Histoire de l'Anarchisme
Netchaev et Bakounine
Netchaev arriva à Genève, chez Bakounine, à un moment
où l’anarchiste, en conflit avec Marx qui combattait son
influence à l’intérieur de l’AIT, caressait le projet de se
tourner vers la Russie, pour y susciter un grand
mouvement révolutionnaire dont il prendrait la tête.
Bakounine accueillit donc avec joie son jeune compatriote,
en qui il voyait un disciple. À l’instigation de Netchaev, il
rédigea un certain nombre de tracts destinés aux
révolutionnaires de Russie. Dans un de ces textes de
propagande à l’adresse des étudiants, Bakounine exhorte
ceux-ci à abandonner l’université pour faire cause
commune avec le peuple :
… Abandonnez au plus vite ce monde condamné, ces universités,
académies et écoles d’où l’on vous chasse maintenant et où l’on s’est
toujours efforcé de vous tenir à l’écart du peuple. Allez au peuple ! C’est là
votre vocation, votre vie, votre science. Apprenez, dans les rangs même du
peuple, à servir ses intérêts et à faire triompher sa cause ! Rappelez-vous
que la jeunesse cultivée ne doit être ni le professeur, ni le bienfaiteur, ni le
dictateur du peuple, mais seulement la sage-femme qui l’aidera à se
libérer lui-même, l’unificateur des forces et des efforts populaires {611}.
Pour se procurer l’argent nécessaire à leur campagne de
propagande en Russie, Netchaev et Bakounine
s’adressèrent au vieil Herzen et à son ami le poète Ogarev
{612}, dépositaires d’une somme de 20 000 francs,
destinée à la cause de la révolution, remise entre leurs
mains par un compatriote {613}. Herzen, qui n’éprouvait
qu’antipathie pour les idées et la personne de Netchaev,
commença par refuser de se dessaisir du fonds qu’il
détenait.
Mais, sur l’insistance d’Ogarev, il finit par donner 10 000
francs au jeune nihiliste, qui put alors rentrer en Russie,
muni d’une recommandation écrite de Bakounine le désignant comme le représentant accrédité de la section
russe de l’Alliance révolutionnaire européenne,
organisation absolument imaginaire. Toutefois, pour
Netchaev, l’essentiel était de pouvoir regagner son pays
avec la caution de l’un des grands noms de la révolution
internationale.