Chasse à l'homme T2 : Un homme à croquer
Chapitre 28
28
DEX
— D EPUIS UN AN, nous pensons que vous conviendriez parfaitement à notre compagnie.
Ellen Masters, la PDG de OutdoorNow, était assise en face de moi à une énorme table de conférence dans les bureaux de leur société à Chicago. Trois collègues étaient assis avec elle d’un côté, et j’étais de l’autre. Mon agent, Scott, était à côté de moi.
Le panorama des gratte-ciel par les fenêtres était assez spectaculaire. Mais après avoir passé plus d’une semaine dans le Montana, le vert me manquait. Les grands espaces. L’absence de gens.
Hunter Valley avait changé ma perspective.
Pour une entreprise qui avait construit sa marque sur l’aventure, ils ne ressemblaient pas du tout à des gens qui aimaient le plein air dans leur tenue professionnelle impeccable. Je n’avais pas l’air d’un joueur de hockey dans mon propre costume. Mais nous parlions de business. De grosses transactions. Le chiffre qu’ils proposaient dans le contrat serait plus important que celui que j’avais avec les Silvermines.
Je me redressai et ajustai mon costume en entendant ses propos.
— Mais l’incident du bar en juin nous a vraiment fait réfléchir à deux fois.
Elle lança un regard aux autres qui hochèrent la tête.
Je regardai Scott, qui ne broncha même pas. Il m’avait dit dans l’ascenseur que je devrais supporter leurs réflexions et opinions sur la bagarre pendant la réunion.
— J’aimerais être en mesure de m’excuser pour ce qui s’est passé, mais je ne le ferai pas, dis-je.
L’une des femmes à la droite d’Ellen inspira bruyamment, visiblement surprise.
Je levai la main en espérant qu’ils me laisseraient finir ce que j’avais à dire sur le sujet.
— Je ne nie pas ma responsabilité et je ne minimise pas ce qui s’est passé, mais la vérité pure et simple–sans aucun artifice médiatique–est qu’une femme était victime d’intimidation et de harcèlement. Verbalement, mais les mots étaient empreints de menaces sexuelles. Je ne pouvais pas rester sans réagir. L’homme a refusé de reculer ou d’être raisonnable, j’ai tenté le dialogue en premier lieu. Ensuite, il a donné le premier coup de poing, et j’ai donné le second.
Je marquai une pause et aperçus du coin de l’œil que Scott avait la mâchoire serrée. Sa commission était en jeu.
— Vous dites que vous cautionnez la violence, déclara Ellen, ses mots étaient prononcés avec précaution.
Je secouai la tête.
— Non. Je me défends si je suis attaqué et je défends ceux qui ne sont pas aussi costauds que moi. Remarquez bien que je n’ai pas dit faible. La femme au centre de tout ça n’était pas–n’est pas–faible. Elle était menacée par quelqu’un de plus grand qui représentait un danger pour elle. J’ai tenu tête à celui qui la harcelait, pour elle.
Je ne peux rien faire pour empêcher ce qui se dit sur les réseaux sociaux, sans contexte d’ailleurs, et la façon dont j’ai été transformé en homme de main en dehors de la glace.
— C’est pour cela que nous vous interrogeons concernant notre collaboration. Vous rejoindriez notre famille et nos clients vont croire ce qu’ils voient en ligne et dans les médias.
— Je n’arrêterai pas de protéger les autres, sponsor ou pas. Vous devriez respecter cela chez moi. Mes coéquipiers et les personnes présentes le savent.
Je retins mon souffle car le moment était crucial.
Ellen resta silencieuse un moment, comme si elle prenait sa décision finale, ou juste pour me torturer.
— C’est pour cela que la dernière vague de nouvelles vous concernant est ce que nous pensons être le vrai Dex James.
Je fronçai les sourcils, jetai un coup d’œil à Scott. Sans un mot, juste du regard, je lui demandai : De quoi est-ce qu’elle parle ?
— Vous n’avez pas vu les dernières actualités ? demanda Ellen, l’air amusé.
— J’étais dans le Montana.
Je donnais l’impression que cet État n’avait pas d’accès à Internet ou aux réseaux sociaux.
Scott sortit son portable, fit glisser son doigt dessus plusieurs fois, puis me le tendit. Il avait dû faire des captures d’écran d’articles et de messages, car les unes après les autres, il y avait des photos de moi sur la glace avec les enfants au complexe sportif. Sur l’une d’elles, j’avais un cône sur la tête et je guidais les filles dans un exercice de patinage amusant. Je ne pus m’empêcher de sourire en voyant cette photo.
Sur une autre, je faisais des checks à une file de garçons qui quittaient la glace à la fin de l’entraînement. Putain ouais, ça avait été un bon moment.
— Oui, nous sommes au courant, ajouta Ellen.
Je continuai à faire défiler les photos. Oh merde.
Il y en avait de moi et Lindy. Rien de très osé, car nous ne nous étions jamais embrassés en public. Il y en avait une où on se tenait la main à l’extérieur du complexe. Une autre où on était assis sur le banc près de la patinoire. Je lui souriais et tout le monde pouvait voir que je l’aimais bien. Je scrutai les gros titres.
Est-ce que Dex a une femme ?
Sexy Dex et la femme mystérieuse du Montana
Dex James : Bagarreur ou petit ami ?
Sexy Dexy. Putain, je détestais ça. On aurait dit que j’étais une star du porno ou dans une revue réservée aux hommes.
Néanmoins, ça ne me dérangeait pas d’être affiché sur tous les réseaux sociaux, mais pas Lindy. Pourtant, on aurait dû s’y attendre, les gens spéculait car il y avait une femme dans ma vie. Je n’avais pas imaginé que ça arriverait si vite, ou sans que je m’en rende compte. Les paparazzi ne nous avaient pas assaillis. Je n’avais même pas vu un seul flash, mais ça ne voulait rien dire de nos jours.
J’aurais dû m’en douter. J’avais été au lit avec Lindy ce matin et elle n’avait pas dû être au courant, parce qu’elle aurait sûrement dit quelque chose. Donc soit c’était nouveau, soit elle ne suivait pas beaucoup les réseaux sociaux. Peut-être les deux. Sauf que Mallory, elle, lisait ce genre de choses et j’étais sûre qu’elle était au courant. Je me demandais pourquoi elle n’avait rien dit. Pour me donner une chance avec Lindy, peut-être ?
Qu’allait-elle penser en voyant ça ? Paniquerait-elle ? S’énerverait-elle ? Se cacherait-elle ? Elle ne voulait pas que quelqu’un sache qu’elle était romancière et sa vie allait être divulguée dans le monde entier. Si les médias allaient fouiller...
— Il semble que vous ayez changé votre image, ajouta Ellen. Il y une femme alors ?
Je ne pris même pas une inspiration avant de répondre.
— Oui, j’ai une femme exceptionnelle dans ma vie maintenant. J’espère qu’elle voudra me garder parce que j’ai bien l’intention de la garder. Ellen, je suis la même personne que j’ai toujours été, avec une petite amie ou pas, rétorquai-je, avant de poser le téléphone et de regarder les quatre personnes de l’autre côté de la table.
— Je veux travailler avec OutdoorNow. J’en ai envie depuis longtemps. Vos objectifs commerciaux et philanthropiques correspondent aux miens et je vois un avenir à long terme en partenariat avec vous, où nous pourrons, je l’espère, améliorer la vie de certains enfants. J’espère que vous voyez les choses du même œil.
Ellen sourit –enfin !
— Nous l’espérons aussi. J’ai cru comprendre que vous deviez partir en Finlande pour un match amical. Nous ne voulons pas que vous manquiez votre vol. On va régler les détails avec Scott.
C’était tout ? Questions, remarques, questions et puis je pouvais partir ? Elle s’était déjà fait une opinion de moi, mais semblait avoir voulu entendre ce que j’avais à dire. C’était une décision raisonnable, même si elle aurait pu dire que c’était bon avant le contre-interrogatoire.
Je me levai et boutonnai ma veste de costume.
— Bienvenue dans l’équipe, dit-elle, en se levant également et en me tendant la main.
Je lui serrai la main par-dessus la table et souris, enfin à l’aise. Mais qu’en était-il de Lindy et des réseaux sociaux ? Je ne pouvais pas retourner dans le Montana et la protéger. Je devais aller en Finlande.
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