie est pleine après les deux sodas que j’ai bus au match et la vodka-cranberry qu’un des colocs de Conor m’a donnée en arrivant.
– Ce serait avec plaisir, mais je meurs d’envie de faire pipi. Si on danse, il y a de fortes chances que je te fasse pipi sur les pieds.
Cela dit, peut-être qu’il aime ça. J’ai appris ce soir qu’il y a des gens qui kiffaient…
Conor éclate de rire.
– Je te propose de t’occuper de ton petit problème d’abord, et de venir me voir quand c’est fait, dans ce cas.
Je regarde derrière nous et remarque la queue pour les toilettes.
– Et si tu me tenais compagnie pendant que j’attends ?
– Je peux faire mieux que ça, répond-il en me tendant la main.
Je la prends et vois Hunter froncer les sourcils tandis qu’on sort du salon. Je ne pensais pas faire ça tout de suite, mais on dirait que l’Opération Jalousie vient de commencer.
Lorsque nous arrivons en haut, Conor ouvre une porte et me fait signe d’entrer.
– J’ai la suite parentale. Mes toilettes sont à vous, gente dame.
– Merci, Monseigneur, je réponds en ricanant.
Une fois dans la salle de bains, je jette ma sucette et lève ma robe pour faire pipi. Je me sens un peu bête d’avoir mis une robe aussi courte en plein hiver, mais on s’est arrêtés chez Brenna et Hunter après le match, et elle m’a convaincue de troquer mon legging-pull contre une de ses robes. Elle est à manches longues, noire, moulante, et elle m’arrive à mi-cuisses.
Je me lave les mains lorsque j’entends des voix de l’autre côté de la porte, une voix de femme et une voix d’homme. Lorsque je sors, je trouve Matt étalé sur le lit à côté d’une fille aux longs cheveux noirs.
– Salut ! dit-elle en me voyant. Je suis Andrea.
– Demi.
– Viens t’asseoir, dit Conor depuis le petit canapé.
Sa chambre est assez grande pour avoir un lit immense, une commode, un canapé et un écran plat. Conor est en train de tripoter une manette de jeu vidéo, et Hunter est assis à l’autre bout du canapé, avec une bouteille d’alcool ambré.
– Du whiskey ? je demande en grimaçant. On boit du whiskey, maintenant ? Qu’est-il arrivé à ta bière ?
Quand on est arrivés, il a fait tout un plat de la caisse de Dampf Punk que Matt a dégotée pour la soirée, et j’ai demandé pourquoi quelqu’un donnerait un nom aussi ridicule à une bière, ce à quoi il a répondu par un doigt d’honneur.
– Y en a plus. Il ne reste plus que le fût de bière diluée à l’eau, répond-il en grimaçant. Bois un shot avec moi, Semi.
J’hésite un instant, car si je commence les shots, je risque de faire n’importe quoi. Cela dit, j’ai besoin de courage. Pour être honnête, je ne sais absolument pas comment m’y prendre pour séduire quelqu’un.
– Tu es toujours d’accord pour que je dorme sur ton canap, ce soir ? je lui demande.
Il hoche la tête, enlève sa casquette pour se passer la main dans les cheveux et la remet.
– Ok, alors, c’est parti, je déclare en m’installant à côté de lui.
Conor lance sa partie de skateboard sur la console pendant qu’Hunter se sert un shot et l’avale cul sec. Je regarde sa gorge tandis qu’il déglutit et rêve de l’embrasser sur sa pomme d’Adam. Je me demande si je sentirais son pouls sous mes lèvres.
Il me passe le verre et je l’étudie d’un air suspect.
– Quoi, j’ai pas droit à mon propre verre ?
– Il n’y en a qu’un, en haut. Si tu veux le tien, il va falloir que tu descendes le chercher. Mais quoi, tu as peur d’attraper mes microbes ?
– Je t’ai déjà roulé une pelle. Si t’as des microbes, je suis déjà infectée.
Conor ricane et se tourne vers son capitaine.
– Sers-m’en un, aussi.
– Moi d’abord, je dis en portant le verre à ma bouche.
Je le vide et j’ai immédiatement les larmes aux yeux. Beurk. Je n’ai pas l’habitude de boire du whiskey. J’enchaîne les tequilas comme une pro, mais le whiskey me monte à la tête à une vitesse effrayante.
Hunter sert un autre shot et le passe à Conor, qui le boit avant de commencer sa partie. Je regarde son skate faire une série de figures sur un half-pipe en béton que je suis surprise de reconnaître.
– Eh, c’est à Jacksonville !
– Ouais, c’est le Kona Skatepark, confirme Conor. Tu y es déjà allée ?
– Quelquefois, oui. Mon ex était ami avec des skateurs. Tu es déjà allé en Floride ?
– Non, je viens de la côte Ouest.
– De Californie ?
– Hungtington Beach, acquiesce Conor.
– Je n’y suis jamais allée.
– Tu devrais venir me voir cet été. Je te ferais visiter le coin.
Hunter lève les yeux au ciel.
– Fais gaffe, Semi. Il passe à l’attaque, dit Hunter.
– Je ne passe pas à l’attaque, rétorque Conor. Je suis assis bien sagement comme un gentil garçon qui joue à son jeu vidéo.
Il appuie sur les touches de sa manette et me lance un sourire aguicheur.
– À moins que tu veuilles que je passe à l’attaque, Demi ?
– Peut-être…
Hunter pousse un grognement.
– Demi, je crois que je vais devoir t’interdire de picoler.
– J’ai bu à peine un shot !
– Et à l’évidence c’est déjà trop si tu flirtes avec cet imbécile.
Sur le lit, Andrea l’entend et glousse.
– Euh, on ne peut pas ne pas flirter avec Conor Edwards. Il a cet effet sur toutes les femmes.
– Et moi, j’ai quel effet sur toi ? demande Matt.
Je remarque alors qu’ils se sont rapprochés et qu’ils sont presque dans les bras l’un de l’autre.
Elle chuchote quelque chose dans son oreille, le faisant rire, je décide de les ignorer.
Conor passe la manette à Hunter, qui se penche en avant et appuie ses coudes sur ses cuisses. Il fronce les sourcils en se concentrant et son personnage fait une série de figures. Je ne reconnais pas ce parcours et, franchement, ma patience pour les jeux vidéo a déjà atteint sa limite.
En attendant, je n’ignore pas que Conor s’est rapproché de moi. Il sent bon, un mélange de bois de santal et de savon aux agrumes. Ses cheveux sont encore un peu mouillés après sa douche, il est vêtu d’un tee-shirt et d’un cargo short, et il est pieds nus.
Il faut croire que tous les joueurs de hockey ont une température corporelle plus élevée que la moyenne, Hunter a enlevé son sweat dès qu’on est arrivés et il n’a plus que son habituel marcel blanc.
– Donc, commence Conor d’un ton pensif, on a déjà établi que tu voulais que je passe à l’attaque.
– J’ai dit « peut-être ».
– Ok… Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour avoir un « oui » ?
– Je ne sais pas. Propose quelque chose. On verra ce qui se passe.
– Hmmm…
Sa main remonte le long de ma manche pour jouer avec une mèche de mes cheveux.
– Que dirais-tu de la meilleure partie de jambes en l’air de toute ta vie ?
Hunter ricane, mais ne quitte pas l’écran des yeux.
– Tu n’as rien d’autre ?
Je pose délicatement ma main sur le genou de Conor, cette fois, je vois Hunter jeter un coup d’œil dans ma direction.
– Le meilleur massage de ta vie ?
– Mec, arrête avec les superlatifs, tu vas lui donner de faux espoirs, déclare Hunter en jetant la manette sur les cuisses de Conor. C’est à toi. Faut que j’aille pisser.
Il s’enferme dans la salle de bains et Conor pose la manette par terre au lieu de commencer une nouvelle partie. Il se tourne vers moi et me regarde sérieusement.
– Alors, il se passe quelque chose entre toi et le capitaine ?
– On s’est embrassés une ou deux fois, mais il ne veut rien de plus.
– Ah oui. Le vœu de chasteté.
– Ouaip.
– C’est pour ça que tu flirtes avec moi ? demande-t-il d’un ton moqueur. Tu veux le rendre suffisamment jaloux pour qu’il cède ?
– Je ne te drague pas.
– Arrête, ne jouons pas à ce jeu.
– Quel jeu ?
– On ne va pas se mentir, déclare Conor en saisissant mon menton pour me forcer à le regarder dans les yeux. Tu veux mon aide, ou pas ?
J’ai la gorge affreusement sèche. Je déglutis plusieurs fois, mais ça ne change rien.
– Tu penses qu’on peut y arriver ?
– Chérie, je peux rendre jaloux n’importe qui.
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