Chasse à l'homme T2 : Un homme à croquer
Chapitre 17
17
DEX
— PUTAIN, qu’est-ce qui se passe là-haut ? demanda Theo. J’ai entendu parler d’un arbre dans une maison ?
Je m’allongeai sur le côté du canapé, un coussin derrière la tête. Même si je tenais le livre de poche, je n’avais pas lu plus de trois pages depuis que Lindy et moi étions rentrés de chez elle. Cela avait eu lieu deux heures plus tôt. En fait, je n’avais rien lu depuis que j’avais rencontré Lindy la veille.
Quand Theo m’appela, j’étais ravi de cette interruption avant que je ne devienne fou. Je restais sur le canapé uniquement pour suivre le conseil de Mallory. Je voulais laisser Lindy aller à son rendez-vous pour qu’elle découvre que j’étais ce qu’elle désirait. Je ne savais pas trop comment ça allait marcher, mais Mallory était une femme et connaissait Lindy. Deux choses qui ne me correspondaient pas.
— Ouais, la maison de Lindy a été détruite par un arbre par un voisin complètement déjanté muni d’une tronçonneuse. Elle habite avec moi jusqu’à ce que ce soit réparé, dis-je en tendant le bras et en posant le livre de poche négligemment sur la petite table.
— Bon sang. Mav m’a envoyé un message pour me dire que tout le monde allait bien, mais dans ce genre de cas, je dois généralement recoudre quelques patients.
Il était chirurgien traumatologue, donc il ne plaisantait pas. Non pas qu’il en fasse beaucoup. De blagues. En fait, jamais. De nous quatre, c’était le plus sérieux. Ça en disait long puisque Mav n’était pas tout feu tout flamme. Jusqu’à ce qu’il rencontre Bridget, il avait été un bourreau de travail. Silas travaillait à ses côtés et n’était pas bien différent, mais au moins il gardait des limites entre vie professionnelle et vie privée. Mais en moins de deux semaines, la vision de Mav avait radicalement changé. Il avait un objectif différent maintenant : Bridget et ses problèmes.
Il m’avait dit que son objectif–probablement en plus de la satisfaire avec autant d’orgasmes que possible–était de coincer le professeur du Massachusetts Institute of Technology qui l’avait balancée. Maintenant, c’était aussi de remettre sa maison en place. Ces deux activités détournaient son temps de James Corp. Je me demandais si Mav retournerait un jour dans son bureau de Denver. Je pensais qu’il resterait à Hunter Valley pour diriger le James Inn qui était en construction. Ou bien il prendrait sa retraite et aurait plein de bébés qui auraient la taille d’un bûcheron avec des lunettes d’intello.
— Il n’y avait personne à l’intérieur, lui dis-je. La maison est en mauvais état, mais réparable.
La seule pensée que Lindy aurait pu être à l’intérieur quand l’arbre était tombé me faisait légèrement paniquer. Qu’elle ait choisi d’aller au supermarché à ce moment-là...
— Bien. C’est quoi cette histoire que j’ai entendu à propos de toi et de la sœur de Bridget ?
—Tu ne veux pas savoir comment ils ont démonté un arbre tout entier de leur maison et l’ont mis dans une broyeuse ? Je crois que Mav a pris des photos pour la compagnie d’assurance.
— Tu n’imagines pas à quel point ces putain de trucs sont dangereux, murmura-t-il.
Je pouvais l’imaginer se frottant le front et imaginant tous les membres manquants.
— Est-ce que tu analyses tout ce que tu vois et entends en fonction d’une sorte d’échelle de dangerosité ? lui demandai-je, me levant et me dirigeant vers la cuisine pour prendre quelque chose à boire. Je veux dire, comment est-ce que tu peux monter dans une voiture ou t’approcher de la partie peu profonde d’une piscine ? Et d’un sèche-cheveux dans une salle de bains ? Tu flippes à chaque fois que tu me vois avec une paire de patins parce que ces trucs sont vachement pointus.
— Va te faire foutre, Dex.
Sa voix était plus un grognement qu’un ronchonnement. Je pris un verre dans le placard et le remplis avec l’eau du robinet.
— Waouh, mon vieux. Tu as besoin de t’envoyer en l’air. Maude est trop occupée à regarder les orteils des autres pour s’intéresser aux tiens ?
Sa petite amie était podologue et travaillait dans le même hôpital que lui. Je l’avais rencontrée une fois à une soirée caritative où il l’avait amenée, mais je n’avais pas été vraiment emballé quand j’avais fait sa connaissance. Et j’étais sympa de la décrire ainsi. Elle était belle dans le genre glacial, avec un balai dans le cul. Je n’avais aucune idée de ce que Theo voyait en elle à part un corps de rêve et peut-être la possibilité de tirer un coup rapide dans la salle de repos des médecins.
— Quelque chose dans ce genre.
— Hein ? demandai-je, puis j’avalai une grande gorgée d’eau.
— Je l’ai trouvé en train de branler avec son pied l’un des internes du service colorectal.
Je recrachai presque le contenu de ma bouche sur le plan de travail.
— Avec son pied ? Je... je ne sais même pas comment ça se passe.
— Elle avait ses pieds sur sa bite. Comme une branlette mais avec ses pieds.
Je ne pus empêcher le rire qui fusa et m’essuyai la bouche avec le dos de ma main.
— Ça se fait ? demandai-je.
Je savais que tout le monde avait ses penchants et ses fantasmes, et j’en avais plein, surtout quand je pensais à Lindy. Mais pas ça. Bon sang, non. Je ne voulais pas des pieds de Lindy sur ma queue. Ses mains, bien sûr. Sa bouche, certainement. Sa chatte, absolument. Si elle était aussi coquine que je le pensais, peut-être même son cul.
— Pour elle, oui, répondit-il finalement.
— J’aurais pensé que le gars aurait eu un penchant pour l’anal.
Theo semblait enfin se détendre, je l’entendis même glousser.
—T’as raison, putain.
Alors qu’il avait l’air plus énervé que triste de cette situation, personnellement j’étais plutôt ravi. Bye bye Maude et son obsession des pieds. J’avais le sentiment que Silas et Mav ne seraient pas tristes de la voir disparaitre non plus.
— Écoute, prends des vacances, lui conseillai-je. Éloigne-toi des activités de Mademoiselle Pied. Viens à Hunter Valley, lui dis-je en jetant un coup d’œil par la fenêtre au-dessus de l’évier qui donnait sur le jardin. Comme il s’agissait du vieux quartier de la ville, les maisons étaient proches les unes des autres, mais l’aménagement paysager était ancien et bien établi. Un grand arbuste bloquait la clôture arrière avec sa végétation épaisse et un impressionnant déploiement de fleurs rose vif.
— Je...
Je lui coupai la parole avant qu’il ne me donne ses excuses habituelles sur le fait de sauver des vies. Je versai le reste de l’eau dans l’évier et ouvris le lave-vaisselle pour mettre le verre dans le panier supérieur, j’étais peut-être célibataire, mais je n’étais pas une grosse feignasse et j’ajoutai :
— Ne me dis pas que tu ne peux pas. Tu es médecin en chef ou chirurgien en chef de la traumatologie, enfin un truc dans le genre. Je ne sais pas comment les vacances sont comptabilisées, si vous les gagnez en fonction du nombre de vies sauvées ou quelque chose comme ça, tu dois bien avoir trois mois à prendre. Vous avez un système de carte de pointage comme au magasin de smoothie. Dix vies sauvées et vous obtenez un jour de congé ?
— Tu es un crétin, dit-il, sans aucune colère. Je vais y réfléchir.
D’habitude, il disait non et c’était tout. Toute autre réponse, en particulier Je vais y réfléchir, signifiait qu’il avait déjà envisagé cette possibilité lui-même.
— Maintenant, revenons-en à toi et à la sœur de Bridget.
— Elle s’appelle Lindy, et je vais l’épouser.
Un de ses rouges à lèvres était sur le meuble, je le pris et le tordis pour voir la couleur. Je me voyais en train de le barbouiller sur son visage puis elle autour de ma bite.
Il y eut une pause et je me demandai si on avait été coupé.
Répète.
— Je vais l’épouser.
Je remis le capuchon et posai le tube.
— Elle est au courant ?
— J’y travaille.
Je n’allais pas lui dire que j’étais allé acheter une bague pour elle à Denver. Mallory et moi y étions allés quand nous étions tous séparés, Silas et Mav étaient partis après le faux mariage de Mav. Dire que j’allais épouser une femme que je venais de rencontrer était une chose. Le fait que j’ai acheté une bague ? Il allait envoyer un interne en psychiatrie ou autre pour évaluer mon état.
— Enfin, pas très bien puisqu’elle est à un rencard avec un dentiste en ce moment même, grommelai-je.
— Laisse-moi résumer. Lindy, la femme que tu veux épouser, habite dans ta maison puisque la sienne a été détruite par un arbre et elle sort en ce moment avec un autre homme ?
— Oui, c’est bien ça.
— Tu la laisses sortir avec un dentiste ? On t’a retiré tes couilles ou quoi ?
J’en avais bien l’impression. Je me passai la main sur le visage.
— Mallory m’a dit que c’était ce que je devrais faire.
— Mallory.
L’amie de Bridget. Ils s’étaient rencontrés quand nous–moi, Silas et Theo–étions allés à Hunter Valley pour surveiller Mav parce qu’il était bizarre à cause d’une femme. Toujours les femmes...
— Oui.
— Explique un peu.
Ce que je fis. Je lui parlai de Lindy et de son besoin de cohérence, de résoudre ses propres problèmes. Que si je l’avais poussée à ne pas aller à ce rendez-vous, elle aurait planté ses talons sexy dans la moquette et aurait fait obstruction à mes plans.
— Je suppose que c’est logique. La petite instit est plutôt intelligente.
— Ça craint, admis-je. J’ai envie d’aller dans ce restaurant, la jeter sur mon épaule et la traîner de là en grognant qu’elle est à moi.
— Ah, voilà tu as des couilles quand même. Sors ta bite pour t’assurer que la tienne est plus grosse que celle du dentiste, puis pisse-lui dessus aussi. Et fais-le sans attirer l’attention de personne pour que ça ne finisse pas sur les réseaux sociaux.
L’enfoiré.
— Attends un peu. Si tu trouves une femme qui ne te trompe pas et qui n’est pas fétichiste des pieds, tu deviendras un putain d’homme des cavernes comme Mav et moi.
Il marmonna à propos de quelque chose dans l’eau à Hunter Valley, puis il dit :
— Tu as raison. Il faut que je voie ça. Je viendrai bientôt.
Il raccrocha et moins de trente secondes plus tard, Lindy entrait en trombe par la porte d’entrée.
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