Briar Université T3 The play
41 - Demi
41
Demi
Je suis en état de choc. Je tremble de la tête aux pieds et je suis frigorifiée. Je cligne des yeux pour mieux voir, en vain. Mes oreilles fonctionnent, mais n’enregistrent aucun son. Lorsque je passe la porte de Bristol House et vois Hunter et mon père côte à côte, je suppose qu’ils ne sont pas réels, qu’ils ne sont que le fruit de mon imagination, le résultat du choc qui paralyse mon esprit. Alors, je continue d’avancer, mon bras autour de la taille de TJ.
– Demi.
Je m’arrête, car ça, ça me semble bien réel. On aurait dit mon père.
Or, la police nous encercle et me fait oublier mon père. TJ semble aussi choqué que moi et sa panique se lit sur son visage lorsqu’un des agents essaie de l’emmener vers l’ambulance.
– J’ai pas besoin d’aller à l’hôpital, proteste-t-il. Demi !
– Si, je réponds en serrant son bras. Il faut que tu parles à quelqu’un de ce qui s’est passé ce soir.
– Je t’ai parlé, à toi.
C’est vrai, mais j’ai fait tout ce que je pouvais. Le fait qu’il ait sincèrement envisagé de se suicider et qu’il ait été aussi loin est au-delà de mes capacités. De toute façon, il est obligé d’aller à l’hôpital. Je suppose qu’ils vont le garder au service psychiatrique pendant quelques jours pour s’assurer qu’il ne se fera aucun mal et qu’il ne blessera personne.
– Je viendrai te voir dès que je peux. Je te le promets.
Il hoche la tête et semble perdu dans ses pensées tandis qu’il suit le flic vers l’ambulance.
Je me tourne vers la porte et soudain, les gros bras de mon père me serrent contre lui, m’empêchant de respirer.
– Papa, s’il te plaît, j’étouffe.
Il me repose à contrecœur. J’ai à peine le temps de cligner des yeux que je me retrouve dans d’autres bras, qui ne me serrent pas aussi fort mais véhiculent la même émotion.
– Tu ne sais pas à quel point on était inquiets, dit Hunter d’une voix rauque.
Mon père pousse un grognement et hoche la tête.
– Je ne comprends pas… Qu’est-ce que tu fais ici ?
– Quelqu’un a pris une photo de toi sur le toit et l’a mise sur Tweeter, explique Hunter.
– Non, pas toi, je réponds en regardant mon père. Pourquoi tu es ici, toi ? Pourquoi tu n’es pas à Boston ?
– J’étais venu…
Il cherche ses mots et Hunter termine sa phrase.
– Te voir, dit-il.
Mon père sourit.
– Non, fiston, tu n’as pas besoin de me couvrir, dit-il en haussant les épaules. J’étais venu pour lui dire d’arrêter de te voir.
– Papa !
– Je sais, ma puce. Je suis désolé. C’est juste que… Tu es ma petite fille, dit-il en passant sa main sur son crâne chauve. Ton cœur a déjà été brisé et je ne voulais pas que ça se reproduise. Nico t’a fait du mal, et quand j’ai vu avec qui tu as choisi d’être juste après… Un gosse de riche et un athlète beau gosse ? D’expérience, ça donne un trousseur de jupons. J’étais persuadé qu’il te briserait le cœur et je ne voulais pas prendre le risque.
– Je suis sûre que tu avais de bonnes intentions, mais Hunter n’est pas comme ça. Et comme je te l’ai dit tout à l’heure, on est ensemble maintenant et tu vas devoir t’y faire. Tu peux rendre la situation désagréable pour tout le monde ou simplement accepter que c’est mon nouveau copain. Eh oui, il est riche et il joue au hockey, mais PUTAIN DE MERDE ! je m’exclame brusquement.
– Demi, surveille ton langage ! gronde mon père.
Je regarde soudain Hunter comme si je le voyais pour la première fois, et réalise qu’il porte la moitié de son équipement.
– Qu’est-ce que tu fais ici ? Il est quelle heure ? je demande en sortant mon téléphone de ma poche. Il est vingt heures trente ! Ton match commençait à vingt heures !
– Ouais, je sais, dit-il en haussant les épaules.
– Pourquoi tu ne joues pas ? Qu’est-ce que tu fous ici, putain ?
– Demi ! râle mon père.
– Papa, sans déconner !
Hunter esquisse un sourire en prenant ma main.
– Chérie, tu crois vraiment que je pouvais enfiler mon équipement et jouer au hockey en sachant que tu étais sur le rebord d’un toit, à cinquante mètres de haut…
– Vingt mètres…
– À mille mètres du sol, avec un mec qui menace de sauter ? Premièrement, ça m’inquiète que tu me penses capable de ça. Ensuite… Ben, j’ai rien d’autre à dire. Je n’ai pas de deuxième point. Putain, Demi !
– Ton langage, gronde mon père.
– Pardon, Monsieur, répond Hunter en souriant.
– Il faut que tu joues, j’ordonne. Il faut qu’on l’amène à la patinoire ! Elle est où, ta voiture ? je demande à mon père en le bousculant.
Il nous emmène à sa BMW et je découvre que le moteur tourne encore et que les portières avant sont ouvertes. Waouh. Ils devaient vraiment être inquiets.
Mon père passe au volant et Hunter s’installe sur le siège passager tandis que je monte à l’arrière.
– Je n’arrive pas à croire que tu ne joues pas, je déclare d’un ton outré.
– Tu comptes plus pour moi que le hockey, répond-il simplement.
Waouh !
– Il va falloir que tu t’y fasses, ajoute-t-il.
Je me penche en avant pour prendre sa main et il serre la mienne.
– Tu n’as pas idée de la trouille que j’ai eue, admet-il.
– Tu n’as pas pu avoir plus peur que moi.
Mon père me regarde dans le rétroviseur.
– Tu es sûre que tu ne veux pas faire un saut à l’hôpital pour un contrôle ?
– Non, ça va. Je suis juste en état de choc. J’ai vraiment eu peur qu’il le fasse.
On arrive à la patinoire de Briar, mon père contourne le parking pour s’arrêter devant la porte, et je suis horrifiée de voir qu’Hunter ne sort pas tout de suite de la voiture.
– Je savais que tu pourrais l’aider, dit-il en se tournant vers moi.
– L’aider ? je répète, alors que ma gorge se noue. Je n’ai même pas vu qu’il avait besoin d’aide, Hunter. Comment j’ai pu rater tous les signes ? Quelle psy je vais être si je ne vois même pas les signaux d’alerte de mes propres amis ?
– Une psy brillante, répond mon père d’une voix ferme. Les humains ne sont pas infaillibles, ma chérie. Parfois, on se trompe. Parfois, on échoue. J’ai perdu plus de patients sur le billard que ma conscience ne peut le supporter, mais toi ? Tu n’as pas perdu ton ami, ce soir. Tu l’as sauvé. Et c’est vrai, ajoute-t-il en désignant Hunter. Il savait que tu y arriverais. J’étais à deux doigts d’escalader le bâtiment comme Spiderman, mais ton copain m’a convaincu d’avoir confiance.
– Confiance en quoi ?
– En toi, répond Hunter, échangeant un sourire gêné avec mon père.
Je suis touchée de les voir complices.
– Maman dit qu’elle veut nous inviter tous les deux au resto la prochaine fois qu’on va à Boston, je dis à mon père. Peut-être que tu pourrais te joindre à nous, et on pourrait faire comme si le brunch n’avait jamais eu lieu ?
– Avec plaisir, acquiesce mon père.
– Merci, je dis avant de m’adresser à Hunter. Et merci d’être venu me sauver. Ceci étant dit, sors tout de suite de cette voiture. Si tu te dépêches, tu peux arriver à temps pour le second tiers-temps. Mais… est-ce que tu m’en voudrais beaucoup que je ne vienne pas te voir ? J’ai besoin de réfléchir à ce qui s’est passé. De… décompresser. Et j’ai envie d’appeler ma mère.
Hunter tend le bras pour caresser ma joue.
– Pas du tout, c’est normal. Peut-être que ton père peut t’emmener boire un café pour te réchauffer ? Tes mains sont gelées.
Son père hoche la tête.
– Je m’occupe d’elle. Va gagner ton match, fiston.
– Je te retrouve après, je dis à Hunter.
Il m’embrasse brièvement sur la bouche et descends de la voiture, j’ai les larmes aux yeux en le regardant passer les portes de la patinoire.
– Ne t’en fais pas, dit mon père. Je suis sûr que son absence n’aura pas porté préjudice à…
– Je ne pleure pas pour ça, je réponds en reniflant. Je ne sais même pas pourquoi je pleure. Mes larmes coulent sans raison et je ne peux pas les retenir.
– Ce n’est pas sans raison, ma chérie. Le choc est en train de s’estomper et la gravité de ce qui s’est passé ce soir est en train de t’atteindre. Viens t’asseoir à l’avant, ma chérie, dit mon père en souriant tristement. On va aller quelque part pour parler, d’accord ?
J’essuie mes joues et hoche la tête.
– Merci d’être là, papa.
– Toujours.
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