Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber
Chapitre 7
Laura
Je tourne, je vire dans mon lit et j’ai l’impression que mon corps va se désagréger. Je vois le sol se rapprocher et je ne sais pas si je vais réussir à me poser sans m’éclater la cervelle. Punaise ! Il faut absolument que je fasse quelque chose. Je suis trop jeune pour mourir.
Comment vais-je redresser ? Je ressens la peur au plus profond de mon corps. Elle transperce mes os. Je me réveille en sursaut.
— NOOOOOOOOON…
Je hurle comme une malade. Je hurle à m’en décrocher la mâchoire. Il me faut quelques secondes pour m’habituer à l’obscurité et comprendre que je ne me trouve pas dans mon joli coco. Je suis en sécurité dans mon appartement.
Je me raisonne, ce n’était qu’un cauchemar. Un putain de vilain cauchemar ! J’ai réussi à me poser sans encombre et en un seul morceau. Je ne sais pas comment j’ai réussi cet exploit, mais il me permet d’être encore en vie aujourd’hui.
I couldn't get much highter
(Je n’aurais pas pu aller plus haut)
My spirit takes flight
(Mon esprit prend son envol)
Because I'm alive
(Car je suis en vie)
When you call on me
(Quand tu m’appelles)
When I hear you breath
(Quand je t’entends respirer)
I get wings to fly
(Ça me donne des ailes)
I feel that i'm alive
(Je ressens que je suis en vie)
Je suis une survivante. Je crois que cette chanson va devenir ma nouvelle ritournelle. Comme un hymne à la vie ! Cette vie qui a failli m’être retirée et que j’ai réussi à sauver. I am alive. J’aurais dû aller voir Céline à Vegas avec Amandine. Nous n’avons pas pu nous y rendre au dernier moment.
En parlant d’Amandine, je vais devoir être très prudente avec elle. Je ne peux absolument pas lui parler de ce qui s’est passé sur le toit-terrasse de sa résidence. Elle ne pigerait pas, elle n’est pas aussi libérée que moi. Il lui a fallu beaucoup de temps pour reprendre confiance en elle. Comment pourrait-elle cautionner que je me sois ainsi exposée à ce qu’une tierce personne arrive et me découvre agenouillée devant un homme en train de le sucer ?
Je ne regrette absolument rien. C’était un moment d’une intensité érotique incroyable. La possibilité d’être surprise a décuplé les sensations que j’ai éprouvées.
Je m’assois dans mon lit et je repense à l’expression sur le visage de Romain. Cet homme magnifique m’a laissé le contrôle. Contrairement à beaucoup d’hommes, il n’a pas hésité à me prévenir qu’il allait jouir. Certains mecs ne prennent même pas la peine de se retirer avant d’éjaculer. J’ai horreur de ceux qui pensent qu’une femme a forcément envie d’avaler leurs semences. C’est à nous seules de décider.
Enfin, moi, je suis tout de même déçue que tu aies dû repartir dans l’appartement d’Amandine. J’aurais adoré sentir sa bouche sur notre chatte.
Tourner les talons m’a demandé beaucoup de courage. J’avais envie de le sentir au plus profond de moi. Ce n’est que partie remise, je sais qu’il tiendra la promesse qu’il m’a faite. J’ai hâte de le croiser de nouveau. Et cette fois-ci, ce sera à son tour de s’occuper de moi. J’en frémis d’excitation à l’avance.
Enfin, c’est tout de même dommage d’avoir à attendre encore ! Tu pourrais déjà connaître la sensation de sa bouche sur ton minou. Mais non, Mademoiselle a préféré courir retrouver sa meilleure amie et nous laisser frustrées.
Ah, tu es vraiment trop chiante ! Malgré l’heure matinale, je n’arriverai pas à me rendormir. Ces cauchemars me poursuivent depuis trois jours. Je vais devoir trouver une solution très rapidement ou le psy ne me laissera jamais retourner sur le terrain. Il est primordial que je puisse dormir d’une traite quand j’en ai l’occasion. Je peux être appelée à tout moment pour partir en opération, je dois pouvoir emmagasiner du sommeil d’avance et non pas me retrouver avec un déficit.
J’attrape mon portable pour commencer à surfer sur Internet et je m’aperçois que mon meilleur ami a tenté de me joindre au moment où je dormais. Je vais essayer de le contacter. Je lance l’appel et il me répond dès la seconde sonnerie.
— Coucou, la chica de mon cœur. Je m’inquiétais pour toi quand j’ai appris ton accident. Comment vas-tu ?
— Coucou, mon Martin. Tu étais en opérations spéciales quand j’ai été sauvée puis rapatriée vers la France. Je n’avais pas envie de te laisser un pauvre message.
— C’est vrai que c’est mieux d’avoir entendu Amandine pleurer comme une madeleine sur le répondeur en disant que tu avais envoyé un message d’adieu en quelque sorte.
Punaise ! Qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle l’a juste averti de ma disparition sans le rassurer dès que j’ai été retrouvée. Il n’y a qu’elle pour faire les choses à moitié. Et forcément la mauvaise moitié ! Elle aurait pu l’appeler après que les soldats m’aient sauvée. Non, elle a appelé quand je me trouvais à l’intérieur de joli coco et que je ne savais pas si j’allais m’en sortir. Je la connais si bien que j’aurais dû m’en douter.
— Je suis vraiment désolée. Comment ai-je pu ne pas y penser ? Excuse-moi de t’avoir inquiété.
Il éclate de rire et je l’imagine s’allonger sur son lit, le coude replié derrière la nuque.
— J’ai tout de suite compris que tu étais saine et sauve. Plusieurs membres de l’état-major ne s’en seraient pas remis si tu avais été tuée. Tu as fait des ravages parmi les hauts gradés.
— Pas uniquement parmi les hauts gradés !
— Oui, j’aurais pu être l’homme de ta vie.
— Tu l’es, mon Martin adoré. Sois certain que ton amitié m’est plus précieuse que tout. Nous avons eu une courte liaison et depuis, il nous arrive de nous amuser en souvenir du bon vieux temps. Toi comme moi savons l’importance de vivre l’instant présent. Nous pouvons mourir à chaque opération.
Martin et moi avons entretenu une relation de quelques semaines avant de nous apercevoir que nous préférions la voie de l’amitié. Il est mon plus fidèle ami depuis cinq ans. Nous appartenons à la même unité spéciale. Nous n’intervenons pas souvent sur les mêmes opérations.
— Comment te sens-tu, Laura ? Ne me mens pas en prétendant que tout va bien. Je te connais suffisamment pour savoir à quel point tu es sensible. Tu le caches juste derrière un masque de sensualité. Tu te comportes comme une femme qui n’a peur de rien alors que tu as des failles très humaines, mais tu ne veux pas que les gens soient au courant.
J’en chialerais presque. Martin est comme un frère pour moi. Enfin, un frère de cœur, je n’oublie pas que je me suis envoyée en l’air avec lui. Ça me fait penser à ce vieux film avec Julia Roberts. Le mariage de mon meilleur ami, il me semble. Dans ce film, Julia est très amie avec un homme dont je ne me souviens plus du prénom et ils se sont promis de se marier à leurs vingt huit ans s’ils étaient toujours seuls. Martin me l’avait proposé et je lui avais répondu qu’il fallait au moins attendre nos cinquante ans.
— À quoi penses-tu ? Tu es partie dans tes pensées alors que j’attends une réponse.
— Je pensais juste à notre promesse de mariage à cinquante ans si nous étions toujours célibataires.
— Oui, je m’en souviens, mais tu t’en sortiras pas avec une pirouette dont tu as le secret. Comment te sens-tu ?
Je pousse un soupir avant de lui répondre d’une toute petite voix.
— J’enchaîne les cauchemars et je n’arrive pas à dormir une nuit entière depuis mon accident avec mon avion. Je ne veux pas en parler au psy, il refuserait que je retourne sur le terrain.
— Tu dois absolument trouver un dérivatif à ces cauchemars. Tu dois faire taire ces cauchemars.
Et si tu demandais à Romain de t’aider… Je suis convaincue qu’il est serviable, le beau gosse.
— Oui, je sais, Martin. Hier soir, Amandine est venue me chercher et elle avait organisé une soirée pour mon retour. Il y avait plein de beaux gosses.
Je l’entends soupirer dans le haut-parleur de son portable. Je pense même qu’il se tire les cheveux en m’écoutant.
— Je pense qu’il est vain de te rappeler qu’il n’y a pas que le sexe dans la vie pour oublier ses tourments.
J’éclate de rire. Il pousse un nouveau soupir à faire se réveiller les morts. Enfin, façon de parler !
— Le sexe, c’est la vie. Il me semble que tu n’es pas contre cette théorie.
— Oui quand c’est uniquement pour le plaisir. Non quand c’est pour chasser ses démons.
— Depuis quand es-tu devenu le psy personnel de Laura Roscoff ?
— Il faut bien que quelqu’un prenne soin de toi, ma bichette.
Ce con sentimental arrive à faire monter mes larmes. Je déteste pleurer. Depuis mes quinze ans, je me suis juré de ne plus laisser quiconque me faire pleurer. Je refoule mes émotions en respirant lentement. Martin s’en rend compte.
— Si seulement tu pouvais avoir suffisamment confiance en moi pour me confier tes tourments secrets !
— Tu le sais, je viens de te le dire.
— Non, je ne te parle pas de ces cauchemars qui te hantent depuis quelques jours. Je te parle de ce qui est profondément enfoui en toi et que tu ne laisses personne atteindre.
Même s’il est mon meilleur ami et un des hommes qui compte le plus pour moi dans mon existence, je ne le laisserai pas toucher à cette partie de moi si douloureuse. Fidèle à mes habitudes, j’esquive ses interrogations.
— Le jour où j’aurais envie d’évoquer mon passé, je te promets de venir te voir. Aujourd’hui, j’ai juste besoin que tu me boostes pour éloigner ces cauchemars.
— Je t’ai déjà dit que ce n’était pas la solution, mais je respecte ton silence. Je serai là le jour où tu seras prête.
Il va vraiment réussir à me faire chialer. Je n’ai pas dormi de nuit complète depuis l’épisode de l’Afghanistan et je suis à fleur de peau. Vite, une boutade pour dédramatiser la situation.
— Si tu étais avec moi dans l’appartement, je te sauterais dessus comme au bon vieux temps.
— Je suis trop faible devant toi et je te laisserais m’utiliser pour notre plaisir à tous les deux. Sais-tu que nous serions déjà mariés si nous n’avions pas repoussé l’âge de notre deal ?
— Oui, je sais et tu me détesterais, car je te tromperais dès que j’en aurais l’occasion.
Cette fois-ci, c’est lui qui éclate de rire. Un son qui me réconforte dans la seconde avant que je ne m’étrangle avec ma salive quand je l’entends proclamer d’une voix on ne peut plus assurée :
— Tu as tort, ma bichette. Je t’aurais équipée d’une ceinture de chasteté dont je serais le seul à posséder la clé. Tu n’aurais d’yeux que pour moi, ton maître absolu.
— Va te faire foutre, Martin Boli ! Celui qui me domptera n’est pas né. J’irais même plus loin. Il n’est même pas encore dans les couilles de son père.
— Si ta mère t’entendait, elle dirait…
— Ton langage, Laura Roscoff. Je ne t’ai pas élevée pour être aussi vulgaire.
Le fou rire nous prend tous les deux jusqu’à ce que nous entendions la sirène de la base militaire où se trouve Martin.
— Je t’embrasse, ma bichette. Pense à ce que je t’ai dit et prends soin de toi. Je te rappelle bientôt. Je dois y aller.
— Fais bien attention à toi, mon Martin.
Il raccroche et je retombe sur mes oreillers en laissant échapper mon portable.
Jamais je ne permettrai qu’une personne pénètre dans mon jardin secret ou plus exactement au fin fond de mon jardin secret. J’y ai enterré mes années de souffrance et je ne laisserai personne entrevoir ces failles. C’est trop douloureux.
Mon portable vibre et je me demande qui peut bien me contacter à 8 h du mat. Je déverrouille mon écran et je suis surprise de voir un message de Romain.
Romain : [J’espère que tu as fait de beaux rêves. Il est temps de poursuivre ce que nous avons commencé hier. Viens m’ouvrir.]
OMG ! Mon shorty de nuit est victime d’une inondation intense. Sans même passer par la case salle de bains, je me précipite vers la porte d’entrée.
À nous deux, BG de la BE 75 !
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