Briar Université T3 The play

Elle Kennedy · Chapitre 38 sur 44

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Briar Université T3 The play

38 - Hunter

38

 

Hunter

 

Mon équipe se prépare dans une ambiance électrique. Le gagnant du match ira en finale régionale, donc on est tous sous pression. On a atteint la finale, l’an dernier, mais un adversaire m’a cassé le poignet.

Cette année, mon poignet va très bien et ma queue ne m’a attiré aucun ennui.

À côté de moi, Bucky enfile son pantalon en parlant à Matt et Alec du documentaire qu’il a regardé sur les nouvelles thérapies que subissent les athlètes.

– Je vous promets qu’on dirait une salle de torture d’un James Bond. En gros, ils t’aspergent d’azote liquide pour que ta température corporelle descende à moins cent degrés.

– Et après ? demande Alec, qui semble fasciné.

– Ben, en théorie, ça stimule la guérison. En réalité, je crois que ça file juste des engelures.

– De quoi tu parles ? je demande d’un ton moqueur.

– De cryothérapie, répond Bucky.

– Ça a l’air un peu extrême, remarque Conor.

Il se prépare à ma gauche et je le regarde se passer la main dans ses cheveux pour les dégager de son visage.

– Mec, je ne sais pas si on te l’a dit, mais… t’es pas loin d’avoir un mulet.

Matt éclate de rire, mais Conor hausse simplement les épaules. Même l’idée d’un mulet ne perturbe pas ce mec.

– Tu devrais aller chez le coiffeur, dit Jesse. C’est un tue-l’amour, mec.

– Tout d’abord, commence Conor en levant les yeux au ciel, il n’y a rien que je pourrais faire qui serait un tue-l’amour.

Il n’a sans doute pas tort.

– Ensuite, je ne peux pas me couper les cheveux, sinon on perdra nos matchs.

– Merde, s’exclame Jesse, effaré. Tu as raison.

La plupart des joueurs de hockey sont superstitieux. Apparemment, Conor ne va pas se couper les cheveux avant avril.

– Bon sang, c’est quoi cette odeur ? demande le coach en grimaçant lorsqu’il passe la porte.

Je regarde mes coéquipiers, confus, et on secoue tous la tête.

– On se croirait dans une usine de soufre.

– Ah ! Ouais, c’est Pablo, répond Bucky.

– L’œuf ?

– Ouaip ouaip, je réponds en ricanant.

– Ne dis pas « ouaip ouaip », Davenport.

Mais je l’ignore.

– Vous savez, c’est ce qui arrive quand on demande à quelqu’un de s’occuper d’un œuf pendant cinq mois. Il pourrit. On est tous habitués à l’odeur, maintenant, j’explique en regardant Bucky sortir Pablo de son casier. Je croyais que tu le laissais dans ce sachet hermétique pour contenir l’odeur.

Cela fait quelque temps que Pablo est enveloppé de plusieurs couches de cellophane en plus de son porte-cannette rose. On ne voit même plus sa petite bouille de cochon.

– Je l’ai sorti parce que j’ai eu pitié de lui ; il est toujours enfermé. Ce n’est pas un criminel, bon sang. Il a rien fait de mal.

Tout le monde ricane, tout le monde sauf le coach.

– Donne-le-moi, ordonne-t-il en tendant la main.

Bucky semble inquiet et me regarde pour avoir mon avis.

– C’est lui le boss, je réponds en haussant les épaules.

Dès que Pablo est dans sa main, le coach marche jusqu’à la poubelle et le jette dedans. Bucky pousse un cri horrifié tandis que le reste de l’équipe retient son souffle.

Pablo est avec nous depuis tellement longtemps que je ne sais pas quoi dire. Je ne trouve pas les mots, et les visages outrés de mes amis me disent qu’ils sont dans le même état.

– Félicitations, dit Jensen en croisant les bras. Vous avez réussi la mission absurde que je n’ai jamais voulu vous confier. Je ne pensais pas que vous tiendriez. Mais vous avez fait preuve d’un véritable esprit d’équipe et d’un sens des responsabilités étonnant en prenant soin de cet œuf. Et je suis un homme de parole. J’ai parlé au doyen, qui m’a dit qu’il pense pouvoir obtenir le feu vert pour le cochon.

Bucky semble aussi heureux qu’un gamin le jour de Noël.

– C’est vrai ? On a le cochon ? Les mecs, on a réussi !

– Pablo le cochon, dit Jesse. Ça ne sonne pas pareil. Il nous faut un autre nom.

– Pablo Pigscobar 1, je déclare en même temps que Conor.

– Génial, s’écrit Matt en riant. C’est bon. Que personne ne parle ! Rien ne peut battre ça.

Tout le monde rit gaiement. Même le coach semble se retenir de sourire, mais il frappe bientôt dans ses mains pour signifier qu’il est temps de se concentrer.

Je suis sur le point de mettre mon protecteur de poitrine quand mon téléphone sonne. Je baisse la tête et vois que c’est un appel de Garrett.

– Eh, coach, votre enfant prodige Garrett Graham est au téléphone. Ça vous dérange si je réponds ?

Il regarde la pendule. Il nous reste trente minutes avant le début du match.

– Ok, mais fais vite, Davenport. Et dis-lui que c’était une action magnifique à la fin de la troisième période, hier.

– Ça roule.

Le vestiaire est trop bruyant, donc je sors dans le couloir pour répondre, saluant le vigile qui monte la garde.

– G, quoi de neuf ?

– Salut, je suis content de t’avoir. J’avais peur que tu aies déjà éteint ton téléphone.

– Oh, tu m’appelles pour me souhaiter bonne chance ?

– Non, tu n’en as pas besoin, ricane-t-il. Boston University n’a aucune chance.

Ça, c’est vrai. C’est notre plus gros adversaire, mais j’ai confiance en nous. Certes, j’aurais aimé jouer contre une équipe plus faible, comme Eastwood. J’avais raison de penser qu’ils ne s’en sortiraient pas malgré leur gardien magique. Après tout, ils ne peuvent pas gagner si leurs attaquants ne marquent aucun but.

– Bref, je suis avec Landon dans son bureau. Il part pour Los Angeles ce soir et il ne rentre que dans deux semaines, donc on voulait t’avoir avant son départ.

– Landon ?

Je ne sais pas de qui parle Garrett.

– Landon McEllis, mon agent. Cela dit, je n’ai pas le droit de prononcer ce mot, donc fais comme si tu n’avais pas entendu. D’ailleurs, cette conversation n’a pas lieu, ok ?

– Ok… Pourquoi vous m’appelez, au juste ?

– Parce que je viens de parler à Demi et qu’elle m’a dit que tu espères intégrer une équipe de la NHL après la fac.

– Quoi ?

Quand est-ce qu’il a parlé à Demi ?

– Ouais, on en a longuement parlé. Elle se demandait si tu aurais besoin d’un agent et je lui ai expliqué que, techniquement, tu n’as pas le droit d’en avoir un tant que tu es encore à la fac. Mais j’étais avec Landon quand elle m’a appelé, et il voulait te parler. Mais souviens-toi : cette conversation n’a pas lieu.

Je comprends parfaitement son inquiétude. Le sport universitaire est

régi par la NCAA 2 et les athlètes n’ont pas le droit d’être en contact avec des agents. Même les joueurs qui ont déjà été recrutés doivent mettre un terme au contrat qu’ils ont avec leur agent durant leur carrière universitaire.

En tout cas, c’est ce que dit le règlement, et il faut être prudent.

– Je te mets sur haut-parleur, ok ? demande Garrett.

– Ok, je réponds, confus.

– Hunter, salut. C’est Landon McEllis.

– Bonjour Monsieur.

– Appelle-moi Landon, s’il te plaît. Écoute, G m’a dit que tu seras peut-être à la recherche d’un agent l’année prochaine, et j’ai bondi de ma chaise pour t’appeler.

Waouh, un bon point pour mon ego !

– Je voulais me présenter. Officieusement, bien sûr.

– Bien sûr, je réponds en me retenant de rire.

– Je ne vais pas passer par quatre chemins : tu es un des meilleurs joueurs universitaires du pays. Si tu es intéressé à passer pro, je peux te trouver un contrat sans avoir à lever le petit doigt.

– Sans rire ?

Je sais que c’est plus facile pour les mecs de dix-huit ou dix-neuf ans de décrocher de gros contrats. J’aurai vingt-deux ans quand je finirai mes études, et les carrières sportives sont de courte durée.

– Carrément. Mais écoute, je ne peux pas te prendre comme client maintenant, et on ne pourra pas se rappeler après ce soir. Je voulais juste savoir ce que tu en penses, où tu en es et quels autres agents tu envisages.

– Je n’en envisage pas, je réponds.

Après tout, je ne m’attendais pas à recevoir un coup de fil d’un agent, quel qu’il soit. Je ne sais pas si je dois en vouloir à Demi de se mêler de mes affaires ou lui être éternellement reconnaissant. Je pourrais avoir de sérieux problèmes si quelqu’un apprenait que Landon et moi sommes au téléphone.

– Donc tu es intéressé, dit-il.

– Absolument.

Même si dix autres agents frappaient à ma porte, Landon McEllis serait en haut de la liste, Garrett n’a que du bien à dire de lui.

– Super, donc on est sur la même longueur d’onde. On se rappelle l’an prochain ?

– Nickel. Merci Monsieur, euh, Landon.

– Foutez-leur une raclée ce soir, dit Garrett. On se parle bientôt.

– Bye, G.

Je raccroche et secoue la tête. J’ai du mal à redescendre sur terre. Demi… Cette femme est la plus belle chose qui me soit arrivée.

– Davenport, gronde une grosse voix.

L’univers a un sens de l’humour très particulier, car je viens de penser à Demi lorsque son père surgit comme dans une apparition. Je le regarde d’un air confus. Je dois halluciner, car Marcus Davis est à l’autre bout du couloir.

Un autre vigile l’empêche de passer. La fac a pris davantage de précautions depuis que des mecs se sont infiltrés dans les vestiaires. Je n’ai pas connu ça, mais Dean m’a dit qu’en première année, une autre équipe est entrée avec un sac de sirop au chocolat et en a aspergé tout le vestiaire de Briar.

– C’est bon, je dis au vigile. Je le connais.

L’agent de sécurité fait un pas de côté pour laisser passer le Docteur Davis, qui vient vers moi d’un pas déterminé et menaçant. Ce type est vraiment immense. Il ne fait que cinq centimètres de plus que moi, mais il a la carrure de Dwayne Johnson et il semble deux fois plus large que moi. Je peine à concevoir qu’un mec aussi baraqué que lui passe ses journées à faire du travail d’orfèvre sur des cerveaux humains mais… L’habit ne fait pas le moine, n’est-ce pas ?

– Bonjour Monsieur.

Je me prépare à une réponse désagréable. Je ne l’ai pas vu depuis notre brunch aussi bref que gênant de janvier, quand il m’a fait comprendre qu’il ne m’aimait pas.

– Il est temps qu’on parle. D’homme à homme, répond-il.

– Ce serait super, Monsieur, mais mon match commence dans vingt minutes. Est-ce que ça peut attendre demain ?

– Non. Ça ne peut pas. Je prends très au sérieux tout ce qui concerne ma fille.

– Moi aussi. Je tiens beaucoup à elle.

– Ah oui ? C’est pour ça que tu l’encourages à foutre en l’air son avenir ? lance-t-il d’un ton glacial.

Apparemment, la visite de Demi chez ses parents ne s’est pas bien passée.

– Elle ne fout pas en l’air son avenir, je réponds d’un ton précautionneux. Elle reste dans le domaine de la santé, c’est juste qu’elle change de branche.

– Tu sais combien gagne un psychiatre en moyenne ? C’est plus de deux cent mille dollars par an. Presque trois cents, en fin de carrière. Tu veux comparer ça au salaire d’un psychologue ? Il y en a un à chaque coin de rue.

– Demi ne fait pas ça pour l’argent. Et elle se fiche qu’on ne l’appelle pas Docteur.

– Tu te prends pour qui pour dicter à ma fille ce qu’elle doit faire de son avenir ?

– Je ne lui dicte rien. À la rigueur, ce serait plutôt elle, le dictateur de notre couple. Vous avez oublié qui est votre fille ? C’est la femme la plus autoritaire sur terre !

Son regard s’adoucit un instant et il semble presque amusé. Mais ça ne dure qu’une fraction de seconde.

– Je ne te fais pas confiance, gronde-t-il.

– Sauf votre respect, Monsieur, vous ne savez rien de moi.

– Toi et ma fille être trop différents. Elle est…

La porte du vestiaire s’ouvre brusquement et je m’attends à voir le visage furieux du coach. Je suis déjà en train de m’excuser lorsque je découvre que c’est Matt, qui semble surpris de me voir avec un type aussi énorme que Marcus Davis.

– Mec, faut que tu viennes tout de suite, dit-il en agitant son téléphone. C’est la cata.

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Il se passe un truc à Bristol House. Il y a deux personnes sur le toit et l’une d’elles a l’air sur le point de sauter. Quelqu’un le diffuse en live sur Tweeter, et une meuf de la cité U d’en face a réussi à prendre une photo, explique Matt en me donnant son téléphone. Et l’une des personnes est ta nana.

 

1. Pig signifie « cochon » en anglais.

2. National Collegiate Athletic Association.

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