Brigade d'élite 75 T2 : Résister ou succomber
Chapitre 26
Laura
Je suis revenue depuis un moment dans les locaux de la BE 75. C’est bizarre qu’ils ne soient pas encore arrivés. Je profite de leur absence pour m’entraîner à la corde. C’est un excellent exercice pour la rééducation de mon épaule.
J’ai besoin d’évacuer ma colère, car le psy a reporté une nouvelle fois la signature de mon autorisation la semaine dernière. J’avais normalement rendez-vous avec lui demain sauf qu’il a été appelé en urgence sur une des bases à l’étranger. Notre prochain rendez-vous est donc reporté et aura lieu au plus tôt la semaine prochaine. Il se fout littéralement de moi !
Si tu avais testé ma méthode, il y a longtemps que tu serais débarrassée de ta corvée avec le psy. En même temps, on ne va pas se plaindre. Ton indisponibilité militaire te rend disponible pour Romain.
Mieux vaut en profiter pendant que nous le pouvons ! Je compte repartir très rapidement dans mon unité et au revoir, cow-boy.
Tu pourras très bien le voir pendant tes permanences !
Non, je préfère stopper toute relation avant un déploiement. Je n’ai pas de remords si j’évacue la pression avec un autre.
Comment peux-tu simplement envisager de t’envoyer en l’air avec un autre ?
C’était le deal de départ. Il n’a jamais été question d’une relation sur du long terme. Je grimpe rapidement la corde avant de revenir à mon point de départ. J’enchaîne les tours jusqu’à me sentir parfaitement à l’aise. J’ai récupéré toute la mobilité de mon bras.
Il est temps d’aller retrouver Victor pour visualiser l’ensemble des photos que j’ai prises sur les trois dernières missions. Je passe prendre une douche rapidement puis le rejoins. Il ne semble pas dans son assiette. Je sais qu’il passe beaucoup de temps sur les réseaux à essayer de percer les secrets du blog.
— Bonjour, Victor. Comment vas-tu ?
— Bonjour, Laura. Je suis inquiet. Romain a été blessé lors de leur intervention et nous attendons des nouvelles.
Je ferme brièvement les yeux pour ne pas me laisser submerger par mes émotions. Romain a été blessé. J’espère qu’il va bien. J’espère que sa blessure n’est pas trop grave.
— Sais-tu ce qui s’est passé ?
J’essaie que ma voix reste la plus neutre possible. Tant pis si un peu d’émotion transparaît ! Victor sait que nous sommes un groupe d’amis.
— Apparemment, il a reçu un coup de couteau sur le côté de son gilet pare-balles. Il est actuellement à l’hôpital avec Amandine.
Je suis surprise que ce soit Amandine qui se trouve avec lui et les médecins. Victor doit comprendre mon interrogation, car il rajoute :
— Avant l’épisode du blog, Adrien se changeait dans le van et accompagnait les gars. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. Amandine a réussi à lui faire comprendre de ne pas mettre en danger sa couverture.
— Je pourrais peut-être me rendre sur place pour soutenir Amandine.
— Excellente idée ! Tu connectes juste ton portable pour que je puisse télécharger les photos que tu as prises. Je vais les décortiquer.
— Parfait !
Je lui tends mon portable, il branche le câble USB et télécharge mon mitraillage de la journée. Heureusement qu’il n’a pas accès à tous les textos hyper chauds que Romain et moi ne cessons d’échanger !
Je me dépêche ensuite de partir et de rejoindre l’hôpital. J’envoie un message à ma meilleure amie pour savoir dans quel service elle se trouve. Je suis ses indications et me précipite pour savoir comment va le cow-boy. Amandine est assise, les yeux dans le vague. Je m’approche d’elle et la serre dans mes bras. Est-il mourant ?
— Dis-moi comment va Romain. À quel point est-il blessé ? Quelle est la gravité de sa blessure ?
Elle me regarde avant de caresser ma joue.
— Quand tu es stressée, tu poses toujours plein de questions à la suite. Nous ne savons pas encore l’ampleur de sa blessure. Quand nous sommes arrivés, il oscillait entre conscience et inconscience. J’attends des nouvelles du médecin.
Bon Dieu ! En fait, elle ne sait rien de plus pour le moment. Nous attendons de nombreuses minutes et personne ne vient. Amandine essaie de me rassurer, mais elle n’est pas très convaincante.
J’aperçois une silhouette massive au bout du couloir. Je plisse les yeux et je crois reconnaître Adrien. Il s’avance et oui, c’est bien lui. Il s’approche de nous et vient s’asseoir à côté de sa chérie. Il est blanc comme un linge.
— Je t’aurais donné des nouvelles, tu sais.
— C’est impossible pour moi de ne pas être près d’un de mes hommes. Il ne peut pas lui arriver quelque chose. Il est mon meilleur ami. Notre métier devient de plus en plus dangereux.
Il n’en dit pas plus. Certainement pour ne pas inquiéter Amandine ! J’ai vu ce que ces fous ont fait. Nous attendons de nouveau jusqu’à ce qu’un médecin arrive. Adrien saute sur ses pieds et l’observe s’approcher.
— Est-ce que vous êtes la famille de Romain Mitchell ?
— Je suis son supérieur hiérarchique et Romain est également mon meilleur ami. Il a été blessé au cours d’une mission.
— Oui, il m’en a parlé brièvement.
— Il est donc conscient ?
— Il a repris conscience avant que nous lui administrions les doses d’anesthésie. Il devrait se réveiller d’ici peu.
— Comment va-t-il ?
Je laisse Adrien poser toutes les questions.
— Votre ami a eu beaucoup de chance. Aucun organe vital n’a été touché et la blessure était plutôt superficielle dans ces conditions.
Nous poussons un soupir de soulagement. Heureusement qu’il n’a rien de grave !
— Allez-vous le garder cette nuit ?
— S’il ne reste pas seul, il peut sortir d’ici deux à trois heures.
Avant qu’Adrien réponde, je le devance.
— Ne vous inquiétez pas, il viendra chez moi et je m’occuperai de lui.
Je fais semblant de ne pas voir le sourire qui s’affiche sur le visage de ma meilleure amie. Nous sommes autorisés à aller dans sa chambre et à attendre qu’il se réveille. Adrien en profite pour envoyer un message à Clément et rassurer l’équipe sur l’état de santé de Romain.
Quand nous entrons dans la pièce, il est allongé et profondément endormi. Son visage est aussi serein que lorsqu’il reste dormir avec moi. Je me retiens de lui caresser le visage. Je n’oublie pas que nous ne sommes pas seuls.
— Je n’aime pas le voir dans cet état. Il a l’air si fragile. Je ne sais pas ce que je ferais s’il arrivait quelque chose à l’un d’entre vous. Oh, mon Dieu ! Fais attention à toi, Adrien ! Je ne supporterai pas de te voir dans un lit d’hôpital.
Ma meilleure amie est en train de psychoter et d’imaginer le pire pour son mec. Il se précipite vers elle et la prend dans ses bras.
— Ce n’est pas bientôt fini de roucouler dans ma chambre. C’est moi qui suis blessé, pas lui ! Est-ce que quelqu’un peut s’occuper de moi ?
Je ne résiste pas et je me précipite vers lui. Je prends son visage en coupe et je l’embrasse. Je me fiche de la présence d’Amandine et d’Adrien. De toute façon, ils sont au courant.
Romain grogne contre ma bouche et me rend mon baiser.
— Ah, il ne râle plus ! Regarde comme ils sont mignons tous les deux.
Nous interrompons notre baiser et regardons ma meilleure amie qui nous observe en souriant. Je la connais, elle est en train de se faire des films.
— Tu nous as fait peur, mon pote. Tu as de la chance, Laura va jouer les infirmières pour toi. Elle a dit au médecin que tu pouvais aller chez elle. Tu es donc autorisé à sortir.
Il commence déjà à enlever les couvertures. Je le stoppe immédiatement et remets le drap.
— Pas avant deux ou trois heures ! Je vais te tenir compagnie d’ici là.
Il grogne un peu avant de sombrer de nouveau dans le sommeil. L’effet de l’anesthésie ne s’est pas encore dissipé. Je le regarde doucement dormir en lui caressant la main. Je prendrai soin de lui pour qu’il puisse se rétablir le plus vite possible.
***
Romain fait des pompes dans mon salon et bordel, qu’est-ce qu’il est sexy ! Je le regarde et j’ai envie de lui sauter dessus.
— Je croyais que tu devais te reposer. Ce sont les ordres du médecin.
— J’en ai marre de me reposer et je te montre que je suis parfaitement apte.
J’éclate de rire et je lui fais un clin d’œil évocateur.
— Arrête de rire, Laura ! Ce n’est pas drôle. Ce médecin n’aurait jamais dû me priver de sexe. Je suis tendu et je ne peux pas évacuer la pression. Et toi, tu suis scrupuleusement les indications de ce foutu médecin.
— Tu as été blessé il y a cinq jours. Il est nécessaire de faire attention.
— C’est de la torture psychologique. Tu m’as invité à venir chez toi pour me rétablir et je ne peux même pas m’enfoncer en toi alors que tu te promènes à moitié nue devant moi.
— Je porte mes vêtements habituels, Romain. Je te signale que je t’ai fait plusieurs pipes pour satisfaire ta libido dévorante.
— J’apprécie tes pipes, mais je meurs d’envie de me perdre au plus profond de toi. Je suis rétabli. Je pourrais même reprendre le travail si ce satané médecin ne m’avait pas prescrit un arrêt de dix jours.
Je le regarde droit dans les yeux et je mets mes mains sur mes hanches.
— Arrête de te plaindre ! Imagine si tu devais attendre l’autorisation d’un psy qui veut absolument lire dans ton crâne.
— Est-ce pour cette raison que tu n’es pas repartie en mission ?
Je hoche la tête, il se relève et vient me caresser la joue.
— Il désire que je lui parle de ce que j’ai ressenti en Afghanistan et sur mes missions. Toi comme moi savons que ce n’est pas toujours bénéfique de parler.
Il dépose un baiser sur mes lèvres avant de m’attraper dans ses bras. Je me love contre lui tandis qu’il murmure.
— Oui, remuer les horreurs ne les efface pas. Parle-lui un petit peu si tu veux récupérer ton autorisation. Tu pourrais être gentille avec moi et me permettre de récupérer mon autorisation de me fondre en toi.
J’éclate de rire en le contemplant. Je secoue la tête.
— Je ne me ferai pas prendre au piège de l’apitoiement. C’est non, cow-boy ! Tu devras te contenter d’une pipe, pauvre chéri.
— Arrête de te foutre de moi ! Ou je vais m’enfoncer dans ton cul à défaut de m’enfoncer dans ta chatte.
Ce n’est pas la première fois qu’il fait ce genre d’allusion. Et je vais devoir calmer ses ardeurs.
— Romain, je ne suis pas vraiment une adepte de la sodomie.
— As-tu déjà testé ?
— Oui et je n’ai pas aimé.
Il dépose un baiser sur ma bouche avant de rajouter :
— Tu n’as pas testé avec le bon partenaire. Fais-moi confiance et je te promets que tu changeras d’avis.
Je l’observe pour essayer de savoir ce qui se cache derrière ce regard si ténébreux. Il me laisse l’observer et ne craint pas que je puisse lire dans ses yeux.
— Je ne sais pas, cow-boy. Je te promets d’y réfléchir.
C’est tout ce que je peux lui offrir pour le moment.
— Alors, mon Athéna n’est pas aussi aventureuse qu’elle veut le faire croire. À ta disposition quand tu veux tenter de l’inédit avec moi !
Il saisit mes lèvres pour un baiser qui n’a rien de timide. Il commence à me caresser et je sens que ça va déraper alors qu’il est blessé. Je fais appel à toute ma volonté pour me détacher de lui.
— Et si tu allais prendre une douche pour que nous puissions sortir au cinéma ?
— Et si tu venais prendre la douche avec moi pour la rendre plus hot ?
— Tu ne me facilites pas la tâche, Romain. Le médecin a dit qu’il fallait ménager ton ventre et que le sexe était incompatible à ta guérison.
— Je ne suis pas d’accord avec son diagnostic. Le sexe m’aiderait à guérir.
Arrête d’être intransigeante ! Donne-lui ce qu’il veut et fais-nous plaisir par la même occasion.
Je secoue la tête pour répondre aussi bien à Romain qu’à mes pensées plus que coquines. Je lui désigne la porte de la salle de bains pour l’inciter à s’y rendre. Il me fait signe que je ne suis pas drôle avant de tourner les talons. J’inspire de grandes bouffées d’air pour calmer mon désir et m’empêcher de le rejoindre. Pas facile de me retenir alors que je meurs d’envie de le sentir en moi !
J’entends l’eau couler et j’imagine son corps nu. C’est de plus en plus difficile de résister. Je fais appel une nouvelle fois à toute ma volonté. La sonnerie de mon interphone me sauve la mise. Je m’y précipite.
— Oui, qui est-ce ?
— C’est ton meilleur ami et éventuel futur mari.
Un grand sourire se dessine sur mon visage en reconnaissant la voix de Martin. Je débloque l’ouverture et je commence à sautiller devant la porte en l’attendant. J’ouvre le battant pour me précipiter dans ses bras dès qu’il arrive. Il sort de l’ascenseur et je lui saute littéralement dessus.
— Oh, je suis trop contente de te voir !
— Moi aussi, moi aussi.
Nous entrons dans mon appartement et il me reprend dans ses bras pour un câlin qui me fait oublier nos semaines de séparation. Martin, c’est une partie de moi.
— Qu’est-ce que tu fais là ?
Au moment où il s’apprête à me répondre, Romain arrive et nous regarde d’un drôle d’air. Je me rends compte que je suis toujours dans les bras de Martin et que mon cow-boy ne semble pas apprécier notre proximité.
— Je ne savais pas que tu attendais des invités, Laura.
— Non, Martin vient d’arriver à l’improviste. Romain, je te présente Martin, mon meilleur ami. Et voici Romain, un ami.
Je sens que pour le cow-boy tique en m’entendant le qualifier d’ami. Que voulait-il que je dise ? Petit-ami, coup de plusieurs semaines, plan cul régulier ? Nous n’avons jamais abordé la façon de nous présenter aux autres. Notre liaison est éphémère.
— Donc, Martin, qu’est-ce que tu fais ici ?
— Jérôme m’a demandé de venir te soutenir et savoir pour quelles raisons tu n’arrives pas à obtenir l’aval du psy.
Je le regarde et mes yeux lancent des éclairs.
— Ce psy est parti en vacances, enfin non en soutien d’une mission et je dois attendre son retour.
— Pourquoi ne veux-tu pas lui parler ?
— Tu sais très bien que je n’aime pas parler de certaines choses.
— T’ouvrir aux autres ne ferait pas de toi une cause perdue, Laura.
— Tu sais très bien que j’ai ma propre méthode pour évacuer la pression.
Je m’aperçois que Romain ne perd pas une miette de notre échange et qu’il semble furieux. Je lui souris et il reste impassible. Pourquoi a-t-il changé d’humeur aussi soudainement ? Est-il encore en colère, car je n’ai pas voulu le suivre sous la douche ?
Et s’il était tout simplement jaloux ?
N’importe quoi ! Lui et moi n’entretenons pas ce genre de relation.
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