Chasse à l'homme T2 : Un homme à croquer
Chapitre 6
6
LINDY
D EX TRANSPORTA mes sacs à l’intérieur. Je le suivis, m’arrêtai juste derrière la porte et posai mon sac à main et mon sac d’ordinateur portable sur le canapé.
— Fais comme chez toi, dit-il, en passant devant la toute petite table du salon, puis il marcha dans le couloir pour déposer mes sacs, je supposais, dans la chambre d’amis.
La petite maison se trouvait dans le quartier le plus ancien de la ville, à deux rues de Main Street. C’était un bien immobilier de premier ordre, même quelque chose d’aussi petit avait de la valeur. Je me tenais dans la pièce principale, avec des coins salon et repas séparés de la petite cuisine par un îlot central sur lequel se trouvait une planche à découper. La maison avait été joliment restaurée, avec des murs d’un blanc éclatant et des sols en parquet vernis. Elle avait été meublée de façon minimaliste, mais avec goût.
Dex m’avait dit dans la voiture que l’assistant de Mav avait déniché ce logement pour lui. Il voulait rester en ville pour quelques semaines et n’aimait pas les hôtels. De plus, il ne voulait pas gêner la nouvelle complicité de nos frère et sœur. Par complicité, il voulait dire les parties de jambes en l’air. Les nombreuses parties de jambes en l’air.
Je n’étais pas jalouse que Bridget en profite un peu–enfin, plutôt beaucoup. Maverick James était un milliardaire sexy qui l’aimait manifestement, après seulement une semaine. Je supportais mal le bonheur de Bridget, et j’avais l’impression d’être une garce à cause de cela, surtout après tout ce qu’elle avait vécu récemment. Je le concédais.
Bridget avait vingt-deux ans. Vingt-deux ans !
Plus jeune que moi quand nos parents étaient décédés, quand elle était devenue plus ma fille que ma petite sœur. Et elle venait de trouver l’homme de sa vie, Maverick. Qui avait trente-sept ans. Elle avait l’homme de ses rêves et moi, alors ? À trente-cinq ans, j’essayais toujours de trouver l’homme idéal. J’avais toujours le même boulot, la même maison, exactement la même vie depuis des années.
Maintenant, je trouvais mon travail ennuyeux et ma maison avait des trous partout comme un morceau de gruyère.
Dex s’appuya contre le mur et croisa les bras sur sa poitrine large et musclée. Il portait un pantalon gris et un t-shirt avec l’inscription University of Minnesota sur la poitrine. Il était sexy sans avoir à faire aucun effort.
— Puisque nous avons abandonné nos courses au magasin, que dirais-tu de marcher jusqu’à la pizzeria sur Main Street ? Leur sauce rivalise avec tout ce que j’ai pu manger à New York.
— On devrait aller chercher les affaires dans mon frigo avant que ça ne s’abîme, répondis-je, m’assurant de rester sur la bonne voie.
Il repoussa le mur et vint vers moi. Se rapprocha comme s’il me traquait. Je ne bougeais pas, même si je voulais m’éloigner de lui et de l’intensité qu’il projetait.
— C’est le numéro dix-neuf ou quelque chose comme ça sur ta liste. Tant que la porte du frigo n’est pas ouverte, ça restera frais jusqu’à demain.
Il avait probablement raison.
Il tendit la main, repoussa mes cheveux en arrière comme il l’avait fait au magasin.
— Pizza ?
Je ne savais pas ce qu’il y avait à manger chez lui, surtout qu’il n’avait emménagé que quelques jours plus tôt. Je n’allais pas retourner chez Van pour faire des courses et préparer un repas.
— Je croyais que tu voulais faire quelque chose avec des courges, marmonnai-je, déstabilisée.
Un arbre était tombé sur ma maison. C’était insensé. Surréaliste. Même si avec le côté déjanté de M. VanMeyer, ce n’était pas si surprenant.
— J’aimerais bien. J’aimerais vraiment. Je t’ai dit que ce serait la meilleure chose que tu aies jamais mise dans ta bouche, lança-t-il alors que son regard se posait sur mes lèvres.
Oh, mon Dieu.
Je me raclai la gorge parce qu’elle était soudainement très sèche.
— Je ne pense pas que tu sois prête à goûter ma courge. Mais, souviens-toi que je suis patient. Pizza ?
Comme il le suggérait... oui, pizza ! Excellent ! Parce que je n’étais absolument pas prête à goûter la moindre partie de Dex, encore moins sa courge. Menteuse !
— Génial.
— Bien, allons-y.
— Hum... donne-moi quelques minutes pour me préparer.
Et peut-être que je vais jouir.
Son regard me scruta, il était en train de se demander ce que je pourrais bien faire de plus.
— Tu es parfaite.
Je levai les yeux au ciel parce que c’était typiquement une phrase de mec.
Il leva les mains.
— Ok, ne me crois pas. Va faire ce que tu as à faire.
— Et la salle de bain est ... ? demandai-je.
Il pointa du doigt derrière son épaule.
— Première porte à droite.
J’attrapai l’un de mes sacs qui se trouvait juste derrière la porte de la chambre. Le bleu, dans lequel je savais qu’il y avait mes affaires de toilette. La salle de bain avait une douche en verre avec du carrelage blanc assorti au sol. Un puits de lumière éclairait la pièce, ainsi qu’une fenêtre en verre dépoli au-dessus des toilettes. Même si ce logement était petit, il était moderne et bien équipé. Il y avait même un porte-serviettes chauffant.
Je sortis ma trousse de toilette de mon sac et pris tout ce dont j’avais besoin. Je déposai mes affaires en ligne sur le meuble en marbre. Je me brossai les cheveux et retouchai mon maquillage.
Dès que j’eus fini, je sortis et trouvai Dex affalé sur le canapé en train de lire un livre. Ses pieds étaient posés sur la table basse en bois massif. Il fallait que je la prenne en photo parce que je pourrais en faire une–ou peut-être cinquante–avec l’arbre installé dans ma maison.
— Est-ce que ça m’a pris trop de temps ? demandai-je, remarquant à quel point il était bien installé.
Il me scruta à nouveau, posa le livre sur le canapé et se leva. Je sentais son regard observateur. C’était trop intense, comme s’il faisait l’inventaire de mon corps.
Je baissai les yeux au sol.
— Y a-t-il une tache sur mon chemisier ?
Un petit sourire apparut sur son visage quand ses yeux rencontrèrent enfin les miens.
— Non, ma puce. Tu es parfaite.
Mon portable sonna, m’indiquant que j’avais reçu un message.
— Ce truc n’arrête pas de sonner.
Je le saisis dans mon sac à main qui était toujours sur le canapé, et fis défiler les messages non lus.
— Ce sont les autres voisins. Mon amie Molly. Et...
— Laisse ça tranquille pour l’instant, me conseilla-t-il.
Il fit le tour de la table basse.
— Mais...
Il posa sa main sur la mienne et je dirigeai mon regard vers le sien. De si près, je pouvais voir que ses yeux étaient plus de la couleur du chocolat fondu que du brun ordinaire.
Il ne s’était pas rasé depuis un jour ou deux et je mourrais d’envie de sentir ses poils contre ma paume. Entre mes...
— Tes messages seront encore là après le repas, ajouta-t-il.
— Oui, ainsi que beaucoup d’autres.
— Alors tu pourras leur répondre les uns après les autres. Personne ne voudrait que tu te prives de manger pour leur répondre.
— Mais...
— Ma puce, tu faisais partie d’un groupe de rhétorique à l’école ?
— Au lycée, oui.
— Je m’en doutais.
Je fronçai les lèvres, mais je ne dis plus rien, ce qui fit tressaillir sa bouche. Il était amusé, de toute évidence. Je poussai un soupir.
Il maintint la porte d’entrée ouverte pendant que je remettais le portable dans mon sac et le passais en bandoulière. J’avais faim et les gens pouvaient attendre.
— Tu es sûr que tu n’as rien d’autre à faire ? demandai-je quand il ferma la porte.
Le fait qu’il m’ait rencontrée au supermarché ne devait pas monopoliser toute sa journée.
— Parce que tu as dit que tu étais ici en vacances.
— Enlève de ta liste le fait de t’inquiéter pour moi. Je vais bien. Je suis juste là où je veux être. Bridget m’a dit que tu étais comptable, dit-il, changeant de sujet alors que nous descendions du trottoir pour tourner vers Main Street.
C’était une journée magnifique, et le centre-ville était animé. Un couple à vélo passa devant nous.
— C’est exact. Je travaille pour une entreprise locale. J’y suis depuis douze ans.
Mon Dieu, il devait penser que je menais une vie vraiment ennuyeuse. Et que j’étais vieille. Douze ans plus tôt ? Dex était encore au lycée.
— Il doit y avoir une grosse demande de travail dans le domaine fiscal par ici.
Nous arrivâmes rapidement au centre-ville historique et marchâmes côte à côte devant les boutiques. En me retournant pour le regarder, je demandai :
— Quoi ?
— Tu fais beaucoup d’heures. Tu as pris ton ordinateur portable à Denver la semaine dernière et tu as dû travailler. Tu as dit que tu avais encore du travail ce soir. Tu l’as même mis en haut de ta liste.
Je me passai la langue sur les lèvres. Dex était la dernière personne à qui je voulais dire que je ne faisais pas de la comptabilité en permanence, mais que j’écrivais. C’était mon secret. Le truc... qui me rendait heureuse. Et j’avais l’espoir de devenir enfin une auteure à succès. C’était la carrière que j’avais mise sur pause pour élever Bridget.
Je ne voulais pas qu’il se moque de moi s’il apprenait la vérité. Je ne savais pas comment je me sentirais s’il pensait que c’était une blague, que mon rêve était d’écrire des scènes de sexe. Qu’à cause de ça, j’étais vicieuse. Que j’étais bizarre.
Je ne pourrais pas supporter tout ça.
— Ouaip, j’ai beaucoup de travail. Après le repas, je dois répondre à ces messages. Il faut que Bridget sache pour la maison. Ensuite, il faudra que je travaille quelques heures, ajoutai-je avec l’espoir de réussir à écrire un chapitre. Je m’étais organisée avec un éditeur pour qu’il lise et corrige mon livre en deux semaines afin de corriger les fautes de frappe et les erreurs de grammaire. Je ressentais une certaine pression de devoir le terminer.
Une femme avec une poussette double se rapprocha de nous. Dex me prit la main et me tira vers les bâtiments pour la laisser passer.
— Dex, dis-je, surprise par son geste rapide qui me déséquilibra.
Il me retourna vers la baie vitrée d’un restaurant qui n’était ouvert que pour le petit-déjeuner et le déjeuner. Ses mains se posèrent sur la vitre de chaque côté de ma tête.
Je clignai des yeux pour le regarder.
— Qu’est-ce que tu...
— Chut, dit-il en posant un doigt sur mes lèvres.
Ses yeux se focalisaient sur l’action.
— Je ne vais pas te dire de ralentir ou de te calmer, mais ma belle, la liste peut attendre. Ton patron comprendra.
Sa voix était grave et rocailleuse, et je sentais qu’il venait de prendre le contrôle, mais que je me sentais aussi étrangement protégée.
Il retira son doigt.
— C’est peut-être vrai, mais tout ça, dans ma tête, lui dis-je. Je n’arrête pas de penser à...
Il posa de nouveau son doigt sur ma lèvre.
— Je sais où est le problème, déclara-t-il.
Je fronçai les sourcils et saisis son poignet pour retirer sa main. Il était chaud et je sentais sa force même dans son avant-bras.
— Que ma maison a quelques ouvertures supplémentaires ?
Il secoua la tête.
— Que j’ai trop de choses à faire ?
Il continua à secouer la tête.
— Alors quoi ?
— Tu as besoin de quelqu’un qui te fasse oublier cette liste. Et ton nom.
— Je n’ai pas besoin...
— Si, tu en as vraiment besoin.
Puis il m’embrassa.
Putain de merde, Dex m’embrassait. Sa bouche sur la mienne n’avait rien à voir avec l’homme enjoué et facile à vivre que je connaissais. Non, c’était un Dex qui prenait ce qu’il voulait. Il avait été patient, mais plus maintenant. Je soupirai de surprise. Il en profita pour incliner sa tête et faire glisser sa langue pour qu’elle aille à la rencontre de la mienne avec de longs mouvements. De grandes mains enserrèrent mon visage, me tenant là où il voulait que le baiser aille.
Je perdis la notion du temps. De l’endroit où nous étions.
— Putain, ma puce. Tu es aussi douce que je l’avais imaginé.
Après un moment, j’ouvris les yeux et le fixai en me demandant pourquoi il s’était arrêté. Oh oui, Main Street. Les gens.
Il m’embrassa le front et bordel, même ce baiser était carrément torride.
— Allez, viens, même si j’ai envie de te manger pour le dîner.
Il saisit ma main et me guida vers le bas de la rue. On avança en suivant le fumet de l’ail jusqu’à la pizzeria. J’étais dans un état second alimenté par ce baiser.
Mes lèvres me picotaient et ma chatte avait envie qu’il la dévore comme bon lui semblerait.
Dex ne me lâcha pas la main quand il me tint la porte et quand nous nous tînmes au comptoir pour commander. Il y avait un large menu sur le mur au-dessus du four industriel, mais je n’eus pas besoin de le regarder. C’était une excellente pizzeria et comme j’y prenais assez souvent des plats à emporter, je savais ce que j’aimais.
— Salut Otis, dis-je au propriétaire.
Il était en train de glisser une pizza dans une boîte à emporter, puis il ferma le couvercle et la remit à l’un des adolescents qui faisaient des livraisons à vélo pour lui pendant les vacances d’été.
Otis se retourna avec un sourire, mais il s’effaça quand il me vit.
— Lindy. Mince, j’ai entendu parler de ta maison. Je suis content que tu n’es rien.
Il vint se placer derrière le comptoir, juste en face de nous.
Dex me pressa doucement la main. Je ne savais pas si c’était pour me réconforter ou parce qu’il n’aimait pas qu’un homme me parle. Cela avait été évident avec Gant le pompier.
— Oui, je n’ai rien, dis-je à Otis. La compagnie d’assurance a pris l’affaire en main.
Il était le premier d’une longue série de personnes à qui j’allais devoir le dire, alors je devais préparer ce que j’allais dire aux gens.
Ce n’était pas le cas. Pas encore, mais ça viendrait. Il faudrait que je trouve un arrangement, comme je le faisais avec tout le reste.
J’aurais aimé que les réparations soient aussi rapides que la vitesse à laquelle la nouvelle s’était répandue dans Hunter Valley. Je n’avais pas encore appelé Bridget. Je ne voulais pas penser à ce qu’elle et Mav faisaient à ce moment précis s’ils n’étaient toujours pas au courant.
— Bien.
Otis avait quelques années de moins que moi, mais je le connaissais parce que sa sœur était mon professeur de yoga. Son studio était au deuxième étage de ce vieux bâtiment.
Son regard glissa de moi jusqu’à Dex, qui se tenait à ma droite.
— Voici Dex. Le frère du petit ami de Bridget...
— Waouh. Oui. Je sais qui est Dex. Otis tendit le bras pour lui serrer la main et se présenta.
Ce pourquoi il dut finalement lâcher la mienne.
— Ravi de vous rencontrer, ajouta Dex.
Otis le regardait de la même façon que Dex, me regardait parfois–enfin, la plupart du temps–avec admiration. Comme s’il ne pouvait pas détacher son regard de lui.
Bizarre. Vraiment bizarre car il ne cessait de le fixer.
— Waouh, ouais. Um, qu’est-ce qui vous ferait plaisir, à vous deux ? demanda-t-il finalement.
— Tu aimes les champignons et les saucisses, ma puce ? demanda Dex, en me regardant avec ce même, drôle de regard.
Je hochai la tête.
— Super. Une grande pizza avec champignons et saucisses et une salade grecque, demanda Dex.
Mon portable retentit alors qu’Otis entrait la commande dans le système. Je le sortis de mon sac à main et montrai l’écran à Dex pour qu’il puisse voir que c’était Bridget. Un appel que je ne pouvais pas ignorer.
— On va en prendre deux grandes à emporter, entendis-je Dex dire à Otis au moment où je prenais l’appel.
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