Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber

Chloé Loukas · Chapitre 32 sur 37

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Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber

Chapitre 30

 

 

Laura

 

Me voilà de retour sur le terrain avec une mission on ne peut plus délicate ! Nous devons extraire un couple d’otages français qui a été capturé par une faction rebelle au Mali.

Après le briefing, nous sommes partis pour camper avant de commencer l’opération sauvetage. Pas camper dans le sens vacances ! Il s’agit bien entendu d’une mission top secrète et je n’ai rien pu dire à Romain quand je lui ai envoyé un texto.

Pourquoi lui ai-je envoyé un texto d’ailleurs ? Quinze jours que je luttais pour ne pas l’appeler ou lui envoyer un message… Au final, j’ai quand même craqué. Est-ce la perspective de partir sur une mission aussi dangereuse qui m’a fait craquer ?

Nous allons nous jeter dans la gueule du loup pour sauver deux personnes qui ont été inconscientes. Oui, je sais que ce n’est pas bien de le dire, mais j’ai le droit de le penser. Ce ne sont pas des personnes qui sont venues apporter un soutien humanitaire, non. Ce sont des touristes qui voulaient découvrir la région et qui sont passés outre les consignes de prudence du Quai d’Orsay. Et nous, les militaires, allons risquer notre vie pour les sortir de ce merdier. Si seulement cela pouvait servir de leçon à tous ceux qui pensent pouvoir braver les interdits sans conséquence !

— Tu es bien silencieuse, Laura. Est-ce que tu vas bien ?

Je souris à Martin et lui adresse un clin d’œil.

— Ne t’inquiète pas, je vais bien. Je philosophais juste sur ces touristes qui prennent des risques insensés et que nous devons ensuite aller sauver au risque de perdre la vie.

— Ainsi va la vie ! Tu sais bien que nous sommes là pour que le reste de la population puisse vivre une vie normale.

— Je sais. Ce qui est frustrant est que certains d’entre eux accordent de l’importance aux déclarations de ce blog de malheur.

— Espérons qu’il sera très vite mis hors d’état de nuire.

— Je l’espère. Tous ces mensonges sont horribles et donnent une mauvaise image de l’armée, de la police.

Martin se rapproche un peu plus de moi et chuchote à mon oreille :

— En parlant de police, as-tu roucoulé avec ton policier sexy et très jaloux ?

— Je ne lui ai pas parlé…

— Pourquoi ai-je la nette impression que tu ne me dis pas tout ?

Techniquement, je ne mens pas à mon meilleur ami. Je n’ai pas parlé à Romain, je lui ai juste écrit.

— Je lui ai peut-être envoyé quelques messages.

Il pousse un long sifflement avant de m’observer avec une attention accrue. Comme pour lire au plus profond de mon âme et de mon cœur !

— Et que fais-tu de ta résolution « ce n’était qu’une relation éphémère qui se terminera quand je repartirai en déploiement » ?

Pour illustrer ses dires, il mime des guillemets imaginaires. J’ai envie de lui faire ravaler ses guillemets imaginaires.

— Ce ne sont que des messages innocents !

— Rien n’est innocent quand il s’agit de cet homme et toi. Tu es accro et tu refuses cette évidence.

— Un petit peu d’attention s’il vous plaît.

Heureusement que Jérôme interrompt notre conversation ! Je ne savais vraiment pas quoi répondre à Martin.

— Notre indic a lancé son signal de détresse. Contrairement à ce que nous envisagions, nous n’aurons pas beaucoup de temps pour agir. Pas de campement d’organisation ! Nous y allons dès que nous touchons terre. Nous ne pouvons pas risquer qu’ils déplacent les otages.

Une nouvelle mission suicide, tout ce que j’adore ! L’adrénaline monte progressivement dans mon corps et je ne peux pas m’empêcher de me demander si Romain ressent la même chose avant une mission.

Tu vois, tu ne peux pas t’empêcher de penser à lui ! Arrache tes œillères et ouvre grand les yeux. Laisse-lui une place !

Je ne veux pas penser à cette éventualité pour le moment. Je dois me concentrer et surtout rester concentrée pendant les heures qui viennent. Ma vie et celles de mes coéquipiers dépendent de notre extrême concentration à tous. Je ne peux pas me permettre de penser à lui. Même si j’en crève d’envie !

— Nous n’avons pas beaucoup d’éléments. Je voulais observer pendant quelques heures avant de donner l’assaut, mais c’est trop risqué.

Sylvain intervient et pose les quelques questions qui nous taraudent tous.

— Sais-tu au moins combien de rebelles se trouvent sur ce campement ? Sais-tu si les otages ont été séparés ? De combien d’armes disposent-ils ?

— Je n’ai que les réponses approximatives. Je sais très bien que ce n’est pas suffisant, il faudra néanmoins s’en contenter. Nous avons affaire à une faction rebelle d’une trentaine de personnes ici. Leur campement principal se trouve à moins de dix kilomètres. Il faut donc agir suffisamment vite pour que les renforts n’arrivent pas.

— En bref, la mission tient du suicide.

Je me surprends à partager à voix haute ce que je ressens au plus profond de moi. Jérôme me regarde d’un air interloqué avant de hausser les épaules.

— On pourrait penser qu’elles tiennent toutes plus ou moins du suicide si nous n’étions pas préparés. Nous nous entraînons pendant des heures pour ce type d’intervention. OK, nous n’avons pas beaucoup d’informations sur l’endroit où nous allons, mais nous avons pour nous notre cohésion et notre expérience. Nous allons y arriver.

Jérôme n’en dit pas plus. Ce n’est pas nécessaire. Nous savons pertinemment ce que nous avons à faire. Comme il l’a mentionné, nous répétons ces scénarios à longueur de temps et sur des lieux d’entraînement différents. Nous savons que quand nous arrivons sur place, nous ne pouvons faire confiance qu’à notre équipe.

Tout le monde se concentre et l’heure n’est plus au dialogue. Quand l’hélicoptère va se poser, nous n’aurons que quelques minutes pour en sortir et courir vers le campement. Nous devons absolument exploiter l’effet de surprise pour progresser le plus rapidement possible.

Le pilote nous annonce que nous allons nous poser d’ici une minute. Nous baissons tous nos cagoules, ajustons nos casques, vérifions nos armes une dernière fois avant de nous extraire de l’appareil dès qu’il touche le sol. Aujourd’hui, ce n’était pas moi qui pilotais. Je fais partie de l’équipe d’intervention pendant que mon collègue va plus ou moins tourner en attendant que nous l’appelions. Il doit être à moins de trente secondes de nous.

J’avance derrière Jérôme et devant Martin. Nous formons trois groupes de quatre. Oui, vous avez bien calculé. Nous sommes en nombre réduit par rapport à eux. Nous commençons à faire feu avant qu’ils ne sortent leurs armes. Nous n’attendons pas leurs tirs pour riposter. N’oubliez pas que nous sommes en territoire ennemi !

Nous avançons à la queue leu leu sous les tirs fournis de nos adversaires. Nos gilets pare-balles nous protègent ainsi que notre maîtrise des trajectoires. Contrairement à eux, nous ne manquons pas nos cibles dès que nous tirons.

La progression est difficile, mais nous progressons. Nous n’avons pas le choix de toute façon. Nous devons repartir le plus vite possible.

— Il faut trouver les otages pour hier et même avant-hier. Leurs renforts vont arriver. Le groupe un reste ici pour les ralentir. Le groupe deux à gauche et le trois, à droite.

Nous suivons les ordres de Jérôme et nous nous dispersons très rapidement. La sueur coule dans mon dos, mais je n’ai pas le temps d’y penser. Nous essuyons des tirs tout en avançant. J’ouvre chacune des portes pendant que Jérôme et Martin surveillent les alentours. Chris me couvre dès que j’entrouvre les portes. Il n’y a pas âme qui vive dans ces pièces immondes qui ressemblent à des cellules.

Nous continuons de chercher et je désespère de trouver un des otages. J’arrive devant la dernière porte, je l’ouvre et je ne vois rien. Je m’apprête à la refermer quand je distingue une forme qui semble bouger. J’entre tandis que Chris pointe son arme et j’entends une petite voix me supplier.

— Non, laissez-moi tranquille. Ou tuez-moi tout de suite. Je ne veux plus que vous me touchiez.

— Est-ce que vous êtes Mathilde ?

— Oui, dans une autre vie, j’étais Mathilde.

Nous venons de trouver l’épouse. Je m’approche d’elle pour la soutenir.

— Je fais partie de l’armée française et nous allons vous sortir de cet enfer. Suivez-moi.

Elle se met debout, tente de marcher avant de vaciller. Chris se précipite et la fait basculer sur son épaule. Elle commence à crier et à s’agiter dans tous les sens. Elle ne veut pas être touchée par un homme. Il la repose et lui parle doucement pour la calmer.

— Je suis désolée, Madame. Nous n’avons pas le choix. Ne vous débattez pas, je vous en prie ! Nous devons vous évacuer le plus rapidement possible.

Elle hoche la tête et il la replace sur son épaule. Nous repartons avec notre précieux fardeau et nous essuyons des tirs. Je ne leur permettrai pas de lui faire plus de mal qu’ils ne lui en ont déjà fait. Je tire, je décharge toutes les munitions avant d’insérer un nouveau chargeur. Je suis en rage, je suis en colère. Ils ont traumatisé cette femme pour le reste de sa vie.

Nous rejoignons le premier groupe et nous les aidons face aux renforts qui sont arrivés pendant que nous cherchions les otages. Le second groupe nous rejoint enfin avec l’époux qui arrive à se déplacer seul. Jérôme contacte notre pilote pour lui dire de se poser à l’endroit prévu.

Il est temps de repartir. Il sort plusieurs grenades de son sac à dos et les lance de tous les côtés pour créer un corridor qui va nous permettre de courir jusqu’à l’hélico.

— Maintenant !

Il lance de nouvelles grenades pour les repousser une seconde fois et nous courons en tirant de tous les côtés. Nous arrivons enfin à proximité de l’hélicoptère et nous grimpons très rapidement. Nous nous envolons sans souffrir de la moindre vie perdue. Un exploit dans ces conditions d’intervention !

L’homme que nous venons de sauver regarde sa femme et cherche à l’approcher. Elle se réfugie contre moi et le repousse.

— Non, tu ne m’approches pas. J’ai vécu l’enfer à cause de toi. Je t’avais dit que je ne voulais pas venir au Mali, que c’était trop risqué et tu n’as pas écouté. Ils m’ont violée à tour de rôle pendant des heures tous les jours. Ils m’ont battue quand je ne voulais plus écarter les cuisses. Ils m’ont humiliée.

Que voulez-vous que nous répondions à cette femme ? Jérôme demande au mari de se tenir à distance pour ne pas l’effrayer davantage. Le reste du trajet se fait dans le plus grand silence.

En arrivant à notre base, je suis éreintée. Fatiguée aussi bien physiquement que psychologiquement ! Nous faisons un rapide débrief avec Jérôme avant de regagner nos quartiers. Il nous a demandé de nous reposer au cas où nous devions repartir très rapidement. Il se peut que les rebelles réagissent à notre intervention.

Après être passée sous la douche, je m’allonge sur mon lit de fortune et tente de m’endormir. Le sommeil me fuit et je pense au calvaire que cette femme a subi. J’aurais pu être cette femme si j’avais été capturée en Afghanistan.

Je ferme les yeux et la bile remonte dans ma gorge. Ils n’auraient pas hésité une seule seconde à me violer à tour de rôle pendant des jours. Ils m’auraient frappée, torturée, attachée sans le moindre remords. Heureusement que les collègues ont réussi à venir me chercher où j’aurais été une Mathilde !

Pauvre femme que la folie des hommes a détruite ! Son seul crime est d’avoir suivi son mari alors qu’elle lui avait fait part de ses réticences. Quelle injustice ! Elle va payer toute sa vie l’imprudence de cet homme qu’elle aime.

Je tourne, je vire et le sommeil me fuit. Je me souviens du crash, du harcèlement scolaire et je ne parviens pas à me calmer. J’attrape mon téléphone et je compose un message.

Laura : [Es-tu dispo ?]

Je ne l’envoie pas à Martin ni à Amandine. Je l’envoie à la seule personne à qui j’ai envie de parler pour le moment. Je l’envoie à Romain. Il me répond dans la foulée.

Romain : [Oui.]

Je ne réfléchis pas et j’appuie sur son nom. J’ai enregistré son numéro dans mon téléphone satellite. Il décroche dès la première sonnerie. Son timbre chaud m’enveloppe et me réconforte.

— Bonjour, Laura. Comment vas-tu ?

— Pas très bien.

À quoi bon le nier ?

— Est-ce que tu veux en parler ?

— Tu sais bien que je n’ai pas le droit de m’épancher.

— Il n’y a que toi et moi sur cette ligne. Tu peux tout me dire, Athéna.

Je ne sais pas si je peux vraiment tomber le masque. J’ai toujours été une solitaire et mon métier exige la plus grande discrétion.

— Que ferais-tu si j’étais près de toi ?

— Je te prendrais dans mes bras, je caresserais tes cheveux et je t’embrasserais délicatement les lèvres.

— Ne voudrais-tu pas t’enfoncer en moi ?

— Pas dans cet état ! Tu as besoin d’autre chose.

Sa sollicitude me touche au plus profond de mon cœur et les vannes s’ouvrent doucement.

— Tu vas apprendre que deux otages ont été libérés au Mali. Je faisais partie de l’équipe d’intervention et ce sauvetage a été très difficile.

— Est-ce que tu es blessée ?

— Non, je vais bien. J’ai juste vu cette femme complètement détruite. Elle a été violée sans relâche pendant sa captivité. Et…

Je m’arrête, je suis incapable de continuer et de livrer mes plus grandes craintes à quelqu’un d’autre.

— Et tu as eu peur. Tu t’es imaginé que tu aurais pu être cette femme si tu avais été capturée en Afghanistan. Tu vas bien, Laura et ils ne t’ont pas capturée. Tu es en sécurité.

Ses mots me touchent et les larmes menacent de jaillir. Nous continuons de parler pendant plus de deux heures et il me parle à son tour de son intervention.

— Tu dois dormir, Athéna. Tu as besoin de te reposer.

Je n’ai pas envie de le quitter, je n’ai pas envie de me retrouver seule sur mon lit sans sa voix dans mon oreille. J’entends un bruit strident et je comprends que notre conversation est terminée.

— La sirène vient de retentir. Une nouvelle mission m’attend. À très vite, Athéna !

Il raccroche et moi, je me raccroche à ses mots pour m’endormir. Je sombre dans le sommeil en imaginant me blottir contre son torse.

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