Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber
Chapitre 2
Laura
S’il y a un Dieu sur cette terre, c’est le moment qu’il se manifeste. Soit je m’écrase avec mon appareil soit nous nous posons tous les deux. En résumé, en combien de morceaux serai-je dans trois minutes ?
Tu parles d’un optimisme à toute épreuve ! N’y a-t-il pas un grand homme qui a affirmé qu’il faut faire face aux situations les plus désespérées avec panache ?
Non, ce n’est certainement pas un homme qui a affirmé un truc pareil. Une femme peut-être à la rigueur.
J’ai envie de fermer les yeux, mais je les garde bien ouverts. Limite je les écarterai avec des allumettes pour être certaine que mes paupières ne vont pas tomber.
Purée ! C’est le moment ! Priez pour moi. Les roues touchent le sol, je suis secouée comme un prunier. Je suis bonne pour tourner dans une pub Orangina, moi. Humour pourri, bonjour ! Ne vous inquiétez pas, mon humour est encore pire au bord du précipice.
Allez, mon coco, fais un effort. Ne me laisse pas tomber ! Je t’aime bien, je n’ai pas envie toutefois de partir au ciel avec toi.
Il tousse en guise de réponse. Ce n’est pas vraiment ce que j’attendais, mais soit ! Il tousse de plus en plus. J’ai l’impression de me retrouver avec ma vieille tante qui fumait comme un pompier.
Laura, concentre-toi au lieu de penser à Tata Paulette qui combat un cancer des poumons depuis des années et qui lui mène la vie dure. Dans la famille, on ne s’avoue pas vaincu facilement.
Mon coco s’immobilise enfin et je manque de passer par-dessus mon tableau de bord tant l’arrêt est brutal. Tout s’est éteint en moins d’une fraction de seconde. C’en est même flippant ! Je déclenche ma balise de détresse et j’attrape mon téléphone satellite. Je dois sortir le plus vite possible au cas où des rebelles aient localisé mon avion en perdition.
Je me lève et waouh, je suis entière. Merci, l’univers, mais j’ai besoin de toi encore un peu. Je ne veux pas être capturée, je souhaite rentrer à la base le plus vite possible.
Oui, n’oublions pas que nous avons rendez-vous avec un bel étalon ce soir. Ce serait vraiment dommage de lui poser un lapin pour cause d’avion écrasé en territoire ennemi.
Si seulement je pouvais être rentrée à mon camp de base ce soir ! Je n’ai pas vraiment envie de m’éterniser en Afghanistan. Je ne retrouve dans un pays hostile à la France, dans une zone rebelle et je suis une femme. Punaise, je les cumule. Je dois sauver mes fesses le plus vite possible.
Oui, nos fesses et notre chatte. Si tu tombes entre leurs mains, ils ne te feront pas de cadeau. Ils n’hésiteront pas une seule seconde à s’amuser avec toi quitte à te forcer.
Pas la peine de me motiver en agitant la peur de la capture, du viol ou de la torture !
Je sors de l’avion avec mon arme à la main après avoir enfilé mon sac à dos avec kit de survie en milieu hostile. On se croirait dans un film d’action sauf que j’en suis l’héroïne inconnue et sous-payée. Bah oui, mon cachet est loin d’être celui d’une actrice.
Concentre-toi, Laura ! Je regarde tous les côtés et je ne vois pas âme qui vive à l’horizon. Ni ennemis ni coéquipiers qui viendraient à la rescousse. Je suis seule et je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou pleurer.
Je mets en pratique les nombreuses heures d’entraînement que j’ai suivies en espérant n’avoir jamais à les utiliser. Il faut que je trouve une cachette où je pourrais me planquer en attendant la cavalerie.
Je parle bien d’une cavalerie alliée et non d’une cavalerie hostile. Je vous jure, je fais de l’humour pourri, mais je n’en mène pas large. J’espère que mes collègues vont très rapidement se poser pour venir me chercher.
Je n’ai pas le temps d’avoir peur, je dois sauver ma peau. Je ne peux absolument pas laisser mes parents, mon frère, mon meilleur ami et surtout mon Amandine. Qui serait là pour lui booster ses fesses ?
Moi, je dirais qu’Adrien Laval s’en chargera très bien !
Je ne parle pas de s’occuper de ses fesses, je parle de lui remonter le moral et la pousser à aller de l’avant. Seule une meilleure amie sait faire ce genre de choses. Un mec, ça ne pense qu’à foutre sa queue entre les fesses. Donc, je dois sauver mon derrière pour mon Amandine et moi.
Elle et moi avons une relation qui va au-delà d’une simple amitié. Elle est la sœur que je n’ai jamais eue, elle est mon autre, elle est mon double. Elle est mon âme sœur au féminin. Un peu comme Lara Fabian et Maurane qui se tenaient les mains si fort en chantant Tu es mon autre.
Tu ne parles qu’une langue, aucun mot déçu
Celle qui fait de toi mon autre
L’être reconnu
Il n’y a rien à comprendre
Et que passe l’intrus
Qui n’en pourra rien attendre
Car je suis seule à les entendre
Les silences et quand j’en tremble
Vous pourriez penser que cette chanson ne fait pas partie des standards d’une jeune fille de mon âge. Certaines chansons sont intemporelles et sont destinées à tous. Un peu comme Ne me quitte pas de Jacques Brel.
Ce n’est peut-être pas le moment de penser à des chansons tristes. Tu ne pourrais pas penser aux chansons de Rocky pour te préparer au combat qui t’attend. Ou penser aux scènes de combat épique dans Maverick.
C’est vrai qu’il n’était pas en train de rêvasser, Tom Cruise. Il faisait tout pour sauver ses fesses et celle de son petit protégé. Je ferais bien de me mettre en mode serial warrieuse. Girl Power, me voilà !
Comme je l’ai appris pendant mes sessions de survie, je scrute les alentours à la recherche du moindre paysage qui pourrait me permettre de me camoufler. La nature va être ma meilleure amie dans cet univers hostile. Non, dans cet environnement hostile.
Je dois penser positif. L’univers n’est pas contre moi, mais avec moi. Oui, je sais, cela peut paraître un discours d’illuminée. Ma tante est une adepte des médecines parallèles. Comme elle me gardait souvent pendant les vacances scolaires, j’ai baigné dans cette philosophie pendant des années. Elle est ancrée en moi. Alors je vais faire appel à tout ce que Tata Janine m’a appris pour me sortir de ce mauvais pas.
Rassure-moi, tu ne vas pas allumer un feu et danser autour tout de même ?
Tu me fatigues ! Je ne suis pas débile au point d’allumer un feu. Je serais repérée dans la seconde. Allez, je scrute, je scrute. Rien de bien intéressant à exploiter à proximité de l’avion.
J’attrape les jumelles dans la poche gauche de mon sac et je les porte à mon visage. Je vois des rochers où je pourrais éventuellement me planquer. Les ressources sont faibles et je n’ai pas vraiment l’embarras du choix. Je dois me contenter de ces quelques caillasses.
Je suis bien consciente que si mes collègues n’arrivent pas dans les heures qui viennent, je ne parviendrai pas à échapper aux rebelles indéfiniment. Nous ne sommes pas dans un film, mais dans la réalité. Il n’y a pas de vieux coucou dans un hangar à l’horizon et je ne peux pas l’utiliser pour décoller vers ma liberté.
Je ferme les yeux et je me concentre pour me remplir de courage, de détermination et de force. Il ne m’arrivera rien du tout. Je vendrai ma peau chèrement.
Je sors du couvert de mon avion et je commence à courir aussi vite que mes jambes me le permettent. L’adrénaline coule dans mes veines. Une adrénaline bien plus forte que lorsque je suis aux commandes de mon avion.
Pour le moment, tout se passe bien. Pas d’ennemis en vue, pas d’avion au-dessus de moi. Je ne peux rien contre les foutues images satellites qui pourraient vendre ma position.
Je cours et j’arrive enfin derrière le tas de rochers. Il forme un cercle qui me coupe à la vue du monde, mais qui m’emprisonne également. Je n’ai pas le choix. Je saute à l’intérieur et je reprends mon souffle avant de scruter à 360 degrés.
J’ai l’impression que mon cœur va sortir de ma poitrine. Il bat à un rythme effréné. Je ralentis ma respiration pour forcer mon cœur à reprendre un rythme normal. J’ai besoin de rester concentrée et de répéter les gestes mis en scène des centaines de fois pendant les entraînements.
Je commence à creuser avec la mini pelle qui se trouve dans le fond du sac. Je bois et je mange une première ration de survie. C’est dégueulasse, mais c’est consistant. Je tiendrai le coup pendant plusieurs heures avec ce que je viens d’avaler.
Je me fais la promesse d’aller manger au Ritz avec mon Amandine dès mon retour à Paris. Euh, non ! Ce n’est pas l’idée du siècle. La petite brasserie de quartier qui sert des hamburgers maison du tonnerre conviendra beaucoup mieux à notre petite sauterie.
Je ne sais pas combien de temps je creuse. Le temps semble filer entre mes doigts tandis que je martèle la terre dure de mes coups de pelle. Je suis en sueur, j’ai chaud, je tiendrai le coup.
Je m’arrête soudain. J’ai cru entendre du bruit. Je suis aux aguets et je rampe jusqu’à une des extrémités de ma muraille de pierres. Jumelles devant les yeux, je découvre de véhicules autour de mon avion. Ce ne sont pas mes collègues qui sont venus me chercher en voiture. Je vois des hommes armés faire de grands gestes et regarder tout autour d’eux. Ils pointent du doigt l’endroit où je suis cachée. Je ne tiendrai pas longtemps face à tous ces rebelles. Je peux comprendre ceux qui avalent des pilules de poison pour ne pas être capturés vivant.
Punaise ! Je ne veux pas que mes parents, que ma famille, que mes amis apprennent que je suis une militaire de l’extrême dans les journaux télévisés. C’est le moment d’un petit coup de pouce de l’univers.
Ils sont remontés dans leur Jeep et roulent vers moi. Je ne peux pas rester ici, je suis prise au piège. J’ai dit que je vendrai ma peau chèrement et je le ferai.
J’entends un bruit sourd au-dessus de ma tête. Je la lève et je n’en crois pas les yeux quand je vois un avion de l’armée française derrière moi. Mes héros viennent d’arriver. Sans réfléchir, je m’élance à découvert pendant que deux de mes collègues me couvrent. Je dois atteindre l’avion avant que les véhicules n’arrivent sur moi. C’est ma seule chance de sortir de ce guêpier vivante.
Les balles pleuvent autour de moi et j’aurai vraiment du bol si je n’en prends pas une dans les fesses.
Ah, non ! Personne ne touche à nos fesses. Cours, girl, cours !
Ce n’est pas Forrest, mais girl. Vais-je y arriver ?
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