Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber

Chloé Loukas · Chapitre 20 sur 37

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Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber

Chapitre 18

 

 

Laura

 

Je regarde le psy et j’ai envie de le trucider. Oui, j’ai envie de le trucider et de faire disparaître son corps après l’avoir obligé à signer ce putain de papier qui me permettra de reprendre mon service. C’est la quatrième fois que je viens le voir et c’est toujours la même comédie.

Il ne baisse pas les yeux et m’observe comme s’il voulait plonger dans ma cervelle pour comprendre ce que je lui cache. Je ne lui cache rien. Je ne veux simplement pas lui dire que j’ai toujours des difficultés à dormir. Plus de trois semaines maintenant que je suis rentrée d’Afghanistan et je n’ai pas retrouvé mon sommeil de croisière.

Il rompt enfin le silence et me dévisage pour jauger de ma réaction.

— Je ne suis pas votre ennemi, lieutenant Roscoff. Je dois juste m’assurer que vous pouvez réintégrer votre unité sans être un risque pour votre sécurité. Vous ne me dites pas tout, j’en suis convaincu.

Je pose mes mains à plat sur son bureau et m’avance légèrement. Je ne cherche pas à l’intimider. Enfin, si ! Juste un petit peu.

— Docteur Malie, ne vous est-il pas venu à l’esprit que vous pourriez vous tromper ? Vous refusez de me délivrer mon attestation sur une simple intuition. Vous me faites perdre des jours.

Il ne baisse pas les yeux, il ne s’enfonce pas dans son fauteuil comme s’il avait peur. Non, il reste droit comme un i et me dévisage.

Arrête de parlementer avec lui ! Baisse son pantalon, offre-lui une gâterie et repars avec ton sésame. On a mieux à faire que de venir le voir toutes les semaines.

Arrête tes conneries ! Il va se douter que je ne suis pas nette. D’ailleurs, il lève un sourcil. Il est nettement moins sexy que Romain quand il fait ce geste. Ne pas penser à mon cow-boy si performant au pieu !

J’ai l’impression que mes lèvres s’étirent en un mince sourire. Punaise, Laura, concentre-toi ! Tu sais qu’avec lui, tu ne peux pas laisser tes pensées dériver.

— Pourquoi ai-je la nette impression que vous n’êtes plus vraiment avec moi ? Voulez-vous m’en dire plus ? Êtes-vous en train de penser à ce que vous me cachez ?

Purée, il m’énerve ! Est-il rentré dans ma tête pour savoir que je ne lui dis pas tout ? Je vais le sortir à coup de mitraillettes dans le derrière, moi.

— Pour la énième fois, je ne dissimule rien du tout. Je n’ai pas envie de parler de mes missions, il n’y a rien à en dire.

— Ce n’est pas à vous d’en juger, mais à moi.

— Je ne vais pas vous ennuyer avec des détails insignifiants.

J’ai haussé la voix sans le vouloir et il m’observe de nouveau en silence comme s’il cherchait à déchiffrer chaque parcelle de mon cerveau. Il faut que je sorte d’ici ou je risque de le plaquer contre un mur.

Ah, si tu veux l’embrasser, ne te gêne surtout pas !

Fous-moi la paix ! Je ne n’embrasserai pas, je ne lui offrirai pas une pipe et je ne coucherai pas avec lui. C’est juste qu’il m’agace profondément et que j’aie envie de lui arracher cette autorisation.

— Tout doux, lieutenant Roscoff. Il ne sert à rien de hausser la voix ou de me menacer du regard. Je travaille avec des membres d’unités spéciales depuis des années et je sais pertinemment que vous êtes formés à vous maîtriser. Vous pouvez me faire confiance. Réfléchissez-y tranquillement et nous nous reverrons la semaine prochaine.

— J’espérais rejoindre mon unité la semaine prochaine.

— Vous avez la clé entre les mains. Il vous suffit de me livrer vos ressentis physiques, mentaux et émotionnels sur votre mission en Afghanistan. Nous nous reverrons dans sept jours, lieutenant Roscoff.

Je pousse un soupir de frustration avant de me lever et de sortir de cette pièce. Je prends sur moi pour rester calme et ne pas lui montrer que la colère a envahi mon corps et mon esprit. Je sors du bâtiment en gardant ma réserve militaire. J’irai évacuer ma fureur en courant.

Pourquoi ne pas l’évacuer avec notre flic sexy ?

Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, mais il est en mission. Je grimpe dans ma voiture et mon téléphone sonne. Je jette un œil et m’aperçois qu’il s’agit de mon supérieur hiérarchique. Je décroche malgré ma mauvaise humeur.

— Bonjour, Jérôme, j’espère que tout le monde va bien.

— Bonjour, Laura ou devrais-je dire la tête de mule qui ne veut rien dire au psy.

Cinq minutes que je suis sortie et mon supérieur est déjà au courant de ce que ce Docteur Malie de malheur considère comme de l’absence de collaboration au mieux ou de l’insubordination au pire.

— Ah, il n’a pas perdu de temps ! Il t’a déjà contacté pour te dire que je suis vilaine et que je ne veux rien lui révéler. Il n’y a rien à dire.

— Laura, je te connais et je sais que tu n’as pas l’intention de lui parler. Je fais ce métier depuis des années et je sais qu’on nous apprend à ne pas montrer nos sentiments. Parle de ce que tu as ressenti en Afghanistan quand tu as pensé t’écraser avec ton avion. Parle de ce que tu as ressenti quand tu as pensé que les rebelles allaient te capturer.

Ah, non ! Jérôme ne va pas s’y mettre aussi. Je pensais que lui au moins comprendrait mon besoin de silence. Je ne me gêne pas pour lui dire et lui remuer à moitié dans les brancards.

— Je ne comprends pas, Jérôme. Tu aurais été le premier à fermer ton clapet s’il t’était arrivé la même chose que moi. Alors pourquoi veux-tu que je parle avec le psy ? Est-ce que tu as peur que je ne sois plus apte à effectuer les missions ? As-tu peur que je crée un accident ?

— Tout doux, Laura ! C’est ton ami qui te parle, pas ton supérieur hiérarchique.

Je m’en veux immédiatement de m’être emportée. Le manque de sommeil me rend nerveuse et je suis à fleur de peau.

— Je m’excuse, Jérôme. J’ai besoin de retourner sur le terrain avec vous. Je ne supporte pas de ne rien faire. Tu sais très bien que je retrouverai mes marques dès que je serai dans nos locaux.

— Je ne peux pas te permettre de revenir tant que le psy n’a pas signé ton autorisation. Tu sais très bien comment ça marche. Ouvre-toi à lui si tu veux revenir avec nous le plus vite possible. C’est la procédure et je ne peux pas y déroger.

— Tu as tous les droits et si tu le désirais, tu pourrais me réintégrer sans ce maudit papier médical.

— Non, Laura, je te le répète, je ne peux absolument rien faire. C’est la procédure et il est impossible de la contourner.

— Qu’est-ce que je fais moi s’il ne m’autorise pas revenir avec vous avant de longs mois ?

— J’ai confiance en toi et tu seras bientôt de retour parmi nous. Dans l’intervalle, je t’ai trouvé une mission pour t’occuper. C’est d’ordre un peu plus administratif et tu devras mener l’enquête.

— Je serai plus que ravie de le faire. Tout plutôt que de rester à tourner en rond dans mon appartement !

Tu ne tournes pas vraiment en rond quand tu t’envoies en l’air avec Romain. Inconcevable que tu n’aies plus de temps pour notre flic sexy.

— Te rappelles-tu le blog dont tu m’as parlé ?

— Bien entendu ! J’y suis retournée et ces enfoirés continuent de nous salir.

— Je sais et le ministère des armées aussi. Ils ont donc décidé de dépêcher quelqu’un sur place pour enquêter avec les policiers qui sont victimes du même cyberharcèlement.

J’imagine la tête d’Adrien Laval quand il va comprendre que des bureaucrates vont venir dans sa brigade d’élite. Je me souviens à quel point il en a fait baver à Amandine.

— C’est très bien que le ministère prenne ses responsabilités et envoie quelqu’un sur place. Un militaire au milieu de policiers, je ne donne pas cher de sa peau.

Il éclate de rire et un horrible doute commence à me saisir. Pourquoi me parle-t-il de ça après m’avoir dit qu’il veut me confier une mission administrative ? Oh, j’ai peur de comprendre !

— Tu vas pouvoir le vérifier par toi-même puisque c’est toi qui vas intégrer l’équipe de policiers pour enquêter avec eux.

Je ferme les yeux et je commence à paniquer grave.

Pourquoi paniques-tu grave ? Nous serons sur place pour rejoindre Romain dans sa chambre dès que nous le voulons. À nous les parties de sexe endiablées !

Je panique, car je ne vais pas pouvoir leur cacher que je suis membre d’une unité spéciale de l’armée. Tout est en train de partir en cacahouètes.

— Tu pourrais montrer un petit peu plus d’enthousiasme, Laura.

— Je suis contente d’avoir quelque chose à faire, Jérôme. Tu ne pouvais pas savoir dans quelle galère je vais me retrouver.

— Que veux-tu dire ?

Je sens de l’incompréhension ainsi qu’une dose d’inquiétude dans sa voix.

— Je suppose que j’ai rendez-vous avec un certain Adrien Laval.

— Oui et Daniel Krueger. Comment connais-tu le nom du premier ?

Qu’est-ce que je peux lui dire sans trahir de secret ? Je me retrouve en plein milieu d’un sac de nœuds et je n’ai pas la moindre idée de la manière dont je vais m’en extraire. Autant lui dire la vérité ! Je ne suis plus à ça près.

Comptes-tu lui dire que tu couches avec Romain ? Je croyais que vous vouliez garder le secret.

Tu es folle, ma parole. Je ne vais certainement pas leur dire que j’entretiens une liaison momentanée avec un des membres de la BE 75. Ce serait le meilleur moyen de ne pas être affectée à cette mission et j’en ai besoin pour mon équilibre psychologique.

— Je t’ai déjà parlé de ma meilleure amie.

— Est-ce que tu veux parler d’Amandine ? Je ne vois pas de quoi tu as peur.

— Figure-toi qu’Amandine est la compagne d’Adrien Laval et qu’elle est affectée à la BE 75.

— Quoi, Laura ? Je n’y comprends rien. Je croyais qu’Amandine était avocate. A-t-elle changé de carrière ?

— Non, elle a été affectée à la BE 75 en tant qu’avocate pour démontrer qu’ils respectaient bien les lois à la suite de plaintes.

— Nous ne pouvons plus reculer, Laura. Ton détachement a été validé par la hiérarchie et le ministère des armées. Tu devras faire preuve de créativité pour garder l’anonymat sur ton affectation réelle au sein de l’armée française. Je compte sur toi.

— Bien, Commandant Leroux.

— Tu es attendue dès cette après-midi à la BE 75. J’attends ton premier rapport dans deux jours. Et, cette affectation n’est que temporaire. J’ai hâte que tu réintègres notre unité. Je dois partir, je te laisse. On se parle dans deux jours. Bon courage, lieutenant Roscoff.

Je prends congé et je raccroche. Je suis dans de beaux draps, mais je n’ai pas le choix. Je dois rejoindre la brigade dans laquelle mes nouveaux amis se battent chaque jour contre les délinquants. Je dois collaborer avec eux tout en maintenant mon identité de militaire de l’extrême secrète. L’équation me semble compliquée.

Tu oublies que tu as une carte dans ta manche. Romain sait qui tu es et pourra t’aider à garder ton secret.

Je vais aussi devoir protéger mes jeux avec le cow-boy sexy. Ma mission ne va pas être de tout repos !

Je pouffe en imaginant la tête de tous les gars quand je vais débarquer. Avant d’avoir des sueurs froides ! Ma meilleure amie va me cuisiner pour comprendre. 

Dans quel pétrin joli coco m’a-t-il précipitée avec son avarie au-dessus de l’Afghanistan ? Mon joli coco qui me manque tant… 

Puis je me souviens que je suis vivante.

Because I'm alive

(Car je suis en vie)

When you call on me

(Quand tu m’appelles)

When I hear you breath

(Quand je t’entends respirer)

I get wings to fly

(Ça me donne des ailes)

I feel that i'm alive

(Je ressens que je suis en vie)

Oui, je suis vivante et je peux tout gérer avec sang-froid.

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