Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber
Chapitre 31
Romain
Je suis inquiet. Je n’ai plus aucune nouvelle de Laura depuis trois jours et je suis inquiet. Les tensions se sont accrues au Mali à la suite de l’intervention des militaires pour libérer les otages.
Je suis à deux doigts d’appeler Seb pour savoir si une mission est en cours au Mali. Je dois me calmer et rester concentré. Laura est certainement sur le terrain et ne peut pas me donner de nouvelles. Seulement je deviens fou en imaginant les dangers qu’elle court chaque jour.
Et si tu l’appelais tout simplement ? Mets de côté ta fierté de mâle déplacée et décroche ton putain de smartphone ! Appelle Laura.
Non, je ne le ferai pas. Elle est certainement sur le terrain et elle n’a pas besoin que je la perturbe avec mes questions.
Pourquoi penses-tu que cela la perturberait ? Elle serait certainement heureuse de savoir que tu t’inquiètes pour elle. Arrête de tergiverser et appelle Laura.
J’ai dit non. Je cours comme un possédé sur le parcours du combattant et je me souviens à quel point mon amazone indomptable nous avait donné du fil à retordre sur ce même parcours. Je grogne comme un malade en franchissant la ligne. Nico et Clément arrivent juste derrière moi et se marrent.
— Moi, je te dis qu’une nana le tient par les couilles et qu’il ne sait pas comment faire. Regarde-le courir comme un lapin ! Il me rappelle Adrien avec Amandine.
Clément est trop perspicace et je n’aime pas qu’il se foute de moi. Je pivote, l’attrape par le col et le fais presque décoller du sol. Il place ses mains sur mes avant-bras et m’observe avec attention.
— Hey, mon pote, qu’est-ce qui t’arrive ? Je ne voulais pas t’énerver. Repose-moi avant de te faire mal.
Je deviens complètement fou, je viens de m’en prendre à un de mes frères d’armes, un de mes potes. Nous passons notre temps à nous chambrer alors pourquoi est-ce que je viens de disjoncter ? Je repose Clément et marmonne.
— Je suis désolé, je n’ai pas apprécié que tu me dises qu’une nana me tient par les couilles.
— Depuis quand accordes-tu de l’importance à ce que je dis ? Surtout quand il s’agit de gonzesses ! Tu ne m’as pas habitué à être aussi susceptible.
— Que veux-tu ? J’ai besoin de me défouler, je suis super en colère à cause de ce qui se passe sur le blog. Ces idiots s’en donnent à cœur joie et nous ne sommes même pas capables d’avancer sur l’enquête. J’ai besoin de me retrouver un peu seul.
— Tu as surtout besoin de t’enfoncer dans une bonne chatte ou un derrière appétissant pour oublier.
Je ne relève pas la remarque de Clément et je pars en direction de la salle. Je n’ai pas besoin de m’enfoncer dans n’importe quelle chatte, je veux m’enfoncer dans la chatte accueillante et si étroite de Laura.
J’arrive devant le punching-ball d’entraînement et je commence à taper dedans à mains nues. Je dois évacuer le stress. Je dois m’épuiser pour arriver à dormir. Je n’ai pas réussi à dormir entre mes deux gardes. J’ai juste pris quelques heures de sommeil ici et là.
Tu sais très bien ce qui te permettrait de retrouver le sommeil. Appelle Laura et discute tranquillement avec elle. Tu as besoin d’entendre le son de sa voix. Tu dois savoir qu’elle va bien pour retrouver le sommeil.
— Arrête de me casser les pieds !
Je viens de hurler cette phrase dans la grande salle de sport vide. Je me place face au punching-ball et je tape, tape, tape. J’enchaîne les droites puis les gauches comme si ma vie en dépendait.
Ma vie n’en dépend peut-être pas, mais mon intégrité mentale a besoin d’évacuer la pression. En temps ordinaire, j’utilise le sexe pour évacuer la pression. Là, je suis incapable de trouver une gonzesse pour la pilonner comme un fou.
Je deviens ingérable. La scène avec Clément montre clairement que je n’arrive plus à me contrôler. Jamais je ne me serais énervé sur lui pour une plaisanterie avant.
Je m’écroule à même le sol et me prends la tête dans les mains. Pourquoi me manque-t-elle autant ? Pourquoi suis-je aussi inquiet ? Comment a-t-elle réussi l’exploit de s’immiscer à ce point dans ma tête ? Je deviens fou.
Je lève la tête quand j’entends la porte du gymnase se refermer. Mon meilleur ami se dirige vers moi et me regarde fixement. Je me mets debout pour lui faire face.
— Clément vient de me raconter ce qui s’est passé.
— Je ne savais pas qu’il était devenu une balance.
Je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher cette phrase. Je suis interloqué par le comportement de mon ami.
— Oh, il ne t’a pas balancé ! Il était en train de discuter avec Nico de ce qui s’était passé et je suis arrivé à ce moment-là.
Je ressens un putain de soulagement quand je comprends que mes coéquipiers ne m’ont pas dénoncé. C’est juste Adrien qui s’est pointé au mauvais moment.
— J’ai eu une mauvaise réaction, on ne va pas en faire tout un plat.
Il m’observe avec les yeux à moitié fermés comme s’il cherchait à percer un secret que je lui cacherais. Je ne lui cache rien, il connaît tout de mon histoire avec Laura.
— Je vais te mettre en indisponibilité si tu n’arrives pas à te maîtriser.
Sa voix est calme, mais la menace est bien réelle. Il a le pouvoir de m’écarter des missions de la BE 75 s’il le souhaite. Je ne pensais pas entendre une telle phrase dans sa bouche un jour. Ma réaction est violente et ne se fait pas attendre.
— Oh, arrête de me prendre la tête !
Je vous rassure, j’arrive à me maîtriser un peu. Contrairement à ce qui s’est passé avec Clément, je ne le saisis pas par le col pour le soulever.
— Punaise, Romain, avant d’être ton supérieur, je suis ton ami. Dis-moi ce qui se passe au lieu de t’enfoncer.
— Elle me manque.
Je viens de crier dans le gymnase. Je ferme les yeux, je respire un grand coup avant de poursuivre plus calmement.
— Elle me manque, Adrien. Elle me manque tellement. Je n’ai jamais été en manque d’une nana et je ne sais pas comment réagir.
Mon meilleur ami me sourit avant de poser une main sur mon épaule.
— Je te jure que tu comprendras quand tu accepteras d’ouvrir les yeux. Comme le dit Amandine, tu es dans la mouise et tu ne te rends même pas compte. Prends sur toi et calme-toi. Ne réagis pas aux provocations de Clément, Nico et compagnie. Ils se doutent qu’il se passe quelque chose dans ta vie. Ne leur permets pas de te faire sortir de tes gonds avec des paroles innocentes !
Je hoche la tête et nous repartons vers le centre de commandement. Au moment où nous y arrivons, la sirène retentit. Daniel nous avertit que nous devons nous rendre dans un commerce de Paris où trois terroristes ont pris en otage dix personnes.
Je n’ai pas le choix, je dois me concentrer et laisser de côté le manque cruel que je ressens. L’absence de Laura ne doit pas perturber l’exécution de ma mission. Il n’y a rien de pire qu’une prise d’otages en plein cœur de Paris par des terroristes. Ils sont prêts à tout pour se faire remarquer et défendre leur idéologie.
— Sommes-nous certains qu’il s’agit de terroristes ?
— Malheureusement, oui ! Une personne qui a réussi à s’échapper du commerce les a entendus évoquer Allah.
— Quand comprendront-ils que la religion musulmane n’est pas une religion de combat ? Elle prône la paix et l’entente entre les hommes.
— Certains sont prêts à tout pour des idéologies. Regarde les gourous des sectes qui arrivent à exploiter des dizaines de personnes vulnérables.
Nous partons nous équiper avant un lourd combat. Nous savons que nous n’aurons pas le droit à l’erreur si nous ne voulons pas perdre des innocents. Nous montons dans notre van qui nous conduit immédiatement sur les lieux de l’intervention.
La nouvelle de la prise d’otages a déjà fait le tour des médias. De nombreux journalistes sont présents pour couvrir cette actualité malheureuse. Amandine s’énerve sur son siège alors qu’elle reste d’habitude très mesurée.
— Évidemment, il faut qu’Alexandra soit présente. Elle se trouve toujours sur les lieux où se passent les actions les plus dangereuses. Pourquoi ne peut-elle pas s’occuper de la rubrique des chats écrasés ?
Clément éclate de rire et elle le regarde avec des yeux revolvers.
— Range tes yeux, Amandine ! Ton homme a besoin de moi pour lui sauver les fesses. Ta sœur aime ce qui fait l’actualité et forcément, elle se trouve sur les points chauds.
— Je te dirai ce que je pense tout à l’heure. Je vous laisse vous concentrer.
Adrien nous regarde tous avant de lâcher une phrase qui m’est certainement destinée.
— Je veux une concentration optimale, les gars. Vous laissez tous vos soucis personnels, tous vos manques dans ce van et vous vous concentrez. Vous savez à quel point les interventions avec des terroristes et des otages sont difficiles. Alors concentration et on n’y coupe pas. Si l’un d’entre vous ne se sent pas capable d’y aller, il le dit tout de suite.
Croit-il vraiment que je ne sois pas capable de faire mon travail tant le manque de Laura me ronge ? Je me mets en mode guerrier et je l’observe avec toute la détermination que je trouve à l’intérieur de moi.
— Prêt à te suivre et à libérer les otages.
— Moi aussi, je suis prêt à te suivre et à libérer les otages.
— Idem pour moi.
— C’est valable aussi pour moi.
— Et pour moi aussi !
Je suis le premier à avoir donné mon accord et mes quatre frères d’armes ont suivi. Adrien hoche simplement la tête et nous fait signe de baisser nos cagoules. C’est le signal de départ.
Il ouvre la porte du van et nous courons comme des fous en file indienne pour retrouver d’autres unités spéciales.
Les responsables commencent à échanger entre eux et décident qu’il ne faut pas tarder à donner l’assaut. Les trois terroristes sont ingérables par téléphone et menacent de tuer très rapidement le premier otage. Nous ne pouvons pas prendre ce risque.
Je me surprends à me demander si Laura a ressenti la même montée d’adrénaline au moment où elle a dû partir pour délivrer les otages au Mali.
Concentre-toi, Romain ! Concentre-toi. Tu ne peux pas laisser ton esprit déraper à ce point.
J’essaie de faire abstraction et j’y parviens au moment où Adrien donne la consigne de l’assaut. Nous suivons les instructions de notre lieutenant qui a construit l’intervention avec d’autres unités spéciales. Nous allions nos forces physiques, tactiques et mentales pour venir à bout des trois terroristes.
Une caméra a été installée discrètement au plafond pour nous permettre d’examiner les faits et gestes des criminels. Ils sont très menaçants envers les otages et si nous n’intervenons pas rapidement, il n’y en aura plus que neuf à sauver.
Nous avons décidé de rentrer dans le commerce par plusieurs points d’accès. Nous les faisons tous exploser à l’aide de bombes et nous entrons avec les masques à gaz sur nos visages. Nous hurlons aux otages de se mettre à terre pendant que nous visons les terroristes à plusieurs.
— Jetez immédiatement vos armes ou nous faisons feu.
Ils commencent à diriger leurs armes vers les otages à terre et nous ouvrons le feu. Chaque terroriste se retrouve criblé de balles. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre le moindre risque.
Pendant que Clément et d’autres policiers me couvrent, je m’approche de l’un d’entre eux. Avec le pied, j’expédie ses armes le plus loin possible de lui. D’autres se chargent de les ramasser et de les enregistrer comme pièce à conviction. Je vérifie le pouls.
— Celui-ci est hors d’état de nuire.
Adrien confirme que le second aussi et Benjamin rajoute que le troisième est décédé également. Les otages sont libérés et peuvent être en charge par le personnel médical. Ils seront interrogés un peu plus tard.
L’intervention a été musclée et menée d’une main de maître. Nous n’avions pas le choix. Les terroristes ne méritent aucune pitié. Si nous hésitons une fraction de seconde, eux ne le feront pas. Dans cette guerre, il ne peut y avoir qu’un vainqueur. Une fois encore, nous sommes parvenus à déjouer leurs plans.
Nous retournons au van et des flashs crépitent tout autour de nous. Je ne peux m’empêcher de me demander si les gens liés au blog se trouvent parmi les journalistes. Éric démarre pour nous ramener dans nos locaux.
— Alexandra vient de m’envoyer un message. Elle écrit un article élogieux sur la BE 75 et sur votre dévouement pour défendre les Français au quotidien. Il paraîtra demain, il a déjà été approuvé.
— Dois-je demander à Clément de remercier ta sœur ou le feras-tu ?
Je souris en entendant Benjamin. Il va s’attirer les foudres d’Amandine. Pour toute réponse, elle mime un revolver avec ses doigts et fait semblant de le viser.
— Je n’ai pas vraiment grand-chose à craindre vu ton niveau au tir.
Nous arrivons à la BE 75 et Victor nous attend pied ferme. Adrien saute à terre et l’interpelle.
— Ne me dis pas qu’il y a déjà un article sur notre mission de ce soir !
— Non, pas sur votre mission de ce soir, mais sur une mission de l’armée française au Mali. Genre mission suicide !
Quand j’entends parler du Mali, je me décompose. Est-il arrivé quelque chose à Laura ? Est-ce la raison de son silence ?
Je n’en peux plus de son silence, je n’en peux plus de cette inquiétude qui me ronge le corps et l’esprit. Je dégaine mon portable et je lui envoie un simple message alors que je voudrais l’appeler pour entendre sa voix et me rassurer.
Romain : [Est-ce que tu vas bien, Athéna ?]
Personne ne répond à mon message et l’inquiétude monte d’un cran en moi. Je dois me maîtriser ou Amandine va se douter de quelque chose. Je ne peux pas trahir les confidences de Laura.
Réponds-moi vite, ma déesse de la guerre !
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