Chasse à l'homme T2 : Un homme à croquer
Chapitre 7
7
LINDY
MAV ET BRIDGET étaient assis sur le perron de la maison de Dex lorsqu’on arriva avec notre boite de pizza. Je n’avais mis fin à notre conversation à la pizzeria que dix minutes plus tôt–ou quelque chose comme ça, le temps de rentrer à pied chez Dex–donc ils ne devaient pas s’être trouvés très loin.
À mon avis, ils étaient allés voir notre maison qui était à moins d’un kilomètre.
Bridget se leva d’un bond et vint vers moi, me serrant férocement dans ses bras. Scout, le chien de Mav qu’il avait adopté au refuge du quartier après la parade des animaux du quatre juillet, la rejoignit. Son petit nez touchait mon mollet nu et sa queue remuait si fort que la moitié arrière de son petit corps se déhanchait.
Elle portait un short en jean et un débardeur vert. Ses cheveux étaient attachés dans un chignon désordonné. Si j’avais eu cette tête, cela aurait été parce que j’aurais été en train de nettoyer derrière la chaudière de la cave. Pour Bridget, c’était son look habituel. Ce qui ne semblait pas déranger Mav.
Par-dessus son épaule, je vis Mav se dresser de toute sa hauteur, il ressemblait vraiment à un bûcheron. Dex était grand, mais Mav l’était encore plus. Il me lança un regard qui voulait dire ça va ? sans dire un mot. Je lui adressai un petit sourire, alors que l’air s’échappait de mes poumons.
Son regard se dirigea vers Bridget, et il était clair qu’il était inquiet pour elle. Ce n’était pas tous les jours qu’une maison était endommagée comme la nôtre. Par un incendie, peut-être. Un excès de neige et le toit pouvait s’effondrer sous son poids, sans aucun doute. Mais une chute d’arbre, dans le Montana ? C’était très rare.
— Quand j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai paniqué, dit Bridget, me relâchant mais sans reculer. Et si tu avais été à l’intérieur ?
— Je n’étais pas à l’intérieur, la rassurai-je, en me baissant pour caresser Scout. Sa langue pendait de sa bouche, et il me souriait. Ou plutôt, on aurait dit qu’il me souriait. J’étais au supermarché pour faire les courses et acheter les brownies que M. VanMeyer aime bien.
Elle soupira :
— Tu as eu de la chance alors.
Je ne voulais pas lui dire que je travaillais à la table de la cuisine, juste à l’endroit où l’arbre était passé, avant de sortir.
— On est passés devant la maison en voiture et je n’arrive pas à y croire. Enfin, je peux, vu tous les trucs dont M. VanMeyer est capable. Qu’est-ce qui lui a pris ?
Elle se passa une main sur ses cheveux et expira un grand coup.
— Je veux dire qu’il n’y a qu’une seule issue possible en prenant en compte les lois de la physique, vu l’endroit où il a coupé l’arbre. Il ne pouvait que tomber sur notre maison.
J’étais sûre qu’elle avait étudié ce qu’il avait fait ainsi que les dégâts.
— Prends des photos, dis-je. Partage-les avec ta classe de science cet automne. Ça retiendra leur attention plus que tout autre chose.
Elle leva les yeux au ciel, puis releva ses lunettes. Depuis le collège, je lui disais de mettre des lentilles, mais elle refusait toujours.
— La physique n’est pas dénuée d’intérêt.
Oh que si.
— En plus, j’ai juste envoyé ma candidature, poursuivit-elle. Qui sait si j’aurai le poste ?
Mallory avait poussé Bridget à postuler un poste de remplaçant au lycée pour enseigner la physique. Elle avait toujours minimisé son intérêt pour la physique, mais je pensais sincèrement qu’elle était excitée par cette opportunité. Elle serait vraiment compétente et les élèves l’adoreraient, surtout si elle leur montrait des photos de notre leçon personnelle de physique appliquée.
Le département scolaire allait devoir lui donner une réponse rapidement, car l’école commençait dans environ six semaines. En attendant, elle travaillait avec Mav sur le projet de l’auberge James où ils s’étaient rencontrés.
— Tu changes de sujet, Lind. Pourquoi tu n’as pas appelé pour me dire ce qui s’était passé ?
J’avais totalement changé de conversation, mais malheureusement, elle était trop intelligente pour son propre bien. Ou elle n’avait plus dix ans.
Je laissai échapper un soupir, parce que j’en avais réellement besoin. C’était ce qu’Aspen, ma professeur de yoga, m’aurait fait faire. Respirer.
— Je m’occupais des pompiers et de la compagnie d’assurance et il n’y avait aucune raison que tu aies à t’occuper de tout ça.
Elle me lança un regard furieux. Le même que j’avais vu chaque fois que je lui disais quelque chose qu’elle n’aimait pas. Ce qui, quand elle avait treize ans, était tout ce qui sortait de ma bouche.
— Donc tu allais juste cacher le fait que notre maison a été détruite par un arbre pour me protéger ?
— Bridge...
Elle poussa ses lunettes sur son nez et rétorqua :
— Euh, ouais, tu aurais dû m’appeler. C’est aussi ma maison. Je peux m’occuper de la compagnie d’assurance pour toi. Mon patron me laissera prendre tout le temps dont j’ai besoin pour t’aider.
Son patron était Mav et il lui aurait donné n’importe quoi.
— Oui, tu peux si tu veux, mais tu n’as pas à faire ça. Je suis désolée de ne pas t’avoir appelée tout de suite.
Puis je fronçai les sourcils et réfléchis un moment.
— Attends, comment tu l’as appris en fait ?
— Dex a envoyé un message à Mav.
Maintenant je fronçais vraiment les sourcils. Et me tournai pour fixer Dex. Qui me regardait. Je fronçais les yeux vers le type qui était... quoi ? En train de se mêler de ce qui ne le regardait pas ? Qui se rendait utile ?
— Ne lui lance pas ce regard, dit-elle en tirant sur mon bras pour que je me retourne. Il a dit à Mav que tu allais bien, que la maison était endommagée mais que c’était réparable. Que tu m’appellerais quand tu pourrais.
J’étais surprise. C’était exactement la meilleure chose à dire.
— MAIS je ne pouvais pas attendre, ajouta-t-elle. D’où l’appel à la pizzeria.
— Bien, alors. Je suis hum... contente qu’il ait envoyé un message à Mav. C’était fou. Évidemment. Dex et moi avons récupéré certaines de mes affaires puisqu’il manquait un mur et un plafond à ma chambre et qu’il y avait une branche dans mon lit. Puis nous sommes venus ici et ensuite nous avons acheté quel...
Elle se retourna, remarqua que les garçons discutaient près de la porte d’entrée, puis prit mon poignet et me tira à travers la petite cour jusqu’au trottoir.
— Qu’est-ce qui se passe entre toi et Dex ? chuchota-t-elle quand nous étions à une vingtaine de mètres de Dex et Mav.
— Rien, lui répondis-je en chuchotant moi-même. Je l’ai croisé au supermarché, et il était derrière moi à la caisse quand M. VanMeyer a appelé au sujet de la maison. Il m’a ramenée chez moi et, eh bien... il m’a aidée.
Elle regarda encore une fois les garçons. Scout nous avait abandonnés, avait couru et s’était posé sur son derrière à côté de Mav.
— Aidée ? Il veut t’aider à enlever ta petite culotte, tu veux dire ?
Je rougis instantanément. J’avais soudainement chaud aux joues. C’était à mon tour de la tirer plus loin des deux hommes.
— Bridget Beckett.
— Quoi ? Je n’ai pas dix ans. On a le droit de parler de sexe.
— Oui, on peut parler de sexe. Mais comment ça, moi et Dex ? Ce n’est pas ce genre de relation.
Je ne mentionnais pas le baiser. Pas question. Et je n’allais pas mentionner que j’étais attirée par Dex. Que je pensais à lui au sens biblique du terme... Si la Bible avait été remplie de choses coquines et cochonnes.
— Vraiment ?
Elle inclina la tête sur le côté pour jeter un coup d’œil par-dessus mon épaule.
— Alors pourquoi il te regarde de la même façon que Mav me regarde quand il veut me toucher ?
Je me retournai, sentant que j’étais observée. Dex était là, me regardant comme s’il voulait réellement me toucher. Encore une fois. Il me fit un clin d’œil.
— Tu vois ? souffla-t-elle. Il est attiré par toi.
— Parce qu’il me fait un clin d’œil ?
— Parce qu’il n’a pas arrêté de te regarder depuis que je t’ai éloignée de lui. Parce qu’il se lèche pratiquement les babines comme s’il était un tigre et que tu étais un morceau de viande.
Je ne pus pas me retenir de rire car c’était totalement insensé. Je ne savais pas quoi répondre car je n’étais pas habituée à ce qu’un homme pense que j’étais à ce point comestible. Puis mon cerveau revint au baiser.
Oui, il me désirait. J’avais senti qu’il bandait quand il m’avait plaquée contre la vitre.
— Ça n’a pas d’importance. Il ne va rien se passer.
Sauf qu’on s’était embrassés sur Main Street.
— Pourquoi pas ? Il est super, dit-elle, l’air perplexe, comme je l’aurais été si elle m’avait montré un de ces gros problèmes de maths sur lesquels elle avait travaillé au MIT.
— J’ai presque dix ans de plus que lui.
— Tu dis ça comme si tu étais ménopausée et que tu partais en excursion avec l’EHPAD.
J’avais treize ans de plus que Bridget. Parfois, avec elle, je me sentais aussi vieille que ça.
— Bien, rétorquai-je. Je vais le tourner dans l’autre sens. Il a presque dix ans de moins que moi.
— Peu importe, répondit-elle en agitant la main. Tu cherches l’homme idéal. Peut-être qu’il est ici, en ce moment même. Ton Mr. Right.
J’en doutais fortement. Tout ce dont j’avais conscience quand j’étais avec Dex, c’était que ma libido était en parfait état de marche. Si je ne mouillais pas ma culotte en regardant Dex et je ne parlais même pas de l’embrasser, alors j’aurais eu un problème.
— Je ne veux pas du Mr. Right qui se trouve ici, rétorquai-je. Je ne veux pas perdre mon temps avec ça. Je veux une relation solide. Un mari. Des enfants. Tu sais tout ça. Dex ne correspond quasiment à aucun critère de ma liste.
— Celle que tu as scotchée au bas du grille-pain ?
— Oui, celle-là.
Je croisai les bras sur ma poitrine, je me sentais agressée.
— J’ai fait cette liste avec maman. Elle indique les choses que je veux chez un homme. Je veux qu’il ait des principes.
— Je sais tout ça, Lind. Tu m’en as fait faire une quand j’avais quatorze ans.
— Et ça a marché avec Mav, non ? répliquai-je en haussant un sourcil.
— Sans aucun doute. Mais je n’ai jamais scotché la mienne à un appareil ménager.
— Maman voulait la mettre sur le frigo pour que je la voie en permanence. J’ai pensé que je mourrais de honte si je faisais ça alors je l’ai collée sous le grille-pain à la place.
— C’est mignon, répondit-elle avec un sourire mielleux.
— Ne te moque pas de moi. Ou de la liste. Ou du grille-pain. J’ai des principes, c’est tout.
Cette fois, elle posa sa main sur mon bras et me fit un petit sourire sympathique.
— Je ne me moque pas de toi. Je suis fière que tu tiennes le cap dans ta recherche de l’homme idéal. D’accord ? Mais j’ai vu cette liste. Dex semble avoir tout ce qui est dessus Et il est sexy. Ne dis pas à Mav que je trouve son frère sexy.
Ses mots me rassurèrent, un peu. Pas la partie sur le fait qu’elle trouvait Dex sexy. Elle avait Mav. Elle ne pouvait pas avoir Dex aussi.
— Demain soir, j’ai un rendez-vous avec, je l’espère, mon homme idéal.
Elle fronça les sourcils.
— Mais... il y a Dex qui te dévore des yeux de l’autre côté de la cour. Peut-être que ce serait sympa de profiter un peu de l’homme idéal qui se présente à toi.
Elle haussa les sourcils derrière ses lunettes et lui adressa un sourire malicieux. Elle voulait que je couche avec Dex, même si ce n’était qu’une aventure. Lucy avait eu la même réaction lors de notre appel vidéo pour le sprint d’écriture. Elle voulait que je l’utilise comme ma muse.
Je devais bien admettre que mes scènes étaient plus torrides et plus facile à écrire depuis que je l’avais rencontré. Pourtant... je n’étais pas du genre à coucher pour ensuite passer à autre chose et j’avais le sentiment que coucher avec Dex était quelque chose que je n’oublierais jamais.
— Allons manger cette pizza, dis-je en l’interrompant.
La discussion sur ma vie amoureuse et tout ce qu’elle avait vu se produire entre moi et Dex était terminée.
— Bien sûr. Ok. Bien. Il y a quatre chambres d’amis chez Mav. Tu peux choisir celle que tu veux.
— Je vais rester ici.
Elle me regarda fixement, les yeux écarquillés.
— Ici ? Avec Dex ?
Je hochai la tête et un petit sourire en coin se répandit sur son visage.
— Ha ! Tu as vraiment envie de lui.
Je lui mis la main sur la bouche et me rapprochai d’elle.
— Chut ! Je n’ai vraiment, vraiment pas envie d’être dans la même maison que toi et Mav. Tu veux parler de sexe, très bien. Mais je n’ai pas envie de t’entendre avec lui.
Bridget marqua un temps d’arrêt et je baissai la main. Elle acquiesça.
— Oui, tu as probablement raison sur ce point.
— Dex m’a proposé d’habiter chez lui et sa chambre d’amis est mieux qu’un hôtel.
Elle m’observa davantage, puis secoua la tête, d’un air triste et désolé.
— Si tout ce que tu as à dire sur le fait de rester avec le sexy Dex James est que sa chambre est mieux qu’un hôtel, alors il n’y a aucun espoir pour toi. Elle me tira de nouveau la main.
— Allez, mamie, allons manger une pizza avant que tu n’ailles te coucher avec les poules.
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