Dred: ou le grand marais maudit

Harriet Beecher Stowe · Chapitre 44 sur 64

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Dred: ou le grand marais maudit

42. Le résultat

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Le résultat

 

Quand le service religieux fut terminé, le Dr Calker s’occupa d’une affaire qu’il avait en tête.

— Eh bien ! frère Cushing, dit-il, il n’y a jamais eu de solution comme celle que fournit l’Église presbytérienne dans les États-Unis ; elle est regardée comme la grande espérance du monde ; car ici nous ne faisons que tourner sans résultat dans le cercle des expériences du passé, tandis que l’Église presbytérienne présente, au milieu de toutes les formes d’organisation celle qui approche le plus de la perfection. C’est l’arche d’alliance pour cette nation et pour toutes les autres ; les entreprises des missions dans les pays étrangers, les traités des sociétés, les missions intérieures, l’union des matelots amis, les sociétés de la Bible, les écoles du dimanche, tout s’agite dans son sein, et elle se propage et s’étend dans un pays libre, comme si elle eût été plantée par la main droite de Dieu, avec des lois et des institutions telles qu’il n’en fut jamais donné aux hommes avant elle. Elle nous conduit directement à la révélation ! Ce dont nous avons le plus besoin, c’est l’accord. Unis, nous offrons la plus glorieuse, la plus puissante institution du monde. Peut-être n’était-il pas nécessaire pour vous, nos confrères du Sud, de vous montrer aussi opiniâtres que vous l’avez été. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour éteindre le feu de la discorde et le maintien de la tranquillité, tandis que vous n’avez cessé de le rallumer.

Depuis que vous vous êtes séparés de nous, qu’avons-nous fait ? Vous pensiez sans doute que nous allions nous livrer à la fureur d’une abolition systématique, mais vous voyez que nous ne l’avons pas fait. Nous n’avons rien fait de plus que lorsque nous vivions dans la meilleure intelligence. Examinez notre conduite et vous le reconnaîtrez. Nous avons, parmi nous, des abolisseurs puissants et résolus ; ils nous excitent, nous pressent et nous tourmentent. Il y a eu de grandes agitations publiques au sujet de l’esclavage, et on nous a harcelés, tracassés pour nous forcer à nous déclarer ; mais nous n’avons voulu le faire, dans aucun cas. Vous savez que Ruskin et ses adhérents se sont éloignés de nous parce que nous voulions rester tranquilles. Il est vrai que, de temps en temps, nous étions obligés de prononcer quelque sermon contre l’esclavage, mais ils se bornaient à émettre une opinion personnelle qui n’engageait à rien. Ces sermons n’avaient pas plus de portée que la déclaration de 1818, qui n’a pas été plus effacée de vos registres que des nôtres. Naturellement, si nous convenons que l’esclavage est un mal contraire à l’esprit de l’Évangile, c’est parce que cela est écrit dans vos propres livres ; seulement nous n’en disons rien officiellement, parce que ce qui a été dit en 1818 nous paraît suffisant et prévient le scandale d’une controverse générale. Pour preuve de l’exactitude de ce que j’avance, consultez les faits. Dans le principe, nous avions trois presbytérats dans les États d’esclaves, et maintenant nous en avons vingt, qui comptent de quinze à vingt mille membres. Cela doit vous démontrer nos intentions à cet égard. N’avons-nous pas toujours fait des ouvertures pour la réunion ? Ne nous sommes-nous pas humiliés réellement devant nos frères ? Je dis donc que vous devez prendre ces faits en considération. Nos collègues qui possèdent aussi des esclaves comme nos églises, ont la même liberté d’action que les vôtres. Assurément quelques-uns de ces hommes de l’Ouest essaieront de faire des remontrances une fois dans l’année. Laissez-les faire, si telle est leur fantaisie ; du moment qu’ils ne se mêlent pas de discipline ou de contrôle, quel mal y a-t-il ? Vous avez à supporter les perpétuelles objections de vos frères du Nord qui se montraient bien déraisonnables ; nous pouvons bien, pour notre compte, nous permettre une discussion au moins une fois l’an.

— Pour moi, dit le père Bonnie, je demande l’union, et je suis tout disposé à enduire de goudron et à couvrir de plumes ces éternels abolisseurs du Nord, si je puis mettre la main dessus.

— Vous parlez au figuré, je pense, dit le Dr Packthread, avec un gracieux sourire.

— Oui, au figuré et au propre aussi, dit le père Bonnie en riant, qu’ils viennent ici et ils verront… S’ils veulent livrer le pays aux flammes, ils doivent être les premiers à brûler. Vous perdez tous votre temps et votre force avec ces tolérances ; ce n’est pas le moyen d’atteindre le but. Je remercie le Seigneur d’être délivré de l’obligation de considérer l’esclavage comme un péché ou un mal quelconque ! Nos frères les abolitionnistes nous ont rendu service en nous amenant à invoquer l’Écriture ; c’est dans ce texte que l’on apprend que l’esclavage n’est pas seulement permis, mais établi, mais prescrit. C’est une institution divine. Si un abolitionniste du Nord vient à moi à présent, je lui montrerai la Bible en lui disant : « Ô homme ! qui es-tu pour entrer en lutte avec Dieu ? As-tu le pouvoir du potier sur l’argile, pour faire une masse pour l’honneur et une autre pour le déshonneur ? » Je vous le dis, frères, cela est écrit en lettres de feu dans les pages de l’Écriture ! Vous ne ferez jamais rien si vous ne marchez dans cette voie. La fausse conscience de l’homme se cramponne, pour ainsi dire, à lui, et ralentit sa marche, comme fait à l’ours le piège qui l’a pris à la jambe… Pas de progrès possible avec de tels obstacles. Vous êtes parvenus à mettre le pied sur le rocher des âges, je vous le dis, et vous éloignez le piège qui vous entrave ; car l’étude de l’Écriture peut seule éclairer l’esprit.

— S’il en est ainsi, dit Clayton, ne devrait-on pas abolir les lois qui défendent aux esclaves d’apprendre à lire, et leur mettre l’Écriture entre les mains ? Ces lois sont la source de nombreuses misères et d’une grande immoralité parmi les esclaves, et elles fournissent aux abolitionnistes quelques-uns de leurs meilleurs arguments.

— Oh ! dit le père Bonnie, ce n’est pas possible ; supprimez ces lois et vous donnez accès à un torrent de documents incendiaires ; les esclaves n’en seront que plus malheureux !

— Ma foi, dit le Dr Cushing, j’ai lu le livre du Dr Carne, et je dois dire que l’argument de l’Écriture produit sur mon esprit un effet contraire.

— Que le livre du Dr Carne soit perdu ! dit le père Bonnie.

— Vous parlez au figuré, je suppose, dit le Dr Packthread.

— Pourquoi la science a-t-elle rendu fou ce pauvre docteur ? dit le père Bonnie. Je ne crois rien qui ne soit tiré de la Bible anglaise. Quand un individu se jette tête basse dans les ténèbres hébraïques, latines ou grecques, je lui dis : « Ah ! mon pauvre ami, vous montez trop haut, descendez donc, je vous prie. N’est-ce pas un langage clair que ce langage de la Bible, que les apôtres parlaient aux esclaves ? Ils ne leur tournaient pas la tête par leurs déclamations sur les droits de l’homme. » Tenez, ajouta-t-il, j’ouvre au hasard cette bible placée sur la table… Permettez-moi de vous lire ceci : « Maîtres, donnez à vos serviteurs ce qui est juste et légitime… » Hum ! hum ! ce n’est pas ce passage que je voulais… C’est celui-ci : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres ! »

— Vous le voyez, c’est bien écrit : « Obéissez à vos maîtres… » Eh bien, ces abolitionnistes ne veulent même pas que nous soyons maîtres !

— Si les esclaves savaient lire, dit Clayton avec son flegme habituel, peut-être s’arrêteraient-ils, de préférence, au premier passage que vous avez lu.

— C’est certain, dit le père Bonnie, parce que leur intérêt est d’altérer l’Écriture, et sans cette influence corruptrice de leur amour-propre, je serais assez volontiers d’avis qu’on leur mît l’Écriture entre les mains.

— Je suppose, dit Clayton, que le même danger n’existe pas pour les maîtres.

— Dites-moi, Cushing, continua le père Bonnie sans tenir compte de cette interruption, il faut lire le livre de Fletcher ; c’est un ouvrage fameux qui laisse bien après lui ces volumes grecs et latins que j’avoue ne pas comprendre ; car, je ne sais ni le grec ni le latin, et il y en a beaucoup comme moi ! Ce livre vous reporte le plus clairement possible à la Création, et il vous conduit à travers l’histoire des tracasseries de tous les siècles dont il fait bonne justice ; il tombe à bras raccourci sur les pères de l’Église et en vaut quarante à lui seul ! Il fait son affaire des Tertullien et des Chrysostome, et les philosophes grecs Platon et Aristote passent par ses mains. Oh ! si l’on veut s’instruire, on n’a qu’à prendre cet ouvrage. C’est d’abord aussi difficile que de se frayer un chemin à travers les marais de Dismal, pendant la canicule, mais j’étais déterminé à le parcourir, je persévérai et j’y parvins. Il faut que vous ayez ce livre, Cushing. Vous vous sentirez si content de fixer votre esprit. Je ne veux jamais me permettre de me traîner avec quoi que ce soit qui me pende à l’oreille. Je traite les choses franchement : monter au bureau du capitaine et régler les comptes, voilà ce que je dis.

— Nous aurons tous nos comptes à rendre un jour, dit le père Dickson, et peut-être trouverons-nous une chose à régler avec le clerc et une autre avec le capitaine.

— Eh bien, frère Dickson, pourquoi me regarder avec cet air solennel ; mes comptes sont réglés maintenant.

— Quant à moi, dit le Dr Parkthread, je pense qu’au lieu de condamner l’esclavage complètement, nous devons diriger notre attention sur ses abus.

— Et qu’appelez-vous abus de l’esclavage ? dit Clayton.

— Mais… le démembrement des familles, par exemple, répondit le Dr Packthread, les entraves mises à l’éducation…

— Vous croyez alors, dit Clayton, que l’esclave a légalement droit de vivre en famille ?

— Oui.

— Par conséquent, nous devons avoir des moyens légaux de maintenir ce droit ?

— Oui.

— Puis, naturellement, il doit avoir aussi la faculté d’intenter une action en justice, de produire des témoins, si ses droits sont violés ?

— Oui.

— Et croyez-vous que le maître doive lui donner équitablement des gages en retour de son travail ?

— Certainement, sous une forme ou sous une autre, dit le Dr Packthread.

— Et les esclaves ne doivent-ils pas avoir également la faculté d’user de ces droits ?

— Oui.

— Peuvent-ils jouir du droit de propriété ?

— Certainement !

— Et ils devraient, en conséquence, avoir le droit de se faire donner de l’éducation, s’ils le désirent.

— Oui.

— Eh bien ! dit Clayton, puisque l’esclave a une existence légale et des droits légaux, puisqu’il peut posséder un bien et le défendre, obtenir de l’éducation et protéger sa famille, il cesse d’être esclave, car l’esclavage consiste dans la privation de ces droits. Il consiste à faire d’un homme une substance morte, inerte, entre les mains d’un autre, d’un acheteur d’hommes… pro nullis, pro mortuis ! Ce que vous appelez la réforme des abus, c’est l’abolition de l’esclavage : c’est dans ces conditions que je demande cette abolition, et, pour y parvenir, j’ambitionne l’appui de l’Église et de ses ministres. Maintenant, docteur Packthread, quels efforts l’Église a-t-elle faits jusqu’ici pour réformer ces abus de l’esclavage ?

Il y eut un silence de quelques minutes. Enfin le Dr Cushing répondit :

— Ses louables efforts se sont signalés surtout dans l’instruction religieuse orale.

— Oh ! oui, dit le père Bonnie, nos confrères ont poursuivi le cours de cette instruction avec un grand zèle dans nos contrées. J’ai moi-même dirigé une classe, oralement, s’entend, et les synodes s’en sont occupés en prêchant l’Évangile et écrivant des catéchismes à l’usage des esclaves.

— Mais, dit Clayton, ne vaudrait-il pas mieux leur donner le pouvoir légal d’obéir à l’Église ? Est-il nécessaire de leur apprendre la sainteté du mariage, à moins que vous n’obteniez pour les maris et pour les femmes le droit légal d’être fidèles les uns aux autres ? Il me semble qu’il est cruel de faire cet appel à leur conscience sans leur donner, en même temps, la protection et l’assistance de la loi.

— Cela est très vrai, dit le Dr Cushing avec emphase, nous, ministres, nous sommes appelés à reconnaître cette nécessité à l’égard des membres esclaves de notre Église. Nous sommes obligés de prêcher l’obéissance illimitée envers les maîtres, et cependant, la semaine dernière, pas plus tard, voici ce qui m’est arrivé : une pieuse et excellente femme mulâtre de mon église, vint à moi pour me demander conseil ; son maître voulait l’obliger à vivre avec lui comme maîtresse, et pourtant elle est mariée. Que dois-je lui conseiller ? Le maître est un homme très important, qui ne reculera pas devant le scandale ; de plus, elle ne gagnera rien à résister, si ce n’est qu’elle pourra être vendue à un autre, qui peut-être fera pis. C’est un cas très embarrassant pour un ministre. Certainement, s’il y avait quelque chose à faire, j’en serais très satisfait ; mais du moment qu’on tente la plus petite réforme, on est traité d’abolitionniste, et toute la communauté se met à vous courir sus : telle est la situation que nous ont faite ces fanatiques du Nord !

— Oh ! oui, dit le Dr Baskum (un des principaux ministres), qui était entré depuis un moment ; d’ailleurs un homme ne peut pas tout faire… Nous avons autant que nos épaules en peuvent porter sans céder sous le faix ; nous devons d’abord penser à bâtir l’Église. Bornons-nous, pour le moment, comme les apôtres, à prêcher l’Évangile, et l’Évangile entraînera tout à sa suite ; un jour ne suffit pas pour changer la face du monde. Il faut faire chaque chose en son temps. Nous ne pouvons empêcher l’eau de couler et nous soustraire aux reproches et aux fausses interprétations de nos doctrines. Dès nos premiers pas vers une tentative de réforme, comme celle de restreindre les droits des maîtres, une clameur universelle s’élèvera du sein de l’Église, de l’État de l’abolitionnisme, et nous serons infailliblement…

— Mais, dit le père Dickson, la meilleure chose à faire n’est-elle pas de connaître son devoir, de le pratiquer et d’en remettre le résultat entre les mains de Dieu ? Devons-nous prendre conseil de la chair et du sang en semblable matière ?

— Assurément non, dit le Dr Parkthread, mais il y a deux moyens de faire les choses, l’un sage et l’autre qui ne l’est pas. Nous ne devons travailler à cette œuvre que sous l’inspiration de la divine Providence. Je ne prétends pas juger mes frères ; un temps viendra où ils pourront s’expliquer ouvertement, mais en attendant, et pour tenir sur ce terrain glissant, rapportons-nous-en aux lumières de l’Évangile, et souffrons ce que nous ne pouvons empêcher. D’ailleurs, déjà beaucoup d’esclaves deviennent réellement pieux, et l’éducation que l’on propose de leur donner me paraît offrir de nombreux dangers. On pourrait s’occuper un peu de leur assurer des relations de famille, si cela n’est pas de nature à compromettre des intérêts plus importants. Après tout, le royaume du Seigneur Jésus-Christ n’est pas de ce monde, et les esclaves ne pourront trouver dans nos lectures ou sermons, aucun motif de protestation publique contre les abus de l’esclavage.

— Ce qui me frappe, dit Clayton, c’est la différence qui existe entre nous, qui vivons sous un gouvernement républicain, qui faisons des lois par des mandataires élus par nous, jouissant du droit légitime de les abroger, et les apôtres qui étaient eux-mêmes esclaves et ne participaient point à la législation. Chacun de nous, en sa qualité de législateur, est responsable des lois qu’il a faites, et, si elles sont injustes, chacun de nous a le droit et le devoir de provoquer leur réforme. N’avons-nous pas, en effet, le droit de nous assembler, d’écrire, d’imprimer, de discuter et d’amener l’esprit public à comprendre les abus et à désirer leur réforme ? Ne sommes-nous pas, en conséquence, responsables si les lois injustes ne sont pas abolies ?

— Eh bien ! dit le père Dickson, Dieu me pardonne mon indifférence passée ! À l’avenir je n’écouterai plus, quoi qu’il arrive, ni la chair ni le sang. Je veux aller partout répandre la parole du Seigneur, dévoiler le parjure de la maison de Judas ! Quant à présent, je veux dire aux frères du Nord : « Je pleure sur la voie d’indécision que vous suivez… » Mes frères des États esclaves sont livrés au despotisme et veulent secouer le joug ; l’opinion publique se déchaîne contre eux : ils ont besoin que leurs frères du Nord se tiennent ferme et leur tendent la main ! Hélas ! vain espoir ! on fait l’apologie de la tyrannie, et cette coupable condescendance cause notre faiblesse. L’opinion publique se transforme. L’Église se corrompt en même temps que ses pouvoirs se relâchent ; la corruption et les habitudes vicieuses gagnent jusqu’aux enfants ! Les prisons regorgent d’esclaves, et l’âme du pauvre nègre est livrée à l’abandon ! Et nos ministres, le père Bonnie en tête, viennent justifier ces excès par le texte même de la Bible ! Le frère Calker vient nous vanter les vertus de l’Église presbytérienne ! et c’est dans le sein même de ces Églises, que par amour de l’Union, on égorge ceux pour qui le Christ s’est dévoué ! Oh ! déplorable aveuglement ! Frères, prenez garde ! Vous jouissez de la grâce de la vie sur une terre que tant de péchés n’ont pas encore fait maudire… Vos églises, vos écoles, vos institutions industrielles, tout progresse et marche en avant, tandis que les nôtres restent en arrière, et vous ne le sentez pas, parce que vous ne vivez pas au milieu de nous… Prenez garde ! la démoralisation qui attaque une contrée, envahit bientôt la contrée voisine. Ces abus que vous entretenez et que vous fortifiez par votre indifférence, peuvent bien, un jour, attirer la malédiction sur vos têtes ! Que Dieu vous en préserve, je l’en prie, par un avertissement salutaire ! Connaissant sa justice, je ne puis que trembler pour vous et pour nous ! Frères, il faut que je vous quitte… Je vois bien que je ne rencontre pas beaucoup de sympathie dans vos assemblées, aussi je me retire.

Et le père Dickson se disposa à partir.

— Allons, allons, frère, ne prenez pas la chose sérieusement, dit le Dr Cushing. Restez pour passer la journée avec nous, que nous puissions, au moins, avoir ensemble une conférence sur le christianisme.

— Il faut que je parte, répliqua le père Dickson, j’ai un sermon auquel je ne puis manquer pour ce soir. J’espérais faire quelque chose ici, mais je vois que tous mes efforts sont inutiles… Adieu, frères, je prierai pour vous !

— Encore un moment, frère Dickson, je voudrais m’entretenir avec vous sur le même sujet, dit le Dr Cushing, revenez, je vous prie. Il est très difficile de distinguer le chemin du devoir au milieu de tant de détails.

Le pauvre Dr Cushing était un de ces hommes destinés, comme les navires stationnaires, à flotter toujours dans les mêmes eaux, et bons, tout au plus, à marquer le flux et le reflux de la marée. Affection, générosité, dévouement, il possédait toutes les qualités, excepté celle de les savoir mettre en pratique. Clayton, qui s’était promptement aperçu qu’il n’y avait rien à faire ni à gagner à ces discussions, se leva et dit que ses affaires le pressaient aussi, et qu’il accompagnerait le père Dickson.

— Quel excellent homme que Dickson ! dit le Dr Cushing, quand il fut rentré dans la salle.

— C’est un homme parfait, dit le Dr Packthread.

— Oh ! Dickson ne manquerait pas de sens, dit le Dr Calker, s’il n’était monomane ! C’est là ce qu’il y a d’ennuyeux dans sa personne ; aussi, quand il se met à parler sur ce sujet, je ne l’écoute jamais ; je sais pertinemment qu’il est inutile de raisonner avec lui, c’est perdre son temps ; j’en ai vraiment par-dessus la tête, d’avoir entendu ses éternelles déclamations !

— Je souhaiterais pourtant, dit le Dr Cushing, qu’il y eût quelque chose à faire dans cette question.

— Eh ! mais qui ne le souhaite pas ? dit le Dr Calker. Nous voudrions tous qu’il y eût quelque chose à faire ; mais si c’est impossible, c’est impossible, voilà tout ! Qu’on nous donne le temps d’examiner la question tout à notre aise.

— Après tout, dit à son tour le Dr Parkthread, vous, anciens camarades de collège, vous avez un grand avantage sur nous ; car quoique vous ayez quelques bonnes âmes, comme ce Dickson, elles sont en si faible minorité, qu’elles ne peuvent rien ; elles ne vont même pas aux assemblées générales, n’envoient ni remontrances, ni pétitions, ni quoi que ce soit, de sorte que vous n’êtes jamais tracassés comme nous le sommes. Nous ne pouvons même pas avoir des réformateurs des États esclaves, de peur d’une explosion ; tandis que vous, vous pouvez avoir des réformateurs qui sont eux-mêmes propriétaires d’esclaves, et cela contribue à entretenir, parmi vous, l’harmonie et l’union.

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